I. — DÉCHIFFREMENT DES CUNÉIFORMES
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il n'existe point de texte bilingue, écrit à la fois en assyrien et dans une langue européenne, qui ait pu servir de point de départ, ou puisse servir de contrôle au déchiffrement de ces inscriptions. Il faut dire pourtant que c'est par des textes en plusieurs langues qu'on y est parvenu ; c'est même uniquement par ce moyen qu'on y pouvait parvenir : passer du connu à l'inconnu est la première condition pour la solution d'un problème. Mais ici l'intermédiaire a été une langue asiatique, une écriture nouvellement découverte aussi et découverte directement, mais dont la composition est incomparablement plus simple : c'est l'écriture perse du temps de Darius et de Xerxès. Il sera donc nécessaire de retracer préalablement ici la découverte des caractères perses, bien que nous devions réserver à un autre article les faits que nous aurons à étudier touchant la race à laquelle appartenait le peuple de Gyrus
M. Grotefend avait remarqué, dans la première colonne des légendes décorant un monument perse, la répétition constante de certains mots, de telle sorte que chacun était répété dans deux groupes consécutifs et recevait, dansle second seulement, une flexion grammaticale, le mot sans flexion du second groupe se retrouvant, avec cette terminaison, dans le troisième, l'autre mot de celui-ci dans le quatrième. Comme d'après la nature du monument, ces mots devaient être des noms de rois perses formant une dynastie, il pensa que les noms des pères étaient répétés au génitif avec ceux de leurs fils, et comme d'ailleurs la dynastie achéménide était parfaitement connue par les historiens grecs, il put tenter la reconstruction de l'alphabet perse, avec les éléments que lui fournissaient les noms de ces rois, à commencer par ceux de Darius et de son père Hystaspes. Certes, l'entreprise était difficile, car l'orthographe grecque différait sensiblement de l'orthographe originale, mais, une fois
1 Pour ce récit du déchiffrement des cunéiformes et pour l'exposition de ce système d'écriture, je résume surtout les premières pages du Rapport de M. Oppert au Ministre de l'instruction publique, publié en 1856 dans les Annales de philosophie chrétienne, celui de M. Ménant au Ministre d'Etat en 1862, et la première leçon du cours inédit du premier sur les textes des Achéménides (1865), ainsi que des cours (également inédits) faits par lui et par M. Ménant en 1869, l'un sur l'archéologie et la philologie assyriennes, l'autre sur l'épigraphie assyrienne. Tous deux ont publié des grammaires de cette langue (Paris, Vieweg), et M. Ménant un Exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des inscriptions de la Perse et de l'Assyrie. V. aussi le 2« vol. de l'Expédition en Mésopotamie, par M. Oppert
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de plus, la science avait conquis le point d'appui de son levier; une fois de plus, elle allait soulever un inonde.
Il fallut pourtant plus d'un quart de siècle pour compléter l'alphabet dit persêpolitain : enfin, en mai 1836, l'Allemand Lassen lisait et traduisait vingt-cinq lignes de texte perse; en juin de la même année, notre Eugène Burnouf traduisait en France les inscriptions de Hamadan, et, à la même époque, sir Henry Rawlinson les analysait en Perse, ainsi que les deux premiers paragraphes du grand texte de Bisoutoun 1 : il ne reçut qu'en 1838 les travaux de ses illustres émules. L'Allemagne, la France et l'Angleterre arrivaient simultanément à des résultats semblables : une triple épreuve avait réussi.
J'ai dit, traduisait, analysait, et non lisait seulement, car ici, comme déjà pour l'égyptien, comme plus tard pour la langue de Ninive et de Babylone, la seule difficulté redoutable était celle de la lecture. L'ancien perse, comme l'ancien baclrien (la langue de Zoroastre), c'est presque du sanscrit, tel qu'on le parlait au temps de la composition des Védas : ces branches de la race aryenne avaient conservé, malgré la rupture de leurs rapports avec les Hindous, une singulière conformité de langage avec eux. D'ailleurs, la communauté d'origine avec les langues européennes, l'analogie de la grammaire perse avec celle du grec donnaient aux investigations une plus grande aisance, s'il est permis d'employer un pareil terme en parlant de pareils labeurs.
Mais les rois achéménides avaient coutume de publier en trois langues les documents historiques qu'ils voulaient mettre sous les yeux de leurs sujets. La première était naturellement le perse lui-même ; la seconde était l'assyrien, que l'on continuait à parler dans une notable portion de l'empire ; la troisième était une langue tarlare que les savants appellent tantôt médo-scythique, tantôt casdo-scythique, et dont le déchiffrement est resté le plus en retard, bien que, dès 1844, le Danois Westergaard ait obtenu, à cet égard, un premier succès. Mais le déchiffrement de cette écriture a moins d'importance, si ce n'est au point de vue linguistique ; en effet, nulle part, à ma connaissance, elle n'a laissé d'inscriptions isolées. On essaya,
* Ou mieux Behistoun. C'est une histoire des troubles réprimés par Darius Ier, tracée sur le rocher dans les trois langues dont il va être question.
