‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 35 sur 65 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

à l'Hôtel-de- Ville, des mains du maire, la cocarde de la révolution qui n'avait encore que les deux couleurs de la ville, il fût reconduit par le commandant général jusqu'au piquet des garded du corps resté hors les murs. A la suite de la délibération de l'assemblée des électeurs du 16, m projet d'organisation fut arrêté par La Fayetttt, de concert avec le comité militaire, l'état-majôf de la garde provisoire, le général Mathieu Dumas, rapporteur. En même temps ce fut sur sa propo* sition qu'après l'adoption des nouvelles cotdeuf^ par le Roi, YHôtel-de'Villey ujoMaVkmiQbB coupleur BLANCHE*. Ainsi fut fôrmét la œckVits^ tRî-

Fayette^ publiés par sa famille. PariS) Fduraier, et Londres, Saunders and Otley, 4 837-38, d vol. in-8«.

4 . Ici les Mémoires ajoutent cette note : a La cocarde fat d^âbord bleUe et rouge ; ce n^étaient pas seulement les couleurs de la ville, mais par un singulier hasard, celles de la livrée d'Orléans. La Fayette, frappé de cette circonstance et voulant nationaliser (sic) l'ancienne couleur française, en la mêlant aux couleurs de la révolution, proposa à THôtel-de- Ville et fit adopter la cocarde tricolore. Note du général La Fayette» i» Le langage de La Fayette est étrange, mais son téittoignage esl précieux. Je ne m'arrête pas à la bizarrerie de celle expression, nationaliser l'ancienne couleur^ ett., t|Ui rend utt« idée plus bizarre encore. Il est bien évident que l« bk^ éiant

COLORE, depenue la cocarde nationale. La Fayette, en présentant àTHôtel-de-tVille le projet d'orgçi-

Vancienne couleur française, c'est lui qui peut seul donner un eerlain caractère national aux couleurs de la révolution et non elles à lui ; mais nati&»aU dans la pensée cle La Fayette, avai( évidemment pria un sens directement contraire à son sens naturel : national pour lui, e^est insurrectionnel: est national à ses yeux, dans cette première période de la Révolution, tout ce dont la nation s'était passée jusqu'à lui, tout ce qui 3e fait contre ou malgré le Roi. C'est à peu près en ce sens que, dès le 46 juillet, il donna à la milice parisienne le nom de garde «ationale^ qui est de son invention (Buche%, t, I, p, 44^, }iy« IV, chap. i). Quant au singulier hasard de la ressemblance des couleurs de Paris avec la livrée d'Orléans^ ce que noqs avons dit au commencement de Cette troisième partie de la livrée héréditaire de la !liaisQn de France depuis Henri IV en est l'explication la plus probable, soit qu'en 4789 la branche cadette ne portât plus que deux des trois couleurs héréditaires des Bourbons, soit, ce qui est beaucoup plus vraisemblable, que portant les trois couleurs comme la branche aînée,, le blanc dans sa livrée fût alors moins apparent que le bleu et le rouge. Voici, d'après Benéton (Traité des marques nationales, p. 305), quelle était la livrée de Philippetie France, duc d'Orléans, frère unique de Louis XIV î « A l'égard, dit-il, des princes puîqés des roia, en leur faisant une maison, on leur donne une livrée. M. Philippe de France, duc d'Orléans, frère uniqqe de Loui? JIV, prit pour la sienne un fond rouge doublé de bleu, galonné de deux galons accostés, l'un blanc, et Tautre bleu, et tous deuxlijnbés; ou bordés d'un échiquier de blanc et de rouge de deux traits, ce qui est devenu une livrée héréditaire pour tous les descendants mâles de ce prince. Cette livrée avoit déjà élé portée par Gaston de France, duc d'Orléans, frère puîné de Louis XUI. » Il

nisatioD avec cette cocarde et l'uniforme tricolore, prononça ces paroles : « Je vous apporte

