CHAPITRE n
L'oriflamme de Charlemagne appelée Romaine et Montjoie.
La chape de saint Martin étant écartée, il nous faut arriver au temps de Charlemagne pour trouver un étendard auquel il semble bien qu'il y ait lieu d'attribuer un caractère national, et qui fut, ce semble, porté comme enseigne suprême dans les armées du grand empereur. L'existence de cet étendard n'est pas douteuse, non plus que son origine. L'une et l'autre nous sont attestées par un monument contemporain. C'est une peinture en mosaïque exécutée, par l'ordre du pape Léon III, dans l'église Saint-Jean-de-Latran, où, dit Montfaucon, qui l'a reproduite dans ses Monuments de la monarchie françoise^ « elle se trouve encore aujourd'hui. > Cette peinture « montre saint Pierre assis qui, de la main droite, donne le Pallium au pape Léon, et de la gauche donne la bannière à Charlemagne, qui la prend de la main
droite. Les noms de saint Pierre, du pape Léon et de Charles sont écrits à chacun, et au bas on voit une inscription dont le sens est : Saint Pierre donnez la vie au pape Léon et la victoire au roi Charles {Béate Petre^ dona vitam Leoni papse^ bictoriam Carolo régi dona). Quoiqu'il ne soit appelé que roi, il étoit pourjtant empereur... Il porte la couronne impériale fermée par le haut, comme la portoient alors les empereurs d'Orient. Il a une moustache sans autre barbe. Revêtu d'une tunique fort courte, il a par-dessus une chlailiyde attachée à l'épai^le à la manière des anciens Romains ; ses bas semblent être en bandelettes ^ » La bannière porte sur un fond bleu six roses rouges. Attachée d'un seul côté de la lance, elle n'a aucunement la forme du labarum. C'est une large flamme à trois queues ou, si l'on veut, à trois pointes^ Au sommet de la lance, audessus de la bannière, est une houppe *•
4. Les Monumens de la Monarchie françoise..,^ par le R. P. Dom Bernard de Monlfancon. Paris, MDCCXXXl, 5 vol. ia»foI., 1. 1, p. 275 et planche XXii;
t. Cf. Rey, t. I, p. 370. Je ne réponds pas de la couleur. Monlfancon n'en dit rien. M. Rey, qui la précise, d'après Du
Faut-il (je ne l'oserais pas affirmer dans l'état présent de nos connaissances) confondre cette bannière avec l'étendard de saint Maurice {vexiU lum beatissimi martyris Mauricii) que Charlemagne aurait fait porter dans son armée lors de sa grande guerre contre les Sarrasins d'Espagne, et que Hugues Capet envoya^ entre autres présents, au roi d'Angleterre Athelstan * ? On serait
Gange, cite ici d'une façon trop générale, pour qu'il soit aisé de retrouver et de vérifier la citation. Je remarque d'ailleurs une erreur dans cette citation. Le tableau à la mosaïque qui est, ou plutôt qui était dans Téglise de Sainte-Suzanne, à Rome, n'est point celui où figure la bannière, lequel appartient à Saint- Jean-de-Latran. Monlfaucon, qui reproduit les deux mosaïques, les distingue parfaitement. — Voir planche I de nos dessins.
4 . t Vexillum beatissimi martyris Mauricii et Thebœœ Legionis principis, quo Carolus Magnus Rex in bello Hispanico infestas et confertos inimicorum cuneos disrumpere^ et in fugam solitus erat cogère, cum aliis compluribus exenîis ac donis ad Ëdelstanum Regem Ângliœ mississe Hugonem Capetum narrât IngulfuSj p. 878, et Wil, Malmesburiensis, lib» II, de Gest. i4n^Z., cap. VI, » Du Gange, au mot Fea:i/^um* Ed. Henschell, t. VI, p. 796, col. 3. Les roses rouges de l'étendard reproduit par Montfaucon se rapporteraient assez bien aux martyrs de la légion Thébaine, et c'est aussi à une guerre contre les Sarrasins d'Espagne que la Chanson de Roland conduit, sous la bannière appelée autrefois liomaine^ les barons de France et leur empereur. Le rapprochement est curieux. C'est un point à éclaircir.
plutôt tentéj.au premier abord, de l'identifier avec l'étendard de saint Pierre (vexillum sancti Pétri) que les Souverains Pontifes avaient coutume de remettre ou d'envoyer aux princes chrétiens, lorsqu'ils entreprenaient une guerre contre les ennemis de l'Eglise : Sarrasins, hérétiques ou schismatiques. Mais il y a une difficulté. L'étendard de saint Pierre portait, brodées sur l'éfoffe, la Croix et les ClefSy que nous ne voyons point ici, à moins que ces emblèmes ne figurassent sur l'autre côté du drapeau, ou que l'étendard n'ait pas été le même à toutes les époques *•
Quoi qu'il en soit, cette bannière, donnée par le pape Léon III à Charlemagne, jouit d'une trèsgrande célébrité, et l'on pourrait, ce semble, supposer même, avec quelque raison, que transmise à ses héritiers avec sa couronne par le grand empereur, elle fut, avant la bannière de saint Denis, l'étendard religieux et national des Français, V oriflamme par excellence. C'est ce qui
4. Da Gange, au mot Vexillum S. Pétri. |Ed. Henschell, t. VI, p. 796, col. 3.
— assemble résulter de ces vers de la Chanson de Roland ^ :
Le dernier corps est des barons de France, Cent mille sont des meilleurs capitaines, Corps ont gaillards et fîères contenances, Les cheveux blancs et les barbes ont blanches. Ils ont vêtu hauberts, doubles cuirasses.
Et ceint épées françaises ou d'Espagne, Leurs écus portent des marques différentes, A cheval sont : la bataille demandent, Montjoie ils crient I Entre eux est Charlemagne. Geoffroy d'Anjou y porte l'oriflamme, Fut (2e Saint Pierre et avait nam Romaine; Mais de MONTJOIB son nom là prit échange.
Aoil
L*oriflarame dont il est ici question ne peut être la bannière de saint Denis. Il est constant que