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dès que Ton put saisir l'alphabet perse, de lire et d'interpréter les textes assyriens correspondant aux inscriptions perses que Ton commençait à lire ; on aborda, comme pour l'égyptien et le perse lui-même, ainsi que le bon sens l'indiquait, le déchiffrement par les noms propres, qui devaient être transcrits et non traduits, en sorte qu'on pût deviner d'avance les éléments qui les composaient et les reconnaître, surtout par la comparaison des groupes dans les noms qui devaient renfermer les mêmes lettres. On avait même l'avantage de trouver des noms propres nombreux dans les inscriptions trilingues. A Bisoutoun, vingt-trois noms de provinces se lisent dans le texte perse, et la traduction assyrienne, toute mutilée qu'elle est, en a conservé dix-neuf ; en tout, les textes perses connus n'en contiennent pas moins de cent seize, dont quatre-vingt-dix se retrouvent en assyrien. Mais ici, la question se compliquait de difficultés inattendues et véritablement formidables.
L'écriture assyrienne, en effet, n'a de signes alphabétiques que pour les voyelles. Elle est syllabique, en sorte que le signe correspondant à chaque consonne varie suivant la voyelle qui la précède ou qui la suit dans la même syllabe ; d'autres signes représentent les syllabes qui commencent et se terminent à la fois par une consonne ; les caractères sont donc nécessairement fort nombreux, tandis que l'alphabet perse n'en contenait pas quarante. Mais ce n'est pas tout : cette dernière classe de syllabes s'écrivait souvent par deux caractères distincts, ainsi pour mit, on pouvait écrire mi-it; pour rak, ra-ak, etc.; et l'on pouvait doubler la consonne aussi bien que la voyelle, en écrivant, par exemple, a-ka-man-nis ou a-ka-ma-ni-is, pour le nom du roi Achéménès : heureusement, ici comme en égyptien, l'on peut tourner ces difficultés orthographiques en comparant les variantes d'un même mot.
Ces obstacles et d'autres plus grands encore, dont nous parlerons tout à l'heure, devaient retarder beaucoup la lecture de cette langue. Aussi, bien qu'elle eût des caractères spéciaux, des dèterminatifs, analogues à ceux de l'écriture égyptienne, pour faire reconnaître les noms d'hommes, de pays, de divinités, etc., bien que l'Europe eût abordé de bonne heure ce rude problème, ce fut seulement en 1847 que M. Lowenstern obtint quelques résultats sérieux. Les véritables bases de la lecture ne furent fixées qu'en 1849, par M. de Saulcy, qui a
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publié ses premiers résultats en deux mémoires autographiés ; de son côté, M. Hinks, à Dublin, posait résolument le principe du syllabisme assyrien. Rawlinson, toujours en Perse, publiait, en 1851, sa première traduction assyrienne ; en 1854, M. de Saulcy traduisait le texte assyrien de Bisoutoun : il osa même traduire une inscription d'Artaxerxès, dont le texte perse n'existe pas. Depuis lors les déchiffrements ont marché avec une rapidité et une sûreté merveilleuses, grâce surtout à M. Oppert, dont l'Institut a honoré les travaux par le grand prix de 1863.
Ces difficultés, plus grandes encore que le syllabisme luimême et dont je parlais tout à l'heure, se résument dans la polyphonie, c'est-à-dire dans l'emploi, reconnu d'abord par Rawlinson, mais maintenant incontestable pour tout le monde, de l'emploi d'un même caractère pour représenter des sons complètement différents ; il est vrai que cette anomalie ne s'étend presque jamais aux syllabes simples, composées d'une seule consonne et d'une voyelle. Il y a, dans cette polyphonie, quelque chose d'inconcevable au premier aspect ; aussi a-t-elle soulevé les plus vives défiances ; pourtant, non-seulement le principe est aujourd'hui démontré par ses innombrables applications, mais il s'explique sans trop de peine, depuis que M. Oppert a découvert la véritable origine de cette bizarre écriture.
Elle était d'abord hiéroglyphique. On ne connaît, il est vrai, la forme primitive que d'un petit nombre de caractères, car les textes très-anciens, ceux qui remontent au delà du xne siècle avant l'ère chrétienne, sont peu nombreux ; mais on en connaît assez pour reconnaître le principe. On sait même, pour quelques-uns de ces caractères, la dégradation successive que leurs formes ont subie, les modifications qui les ont amenés jusqu'aux caractères modernes, ceux qui furent contemporains des rois de Juda et de la dynastie achéménide *. La transition comprend les caractères dits hiératiqioes, qui ne sont pas encore cunéiformes, et les caractères archaïques, plus compliqués que les modernes, mais dont l'usage n'était pas entièrement perdu
1 II y a de9 différences d'écriture moderne entre Babylone, Ninive et la Médie, mais ces variétés n'offrent pas de difficultés plus insurmontables que celles de la paléographie des divers pays dans les manuscrits du moyen âge.
l'histoire de la chaldée et de l'assyrie.