est très-vraisemblable que cette livrée n'avait pas changé en 4789. La Fayette était donc très-probablement dans l'erreur quand, ajoutant le blanc aux couleurs de Paris, il croyait les distinguer par là de la livrée d'Orléans. Il les en rapprochait au contraire, aussi bien que des couleurs propres du Roi, chef de la branche aînée. Cette erreur môme prouve qu'entre la cocarde de 89 et la livrée royale le rapport est tout fortuit. — Cependant je dpis noter ici cette phrase de VAmi du Roi, organe du parti royaliste ( numéro 447, lundi 25 octobre 4790, p. 599, col. 2) : « Ceux-là sont les véritables contre-révolutionnaires qui substituent les couleurs d'un particulier à une couleur nationale depuis douze cents ans. » Il y a évidemment là un trait dirigé contre le duc 4'Orléans et contre Mirabeau, que l'on soupçonnait de vouloir porter le duc au rang suprême. Mais il est étrange que les rédacteurs de VAmi du Roi ne se soient pas aperçus que la livrée du duc d'Orléans était aussi celle de Louis XVL — Quoiqu'il en soit, il ne semble pas que l'on puisse raisonnablement, sur l'origine de cette cocarde, récuser le témoignage de M. de La Fayette, qui concorde parfaitement avec l'arrêté du Comité permanent. M. de I^a Fayette voyait dans la cocarde tricolore une conciliation comme il la rêvait, et l'union des couleurs révolutionnaires avec la couleur nationale et royale offrait à son esprit charmé un symbole de cette monarchie américaine qu'il présentait encore aux Français, en 4830, comme la meilleure des Républiques. Il mourut sans avoir vu son idéal réalisé, mais sa cocarde avait fait fortune. — Le correspondant du Moniteur universel (<7 juillet 4874), qui nie V autorité du blanc avant 4789, veut tirer le drapeau de la Révolution de la livrée royale, et pour expliquer la transition, qui

« une cocarde qui fera le tour du monde, et une c institution a la fois civique et militaire, qui

lui parait malaisée, il se jette dans là hanle fantaisie : « Gomment diable I s'écrie-t-il dans nn langage, comme dirait Benéton, galant et militaire, comment diable cette livrée royale s^estelle transformée en drapeau de la liberté? Je n*en sais rien. On a inventé cent explications légendaires et peu satisfaisantes. Voici la mienne : en 1789, après la prise de la Bastille, licenciement des gardes françaises et organisation de la garde nationale. Chaque bataillon de cette dernière garde reçoit une compagnie des gardes françaises, et prend les couleurs de ce corps d'élite. Ce trio, rouge, bleu et blanc, devient à la mode; on le tnet partout, en cocardes, en écharpes... de là, le drapeau tri«colore. » Cette explication, aussi peu satisfaisante que les cent autres, n'a môme pas, comme elles, Tavantage d'être légendaire. Elle est fantastique. Il est étrange que des faits' relativement récents soient aussi promptement dénaturés. Me voilà obligé, une fois encore , de renvoyer le collaborateur du Moniteur à la Gazette nationale (n*" 24 , du 20 au 23 juillet 1789). H y trouvera Tarrêté du Comité permanent instituant la milice parisienne et lui donnant la cocarde rouge et bleue^ la veille de la prise de la Bastille, Je ne hais point les conjectures en histoire, j'en use moi-môme avec hardiesse, mes lecteurs diront peut-être avec témérité, mais ici la vérité n'était pas malaisée à découvrir. M. Jal l'avait parfaitement établie avant moi pour l'origine parisienne de la cocarde. Mais M. Jal, sujet à se tromper comme moi, comme nous tous, M. Jal a de la critique, chose rare, môme dans l'érudition, même dans l'armée ! Cf. Jal, Mémoire cité sur les trois couleurs nationales et Dictionnctire critique^ etc.^ au mot Pavillon national ^ p. 948, col.>2, p. 949.

a dûît triompher des vieilles tftctiques de Tîlu-

c rope,' et qui réduira le» gpuverqements arbi-

« Irairés à ralternative d'être battus s'ils ne

€ l'imitent pas, et renversés s'ils osent Fimi-

« ter\ » -

Ainsi l'origine de la eooarde trioolore est bien, CQinroe nou^ r^vQps dit, intimement liée avec Tinstitution révolutionnaire de la garda pationale par la Comipune insurrectionnelle de Paris. Elle futcomposée par r adjonction du bhnc, couleqr nationale de la France, au bleu et au rouge, cou-

