Bouille. Les drapeaux français, p
Il y a sous ce régime une observation assez curieuse à faire au sujet de la cocarde.
Une circulaire du ministre directeur dç l'administration de la guerre, en date du 20 février 1811, renferme la disposition suivante : « Il ne sera rien changé à la matière, à la forme ni aux dimensions des cocardes qui sont en usage d'^après les règlements militaires. Le bleu doit être placé au centre, le rouge ensuite, et le blanc à la circonférence* > Gela fait une cocarde bleuCy rouge et blanche.
Telle n'était point la première cocarde tricolore portée par la garde nationale en 1 789. Cette cocarde, au moins dans son type le plus général, nous le savons par Jes monuments figurés, avait le bleu placé au centre, le blanc ensuite, et le rouge à la circonférence. Elle était blette^ blanche
Cf. PI. XI du môme ouvrage. M. de Bouille donne aussi de curieux détails sur les drapeaux de la garde consulaire, des dragons, etc. Il paraît les avoir recueillis au dépôt de la guerre et au musée d'artillerie qu'il semble avoir explorés avec soin.
4. Journal militaire^ n** 2, février 1811, première partie, p. 100.
et rouge^ comme fut plus tard le drapeau de la Convention*. Ces mots de la circulaire de 1 81 1 : « Il ne sera rien changé à la matière, etc., > s'appliquent donc à un ordre des couleurs qui n'était déjà plus le même que celui de la cocarde de 1789. Quand se fit le changement? N'y en eut-il pas plusieurs? c'est un point à éclaircir, et je le signale aux recherches des érudits et même des simples curieux.
Un article de M. Th. Anne, publié à l'occasion, des obsèques solennelles de Napoléon P% quand le corps de l'empereur, amené de Sainte-Hélène, fut placé aux Invalides, et reproduit récemment
4. Collections de drapeaux coiées Li ^^, n® 4. Bibl. nat.. Imprimés, Voyez notamment la cocarde du porte-drapeau du bataillon de Saint-Jacques-la-Boucherie, pi. 36. (11 y a deux exemplaires de la collection où se trouve cette planche. La cocarde n'est bien marquée que sur l'un des deux.) Voyez aussi la cocarde 4^u porte-drapeau du bataillon des Barnabites, pi. ^%. — La cocarde est dite, à là vérité, blanche^ rouge et bleue dans la Description des soixante drapeaux^ qui est, ce semble, un peu plus ancienne que les collections citées ici. Mais la cocarde n'y est peut-être désignée que d'une façon générale, sans tenir compte de l'ordre exact des couleurs. — Voyez planche III de nos dessins.
pavVVnion^j donnerait à penser que le changement de la cocarde, consistant à placer le blanc à la circonférence, fut l'œuvre de Napoléon luimême. Nous empruntons à cet article le passage suivant, extrait, dit l'auteur, d'un manuscrit du général comte de... (le nom en blanc) : « Beaucoup de gens ignorent ou ont oublié que Napo-léon avait changé la cocarde de 1789. Cependant les anciens militaires se rappelleront qu'il fut un temps où le bleu et le rouge étaient entièrement ca^ chéssous la g anse ^ ley,r cocarde nelaissait apercevoir 5 w^ dwWanc. Les tableaux historiques de l'époque en font foi. Et d'ailleurs les vieux grognards de l'Empire qui ont probablement gardé leur cocarde, n'ont qu'à les exhumer, et ils reconnaîtront que le bleu de six lignes de large était au centre, entouré de trois lignes de large rouge, entouré lui-même de neuf lignes de blanc, >
Ainsi, quelles que soient l'origine exacteel la date précise de ce changement delà cocarde, le blanc y
4. VVnion (France, Quotidienne^ Écho français)^ nH86, vendredi 28 juillet 1871, p.-l, roi. 2 et 3.
dominait sous l'Empire, aussi bien quesur le pavillon que Napoléon faisait flotter sur ses palais. Ce pavillon, suivant M. de Bouille, étaitainsi disposé: fond blanc portant au centre l'aigle d'or couronné tenant un foudre dans ses serres ; le tout était entouré d'une bordure rouge, entourée ellemême d'une bordure bleue*.