même au temps de Nabuchodonosor. Chaque caractère donc était primitivement idéographique, un certain nombre sont demeurés tels, et, en Chaldée comme en Egypte, cet élément domine dans les textes les plus anciens, malgré la présence, très-ancienne aussi, de l'élément phonétique. Mais, en devenant syllabiques, les caractères prirent naturellement un son correspondant au nom de l'objet qu'ils représentaient d'abord. Or, cette valeur phonétique primitive ne se rapportait point à la langue assyrienne, mais à une langue touranienne, tartare, ouralienne, comme on voudra l'appeler, parlée par les premiers Babyloniens, imitée d'une race voisine ou apportée par des conquérants, mais, dans tous les cas, parlée par le peuple inventeur de cette écriture, et tout à fait étrangère aux idiomes sémitiques. Quand ensuite on les appliqua à la langue assyrienne, ces caractères conservèrent leur son, mais acquirent aussi celui auquel la même idée correspondait dans cette langue. De plus un même signe peut avoir une valeur idéographique et une valeur purement phonétique ; et, comme les valeurs idéographiques variaient pour un même signe, surtout d'une idée à une idée analogue, les valeurs phonétiques se multipliaient en conséquence. Il est vrai que des compléments phonétiques, analogues à ceux de l'écriture égyptienne, indiquant la terminaison du mot assyrien, permettent souvent de distinguer entre la lecture réelle des mots différents qui correspondaient au même idéogramme. Des syllabaires, composés par les Assyriens eux-mêmes, et qui nous sont restés, ont fait disparaître certaines difficultés.
Quelquefois le mot tout entier, dans son écriture phonétique, était transporté en assyrien avec le rôle d'idéogramme, et, par conséquent, était lu par les Assyriens dans leur propre langue tout autrement qu'il n'était écrit, à peu près comme les Japonais et les Annamites, pour ne pas dire les Chinois de différentes provinces, lisent dans leur langue les caractères chinois de la langue classique. Ces mots allophones se reconnaissent en assyrien à ce qu'ils n'admettent point les flexions grammaticales de cette langue, à laquelle, prononcés suivant la valeur commune de leurs caractères, ils n'appartiennent réellement pas : le fait se produit même pour des noms propres, significatifs là comme partout. Ainsi l'on a remarqué que le nom quo nous écrivons, dans les langues européennes, Sennachérib, ho
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irait phonétiquement Aliskurmisu, lorsque la fantaisie du scribe Ta écrit en idéogrammes, parce que ce mot, ou plutôt cette phrase signifierait en langue touranienne : Le dieu Lune a a ugmenté les frères, comme le Sin-ahi-irib de l'orthographe sémitique. Ce désaccord entre la valeur idéographique et la valeur phonétique d'un même signe ne se retrouve pas dans le texte médo-scythique, dont la langue doit, en conséquence, ressembler à celle du peuple qui a créé cette écriture. Ce sont, en effet, des mots turcs et ouraliens que Ton trouve en déchiffrant les colonnes médo-scythiques des inscriptions trilingues.
Et pourtant, malgré tant d'obstacles, on est arrivé à une lecture certaine des monuments assyriens : les preuves en sont à la fois innombrables et décisives. Des textes, très-nombreux et parfois très-longs, déchiffrés par une méthode unique, donnent, en appliquant à chacun d'eux une grammaire uniforme et le vocabulaire bien connu des racines sémitiques, un sens parfaitement suivi : là, comme en égyptien, Ton ne s'arrête que devant des mots épars, dont le sens reste douteux ou inconnu. L'un des plus longs et des plus anciens de ces récits historiques a même fourni à la méthode de déchiffrement un contrôle d'une valeur frappante. En 1857 , M. Fox Talbot en envoya la traduction cachetée à la Société asiatique de Londres, en lui demandant de proposer le même travail à d'autres assyriologues. Sir Henry Rawlinson, le docteur Hinks et M. J. Oppert l'entreprirent séparément, et, au bout d'unmois, tous avaient terminé une traduction essentiellement semblable à celle de M. Talbot. On peut d'ailleurs signaler des vérifications partielles non moins saisissantes Des vases d'albâtre à inscription quadrilingue, égyptienne, perse, assyrienne et médo-scythique, ont donné la même lecture pour les noms écrits en hiéroglyphes et déchiffrés des cunéiformes suivant la méthode ordinaire. De plus, un texte relatif à des constitutions de Dor, écrit sur brique, et portant sur le champ des briques l'indication sommaire du sujet en phénicien, a été lu, et a donné un sens conforme à cette indication. Enfin, dans un autre document d'intérêt privé, appartenant à la Bibliothèque nationale de France et connu sous le nom de caillou Michaux, un calcul cadastral, facile à vérifier par les chiffres, se trouve indiqué par son résultat et ses mesures, et ces données, lues par la
L'HISTOIRE DE LA CHALDÈE ET DE l' ASSYRIE.
méthode ordinaire, sont effectivement celles qui doivent amener le résultat annoncé.
Quant aux inscriptions cunéiformes tracées dans les langues primitives de la Susiane et de l'Arménie, on les lit, parce qu'elles sont écrites avec les mêmes caractères que les textes assyriens, mais on ne les comprend pas intégralement à beaucoup près : elles sont avec celles de Ninive et de Babylone, quant à l'élément phonétique, dans le même rapport que les inscriptions étrusques avec celles de Rome. Les noms propres et les idéogrammes peuvent seuls, dans ces séries étrangères, offrir un sens au lecteur. Il est vrai, comme le constate un récent travail de M. Lenormant *, que les renseignements historiques obtenus par cette voie sont loin d'être à dédaigner.
