Historiens de France^ t. IX, p. 76 et d'Àrbois de Jubain
ville. Histoire des ducs et des comtes de Champagne, 1. 1 (Paris,
Durand, 1859, in-8) p. 132-136.
D'autre part je ne puis m'empêcher de remarquer la singulière ressemblance qu'offrent, en les réunissant, les noms d'^gon et de son fils Gerlon ( Ingo- Gerlo ; Engue^Gerle) avec le nom de ce fabuleux Ingelger que les Chroniques d'Anjou donnent pour père à Foulque-le-Roux, aïeul de Geoffroi Grise-Gonelle. Cet Ingelger ou Engelger {Ingelgerius est, ce semble, une forme refaite sur la forme française) ne pourrait-il pas être un personnage épique formé par la réunion dans l'esprit du peuple et des poètes des deux personnages d'Engon et de Gerlon* ? La famille
4 . Je trouve un Ingelgerus nommé dans Tart. XV du Capitulaire de Kiersy sous Charles-le-Chauve (i4 juin 877). C^était un comte austrasien qui gouvernait quelque pays c versus Mosam ». {Historiens de France, t. VIII, p. 702 B; Periz. Leges, 1. 1, p. 539). Mais cet Ingelgerus de la France orientale n'étaii-il pas lui-même un Ingo-Gerlo^ un Gerlon fils d^un Ëngon ? Car il serait peut-être plus exact, en supposant Tidentification possible, d'identifier le fabuleux Ingelgerius des Chroniques d'Anjou avec Gerlon de Blois (et de Tours sans doute), qui dès sa vie même, a pu être appelé Ingo-GerlOy qu^avec un personnage légendaire formé par la réunion de son père et de lui, quoique la confusion entre les exploits de son père et les siens ait sans doute ensuite été faite par le peuple et les poëtes. — D'autre part n'y a-t-il aucun rapport entre les formes Ingelgerus^ Ingelgerius et la forme a Engeliers » de la Chanson de Roland ? On trouve, il est vrai, la forme Ingelarius dans un texte de 886 (Extrait du Concile de Chàlons, Historiens de France^ t. IX, p. 343 Â)* Mais cette forme a pu être refaite sur la fo«*me fran'*
des comtes de Blois, et celle des comtes d'Anjou étaient certainement voisines et probablement alliées. Les uns comme les autres étaient à Torigine de simples vicomtes d'Eude de France. Les uns et les autres ont tour à tour exercé, ce semble, en ces hautes époques, une certaine autorité dans la ville de Tours, et protégé l'abbaye de Saint-Martin. De là à faire des deux premiers comtes propriétaires ou héréditaires de Blois, réunis en un seul personnage, le second et même, à bien prendre, le premier comte héréditaire d'Anjou, il n'y avait pas loin pour un chroniqueur écrivant plusieurs siècles après les événements et travaillant sur un amas de traditions et dé légendes, cinq ou six fois déjà mêlées, brouillées, confondues entre elles*. Quoi qu'il en soit, la légende d'Eogon n'a pas dû être sans influence sur celle qui se forma un siècle après autour du grand sénéchal et porte-étendard, Geoffroi d'Anjou Grise- Gonelle, et c'est peut-être encore un écho de cette légende d'Engon que nous trouvons dans le récit, assurément poétique, du moine de Sénone sur Galon de Montigny et la bataille de Bouvines.
çaise. — Je ne donne tout cela, bien entendu, que comme des conjectures, et des conjectures irès-hasardées.
4 . Cf. Chroniques d'Anjou recueillies et publiées pour la Société de rhistoire de France par Paul Marchegay et André Sàlnnon. Tome premier (Paris, Jules Renouard, 1861, in-8°, p. 39-64).
