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CHAPITRE V

Le Drapeau blanc.

Sous Henri IV, s'opéra, je crois, la réunion du " pavillon national, issu de la bannière de France, et où, depuis Charles VII, le blanc n'avait cessé d'empiéter sur le bleu, avec la cornette royale, issue du pennon royal de France, mais qui dès François P"" était devenue complètement blanche, et avait pris plus particulièrement le caractère depavillan de commandement, d'autorité militaire. Le blanc j aux yeux d'André Favyn, dont le Théâtre d'honneur fut imprimé en 1 620, dix années seulement après la mort de Henri IV, le blanc est la livrée du royaume. En effet, après la phrase que nous citions à l'instant : « Il n'y avoit jadis que les princes souverains qui portassent cornette, laquelle ne doit estre chargée d'armes ou devise, ains seulement de la principale livrée du prince. . , ^ André Favyn ajoute immédiatement : € En France,

elle est blanche, en Espagne rouge, en Angleterre et ailleurs, des couleurs du royaume... Quant à la fanterie, dit-il encore, elle a ses enseignes et drappeaux faicts en bannière, desquels la > colonelle doit à r instar de la cornette estre sans charge ni devise, ains de la seule livrée du royaume, comme nous avons dit*. :^

Henri IV portant l'écharpe blanche, le panache blanc, la cornette blanche, et le blanc étant deveilu le signe du parti royaliste contre la ligue ; d^àutre part, le pavillon national tendant, comme nous l'avons montré, à éhminer peu à peu le bleu pour devenir complètement blanc, il est assez vraisetoiblable que cette transformation se soit définitivement accomplie sous son règne. Ainsi, quand, sous Louis XIII, la cornette blanche du roi fcessa d'être portée aux armées, le blanc n'était jplus seulement la couleur souveraine, le signe suprême de l'autorité militaire, mais la couleur même de la nation, le pavillon, le drapeau de la France *.

. A . André Favyn, t.. I, p. 26.

2. « La nbit du Itindy au mardy, la vigilance et sollicitation

Il est, à mon avis, scientifiquement démontré, c'est une vérité incontestable, que le blanc est la couleur royale et nationale aux xvif et xviii* siècles. Quand le Moniteur univ^sel (n** du 18 juillet \ 871 ) s'est permis d'affirmer d'un ton péremptoire que « la cocarde blanche n'était point une cocarde nationale ou royale » avant 1 789, il a commis une véritable hérésie scientifique^

de ceux qui avoient hardiment achemioé cette affaire eut tel pouvoir sur le peuple, que le mardy on commença les uns et les autres à prendre des 'panaches è/ancs, et peu de temps après des écharpes blanches; et à dix heures du matin ne se trouvoil plus de tafetas ni de crespe blanc dans la ville, tant fut grande Taffluence de ceux, et jusques aux enfans, qui voulurent porter les marques du Roy. » (Réduction de Lyon.) Mémoires de Pierre de rEstoile, t. H, p. 609. Febvrier 1594. Dans la Collection complète de Mémoires relatifs à Vhistoire de France, par M. Pelitot. Paris, 1825, in-8% t. XLVI. Cf. t. llï (XLVII de la collection), p. 21, Mars 1594. (Réduction de Paris.) <c Pendant que le Roy étoit à Notre-Dame, le comte de Brissac qui avoit présenté au Roy, à son entrée à Paris, une belle écharpe en broderie et en avoit reçeu V écharpe blanche^ avec le nom et le titre de maréchal de France... » — Cf. Rey, t. II, p. 474, 475, 497 et suiv., 479. — Cf. d'Aubigné, Histoire universelle, éd. citée, t. 111, liv. II, chap. xviii, in fine, p. 235.

