‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 22 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Drapeau bleu et blanc.

Le second pavillon, bleu et blanc, correspondait, dans l'ordre historique, au second drapeau, le drapeau bleu à croix blanche: bleu à croi^ blanche, c'est en effet bleu et blanc. Mais pourquoi, dira-t-on, ce second pavillon de la flotte n'était-il pas exactement à croix blanche comme le drapeau auquel il doit être assimilé? C'est qu'il à, en effet, existé un drapeau où la couleur blanche empiétant, pour ainsi dire, de plus en plus sur la couleur bleue, avait réduit celle-ci à ne composer plus qu'une moitié du drapeau.

En cherchant bien, en fouillant les monuments écrits et les monuments figurés, on trouverait, je crois, de ce drapeau un certain nombre d'exemples. Pour moi, à l'heure qu'il est, j'en connais

trois seulement. Mais le second, ce me semble, est tout à fait significatif.

Le premier est du temps de François P% c'est un étendard des troupes suisses à la solde de la France. Il est, au moins je le crois bien , miparti bleu et blanc^

Le second ' exemple nous est fourni par un très-ciirieux ouvrage, publié en 1790, et contenant la description des soixante drapeaux offerts par <c l'amour patriotique p aux soixante districts entre lesquels se répartissait, à raison d'un bataillon par district, la garde nationale de Paris*. Ce n'est pas, bien entendu, d'un de ces drapeaux qu'il s'agit.

4. Costumes militaires français depuis l'organisation des troupes régulières en M39^jusqu''en 4798, par D. de Noirmont et Alfred de Marot. Planche XXV, Cabinet des Esiampes> Bibl. Nat. — Voy. planche II de nos dessins.

2. Description curieuse et intéressante des soixante drapeaux^ que V amour patriotiq^e a offerts aux' soixante districts de la ville et fauxbourgs de Paris^ etc. Dédiée à M. Tabbé Fauchet, prédicateur ordinaire du Roi, l'un des représentans de la Commune de Paris, etc. Pafis, Sorin,' 4790, in-S^ Introduction, p. XXXI, XXXII. Cf. pour le drapeau dont nous parlons plus loin, p. XXXIV.

<( Mais, dit l'auteur, avant de commeacer la description des soixante drapeaux que nous avons annoncée, nous pensons qu'on nous saura gré de donner ici celle de deux drapeaux, pris et arrachés sur les murs de la Bastille, le U juillet 1789, vers les quatre heures et demie du soir, jour à jamais mémorable pour la nation françoise,

« Le premier a été saisi, enlevé et arraché par le nommé Nicolas Binet, garçon taillandier, natif de Paris, lequel est entré dès premiers dans ce fort, selon qu'il est porté par l'extrait de la délibération du district de la Madeleine de Tresnel, qui est ci-après transcrite *.

u Ce drapeau a cinq pieds et demi en quarré, est

K . Voici cette délibération, que nos lecteurs seront peut-être bien aises de voir. Elle précise d'ailleurs Tendroit où fui trouvé le drapeau.

M Extrait de la délibération du district de la Madeleine de TresneL -^ Le vingt-huit du présent mois de juillet, il a été apporté un drapeau enlevé du faisceau d'armes de la Bastille, par Louis-Nicolas Binet^ garçon taillandier, natif de Paris, y demeurant rue de la Roquette. Il étoit, ainsi que ses camarades ci-après^ du nombre des braves citoyens qui ont attaqué ce fort, et s'en sont rendus maîtres; le dit Louis-Nicolas Binet y est entré des premiers, a saisi le drapeau, et l'a courageusement défendu contre les assiégés qui vouloient le reprendre ; il a été soutenu par Josepk Massouy cloutier, natif de Paris, paroisse Sainte-Margueriie, y demeurant rue de Lappe, et de Noël Le^ maire, fondeur, aussi natif de Paris, paroisse Saint-Leu, de-

en taffetas de deux couleurs bleu-de-roi et blanc^ trèsroux, sale, presque tout déchiré et en lambeaux, formant quatre quàrrés, dont deux bleus et deux blancs^ opposés Vun à Vautre.

« Au centre, d'un côté, sont les armes de France, entourées des cordons des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit ; au-dessous de la lance de fer, dont la pointe est cassée, est attachée une cravate de taffetas blanc (aussi surannée que le drapeau), sans cordon ni glands, mais avec une ficelle; — et tout récemment on y a joint une flamme en taffetas rouge cramoisi, sur laquelle est une légende écrite en lettres d'or, portant ces mots : Je sers la liberté^ arraché aux despotes, le U juillet 1789.

meuranl même rue de Lappe; ils ont reçu tous trois lesremercîments du district, ainsi que les éloges dûs à leur courage. Et pour perpétuer^ autant qu'il est possible, Thonneur qui leur est dû, il a été arrêté unanimement, qu'à chaque occasion que lô district feroit usage du drapeau, il seroit porté par ledit Louis- Nicolas Binet^ ayanl à ses côtés lesdils Joseph Masson et Noël Le^naire, qui auront Tépée nue à la main; dans le cas d'absence du premier, le porte-drapeau sera pris parmi les deux autres, les enfans dudit Louis Binet jouiront du même honneur, et à leur défaut, ceux desdits Joseph Masson et Noël Lemaire, Et pour leur donner à tous trois un témoignage authentique de la rèconnoissance et de Testime du district, il leur sera délivré à chacun copie collalionnée du présent arrêté. Ce 4®'" août 4789. Signés : De Saint Léger, président. Pour ampliation, Colin DE Çancey, secrétaire. t>

« Au centre de l'autre côté sont les armes de la ville, représentées par un navire en argent au chef de France, parsemé de fleurs de lys en or, aecoUées de deux branches de chêne.

