III. — Le premier empire d'Assyrie, jusqu'au xi* siècle
L'histoire de l'Assyrie proprement dite, c'est-à-dire du grand empire de Ninive, ne commence réellement que dans les dernières années du xive siècle, cinq cent vingtou cinq cent vingtsix ans avant la chute du premier empire, selon le double témoignage d'Hérodote et de Bérose. Cette date répond à peu près à la fin de la dix-neuvième dynastie égyptienne, époque où la prépondérance des Pharaons avait temporairement disparu et où l'empire des Khétas commençait à se dissoudre, puisque la confédération dont ils étaient les chefs est beaucoup moins étendue au temps de Ramsès III (au commencement de la vingtième) qu'elle ne l'était quand ils combattaient Ramsès II. Devenus indépendants, les rois de Ninive ne tardent pas à s'emparer une première foisde Babylone, qu'ils perdront bientôt il est vrai, mais dont l'histoire sera désormais rattachée à celle de leur empire.
La concordance des témoignages chronologiques entre l'écrivain d'Halicarnasse et l'historien national de la Chaldée serait déjà un motif de les préférer aux assertions de Diodore, qui reporte à plusieurs siècles au delà l'union des deux Etats et
en affirme la permanence jusqu'aux derniers jours de l'empire 1 ; mais hâtons-nous d'ajouter que, pour l'Assyrie comme pour l'Egypte, nous avons en original les récits contemporains d'un assez grand nombre de règnes, récits qui, je le répète, ne permettent plus d'accorder la moindre valeur à la théorie de Ctésias sur une série non interrompue de rois fainéants de Ninive, réunissant, durant plus de mille années, sous leur autorité somnolente, un immense empire, étendu depuis les confins de la Bactriane jusqu'aux rivages de la Méditerranée.
Mais comment cette étrange assertion a-t-elle pu être présentée à la science historique ? Gomment les Perses, qui dictaient à Ctésias, médecin d'Artaxerxès, cette version officielle de l'histoire assyrienne, ont-ils pu l'admettre ou l'imaginer eux-mêmes ? Qu'on me permette de répondre par une page de mon Histoire (classique) des peuples de l'Orient, vieille de neuf années (1862), page qui a commencé à trouver crédit dans la science, puisque M. Lenormant l'a intégralement reproduite dans le second volume de son Manuel.
« Gtésias fut, pour les Grecs ses compatriotes, l'interprète de ces récits par lesquels la politique ou l'orgueil des monarques persans faisait remonter jusqu'à la plus haute antiquité l'exemple d'un empire maintenu sur les habitants de l'Asie, par l'obéissance qu'inspirait le nom d'un souverain, fût-il enseveli dans ses plaisirs et invisible au fond de son palais ; maintenu aussi par une politique ombrageuse qui ne permettait pas à ses sujets de nations diverses d'acquérir l'habitude des armes et de se connaître dans les camps, mais envoyait dans chaque province les agents de son pouvoir absolu. Cette tradition d'un empire remontant à treize siècles au delà de l'insurrection qui renversa Sardanapale, d'une dynastie dont la vingtième génération vivait au temps de la guerre de Troie, n'ayant éprouvé ni démembrement, ni révolte de ses provinces, n'ayant pas même eu besoin de se montrer en armes à ses sujets, ne peut plus se soutenir aujourd'hui... Le chiffre même de la durée de cet empire est inadmissible, ou plutôt il faut, comme l'a fait M. Oppert, en chercher l'origine et l'explication dans la confusion (peut-être volontaire) qu'on avait faite à Ninive ou à Suse, entre toutes les dynasties, chaldéenne,
i Diod., II, ch. xxi-ii.
l'histoire de la chaldée et de l'assyrie.
arabe, ninivite, qui se succèdent depuis l'élévation des Assyriens jusqu'à la chute de Sardanapale 1 . » Et, si Ton hésite encore à admettre une si complète falsification des faits, on devra se rappeler qu'il s'agit des Perses, « peuple, dit M. Oppert, qui a été et qui est encore, après ses proches parents les Indiens, celui qui a le moins le sentiment de l'histoire. Ce sens historique manque à Bisoutoun, où Darius donne bien les jours et les mois des faits racontés, mais oublie les années; ce défaut se manifeste chez les Persans modernes, seul peuple dont le grand poëte2 soit encore le plus grand historien... Je me rappelle que cette même infirmité scientifique m'a frappé dans les conversations avec les Persans qui passaient pour des lettrés de leur pays, et qui, sur l'histoire moderne de l'Asie, avaient les idées les plus étranges. Etjcomment attendre d'une nation des renseignements exacts sur ses ennemis vaincus, quand, dans sa propre histoire, elle laisse échapper le nom du grand Gyrus, quia fondé son empire 3?»
