AU ROI
« 29 août 1662.
l'affaire des corses en 1662-1664.
contre son père ni contre sa mère, sans se faire tort à soi-même, et que la plus belle et la plus glorieuse vengeance qu'un enfant bien né puisse tirer d'eux, est celle de les servir et de les honorer, quand même ils auraient tort. Ces sentiments, qui me semblent si dignes de Votre Majesté, réveilleront votre bonté au secours de cette cour, où vous êtes si parfaitement honoré qu'il ne peut tomber dans le sens de personne qu'on ait eu dessein de vous offenser en la personne de votre ambassadeur. Mais j'en parle trop à Votre Majesté, et j'ai tort de vouloir me mêler à donner conseil au plus grand et sage prince du monde. Je me contenterai de vous prier d'agréer, etc. >
t Monsieur, je ne doute pas que vous ne soyez informé du détail de tout ce qui s'est passé ici depuis l'accident qui arriva, il y a huit jours, à l'ambassadeur de France en cette cour ; les ministres du roi votre maitre n'auront pas manqué à l'obligation qu'ils ont d'en faire une exacte relation à Sa Majesté. C'est pourquoi je ne m'amuserai pas à vous dire des choses qui vous sont déjà connues; mais je ne puis m'abstenir de vous dire, en cette occasion, des vérités qui ne vous peuvent parvenir d'autre part plus sincères et moins intéressées que celles que je veux certifier par la présente.
« 11 est constant que ceux de la maison de M. de Créqui ont vécu dans cette ville d'une manière si extraordinaire et se sont émancipés à des libertés et des insolences qui n'auraient jamais été souffertes à Rome, à moins que Ton n'eût porté un extrême respect à l'ambas* sadeur de France.
« Il est vrai que M. de Créqui n'est pas coupable de l'excès de ses domestiques, ayant employé toute son autorité à les contenir dans les termes de la modestie ; mais nonobstant toute la sévérité qu'il a témoignée avoir pour eux, ils n'ont pas laissé de continuer leur procédé, abusant de mille façons de l'indulgence que le gouvernement avait pour eux, outrageant non-seulement les particuliers de la ville, mais les gardes et soldats du Pape dans leur poste, et particulièrement les Corses qui, après une longue patience, se sont laissé à la fin emporter à la fureur de la vengeance, laquelle ils ont tirée si barbare, comme vous l'aurez appris.
« 11 est aussi très-certain que l'action des Corses n'a pas été ni commandée, ni approuvée d'en haut; au contraire, je vous puis assurer qu'elle a été détestée comme elle le méritait ; et pour vous le persuader par un raisonnement qui seul me semble digne du roi votre maitre, je vous dirai qu'il y va de «a grandeur que l'on soit persuadé qu'il n'y a point de prince au monde si hardi qu'il oserait de propos délibéré faire un tel affront à son ambassadeur, et je souhaiterais pour la gloire du roi qu'il ne prit nulle résolution ni ne fît aucune action par laquelle on pourrait juger qu'il fût capable de concevoir une opinion si basse de soi-même.
« Il faut donc que je vous assure et que je rende ce témoignage