II. — Chronologie chaldéenne. Les premières Dynasties de Babylone.
Les plus anciens documents cunéiformes sont postérieurs de beaucoup aux premiers textes hiéroglyphiques, et ils ne nous ont fourni jusqu'ici que des renseignements fort rares et trèssuccincts, surtout si nous les comparons à l'abondance des textes religieux et politiques qui datent, en Egypte, des iv°, ve et vie dynasties, c'est-à-dire de l'époque des pyramides. Mais l'ensemble des temps antiques se trouve résumé, en ce qui concerne la chronologie de Babylone, dans un fragment du prêtre chaldéen Bérose, contemporain des premiers successeurs d'Alexandre 2.
Bérose assure qu'antérieurement à ce que nous appelons communément le premier empire d'Assyrie, empire dont il évalue la durée à cinq cent vingt-six ans, comptés depuis la première conquête de Babylone par les Ninivites, la grande cité de l'Euphrate avait été régie par huit rois arabes, pendant deux cent quarante-cinq ans, et antérieurement par quaranteneuf rois chaldéens, comprenant une durée de quatre cent cin-
1 Lettres assyriologiques. Tome I (1871).
1 Les fragments de Bérose, conservés par divers écrivains, ont été recueillis, comme ceux de Manéthon, dans le second volume des Fragmenta Historicorum grwcorum.
quante-huit années. Or, comme il est certain que la chute de l'empire assyrien arriva vers le commencement du vine siècle avant notre ère (v. infra), probablement en 788 ou à très-peu près, le premier des rois chaldéens dont parle ici Bérose se trouve reporté à vingt siècles au moins avant Jésus-Christ. Ce chiffre n'a rien d'exagéré, car un document cunéiforme appartenant aux dernières années du xne siècle mentionne la démolition, par le bisaïeul du roi, d'un temple chaldéen déjà ruiné, bâti six cent quarante et une années auparavant. Si nous attribuons seulement soixante ans aux trois générations désignées, et nous ne pouvons faire moins, la fondation du temple sera antérieure de sept siècles à la rédaction du texte, et appartiendra au xixe. De plus, un document, signalé seulement en 1868 et appartenant au milieu du vne siècle, parle de l'enlèvement, par les Elamites, d'une idole chaldéenne, et fait remonter cet événement jusqu'à seize cent trente -cinq années avant la rédaction du texte c'est-à-dire jusqu'à 2300 environ. Il est vrai, nous ne sommes pas obligés de garantir l'exactitude du calcul assyrien, mais il montre du moins que Bérose n'avait pas accumulé à plaisir les années sur les années, dans les annales de son pays : je dis dans les annales, et non dans la chronologie mythologique, dont nous parlerons (à rétablir).
C'est l'ensemble de ces trois périodes, chaldéenne, arabe et assyrienne, que M. Oppert a nommé les dynasties sémitiques de Babylone 2 ; mais elles ne nous conduisent pas à l'origine même de la ville : la Bible nous apprend que cette origine était chamitique. Nemrod, souverain de Babylone, était fils du chamite Chus : « le commencement de son empire, dit le texte sacré, fut Babylone etArach, et Achad et Chalanné, dans la terre deSennaar 3. » Dans les deux versets suivants est mentionnée la fondation de Ninive, de Chalé et de Resen, entre Ninive et Chalé. Le sens naturel du texte semble l'attribuer au sémite Assur (Cf. 1 1 et 22) ; néanmoins, M. Oppert incline à croire que le sujet du verbe est toujours Nemrod, et que cgressus est Assur (yatsah Assur) signifie qu'il se rendit en Assyrie, malgré l'absence de la terminaison indicative du mouvement. Quoi qu'il en soit, l'ancienne population de la Babylonie fut
1 V. Zeilschrift fUr aegyptische Sprac/ie und Alterlhums Kunde. Nov. 1868. * V. Ann. de philos, clirél., nov. 1856. » Gen., x, 10.
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sûrement chamitique ; mais Bérose lui-même ne prétend pas que la dynastie chaldéenne, dont la langue, nous le savons maintenant par ses inscriptions, était la même que celle de Ninive, fût la plus ancienne du pays. Il place au contraire avant elle onze rois, dont il taitla nation, et auxquels une note du seul texte connu de ce passage (la traduction arménienne d'Eusèbc) n'attribue que quarante-huit ans ; peut-être faut-il lire plutôt deux cent huit ou cent quarante-huit \ surtout si cette race anonyme est la race touranienne, qui a implanté en Ghaldée son système d'écriture *. Enfin, au début de la série, Bérose admet une dynastie médique de deux cent vingt-quatre ans, précédée d'une dynastie nationale dont le fragment cité n'évalue point la durée; c'est Alexandre Polyhistor qui, d'après des données à nous inconnues, mais sûrement astrologiques, lui attribue quatre-vingt-six rois et plus de trente-trois mille ans. Quant à l'époque antédiluvienne, les Chaldéens avaient donné bien plus ample carrière à leur imagination vraiment orientale : ils y plaçaient dix rois régnant ensemble quatre cent trente-deux mille ans ; et c'est à ces fabuleusos périodes que se rapportaient les prétendues observations astronomiques de trente-un mille années envoyées à Aristote, selon Simplicius, qui ailleurs leur attribue un million quatre cent quarante -quatre mille ans. Il est vrai que les copistes ou traducteurs les ont réduites à quelques milliers d'années, et même à dix-neuf cent trois ans; mais M. Th. Henri Martin, le savant doyen de la faculté de Rennes, a fait justice de ces textes altérés et ruiné une fois pour toutes les déductions chronologiques qu'on avait tirées du dernier chiffre s.