I. Mémoire du^n^c^l ha Fayette, \, {{| p. 2^6, 967* I^es Hémoires ajoutent; « Voill^ çommenli fi^rapt iqstiti^éea les garder nationales, h^, révolution du ^ 4 juill^i dVQ'U donné à, l(^ cçkpiUkle une espèce de supréinatie siur les (k^t(Tes viU^^ ^t sy^r (ptf5 les cantons du royaume^ qui s'empressèrent de suivre ses ei^fxnples et de demander ses conseils* n CU fiapporf du g^péral Chanzy, sur le projet de loi relatif à la dissolution et siu (iésarmement des gardes nationales. Assemblée nationalOj séance du samedi 49 août U74 j « On peut dire que la gar46 nationale, telle que nous la comprenons de nos jours, date du commencement de la flévolution, et qu'elle tire de oette origine le double caraclère conservaltur et révolutionnaire qu'il faut bien lui reconnaître. Elle est née de la nécessité d'asBur0r Vordre intérieur, cela est vrai, mais aussi d'une pensée de guspipion à regard de Tarmée que sa iidélité au pouvoir, bi9n qqo dO pluq en plus ébranlée et douteuse, faisait encore redouter pour Ips Ij-

leura de Pari?. Cette cocarde, acceptée de plu^ . oq moiqa bon gré, suivant les partît, par l'Assemblée nationale, et subie par le Roi, ni le Roi

ni TAsseroblée n'auraient sans doute songé à la

créer, et ils ne prirent point l'initiative de cette création* non plus que de l'institution de la garde nationale, Paris donna ses couleurgi à la France, comme il lui a donné tant de fois pour maîtres ^es tribuns, ses favoris.

Ce serait une erreur de croire que, dès l'appa-

bertés que Ton revendiquait alors. La municipalité de Paris fat la première à créer, dès 1789, une milice de douze mille hommes, promptement portée à quarante-huit mille» qu'elle recruta dans la bourgeoisie et dans les gardes françaises insurgées, lui donnant la cocarde aux couleurs bleue et rouge de la ville pour afdrmer son indépendance, en y ajoutant toutefois, comme marque de respect, la couleur blanche, qui était celle du Roi. L'exemple fut bientôt suivi dans les provinces.... En résumé, votre commission, en terminant son rapport, croit devoir insister pour l'adoption du projet de loi, et vous demande Turgence pour son examen. A Texception d'une voix, elle a été- unanime à admettre le principe de la suppression et du désarmement immédiat. Dans la question de la suppression, il ne s^est produit qu'une minorité de quatre voix. » M. le général Chanzy établit parfaitement la naissance simultanée et insurreciien- Belle^ Torigine toute parisienne, et de la garde nationale et de la cocarde tricolore.

rition de cette cocarde, il en soit résulté l'adoption immédiate et générale d'un nouveau pavillon français, d'un type uniforme d'étendard tricolore pour l'armée, la marine, et plus généralement, pour l'Etat et les diverses délégations, divisions et subdivisions de la puissance publique. La livrée parisienne, à vrai dire, ne fut portée d'abord que sous forme de cocarde^ Dans la milice parisienne elle-même, non-seulement les drapeaux qui, dès l'abord, portèrent les trois couleurs, en varièrent la disposition d'une façon

4 . ce L^habillement ou uniforme de la garde nationale parisienne consiste en un habit de drap bleu-de-roi avec passepoil écarlate, paremens et revers blancs, le collet montant écarlate, veste et culotte blanches, guêtres noires pour Thiver, blanches pour l'été ; la giberne avec une plaque aux armes de la Ville, surmontée de fleurs de lis ; uù baudrier avec sabre à monture de cuivre doré aux armes de la ville, surmontée de fleurs de lis, au numéro de la division et du baiaillon, le numéro de la division en haut, et celui du bataillon en bas^ Le chapeau noir^ bordé d'un galon de soie noire ; au-dessus du bouton et de la gance, est une houpe de laine frisée d'une couleur ou de plusieurs, suivant la marque de la division. La cocarde est de forme ronde, des trois couleurs adoptées par la nation, blart" che, rouge et bleue, etc. « Description curieuse et intéressante, etc. Introduction^ P* S*

tout arbitraire, mais tous lies drapeaux ne portèrent point la livrée nouvelle, il y en eut même qui furent complètement blancs.

Nous pensons qu'il y a intérêt pour nos lecteurs à se rendre compte de cette diversité curieuse. Aussi reproduisons-nous ici en abrégé la description de quelques-uns des soixante drapeaux de la garde nationale de Paris :