Ce n'est pas qu'il soit d'ailleurs absolument impossible que Philippe-Auguste ait fait porter, en cette occasion solennelle, l'oriflamme de Charlemagoe, quoique tombée en désuétude depuis le temps environ de Philippe I". La bannière de saint Denis était, au temps de Charles VIT, tombée en désuétude, et pourtant Louis XI la leva encore. Ce n'est pas qu'il soit non plus impossible que la confusion que fait le moine de Sénone entre Toriflamme de Cbarlemagneet la bannière royale ait un fondement dans la communauté d'origine des deux étendards. Il peut être en effet permis de penser, surtout si le Montjoie éiaithleu, comme le dit M. Rey, que c'est lui précisément qui est demeuré la bannière capétienne, sur laquelle, à une époque indéterminée, mais qui ne saurait être postérieure à Louis VII, les six fleurs (des roses rouges selon M. Rey) auraient été remplacées par des fleurs de lis d'or. Cette conjecture serait tout aussi vraisemblable que la parenté possible, expliquée ci-dessus (n* 1) entre la bannière capétienne et la bannière de l'abbaye de Saint -Martin de Tours. Et même les deux hypothèses pourraient être vraies tout ensemble. Qui ne voit en effet qu'après l'avènement de la Maison de France au trône, on a^dû peu à peu confondre et réunir en une seule bannière royale bleue^ la bannière
ducale bleue issue de l'étendard de saint Martin, et l'oriflamme Romaine^ ancienne bannière royale également bleue^ transmise par Cliarlemagne à ses sucées-
seurs, sous lenam deMontjoie^ et qui passa des mains de ceux-ci aux mains de la dynastie nouvelle?
Mais, laissant maintenant ces conjectures qu'il sera sans doute donné à quelque érudit d'éclaircir, de rejeter ou de confirmer, nous pouvons regarder comme certaine, comme démontrée, l'existence d'une oriflamme antérieure à l'oriflamme de saint Denis, don. née par le pape à Gharleiïiagne, appelée autrefois Romaine, mais qui changea ce nom en celui de Montjoie sur la colline Montjoiei^rès de Rome, que les comtes d'Anjou, sénéchaux héréditaires de France depuis Geoffroi Grise-Gonelle, portaient encore dans les armées françaises aux x® et xv siècles, ^t dont au XIII' siècle, le souvenir persistait encore. Jusqu'à nouvel ordre, ce Montjoie doit être considéré comme le plus ancien drapeau national de la France. L'origine en est glorieuse puisque, comme ses deux noms le prouvent, cette bannière fut, dans les mains de Charlemagne, le signe de l'alliance intime qui unissait dès lors et qui doit, espérons-le, toujours unir la France au sort delà papauté.
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• Ltf RB DEuxtftUE. Chapitre III. — La Bannière de saint Denis,
Quoique Toriflainme de saint Denis fût assurément rouge, avons-nous dit ci-dessus (p. 56), au temps même où cet étendard avait dans les armées françaises la prééminence sur tous les autres, il n'est guère permis d'attribuer à sa couleur la valeur de couleur nationale. La couleur nationale de la France élaitle bleu, et le rouge était la couleur nationale des Anglais. Il ne faut pas pourtant conclure de là que le rouge dans certains monuments figurés ne puisse apparaître comme distinguant un chevalier ou un groupe de chevaliers français. Cette couleur a été, ce semble,' employée dans certains cas, au moins par les miniaturistes, et très-probablement aussi parles chevaliers eux-mêmes, comme couleur religieuse et chevaleresque delà France, couleur de saint Denis, principal patron du royaume, par opposition au blanc, couleur religieuse et chevaleresque de TAgleterre, couleur de saint George que l'Angleterre avait adopté pour patron. Cette opposition lui donnait en ce cas- un certain caractère national , mais inséparable, ce semble, de son caractère chevaleresque et religieux. C'était non pas
la couleur du royaume, mais, si l'on me passe l'expression, la couleur du cri du royaume (saint Denis! par opposition à saint George! cri des Anglais). La bannière de saint George que les rois d'Angleterre faisÊ^ient porter dans leurs armées, à titre de bannière religieuse, concurremment avec la bannière royale et nationale rouge chargée de léopards d*or^ était blanche chargée d'une croix rouge, a II (le duc de Bedford), dit Jean de Wavrin, fist desploier... la banière de saint George, à champ d'argent^ à une grande croix de geulle^ » La croix rouge est, on le sait, la croix nationale anglaise. Par opposition à ce blanc à croix rouge que les chevaliers anglais ne portèrent pas seulement en bannières mais sur leurs justaucorps, en certaines circonstances, les chevaliers français portèrent parfois, ce semble, des justaucorps rouges qu'ils chargèrent de la croix nationale blanche^ et ils introduisirent même cette croix sur des bannières rouges, exemplaires réduits ou modifiés de l'oriflamme typique de saint Denis. L'oriflamme proprement dite, étendard suprême de dévotion des armées françaises, ne semble pas ( du, moins je n'en connais pas d'exemple) avoir reçu cette croix.