4. Bouille, p. 58, note 2. Cf. pi. Xdu même ouvrage. — Voy. ci-dessous additions et rectifications, n" 8.
commença d'oi^;aDiser un gouvernement. Après la déchéance de Napoléon, prononcée par le Sénat conservateur, le Gouvernement provisoire, présidé par M. deTalleyrand, ouvrit des négocialions avec Monsieur, comte d'Artois, qui avait pénétré en France du côté de l'Est. Ces négociations eurent lieu par l'intermédiaire de M. de Vitrolles. La question du drapeau et de la cocarde y fut agitée. Bien que la couleur blanche se fût tnontrée à Paris même, et eût été spontanément adoptée sur un grand nombre de points, comme le signe le plus naturel du changement Jitjquc en voie do s'actomplir, le Gouverneprovisoire, pnr PiiiLi' de la même tendance jftait à imposer à Louis XVIII une con- ! par l(! F^énat, dont on voulait, 'aulnrité-survécût au régime iiy;i (\p faire adopter par le K-qrdc Incolore. Ce fut l'objet le de MM. de Tatleyrand, Dalf t, (|iie le prince, déjà en rovite là Vitry-le-Français : « L'affaire pisaient-ils, est un objet à mé-
diter. Tout le monde se réunit à désirer que Monseigneur le comte d'Artois Tadopte. L'armée paraît y tenir beaucoup, et l'empereur de Russie sent que ce serait là un point de conciliation sur lequel il serait bon de passer. Les premiers pas sont les plus importants. La cocarde est par ellemême la cocarde de la nation. Depuis vingt-cinq ans, elle la porte, et le soldat, par souvenir de ses actions, n'y renonce qu'à regret. > Le baron de Vitrolles répondit au nom du prince : « Monsieur fera son entrée en habit de garde national,^ mais il ne quittera pas la cocarde blanche. Ëlte est acceptée par des populations tout entières dans les provinces ; les plus grandes villes de la France et Paris même l'ont arborée. C'est l'ancienne cocarde de la France, >
Monsieur fit en effet son entrée dans Paris le 12 avril, avec la cocarde blanche. Deux jours auparavant, un arrêté l'avait fait prendre officiellement à la garde nationale (10 avril). Quand le prince, après avoir entendu le Te Deum à Notre- Dame, fut entré aux Tuileries, Iq drapeau blanc se déploya au sommet du château royal.
Le lendemain 13 avril, le Gouvernement provisoire rendit les deux arrêtés suivants :
Le Gouvernement provisoire, ouï le rapport du commissaire au département de la guerre, arrête ce qui suit:
Art, r'. La cocarde blanche est la cocarde française : elle sera prise par toute l'armée.
2. Le commissaire du Gouvernement provisoire au département de la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Le Gouvernement provisoire, ouï le rapport du commissaire provisoire au département de la marine, arrête :
Art. 1". Le pavillon blanc et la cocarde blanche seront arborés sur les bâtiments de guerre et sur les navires du commerce.
2. Le commissaire provisoire près le département de la marine est chargé de l'exécution du présent arrêté.
On pouvait craindre quelque résistance de la part de l'armée. Les maréchaux présents à Paris étaient venus à la rencontre de Monsieur, et s'étaient joints à son cortège, mais ils avaient gardé la cocarde tricolore. M. de Talleyrand
tourna la difficulté à l'aide d'un de ces stratagèmes dont son habileté cynique était coutumière. Il fit dire au maréchal Jourdan, qùf commandait à Rouen la quinzième division miUtaire, que le duc de Raguse venait de faire arborer à ses soldats la cocarde blanche, ce qui n'était point. Le maréchal Jourdan, ne soupçonnant aucune ruse, donna ainsi aux officiers généraux un exemple qu'il croyait suivre. Tous lés chefs de corps firent arborer le drapeau blanc, en suivant l'impulsion qui se communiquait de proche en proche. Le maréchal Âugereau passa presque jusqu'à l'enthousiasme dans sa proclamation datée de Valence, le 16 avril : « Jurons fidélité à Louis XYIII et à la Gonstitulion qui nous le présente; arborons la couleur vraiment franr çaise qui fait disparaître tout emblème d'une révolution qui est fixée, et bientôt vous trouverez, dans la reconnaissance et dans l'admiration de votre Roi et dé votre patrie, une juste récompense de vos nobles travaux*. >
4. Journal militaire, seconde partie de 4844, n' 4, p. 44. — Moniteur univertel^ n* 443^ samedi 23 avril 4844, p. 445,
L'ordonnance du Roi sur l'organisation de l'infanterie française, donnée au château des Tuileries le 12 mai 1814, porta, art. 8 : « 11 y aura par régiment un drapeau dont le fond sera blanc, portant l'écusson de France et la désignation du régiments i>
Le triomphe du drapeau blanc et de la cocarde blanche rendit plus chers aux partisans de Tempereur déchu, qui dès lors commencèrent à s'allier avec les opinions les plus avancées, la cocarde et le drapeau tricolore, qui, en 1815, eurent, comme Napoléon, une victoire éphémère. Dans la proclamation datée du golfe Juan, le P' mars 1 81 5, et adressée à T armée : « Arrachez, s'écrie le conquérant, poussé par sa destinée vers une chute nouvelle et plus profonde, arra-
col. 4 . -7 Histoire de la Restauration, par M. Alfred Nettement. Tome 1" (Paris, Jacques Lecoffre, 4860, in-S*»), liv. I, chap. III, et liv. II, chap. i et il. Cf. Histoire de la Restauration^ parM. Louis de Viel-Castel. Tome4«' (Paris,MichelLévy,4860, in-$»), chap. Jî, p. 409-481, et chap. ill, p. 295-34 0. — Histoire du Consulat et de l'Empire^ par M. A. Thiers. Tome XVII (Paris, Paulin, Lheureux et Cie, 4860, in-8«). Livre LUI®. Vôyeai notamment p. 769, 844, 843.
4 . Journal militaire^ seconde partie de 4844, n« 4 , p. 34 .
chez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de la France *. Arborez cette cocarde tricolore ; vous la portiez dans nos grandes journées !... Soldats, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. . . L'aigle avec les couleurs nationales volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. > Le 9 mars 1815, il rend à Grenoble le décret suivant :
'( Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de l'Empire, empereur des Français, etc. , etc. , etc.
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1". La cocarde blanche et la décoration du lys sont supprimées.