« District de Saint-Jacques du Haut-Pas. — Première division, — Premier bataillon... Le drapeau... a six pieds en quarré ; dans le milieu est une croix de taffetas blanc ; à chaque extrémité est représenté le bonnet de la liberté, couleur grisâtre. Au centre de cette croix est le château de la Bastille encore fumant, au-dessus duquel est une exergue écrite en lettres d'or sur un ruban bleu azur, portant ces mots : Ex semtute libertas : en français, Fesclavage a donné^ naissance à la liberté. Au-dessous de la Bastille est un chiffre formé des quatre lettres initiales en or : S. J. H. P., lesquelles signifient Saint- Jacques du Haut-Pas. Les quatre angles de ce drapeau sont de taffetas bleu-de-roi, parsemés de fleurs de lys d'or. Le revers du drapeau représente au milieu une croix de taffetas blanc, et les quatre angles semblables à l'autre côté ; mais au centre de la croix est une couronne

civique emlronpée d'une gloire eo or très-éclatante, eto,

« District de Saint- Victor. -^ Second batailUm,., Le drapeau a six pieds eo quairé, de taffetas rouge . dans ^a totalité, etc. Au-dessus est une légende écrite eu lettres d'or, sur un large ruban bleu-de-roi, portant ces mots : loi, Concorde^ Liberté... Au-dessous de la lance en cuivre doré, évldée d'une fleur de lys à jour, sont attachés avec un cordon de soie blapche et or, deux glands de même, une cravatte de taffetas blanc, sans être garnie.

« District de Saint-Marcel. — Quatrième bataillon,.. Le drapeau, qui a six pieds, est de taffetas blanc dans sa totalité. Le milieu représente un paysan rempli d'effroi, et de grandeur naturelle, vêtu d'une veste rouge, culotte bleue, bas blancs et souliers noirs, accourant des champs, tout effrayé, vers la barrière des Gobelins, etc. La cravatte de taffetas, couleur de rose et bleu céleste, est attachée au-dessous de la lance de cuivre, avec cordon de sole bleue et blanche, et les glands pareils. Ce drapeau a été peint à la manufacture des Gobelins.

« District des Mathdrins, ^Dixième bmiUan^.. Le drapeau de ce district est de taffetas des trois couleurs... Le milieu représente uue large croix blanche... Les quatre angles de la croix sont de couleurs

opposées l'une à Tautre^ doat d^ux rouge cramoisi et deux bleu céleste^ etc*

« District des Prémontrés de la CROix-RoiTâfi. -— Seconde division. — Premier bataillon,.. Le drapeau... a sept pieds et demi en tous sens, et est dans sa totalité de taffetas blanc— Au milieu... est une large croix rouge ponceau» bordée d'un cadre bleu-deroi 5 etc.

« Ï)ISTRICT DES C0RD6LÎERS* — Seconde division. — troisième batailloft,,. Le drapeau.. . est d'assemblage de trois couleurs t le milieu est une croix en taffetas bleu-de-roi; les quatre angles sont de couleurs opposées Tune à l'autre, dont deux rouge-ponceau^ et deux blanches sans aucun ornement, etc.

t( DlSTftlGT DE NotrË'-Dame* — Seconde division^ -— QAntrièrVte bataillon,.. Le drapeau*^, a six pieds eu qUârré; le milieu est une large croix de taffetas blanc... LiBS quatre coins.», sont de taffetas de deux couleurs opposées Tune à l'autre, dont deux d'un bleu tendro et les deux autres couleur rose ; à chacun desquels est une fleur de lys en or... Ce drapeau a été béni dans le chœur de l'église de Paris par M. Tabbé Radix, le 17juillel 1789, à dix heures du malin. C'est le premier drapeau qui a été fait, béni, et porté au-devant du Roi, le 17 juillet 1789, etc.

« District des Carmes déchaussés. — Seconde dî-

vision. — Dixième bataillon.,. Le drapeau de ce district est... de taffetas bleu-de-roi très-foncé dans toute son étendue, et parsemé de fleurs de lys d'or, sans fin, etc.

« District de Saint-Nigolas-des-Champs, transféré au Sépulcre. — Troisième division. — Seœnd bataillon... Le drapeau... est composé de taffetas des trois couleurs adoptées par la nation, bleu, rouge et blanc; et partagé en quatre parties égales. Les deux parties d'en haut, attachées à la lance,' sont de deux couleurs. Tune est blanche etTautre bleu-de-roi... les deux parties d'en bas sont aussi de deux couleurs. Tune blanche etTautre rouge ponceau, etc.

« District de Saint-JagOues-l'Hospital. — Qmtrième division. — Premier bataillon... Le drapeau a six pieds en quarré, et est de taffetas blanc dans toute son étendue, sans aucun ornement ; la cravatte de taffetas blanc, aussi sans ornçment, est attachée avec un cordon à deux glands d'or, au-dessous de la lance en cuivre doré.