« Ce drapeau peut avoir deux cents ans et plus, ayant été fait sous le règne d'Henri IIL II est déposé chez M. de Cancey, auditeur des comptes, rue de Popincourt, commandant le huitième bataillon de la cinquième division... »

Le troisîènfie exemple a, ce me semble, aussi une assez grande valeur. C'est une indication que j'emprunte à M. Rey^ « Un assez grand nombre de ports conservèrent le pavillon français bleu à croix blanche, jusqu'à l'invasion du nouveau... Celui du Havre était mi-parti horizontaïemenl blanc et bleuy et une croix blanche^ dont la moitié s'étendait sur la partie bleue et était bordée de bleu sur la partie blanche. » Il semble bien qu'ici nous saisissions sur le fait la transition du drapeau bleu à croix blanche au drapeau blanc et bleu, et la naissance de celui-ci. Si l'on réfléchit, en outre,

4 . T. Il, p. 575. On peu! peut-être ajouter comme quatrième exemple le pavillon de Dunkerque qui portait quatre bandes bleues et blanches.

que le Havre, commencé par Louis XII, a été achevé ou, pour mieux dire, créé, comme ville et comme port de mer, par le roi François I", qui le chérissait et dont il a même quelque temps porté le nom : Franciscopolis^ on sera très-porté à croire que ce prince ^ donné à sa ville le pavillon national, le principal étendard de la France sous son règne.

Il n'est peut-être pas invraisemblable de conclure des faits exposés ci-dessus que c'est sous le règne de François P'^ que le pavillon bleu a commencé de céder la première place au pavillon bleu et blanc, et que le règne de ce dernier étendard, comme pavillon national, s'étend de François P' à Henri IV, sous qui le drapeau blanc, qu'amenait le cours naturel des choses et qui, depuis Charles VII, n'avait cessé de gagner du terrain sur l'antique drapeau bleti, relégua définitivement le drapeau bleu et blanc à ce rang inférieur que nous lui voyons occuper, aux xvii^ et xviiP siècles, dans la marine de guerre.

Les drapeaux de la Bastille marquent bien ces progrès du blanc sur le bleu. Benéton nous en a

signalé un, qu'il attribuait au temps dès Armagnacs, et qui était chargé d'une croix blanche, c'est-à-dire très-probablement à fond bleu, quoiqu'il ne le dise pas. Du temps de Henri III, la Bastille en reçut un moitié bleu, moitié blanc. En voici uo troisième, trouvé, comme le second, à la Bastille, mais qui est de cent ans postérieur. Nous en empruntons la description au même ouvrage qui nous a fourni celle du drapeau de Henri III.

« Description d'un second drapeau trouvé dans un magasin sur les remparts de la Bastille, lé U juillet , 1789, lors du siège, et après la conquête de ce Fort redoutable du despotisme, par les nommés Perrot de la Faye, compagnon maçon, François Lefevre, étalierboucher, et Leroux, tous trois demeurant rue Saint- Martin ; ces trois braves citoyens, prêts à sortir de la Bastill<e avec leur drapeau, éprouvèrent beaucoup de difficultés sur leur passage, ce qui fit qu'ils prièrent un garde-françoise, nommé Bernard, de les seconder, et de le porter en triomphe jusqu'au district de la Trinité, où il a été exposé sur le Maître-Autel pendant six semaines, et gardé par ledit François Lefevre, cidessus nommé, jusqu'au jour de la nomination d'un

commandant du dixième bataillon de la troisième division.

« Ce drapeau a six pieds en quarré, est dans sa totalité de taffetas blanc, et fort roux ; il nous a paru avoir été fait sous le règne de Louis XIV, après sa majorité; il a plus de cent ans.

« Achacun des quatre coins sont des flammes torses, en taffetas cramoisi, bleu-de-roi et blanc*. Au centre du drapeau sont les armes de France et de Navarre jointes ensemble, et entourées des cordons des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, surmontés de la couronne royale de France. On lit la légende suivante, écrite en lettres d'or, Pro Rege et Patria, en françois, pour le Roi et la Patrie,

<i Le revers est tout blanc, et sans flammes, à l'exception du centre où sont représentées les armes de la ville de Paris, au navire équipé en argent flottant et voguant sur les ondes, au chef de France, parsemé àe fleurs de lys.

« Ce drapeau est déchiré dans le milieu, et dans d'autres endroits / il y a des pièces cousues sur les trous.

« Au dessous de la lance, qui est de fer rouillé, est attaché un cordon de soie verte à deux glands pareils,

4 . Nous expliquerons la valeur de ces flammes tricolores dans notre troisième partie. Elles n'empêchent point, comme le reconnaît la description de 4790, ce drapeau d'être un drapeau blanc,

une cravate de taffetas blanc, très-rousse ; — on y a joint une superbe cocarde en larges rubans aux trois couleurs adoptées par la nation.

« Ce second drapeau est déposé chez M. Gauthier, l'un des administrateurs des postes, rue Bourg-FAbbé, comman4ant du dixième bataillon de la troisième division. »

Le drapeau national, au temps de Louis XIV, \

est donc complètement blanc . C'e$t de ce drapeau blanc, considéré en lui-même, indépendamment du bleu sur lequel le blanc Ta emporté après deux partages successifs, où il s'est fait la part de plus en plus large, qu'il me reste, en cette seconde partie, à rechercher l'origine et à raconter brièvement l'histoire.

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