Revenons à l'histoire. M. Oppert, au début de son Histoire des empires de Chaldèe et d'Assyrie, insiste sur la probabilité d'une origine touranienne pour la dynastie anonyme du texte de Bérose ; il croit même reconnaître la transition entre cette domination et celle des Sémites, dans le chapitre xiv do la Genèse, où est racontée l'invasion faite, au temps d'Abraham,
1 Oppert, ibid., et février 1865. Ce dernier article commonco une série prolongée jusqu'au mois d'octobre, et formant une Histoire des empires de Chaidée et d'Assyrie, d'après les Monuments.
«Comme le pense M. Oppert. V. son Rapport au Ministre, g 4 et il (Ann. sept. 1856) et g 19 (oct.).
s Mém.de l'Ac. des Inscr., t. VI des Mémoires des Savants étrangers.
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dans la vallée du Jourdain, par Khodorlaomer, roi d'Elam, et trois autres princes de l'Orient. Khodor, le premier élément de ce nom, se retrouve plusieurs fois dans les noms des princes de la Susiane, mentionnés par les inscriptions du xxe au vii" siècle, etl'Elymaïsdes Grecs, l'Uvajades Perses (pays des Uxiens), s'est trouvée souvent réunie à la Susiane, le Susanak des textes susiens eux-mêmes, le Chusistan des modernes : cette dernière province doit comprendre à la fois TUvaja et le Susanak. C'est, paraît-il, le prince élamite qui, à l'époque désignée, occupait le premier rang dans la région du bas Euphrate : la domination touranienne était donc déjà ébranlée, car les textes élamites-susiens ne sont pas plus du pur touranien qu'ils ne sont aryens ou sémitiques 1 ; mais M. Oppert croit reconnaître pour un des souverains de la dynastie anonyme de Bérose, ce roi des nations, allié ou vassal de Khodorlaomer, avec les rois de Sennaar et d'Ellasar. Son nom est Thideal dans les manuscrits de la Synagogue moderne, mais, dit M. Oppert, les Septante ont transcrit Thargal 2 : or le mot Tourgal serait un nom significatif dans le dialecte touranien qu'on appelle quelquefois le casdo-scythique ; il signifierait le grand chef. Les nations (goïm) du passage indiqué seraient les tribus primitives de la basse Mésopotamie ou des bords du Chot-el-arab, sujettes du roi touranien. On sait que le nom de Sennaar est donné dans la Bible au pays même de Babylone, où, comme nous le verrons dans un prochain article, on a probablement retrouvé les restes de la tour de Babel. Quant à l'Ellasar du texte hébreu, on la reconnaît aujourd'hui pour la localité de Khalah-Schargat sur le Tigre 3, dont le nom assyrien, constaté par l'épigraphie, était Alu-Assur, ville (du dieu), Assur 4. Avant de résumer le peu que nous savons touchant la dy-
1 Les Elamites proprement dits étaient Sémites, mais ce pays devint un rendez-vous des races les plus diverses, Sémites, Ariens, Touraniens. (Oppert, leçon du 27 mai 1869.)
* Rien de plus facile, en effet, que de confondre, dans l'écriture hébraïque, un dalcth (d) avec un resch (r) ; quant à la gutturale g, elle s'emploie assez souvent pour rendre, dans les langues européennes, l'aspiration sémitique exprimée par un aïn dans la dernière syllabe de ce nom.
8 Rive droite, un peu au-dessus du confluent du Zab méridional. (V.Atlas de Lenormant, pl. X.)
* V. Fr. Lenormant. Revue archéologique de novembre 1869. — La Vulgate emploie ici, pour le nom d'Ellasar, un nom emprunté à la géographie des Grecs orientaux.
l'histoire de la chaldée et de l'assyrte.
nastie chaldéenne, il est à propos de faire connaître les lieux où elle a laissé, par des inscriptions, des traces de sa puissance, d'autant plus que ce sont, en partie, les villes antiques dont la Genèse place l'origine aux premiers temps après le déluge. Ces lieux, explorés par l'expédition française en Mésopotamie, ont été décrits par M. Oppert dans le Ier volume de sa relation : c'est à lui que j'emprunte ces notions, en les complétant par son cours de 1869, auquel j'ai eu le bonheur d'assister.