« District de Saint-Louis-la-Culture, rue Saint- Antoine. — Cinquième division. — Sixième bataillon... Le drapeau de ce district est de taffetas blanc dans toute son étendue, et a six pieds en quarré. Sous la lance en cuivre doré, est attachée avec un cordon à deux glands et frange en or fin, une cravatte en taffetas

blanc, garnie d'une frange en or, et sans autres ornemens, etc., etc. ^ »

La cocarde nouvelle, depuis que le Roi l'eut . acceptée, le 17 juillet 1789, se propagea rapidement en France, aussi rapidement que la fièvre révolutionnaire, qui de Paris s'étendait à toutes les parties du royaume. X»e mouvement insurrectionnel dont la prise de la Bastille avait marqué «

l'avènement, succédait dans les provinces, comme dans la capitale, à ce qu'on a si justement et si noblement appelé < le mouvement national de la fin du dernier siècle, d Bientôt, ce fut la cocarde blanche, l'ancienne cocarde de la nation, qui fut suspecte, qui fut proscrite, étant considérée comme le signe de ralliement des aristocrates. Les journées des 5 et 6 octobre, entreprise commune

\, Description curieuse et intéressante des soixante dra^ peaux, etc., p. 2, 4, 5, 6, 8, 9, 40, 49, 20, 24, 22, 25, 26, 27, 36, 40, 41 , 57, 85. Cf. Collection complète des drapeaux faits dans les soixante districts y etc., et les Collections de drapeaux. Bibl. nat.. Imprimés^ cotées Li *', n^ 4. — Le drapeau de Saint-Jacques-de-rHôpilal fat modifié en 4790. Voyez pi. 3 de nos dessÎDS le drapeau du bataillon de Saint-Louis-la-Culture vi celui du bataillon des Cordolicrs.

delà populace et delà garde bourgeoise, avaient amené à Paris le Roi, dès lors à peu près captif, et l'Assemblée nationale, plus que jamais courbée sous le joug des agitateurs parisiens. Le samedi 29 mai 1790, le président donna lecture à l'Assemblée nationale de la proclamation suivante, par laquelle Louis XVÏ sacrifiait décidément à la vaine espérance du rétablissement de l'ordre et de la paix publique la cocarde traditionnelle :

« Jamais des circonstances plus impérieuses n'ont invité tous les Français à se réunir dans uq même esprit, à se rallier avec courage autour de la loi, et à favoriser de tout leur pouvoir rétablissement de la Constitution. Nous n'avons rien négligé pour inspirer ces sentiments à tous les citoyens ; nous leur avons nous-même donné l'exemple de la confiance la moins équivoque dans les représentants de la nation, et de nos dispositions constantes pour tout ce qui peut concourir au bonheur de nos sujets et à la prospérité de la France.

« Serait-il donc possible que les ennemis du bien public cherchassent encore à troubler les travaux importants dont l'Assemblée nationale est occupée, de concert avec nous, pour assurer les droits du peuple et préparer son bonheur; que l'on essayât

d'émouvoir les esprits, soit par de vaines terreurs et de fausses interprétations des décrets de TÂssémblée nationale, acceptés ou sanctionnés par nous, soit en entreprenant d'inspirer sur nos intentions des doutes aussi mal fondés qu'injurieux, et en voilant des intérêts et des passions privées du nom sacré de la religion 7

. <r Une opposition si ecmpable non» afBîgeraît sensiblement, en même temps qu'ai» exej^^erait toute notre animadversion. L'objet continuel de nos soins est dé prévenir et de réprimer tout ce qui en porterait le caractère. Nous avons même jugé digne de notre soUieitude paternelle d'interdire jusqu'aux signe» qui ieraiei^t propres à manifesteir des divi^îoc^ et des partit

a Mû par ces considérations, et instruit qu'en divers lieux du royaume des particuliers se seraient permis de porter des cocardes différentes de la coearde naiieoale que bobs portons. nou&-méme, et ceosÂdérant }e« ii]^çca[)véiuepts qui pe^ve^t résulter de cette diversité» nous avoAs cru devoir l'interdire.

« En conséquence faisons défense à tous nos fidèles sujets, et dans toute Tétenduejde notre royaume, de faire usage d'aucune autre cocarde que de la cocarde wUoQale^

« Exhoplons tous les bons eitoyes» à s'abatoftir dans leurs discours, comme dans leurs écrits, de tous reproches ou qualifications capables d'aigrir les esprits,

de fomenter la division , et de servir même de prétexte à de coupables excès.