1. Moniteur universel, mardi 48 juillet 1871, p. 662, col. 5 et 6 : « La dissertation qu'on va lire nous est adressée aujour* d'hui même. Le premier venu ne pouvait traiter aussi complètement un sujet d'actualité. On s'en aperçoit à la façon dont

Le collaborateur du Moniteur qui, d'après ce journal même, « tient aussi bon rang dans l'armée que dans l'érudition j> et dont la modestie se refuse à signer ses communications, s'est étrangement fourvoyé, quoiqu'il ait assez bien compris et expliqué un des côtés de la question. 11 me permettra, quelque soit son rang, soit dans l'érudition, soit dans l'armée, de préférer à son autorité celle des auteurs mêmes du xviiVet du xviii* siècle qui, apparemment, savaient à quoi s'en tenir sur la couleur nationale, sur la livrée de la France, à l'époque où ils écrivaient.

Nous venons de constater qu'aux yeux d'André Favyn, dont l'ouvrage a été imprimé en 162.0, le blanc est la livrée du royaume.

Galiand, dont l'ouvrage a été imprimé en i 637, passe à cet égard jusqu'à l'exagération, il croit qu'il en a été de tout temps cnmme à son épQ-

nolpe collaborateur éclaircit des origines dignes d'ôlre mieux connues. S'il ne nous est point permis de donner ici son nom, il serait néanmoins difficile de cacher qu'il tient aussi bon rang dans Tarmée que dans Térudition...» La même réfutation doit aujourd'hui (1873) s'adresser à la conclusion qu'a voulu tirer de ses Recherches M. le comte Louis de Bouille.

que; il s'imagine, ou peut s'en faut, que l'ancienne bannière de France était blanche, et il écrit cette phrase : « La candeur et blancheur convenable aux mœurs des François, a esté par eux choisie, et la portent en leurs escharpes mesmes de toute antiquité K j>

La Mothe-le-Vayer, dans son traité des Couleurs qui fait partie des Opuscules imprimés de 1643 à 1647, parle en ces termes du blanc:

« Nous tenons la blancheur de nos lys, de mesme

que celle de nos escharpes, et de la cornette royale, pour un • symbole de pureté aussi bien que de franchise*. »

Nous avons cité un édit de Louis XIV, de 1 661 ; réservant le pavillon blanc aux vaisseaux de guerre, et prescrivant aux navires marchands de porter le pavillon bleu à croix blanche, an-

4, Galland, ouvrage cité, p. 57.

2. Œuvres de François de la Motk^-le'Vayer^ conseiller d'État ordinaire. Paris, Augustin Courbe, MDGLIV, in-fol., 2 vol., t. Il, p. 298. Des Couleurs, Cf. Histoire de l'Académie française par Pellisson et d'Olivet. Édition Livet. Paris, Hachette, 4858, 2 vol. in-8?, t. Il, p. 529, 530, appendice. Catalogue académique f

cien pavillon de la nation française. Quel était donc aux yeux du roi le nouveau pavillon qui avilit remplacé l'ancien, si ce n'est ce pavillpn blanc réservé aux vaisseaux de guerre?

Le xviii^ siècle, à cet égard, s'accorde parfaitement avec le xvif . Voici ce qu'écrit Benéton, ancien gendarme de la garde du roi^ daqs son Traité des xnarques nationales ^^^ imprimé en 1 739. Benéton, comme le correspondant du Monitetir^ était un militaire érudit ; il aimait aussi à écrire dans les journaux, et collaborait au Mercure de France. Comme le correspondant du Moniteur^ il est un critique assez peu sûr, et il doit être contrôlé sévèrement quand il parle des antiquités, mais on peut et on doit le croire pour ce qui est de son temps. Voici donc ce qu'il écrit au sujet du blanc : « Je reviens maintenant à appuyer encore sur la distinction quHl faut faire entre la cou^ leur qui caractérise une nation en général^ avec d'autres qui ne servent qu'à la distinction particu-

4. Traité des marques nationales,,, par M. Benélon de Morange de Peyrins. Paris, Le Mercier, 4739, in-8<>, p. 457 458, 159. " '