Les lieux principaux où l'on trouve les monuments de la dynastie chaldéenne, je veux dire les briques ou autres inscriptions portant les noms de ces rois, ou qui sont indiqués par ces textes comme ayant fait partie de leur empire, sont d'abord Akarkouf, appelé aussi Tell-Nimroud, la colline de Nemrod, à l'ouest de Bagdad, et qu'il ne faut pas confondre avec la colline de Nimroud, l'ancien Kalach, au sud de Ninive ; puis Mughaïr, sur la rive arabique de l'Euphrate, à peu près à mi-chemin de Babylone, au confluent du Tigre : « Depuis les rois les plus antiques, jusqu'à Nabuchodonosor et Nabouimtouk, tous les souverains de la Chaldée y ont laissé des traces de leur domination 1 : » Warka, à l'est de l'Euphrate, vis-à-vis de Mughaïr; Niffar, au centre de la Babylonie; Senkereh, à l'est de Warka; Sufeirah, sur l'Euphrate, un peu au-dessus de la capitale. Tels sont les noms actuels, et, parmi eux, il en est plus d'un qui remonte en réalité aux temps bibliques et babyloniens. Akarkouf, où l'on a trouvé, avec une substruction gigantesque d'époque tout à fait inconnue, une inscription en idéogrammes portant mention de la construction d'un temple par le roi Kourigalzou, parait être le Hisir-Kourigalzi ou Dour-Kourigalzi des inscriptions assyriennes, désigné comme formant, au milieu du vme siècle, la limite entre les royaumes de Ninive et de Babylone 2 ; mais Mughaïr a une antiquité plus faméuse et très-probablement plus haute que le règne de Kourigalzou, car M. Oppert, qui conjecturait, il y a douze ans, son identification avec Chalanné, a rétracté cette opinion dans son cours de 1869 (leçon du 22 avril), et y reconnaît la ville d'Ur-Kasdim, patrie d'Abraham, nom qu'il avait précédemment regardé comme une région. L'identification d'Ûr avec Mughaïr avait déjà, nous
1 Oppert, Expédition en Mésopotamie, 1. 1, p. 260. * Ibid.. p. 256-258.
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dit le savant professeur, été proposée par Rawlinson, mais il n'en avait pas apporté la preuve; aujourd'hui, Ton sait que le nom de cette ville, ordinairement écrit par des idéogrammes et signifiant Ville de la demeure du frère (Nasaru-subtu, fratrum mansio), est traduit phonétiquement dans un syllabaire antique par la prononciation U-ru. Quant à Ghalanné elle-même, M. Oppert Tidentifie (même leçon) avec Kalu ou Kal-an, ville nommée dans les textes du roi Sargon, et que M. Lenormant place à une vingtaine de lieues à Test de la Séleucie des Grecs. Je pense que Ghalé correspond au Kalach des Assyriens, au Nimroud moderne, Resen, situé entre Ninive et Ghalé, pouvant correspondre à l'enceinte de Salamiyeh, sur le Tigre, à quelques kilomètres au nord de Nimroud Warka a conservé presque intact le nom biblique d'Erech ou Àrach, rOrchoé des Grecs. L'idéogramme chaldéen de ce nom se rend par ville de la lune, et lune se dit arakh en chaldéen 2. Niffar est certainement l'ancienne Ni pur, peut-être l'Achad de l'Écriture; Sufeirah est la Sippara de la Bible et de Bérose; Senkereh portait, et sous les rois chaldéens et au temps de Nabuchodonosor, le nom de Larsam ou Larsa, mais l'une et l'autre dénomination parait être altérée de la forme Larankha ou Lankhara, donnée par Bérose comme étant le nom d'une ville antédiluvienne, ou plutôt cette dernière forme, altérée dans la transcription grecque, sert, comme intermédiaire, à reconnaître l'identité de Larsam et de Senkereh : telle est du moins la pensée de M, Oppert 3.
La langue de ces Ghaldéens, telle qu'on la reconnaît, quand, par exception, leurs monuments ne sont pas tracés en idéogrammes, est sémitique, comme celle de Ninive et des néobabyloniens ; mais il faut bien se garder de croire que cette dénomination s'applique nécessairement et exclusivement aux langues des descendants de Sem. Des événements historiques, comme il s'en trouve même dans l'histoire des peuples modernes, peuvent changer le langage d'une nation. Sauf la basse Bretagne, les idiomes gaulois ont été remplacés chez nous par une langue néo-latine; les descendants des Francs, des Burgondes, des Wisigoths et des Lombards ont parfaite-
» V. Expéd. en Mésop., t. I, p. 308.
» Hisl. des emp. de Chaldée et d'Ass., avril 1865, p. 266. ' Ibid., p. 267, et la leçon précitée. Cf. Hisl. des emp. de Chaldée 't d'Ass., février 1865, p. 99-100, 105, 108, 111.
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ment oublié le langage de leurs ancêtres, de même que, dans l'antiquité, les Phéniciens chamites acquirent la plus étroite parenté de langage avec les sémites araméens qui les resserraient contre la mer ; on sait même, par les dénominations géographiques reproduites en grand nombre sur les monuments égyptiens, que, dans la terre de Chanaan, on parlait une langue sémitique avant la conquête de Josué. Ainsi, même en acceptant l'interprétation ordinaire qui considère Assur comme un nom d'homme, dans le onzième verset du tableau des races, on pourrait encore le considérer comme un Kouschite, et regarder Ninivê comme une colonie de cette race, bien que la langue des inscriptions ninivites soit purement sémitique; on peut admettre que Ninive et Babylone ont reçu ce langage des montagnards qui, aujourd'hui encore, portent le nom de Chaldéens, et dont les émigrations auraient rempli ces deux contrées.