« Signé: Louis *. »

C'est de la cocarde, on le voit, qu'il s'agit uniquement dans cette proclamation. Il n'y est nullement question, des drapeaux. C'est qu'en effet le drapeau blanc survécut à la cocarde, non-seulement comme pavillon militaire et maritime, mais comme bannière civile de la France. Je n'en veux d'autres preuves que les étendards qui furent portés et bénis au Champ-de-Mars, le 1 4 juillet 1 790, à la grande fête de la fédération. Les drapeaux de la garde nationale de Paris naturellement y figurèrent : nous avons dit qu'ils étaient loin d'être tous et uniformément tricolores. La députation de chaque département avait sa bannière, qui lui avait été offerte par la Commune de Paris. Or si la cravate de ces bannières des dépar-

ia Moniteur universel^ n^ 4Ô1, lundi 31 mai 4790. Bulletin de l'Assemblée nationale. Séance du samedi 29 mai, au soir. La proclamation fut signée par le Roi le 28 mai^ et contre-signée par M. de Saint-Priest. Cf. Journal militaire^ t. 1, p. 486, nM2, 4t)juin4790.

tements (que Ton peut bien, ce me semble, qualifier de bannières civiles de la France) était tricolore, les bannières elles-mêmes étaient blanches. La députation de l'armée était précédée d'une bannière, également donnée par la Commune de Paris et qu'on appela Y Oriflamme. Cet étendard, considéré ce jour-là comme le grand pavillon de commandement, le drapeau stipréme, était porté par M. de Vergennes, grand écuyer tranchant et porte-cornette blanche de France^ qui s'avançait, escorté des maréchaux de Mailly et de Ségur, et d'un groupe d'officiers généraux*. Cette ori-

4 . «On voyoil alors flotter dans les airs ces bannières que la Commune de Paris a données à chaque département comme un gage d'alliance et de fraternité. Elles sont simples et sans faste: un bâton terminé par une pique, des cravattes aux couleurs de la nation, un taffetas blanc ^ sur chacun des deux côtés duquel sont peintes deux couronnes de chêne, avec cette légende au milieu de Tune, Constitutioriy au milieu de l'autre, Confédéral tion nationale^ à Paris , xiv juillet M.DCC.XC, Sur chacune est écrit aussi le nom du département auquel elle appartient... Au centre des départemens, les troupes de ligne suivoient Toriflanune dont Paris leur fait aussi présent. Les couronnes civiques qui les décorent, et les mots Constitution et Confédération nationale, seront à jamais la devise de ces guerriers... Les ins* criptions de cet étendard en indiquent la destination primitive. D'un côté on lit, an milieu d^une double couronne, ces mots :

flamme, après îâ cérémonie de la fédération , nous dît le Journal militaire^ dont le témoignage est confirmé par \e Moniteur et tous les journaux du temps, « fut déposée, par ordre de M. de La Fayette, dans un des salons du château de la

Confédération nationale à Paris j le M juillet 4790, et de Tautire côté, ConsÈitiUiûn ; ati-dessoiis de chaque couronne se trouyent ces 4ulrefi mots; Armée française. Cet étendard n'est donc ni un sujet religieux, ni un signe militaire ; c^est un monument de la confédération, fondée sur la Constitution^ laquelle est défendue par Taraiée françoise. » Courrier d'Atdgnon^ 57« année, n*» 474. Vendredi 23 juillet 4790. De Paris, le âe juillet, p. 700, col. 2, et n« 475. Samedi 24 juillet 4790. De Paris, le il juillet, p. 704, col. 4. Cf. rAmi du Roi, n® 49. Lundi 49 juillet 4790. Supplément, p. 201, col. S : « Chaque département avoit son oriflamme sur lequel on lisoit d^un côté : Confédération nationale, à Paris, le M juillet 4790; et de Tautre^ Constitution, département de... L'oriflamme étoit portée par M. de Yergennes, à qui sa charge de grand écuyer tranchant en donne le droit. MM. les maréchaux de Mailly et de Ségur marchoient après lui, et étoient accompagnés de quelques lieutenans-généraux, maréchaux-de-camp et autres officiers généraux* » Cf. Chronique de Paris, n* 496. Vendredi 46 juillet 4790, p. 786, col. 4 et 2: « Il est impossible de décrire le spectacle qu'offroit le Champ-de-Mars quand tous les corps y ont été réunis ; les soixante drapeaux de Paris, et les quatre-vingt-trois bannières flottantes offroient, au milieu de cette foule immense de soldats, le coup-d'œil le plus ravissant. Chacune de ces bannières étoit blanche; on lisoit, au milieu

