‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 54 sur 65 · Livre premier. Chapitre IV. — La Bannière de France · texte numérisé non relu

Livre premier. Chapitre IV. — La Bannière de France

Voyez ci-dessus, pour l'origine qu'on peut attribuer à cette bannière, les n*'^ 1 et 2.

Cette bannière, ai -je dit (p. 60, 61), flotta sur les champs de bataille du xiv® siècle comme sur ceux du XIII'. Grécy, Poitiers la virent paraître à côté de

roriflamme. Le lecteur qui, sur mon indication (p. 61 j note 1), se reporterait à la planche XXIX du recueil intitulé Illuminated illustrations ofFroissart^ etc. (Dép. jdes Estampes, Bibl. nat.) serait sans doute fort étonné de trouver une bannière rouge au lieu de la bannière bleue à laquelle je le renvoie. Il est donc utile de le prévenir que c'est le chromolitbographe anglais qui a fait erreur, comme on peut s'en assurer en se reportant à Toriginai (ms. fr. 2643 , fol. GCVii recto). Montfaucon (t. II, p. 298) avait bien vu.

Je dis (p. 65): « La seule variation que l'on puisse signaler sûrement, jusqu'à l'époque de Charles VI, dans la bannière de France, c'est, comme dans Téeu, la réduction à trois des fleurs de lis, jusqu'alors sans nombre, généralement attribuée à ce roi. » Or Raoul de Presle dans la préface de sa traduction de la Cité de Dieu^^ dit, en s'adressant à Charles V, à qui il dédiait ce livre : « Si portez les armes de trois fleurs de lis en signe de la benoiste Trinité^ qui de Dieu par son angle furent envayées audit Clovis, premier roy crestien pour soy combatre contre le roy Caudat qui es toit sarrasin et adversaire de la foy crestienne et qui estoit venu d'Almaigne à grant multitude de gens aux parties de France et qui avoit fait, mis et ordonné son ' siège à Conflans saincte Honorine dont combien que la bataille commençast en la valée, toutesfois fut elle

I. In-fol. goth. 1480, fol. 2, verso, col. 2, fol. Speclocol.

achevée en la montaigne ea laquelle est à présent la tour de Montjoye, et la fut prins premièrement et nommé vostre cry en armes, c'est assavoir: Montjoye saint Denis! Et en la révérence de cette victoire, et de ce que ces armes Nostre Seigneur envoya du ciel par ung angle, et demonstra àung hermite, qui tenoit en icelle valle decoste une fontaine ung hermitaige, en luy disant qu'il feist raser les armes des trois croissans que Clovis porto it lors en sonescu, etflst mettre en ce lieu les trois fleurs de lis, et en icelles se combatist, et il auroit victoire contre le roy Caudat. Lequel le révéla à la femme Clovis qui reparoi t oudit hermitaige et apportoit souvent audit hermite sa recreacion. Laquelle les emporta et defifassa les croissans et y mist les trios fleurs de lis. Et illec fut fonde ung lieu de religieux qui fut et encore est appelle l'abbaye de Joye-en-Val, et en laquelle Tescu de ces armes a esté par longtemps en révérence de ce. »

Je n'ai pas besoin de dire que ce récit, curieux à ti tre de légende, n'a aucune valeur historique, et ne doit aucunement être accepté soit pour l'origine du cri Montjoie^ soit pour celle des fleurs de lis. L'histoire de cet emblème national est un sujet voisin, mais distinct de l'histoire du drapeau de la France. Je ne m'en suis pas occupé dans cet essaie déjà trop chargé de matière, et trop fécond en problèmes. Tout au plus ai-je dit un mot des fleurs de lis, dans leur rapport avec la bannière. La phrase de Raoul de Presle prouve

assurément que dès.le temps de Charles V, la réduction à trois des fleurs de lis sur Técu de France était admise et consacrée en principe. Mais en a-t-il été de même immédiatement pour la bannière ? L* atlas catalan de 1375 nous offre encore la banïJière ornée de fleurs de lis sans nombre, et tout à fait semblable à la bannière du manuscrit de Joinville (1350 environ). Au XV® siècle, au contraire, la réduction est opérée. Il semblerait donc assez juste de placer, pour la bannière, cette réduction dans le dernier quart du XIV* siècle, en ajoutant toutefois ce que j'ai dit ci-dessus (p. 65). « Il ne faudrait pas s'étonner de trouver des exemples antérieurs de cette réduction, comme on trouve aussi après cette époque des fleurs de lis sans nombre sur la bannière. »

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