Du reste, les noms sémitiques et susiens sont continuellement mêlés dans la liste fort étendue de ces anciens rois 1 que nous pouvons reconstituer à l'aide des inscriptions, sans néanmoins pouvoir, à beaucoup près, en déterminer toujours la filiation avec certitude. Je me garderai bien de reproduire cette liste : je dépasserais en le faisant les limites d'un exposé tel que celui-ci ; mais il est pourtant quelques-uns de ces princes auxquels il esta propos d'accorder une mention.
Gomme on peut le pressentir d'après ce que nous avons vu touchant l'écriture babylonienne, surtout des premiers temps, et de l'usage, alors dominant, des signes idéographiques, la prononciation de ces noms propres est loin d être toujours certaine. Cependant on trouve une singulière coïncidence entre le nom lu provisoirement Ur-hammu ouOrcham et le souvenir conservé par ces vers des Métamorphoses d'Ovide :
Les textes antiques le signalent comme fondateur de plusieurs temples, à Ur, à Erech, à Nipour, à Larsa; une inscription beaucoup plus récente le désigne comme père du roi Ilgi, qui
1 L'un d'eux même semble à M. Oppert devoir appartenir a la dynastie arabe dont parle Berose (apparemment les Khéta des hiéroglyphes). V. Hist. des emp. de Chaldée cl d'Ass., avril 1865, p. 165, 170, 172-3.
Régit achœmenias urbes pater Orchamus, isque Septimus a prisci numeratur origine Beli.
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prend, comme lui, dans ses inscriptions, le titre de roi des Soumirs et des Accads Cette désignation ethnographique se retrouve non-seulement chez leurs héritiers, mais dans les monuments des rois ninivites du second empire : elle mérite donc une explication.
Le nom des Soumirs (Su-mir-ri, Su-mer-ri, Su-mi-ri, prononciation usitée dès le temps du roi chaldéen Hammourabi, dont nous avons une inscription phonétique) a été ingénieusement interprété par M. Oppert, dans son cours. On y reconnaît, nous disait-il, après le déterminatif des noms de pays : i° l'idéogramme du mot lisan, langue, qui, en assyrien comme en français, aie double sens d'organe physique et d'idiome; 2° un autre signe idéographique, qui a quelquefois le sens de père, sans application ici, et ailleurs celui de être assis, en sorte que le groupe entier signifierait la race des sédentaires, c'est-à-dire des habitants originaires du pays : ce seraient les Babyloniens Kouschites (leçon du 18 mars). S'il en est ainsi, il faudrait probablement y comprendre la population même delà ville deBabylone, ville qui, chose remarquable, n'est presque jamais nommée parmi les possessions de cette dynastie. Le nom de cette ville avait en assyrien plusieurs orthographes phonétiques ou idéographiques et, par suite, plusieurs étymologies. Une particularité de la grammaire assyrienne explique comment Babel peut provenir de balai, confondre, suivant l'étymologie biblique : une des orthographes idéographiques s'interprète par le pays de la horde survivante : il semble que les Babyloniens aient voulu exprimer par cet hiéroglyphe que leur pays avait vu arriver Tune des premières générations après le déluge, dont ilsavaient, comme le constate Bérose, un souvenir très-distinct. Pour les Accads, dont le nom rappelle celui d'une des villes deNemrod, leur nom, dit le savant orientaliste, est quelquefois échangé avec celui de Urarti, nom assyrien de l'Arménie, et il en conclut qu'il pouvait, représenter la Mésopotamie septentrionale et la basse Arménie, le pays des sources de l'Euphrate et du Tigre. J'avoue que cette explication me parait moins satisfaisante que la précédente, non-seulement parce que ce nom serait alors indépendant du nom biblique, malgré leur grande ressemblance, mais surtout parce que le constant rapproche-
» V. HisL des emp. de Chaldée et d\\s$„ févr. 1865. p. 96-100.
L'HISTOIRE DE LA CHALDÉE ET DE L,' ASSYRIE
ment des Soumirs et des Accads, dans les textes, ne se concevrait pas si les derniers étaient si éloignés de la Babylonie ; enfin, parce que cette désignation topographique serait, en ce cas, inconciliable avec l'inscription de Hammourabi concernant le canal qu'il fil creuser pour l'utilité de ses peuples : on y lit, en effet : « J ai fait creuser le Nahar-Hammourabi, la béné- « diction des hommes de la Babylonie, qui conduit aux terres « des Soumirs et des Accads. J'ai dirigé les eaux de ses bran- « ches sur les plaines désertes, je les ai fatt déverser dans des « fossés desséchés. J'ai donné ainsi des eaux aux populations « des Soumirs etdes Accads... J'ai construit un fort élevé... à « la prise d'eau du Nahar-Hammourabi. » Or l'inscription a été trouvée à Afadj, près de Bagdad, à la prise d'eau du Nahar- Malcha \ désigné par d'autres textes comme l'œuvre de Nabuchodonosor, mais qui peut avoir été rétabli par celui-ci après que les tranchées de son lointain prédécesseur eurent été obstruées. Ces plaines fertilisées ne peuvent donc, en aucune façon, s'entendre de la basse Arménie; et l'on fera bien de distinguer, à l'exemple de M. Lenormant dans son atlas (pl. II), les Accads du nord et ceux du sud.