Muette. De Vieux soldats, de vieux officiers l'en retirèrent et l'escortèrent jusqu'au vestibule de r Assemblée, où ils attendirent de M. de La Fayette l'ordre de la déposer dans la salle même : il étoit une heure apjrès minuit. Il fut dressé procèsverbal du tout. M. de BlainviUe, lieutenant-colonel d'infanterie, commandant du détachement chargé de la garde de l'oriflamme, invita les vétérans qui l'avoient suivi à se retirer. Aucun de ces braves soldats ne voulut abandonner ce précieux gfige d'union de tous les François. Lecture faite dans l'Assemblée de la conduite de ces vieux

d^Uiie Couronne civique, en lettres d'or : Constilutiorty serment juré à Paris, le M juillet 1790, et le nom du département. » Cf. Journal général de France^ n** 497, vendredi 16 juillet 4790, p. 806, col. %\ «Chaque département avoit son oriflamme, donnée par la municipalité de Paris, avec ces mots d'un côté : Confédération nationale à Paris^ le M juillet 4790 ; de l'autre on lisoit: Constitution^ département de, etc.. Les troupes de ligne étoient précédées de Toriflamme, portée au premier rang p^r le porte-cornette blanche de France. » Un décret de l'Assemblée, en date du 49 juillet 1790, décida que ces bannières des départements seraient transportées « dans' le lieu où le conseil d'administration de chaque département rendra ses séances. » Journal militaire, 1. 1, p. 254, n^ 4 4. Supplément^ 30 juillet 4790.

militaires, tous les membres se disputèrent ? honneur de faire une motion pour témoigner Tintérêt et la reconnaissance quHnspiroit leur conduite. L'Assemblée leur vota des remercîments, et décréta que le procès-verbal qu'ils avoient dressé, ainsi que leurs noms, seroient inscrits dans le procès-verbal de l'Assemblée. Cette oriflamme a, par un décret exprès, été suspendue aux voûtes de la salle des séances de l'Assemblée nationale^, où elle restera à jamais, et rappellera sans cesse aux législatures suivantes, l'époque mémorable de la constitution Françoise ^ » Ce nom (l'ori-

4. Journal militaire^ t. I, p. 263, 251, n^ 44. Supplément^ 30 juillet 1790. Cf. Moniteur universel^ n^ 197, vendredi 46 juillet 4790. Bulletin de C Assemblée nationale, séance du jeudi 45 juillet, et n* ^98, samedi 17 juillet 4790. Suite de la séance du jeudi 1 5. Discussion sur la question de savoir où sera déposée Voriflamme placée par les vétérans dans rassemblée nationale. Voici cette discussion, d*ailleurs assez abrégée dans le Moniteur. On verra, par le discours de l'abbé Maury, combien les idées des lettrés, je ne dis pas des érudits du dernier siècle, étaient peu exactes au sujet de nos anciens étendards, et même, plus généralement, au sujet des antiquités nationales.

A M. LE Président. — Je dois vous dire que, lorsque Ton m'a annoncé que Toriflamme avait été déposée dans TAssem-

flamme ferait croire au premier abord que cet étendard était rouge. On pourrait croire d'autre

))lée nationale, j'ai dit que ce n'était point là sa place, et qu'on aurait dû la porter chez le Roi. (On observe à M. le président qu'il n'avait pas le droit de faire cette réponse.)

M. l'abbé Maury. —Puisque l'on donne le nom d'oriflamme à l'étendard qui nous est apporté, j'ai pensé qu'un récit historique très-court sur cette bannière nationale, suffirait pour indiquer l'endroit où il doit être placé. Ce fut des Gaulois que les Romains apprirent à multiplier les drapeaux. Sous la première race de nos rois, ils étaient déposés dans les temples, et, pour le dire en passant^ c'est de là que vient l'origine des grands feudataires. Chaque chevalier était préposé à la garde d'un drapeau^ et avait à sa solde huit écuyers et trente-deux soldats. L'oriflafaime était d'une étoffe blanche [sic) ; il ne faut pas la confondre avec la bannière de France, qui était d'une étoffe bleue ou violette, sensée de fleurs de lis. Le roi Dagobert fît bénir les drapeaux sur le tombeau de saint Martin, et c'est dans cette église que fut d'abord déposée l'oriflamme. Elle fut ensuite transférée à Saint-Denis. Le comte de Vexin avait seul le droit de la porter. Depuis Louis le Gros jusqu'à Charles YII, les rois n'ont jamais combattu sans avoir auparavant reçuToriflamme. On prétend qu'à la bataille de Rosbach (Rosebecq) l'oriflamme disparut. Le vrai est qu'elle fut enlevée au pillage de l'abbaye de Saint-Denis par les Anglais. Si vous la considérez comme un monument religieux, elle doit être conservée dans le temple du Seigneur ; si vous la regardez comme l'étendard de l'armée par excellence, le Roi est le seul à la garde duquel elle doit être confiée. Sous aucun rapport^ un trophée militaire ne peut être confié au corps législatif: nous ne devons donc pas