4» Anchiennes cronicques d'Engleterre par Jehan de W^aviin, seigneur du Forestel, choix de chapitres inédits, annotés et publiés pour la Société de l'histoire de France par mademoiselle Dupont, Paris, Renouard, 1868, 3 vol. in-8% 1. 1, p. 257, 5« partie, liv. III, chap. xxvm. — Cf. p. \ 85.
Il faudrait renverser absolument les propositions ci-dessus si Ton prenait au pied de la lettre une miniature du ms. fr. Bib. nat. 230, fol. 273 recto, col. 1 *. Ce manuscrit renferme la traduction par Laurent de Premierfait de l'ouvrage de Boccace sur les malheurs des nobles hommes. La miniature représente d'une façon demi-historique, demi-symbolique, l'infortune du roi Jean, obligé de se rendre à la suite de la bataille de Poitiers. Deux groupes sont en présence; les personnagesde l'un portent des justaucorps blancs à croix rouge et le roi qui est en tête tient une bannière blanche à croix rouge; l'autre groupe porte des justaucorps rouges à croix blanche et le roi qui est en tête porte une bannière rouge à croix blanche. Or le scribe, ou un scribe postérieur, a écrit en lettres blanches à côté du roi rouge à croix blanche Edward, et Jehan à côté du roi blanc à croix rouge. Mais c'est le scribe qui s'est trompé. Sans parier des règles générales qui dominent la matière, il suffit, pour s*en convaincre, d'examiner la miniature avec un peu d'attention. Le roi rouge à croix blanche est désarmé, courbé, il tient sa bannière baissée, son attitude est humble et désolée : le roi blanc à croix rouge a la tête fièrement levée, l'épée au poing, la bannière haute. Le premier est évidemment le vaincu ; le second le
4 . Cf. Paulin Paris. Les manuscrits français de la Bibliothèque du Bai, t. II, p. 239,
vainqueur. En outre le roi fttenc à croix rouge di près de lui un personnage couronùé, presque son égal, et qui porte aussi dans sa contenance et sur sa mine Tair fier d'un vainqueur. Ce ne peut être que le prince noir, le vainqueur de Poitiers. Enfin des morts sont étendus à terre, mais seulement du côté du' groupe rouge à croix blanche. Il ne faut donc pas hésiter à corriger par la pensée Terreur du scribe ; il faut écrire Jehan à côté du roi rouge à croix blanche et Edward à côté du roi blanc à croix rouge. Cette correction est confirmée par une miniature du Froissart (ms. fr. Bib. nat.,2646, fol. 43 verso) Cette miniature représente une joute entre un chevalier français (Boucicaut) et un chevalier anglais (le sire de Hostidonne). Or du texte de Froissart, comparé avec Tattidude des personnages de la miniature, il semble bien résulter que le chevalier français est celui qui porte sur son casque un petit drapeau rouge à croix blanche, et le chevalier anglais celui qui porte sur son casque un petit drapeau blanc à croix rouge. Quand un fait est contraire aux règles générales et constantes, comme celui du manuscrit de Boccace, on peut presque toujours affirmer à jt?rion qu'il ne saurait prévaloir contre elles, et il ne faut pas hésiter, en le notant bien entendu, à le rejeter, jusqu'à ce qu'il s'explique par lui-môme ou par d'autres faits. Il est rare qu'il ne s'explique pas bientôt dans le sens même de la règle.
Je reproduis ici le passage de Wavrin (t. I. p. 257)
auquel j'ai fait un court emprunt ci-dessus. Il est curieux pour l'histoire du drapeau de la France et du drapeau de l'Angleterre : <i II (le duc de Bedford) fist desploier la banière de France, d'azur à trois fleurs de lis d'or, laquelle il fist pour ce jour baillier à porter au seigneur de Lilladam; puis, fist desploier la banière de saint George, à champ d'argent, à une grande croix de geulle; puis fist il desployer la banière saint Edouard, d'azur à une croix ancrée d'or, à chincq mailles de meismes; puis fist desploier la banière esquartelée de France et d'Engleterre, ensignifiancedes deux royaulmes conjoincts. Et aprez, fut desploiée la banière du duc de Bethfort, régent; toutes lesqueles banières furent baillies à porter à chevalliers de grant renommée. » (année 1424).