Les faits d'histoire politique que les inscriptions nous apprennent concernant cette époque sont d'ailleurs fort peu nombreux. Quand on a signalé les origines diverses des noms de ces souverains, diversité d'où l'on pourrait conclure une sorte d'alternative du pouvoir entre des familles chaldéennes et susiennes,siun père et son fils ne portaient parfois des noms d'origine diverse2, provenant peut-êtred'alliances matrimoniales entre les princes des deux pays ; quand on a signalé encore ce fait, mentionné par un prisme assyrien, que Samsi-Hou et Ismidagan son père portaient le titre, peut-être sacerdotal, de patis d'Assour, et que le premier avait poussé sa domination assez loin dans le nord pour fonder un temple à Ellasar *, on a presque épuisé la série des faits antérieurs à la puissance ninivite; encore faut-il observer que l'indication du lieu ne se trouve pas
1 Hist. des emp. de Chnldéc et d\Ass., mars 1865, p. 167-9. * lbid., févr., p. 104, 107.
8 lbid., févr., p. 101-102, et avril, p. 248. Pour la date, v. supra. Ce temple était dédié aux dieux babyloniens Annes et Ao. En général, les noms de ces rois, quand ils ont un élément mythologique, nous reportent aux mêmes croyances qui prévalent plus tard dans ce pays.
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sur le prisme lui-même : on ne la connaît que par la légende de Samsi-Hou, retrouvée dans les substructions de l'édifice ; et il n'y a pas certitude, M. Oppert le reconnaît hautement, dans l'identification de Tlsmadagan son père avec risaudagan, roi des Soumirs et des Accads, père d'un Goungoun, roi d'Ur, dont on a plusieurs textes provenant de cette dernière ville. Quant à la désignation de roi des quatre régions que Ton trouve parmi les titres royaux, en Chaldée comme à Ninive, il signifie sûrement roi des quatre points cardinaux, des quatre régions du soleil, comme le dit expressément un texte d'Il-amar Sin, trouvé à Abou-Shahrein en Chaldée mais cela ne tire point à conséquence pour l'étendue de leur domination : les Pharaons s'appelaient invariablement souverains des deux régions ou des deux mondes ; et, quand les rois chaldéens désignent nominativement quelques-unes de leurs cités, elles sont toujours renfermées dans le cercle assez restreint que nous avons déterminé plus haut.
Mais, avant de passer à l'histoire des dynasties assyriennes, il nous reste à signaler un rapprochement curieux. Dans une liste de rois chaldéens conservée à Londres, le nom d'Hammourabi est suivi d'une vingtaine d'autres, et précédé de celui d'une femme 2. Ce dernier, écrit en idéogrammes, peut se rendre par femme, exalte la déesse... Le premier mot est probablement un déterminatif qui ne se prononçait pas; il est trèspossible qu'il en soit de même du troisième, par rapport à un quatrième mot effacé, et M. Oppert propose, d'après l'analogie d'autres textes mentionnant des déesses, de remplir cette lacune par rimit, élevée, le verbe exalter se traduisant en assyrien par illu ou par samu, en sorte qu'en employant l'impératif on lirait sami-rimit.
Cette prononciation, non pas certaine, on le voit, mais conforme aux règles de la lecture des idéogrammes, devient probable parce qu'elle donne une explication historique de la tradition si connue, transmise par Ctésias à Diodore et par Diodore à toute l'Europe, sur une Sémiramis, reine de Babylone, exerçant un vaste empire, de longs siècles avant la chute do
1 Expédition en Mésopotamie, 1. 1, p. 269. Cf. Hist.des emp. de Chaldée et dAss., févr. 1865, p. 145-6.
* Voy. Hist. des emp. de Chaldée et dAss., février 1865, p. 95, et mars, p. 165-66.
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l'empire assyrien, tandis que la seule Sémiramis authentiquement reconnue sur les monuments est celle d'Hérodote, reine qui vivait vers la fin du ixe siècle. Sans doute, la reine légendaire de Diodore est un personnage à moitié mythologique, dont les exploits ne soutiennent pas un instant les regards de la critique ; on la plaçait dans une antiquité que les Ghaldéens et les Assyriens du temps de Gtésias connaissaient probablement fort mal, et qu'en tous les cas ils ne nous ont point fait connaître ; mais il y a pourtant une certaine apparence qu'un personnage si fameux n'est pas complètement imaginaire ; peut-être même la série des rois obscurs qui suivent Hammourabi a-t-elle été l'occasion de cette fable, si hautement démentie par l'histoire, nous ne tarderons pas à le voir, d'une longue suite de rois fainéants, héritiers de Sémiramis à Ninive et à Babylone, États qui, à cette époque, ne paraissent pas même avoir j amais été réunis : le Ninus, époux de la Sémiramis antique, n'est, selon une opinion vraisemblable, que la ville de Ninive personnifiée dans le nom d'un souverain fabuleux.