part que ce drapeau suprême de la fédération, que M. de La Rochefoucauld, combattant Tavis de Fabbé Maury, qui voulait qu'on le déposât

hésiter de décréter qa^elle sera portée ea triomphe ehez le Roi.

M. L^ABBÉ Gouttes. — J^appuie la motion un préopinanlK, et je crois en cela remplir le tobu de tons les braves militaires qui nous entonrent.

M* LAROGHBFOUCAtLT. — La bannière a ponr devise le mot Constitution; c^est renseigne de la liberté française; c^est donc an corps législatif qn*elle doit appartenir. Je demande ({n'elle soit déposée dans les archives de l'Assemblée.

M. Muguet appuie cette motion.

M. Arthur Dillo!! . — On voit écrit snr nn côté de la bannière, ce mot : Constitution^ et snr Fantre, eelni-c i : ' Armée française; le Roi en est le chef. Je demande donc qu'elle soit déposée chez le Roi, et qne vingt on trente hommes soient préposés à sa garde.

M. LE Chapellier. — G^est un monument qui doit rappeler à nous et aux législatures à venir, llieurense époque que nous venons de célébrer; c^est donc dans ce temple qu'il doit être suspenda, et j^n fais la motion expresse.

M. l'abbé Maurt. — Cet étendard a été béni entre les mains des vétérans ponr servir aux troupes de ligne qui n^en avaient pas.

On demande à aller aux voix. — On observe que Tintention de la municipalité est que roriflamme soit déposée à FAssemblée nationale.

M. Bouche. ^ Je regarde ce drapeau comme Temblème qui rappelle aux troupes qu^elles sont soumises aux deux pouvoirs^

chez le Roi, chef suprême de Tarmée, quahfiait d' € enseigne de la liberté française, > portait les couleurs nouvelles, la livrée parisienne et révolutionnaire. Eh bien, non, l'oriflamme du 14 juillet 1 790,rétendard suprême del'armée, Fenseigne de la liberté française, qui portait pour devise le mot : Constitution^ et qui fut suspendue aux voûtes de TÂssemblée nationale, n'était ni rouge, ni tricolore; elle était blanche*. Ce fut même là,

et qu'elles ne peuvent le déployer sans leur intervention mutuelle. ^

La priorité est accordée à la motion de M.^ Le Ghapellier, et TAssemblée décrète que Tétendard donné par la Commune de Paris aux vétérans représentant Tarmée française, sera suspendu à la voûte de TAssemblée nationale. » — Le discours de Tabbé Maury, résumé dans le Moniteur^ est rapporté in extenso dans \]Ami du Roi^ n° 16, vendredi 46 juillet 1790, p. 1 87. La réponse de M. de La Rochefoucauld est rapportée plus à plein dans le Courrier d'Avignon, 57® année, n° 175, j

samedi 24 juillet 1790, p. 703, col. 2, et p. 704, col. 1 .

1. « L'oriflamme... suspendue aux voûtes de TAssemblée nationale, et dont la couleur est blanche dans sa plus grande partie,.., » dit le Journal de Paris^ n" 295, vendredi 22 octobre 1790, p. 1202, col. 1. Qu'est-ce que cette moindre partiç qui n'était pas blanche? Quelle en était la couleur? Peut-être s'agit-il simplement des couronnes civiques qui enfermaient les devises. Quoi qu'il en soit, nous allons voir les orateurs du

nous Talions voir, un des arguments invoqués par les défenseurs de l'ancien drapeau, quand les couleurs nouvelles, au mois d'octobre suivant, furent transportées, par une mesure formelle de l'Assemblée nationale, de la cocarde sur le pavillon de la France.

côté droit opposer, comme un argument, la couleur blanche de cette oriflamme, suspendue aux voûtes de TAssemblée, au pa- Villon tricolore. — Voy. ci-dessous additions et rectifica' tions^ n" 7.

Page 1