D'APRÈS LES INSCRIPTIONS CUNÉIFORMES
344 REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES
maintenant découvertes, avec de grandes lacunes sans doute, mais sous forme de documents originaux et contemporains des faits, apportent au récit de Diodore un démenti aussi formel que les textes hiéroglyphiques à la chronologie égyptienne d'Hérodote.
Mais quelle garantie la science peut-elle présenter de la réalité de ces annales ? Les doutes de l'Europe touchant la découverte deChampollion sont aujourd'hui pleinement dissipés; ils ont cédé devant des preuves que je n'ai pas craint d'appeler mathématiques 1 ; mais la lecture des caractères assyriens est moins ancienne. A-t-elle subi les mêmes contrôles, et peutelle offrir à d'autres qu'à ses adeptes proprement dits des preuves claires et authentiques de sa valeur? Ce sont là des questions qu'il faut éclaircir, brièvement sans doute, mais pleinement, avant de faire usage de ces textes pour reconstruire de toutes pièces une histoire de plus. Eh bien, ces preuves, il est facile de les donner ; on peut démontrer rigoureusement, même à ceux qui sont étrangers aux langues orientales, que ce ne sont ni des lectures, ni des histoires de fantaisie que les assyriologues sont en mesure de nous offrir.
Pour l'Assyrie, comme pour l'Égypte, la difficulté d'interpréter les textes résidait presque uniquement dans celle de la lecture. Avant d'avoir rien déchiffré des cunéiformes 2, l'Europe savait presque l'assyrien sans s'en douter, car cette
langue est un dialecte sémitique, apparenté fort étroitement à l'hébreu. Mais, longtemps aussi avant Ghampollion, quelques personnes savaient presque l'égyptien, puisque la connaissance du copte avait pénétré en Europe, et pourtant personne ne pouvait lire les inscriptions pharaoniques. Or, ici la difficulté, pour être dénature un peu différente, n'était pas moindre assurément; et Ton ne possédait pas, l'on ne possède même pas encore un document tel que ceux de Rosette et de Tanis ;
* V. mon article sur les Études égyptiennes, dans le numéro de juillet 1870.
* Ce nom a été donné aux caractères de l'écriture assyrienne, parce que l'élément ordinaire de leur composition est la figure d'un coin ou d'un clou.