Hère des différens corps militaires de cette nation^ ; à l'égard de la couleur nationale, on ne peut jamais trop s'y fixer, ni avoir trop d'attention pour la placer en lieu bien apparent. Depuis que celle des François est le blanc j tant qu'on a eu des écharpes, celle de cette couleur qui marquoit la nation, avoit le dessus sur celle qui ne servoit qu'à l'uniformité, et depuis qu'on n'en a plus porté, c'est sur les feutres et les chapeaux que le blanc national a paru parle moyen des plumes, des cocardes et d'autres matières de cette couleur; depuis le règne de Louis XIII, la rose de ruban blanc au chapeau a été constamment la marque des guerriers françois^ et cet ornement galand et militaire est aussi de mode chez les peuples nos voisins, qui, à notre exemple, mettent des cocardes de la couleur qui leur sert de livrée... Tous les peuples de l'Europe ont donc présentement au chapeau la couleur nationale à laquelle ils se

i . Ces paroles sont la meilleure réfutation, la plus direcie que Ton puisse trouver, de la théorie exposée par le correspondant du Moniteur^ — et par M. L. de Bouille.

sontfixéSy les François ont du blanc^ soit en ruban ou en papier, et les autres, comme les Allemands, les Anglois, ou les Hollandois, ont des rubans des couleurs qui leiç désignent... »

Cette citation me paraît décisive. Si cependant le correspondant du Moniteur récusait Tautorité d'André Favyn, de Galland, de La Mothe-le-Vayer, de Louis XIV et de Benéton, et persistait à soutenir qu'il n'y avait point, avant 1789, de drapeau ni de couleur nationale, l'opinion contraire à la sienne, « cette hypothèse » qui, suivant lui, « ne résiste pas à l'examen j »ne se rendrait point pour cela. Elle en appellerait du Moniteur au Mo^ niteury et renverrait le mystérieux 'correspondant, qui fera bien de se garder non moins soigneusement des erreurs de tactique que des erreurs de critique, au n° 295 de la Gazette nationale (fondée en 1 789) , portant la date du vendredi 22 octobre 1790. Là, dans le compte rendu de la séance de ['Assemblée nationale^ du jeudi %\ octobre, il trouverait une très-curieuse discussion, sur laquelle je reviendrai dans ma troisième partie. Cette discussion

s'engagea sur un projet de décret présenté par M. de Menou. Je me borne, pour le moment, à extraire de ce projet la phrase suivante :

« L'assemblée nationale, ouï le rapport de ses comités de marine , militaire, diplomatique et des colonies décrète que le pavillon blanc^ qui jmqu'à

présent a été le pavillon de ta France^ sera changé en un pavillon aux couleurs nationales... »

Est-ce clair?

Je résume les faits et les conjectures exposées dans cette seconde partie de mon esquisse en ajoutant les conclusions suivantes à celles que * j'ai tirées de ma première partie :

1 " Quoique la bannière de France, d'azur aux fleurs de lis dor^ ait subsisté jusqu'au xvii® siècle et peut-être au delà, à titre d'étendard de cérémonie, le pavillon national, de Charles VII à François P*", était le drapeau bleu chargé d'une croix blanche.

2** De François I" à Henri^ IV, le pavillon national était le drapeau bleu et blanc^ le blanc ten-

dant de plus en plus à prendre le pas sur le bleu.

3*" Le drapeau purement blanc (dont la couleur avait été celle de l'étendard de Jeanne d'Arc) succédant a,u pennon royal de France et à la cornette bleue peut-être chargée d'une croix blanche^ devient dès le règne de François V% sous le nom de cornette blanche^ le pavillon de commandement des armées fî^çaises; le signe de la souveraineté militaire, attribut de la royauté.

4' Depuis Henri IV jusqu'à la Révolution fran-

çaise, il est incontestable que le pavillon national de la France est le drapeau blanc.

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