Nous ne savons guère que les noms des premiers souverains connus du grand empire assyrien. Vers l'époque indiquée par Hérodote comme origine de cet empire, ou tout au plus un siècle après (V. infra), figure un Ninip-pal-asar, nom dans lequel, avec un peu de complaisance, on a entrevu le Ninus de Gtésias, et que l'un de ses premiers descendants dit avoir inauguré le royaume d'Assyrie 4. Ce fut le père d'Asourdayan, qui démolit le temple ruiné d'Ellasar (V. supra).
Cependant la désignation de fondateur de l'empire, attribuée à Ninip-pal-asar, ne signifie pas qu'il fut le premier prince de Ninive, mais le premier souverain de cette période qui en ait fait un grand Etat, ou, comme l'a pensé M. Lenormant, un Etat indépendant de l'Egypte. Au temps de laprépotence égyptienne, cette cité formait probablement un royaume distinct dans la confédération de Rotennou, si même elle n'en fut quelque
1 Hist. ancienne des peuples de ÎOrient. Pari9, Douniol, 1862, p. 177-8. Cf. Lenormant, Manuel d'Uist. ancienne deTOrient, t. II, p. 54-5, et ses renvois à mon livre à la fln de l'un des volumes. — Cf. Oppert, Ann., oct. 1865, p. 304-5.
* Firdoçy, auteur du Schah Nameh.
* Oppert, Rapport au Ministre, Ann. de phil. chrét., oct. 1856, p. 249-250.
4 Voy. Hist. des emp, de Chaldée et d'Ass. Ann.de phil. chrét., mars 1865, p. 176, et avril, p. 248. Du reste, le nom mythologique de Ninip, écrit ici par un idéogramme, est lu Adar (nom d'une divinité syrienne) par M. Lenormant, t. II, p. 60.
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temps le centre; et nous avons depuis peu connaissance de quelques faits appartenant à son histoire, avant le règne des princes qui viennent d'être nommés. De courts documents, en effet, nous font connaître, par leur rapprochement, une série de sept rois de Ninive, dont on peut arriver à déterminer à peu près l'époque ; M. Oppert en connaissait une partie en 1865, mais croyait devoir les placer au xiie siècle. Aujourd'hui nous savons que l'un d'eux, ayant marié sa fille au roi de Babylone, Pournapouryas, dont les prédécesseurs avaient plus d'une fois fait alliance avec les siens, intervint pour venger son arrière-petit-fils détrôné, et donna le royaume à Kourigalzou, deuxième fils de son gendre ; or ces noms susiens semblent nous ramener à une époque plus ancienne. Il y a plus : une inscription de Sennachérib reporte à six siècles avant son propre règne, c'est-à-dire vers 1300, celui de Tiglat-Samdan, fils d'un Salmanasar Ier, qui paraît avoir été lui-même un petit-fils cadet du beau-père de Pournapouryas 1 . Tiglat-Samdan ayant acquis la suzeraineté sur Babylone, c'est peut-être à partir de ce temps que les rois assyriens figurent dans la chronologie babylonienne de Bérose, quoique cette puissance n'ait pas été bien étendue, ni bien solide. M. Lenormant fait observer que, depuis lors, les éléments touraniens (ou en tous cas étrangers) qui abondent dans les noms des rois chaldéens durant les siècles précédents, disparaissaient pour toujours de cette histoire ; il en conclut avec une grande apparence de raison que Tiglat-Samdan changea la famille régnante à Babylone. Mais cette nouvelle famille ne tarda pas à rompre avec les dominateurs, avec le conquérant lui-même : des luttes eurent lieu avec diverses alternatives 2, luttes bien peu connues dans leurs détails, et après lesquelles nous arrivons au premier grand document historique de l'Assyrie,le prisme deTéglatphalasar Ier, (Tuklat-pal-asar ou Tuklat-habal-asar, dans l'orthographe assyrienne), conservé en quatre exemplaires qui se suppléent l'un à l'autre dans les parties effacées : c'est ce récit de ses exploits qui a donné lieu à l'épreuve racontée plus haut sur la lecture des cunéiformes.
Il forme un texte d'environ sept cents lignes, dont de simples
« Sur tous ces faits, voy. Fr. Lenormant, Revue arch., 1869, etsoa Manuel, t. II, p. 57-58.
* Ibid., p. 59-60.
l'histoire de la chaldée et de l'assyrie.
extraits, littéralement traduits, n'ont pas fourni à M. Oppert moins de quinze pages in-8M dans son Histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie 1 . Il commence par une invocation aux principales divinités de son pays, en tête desquelles se trouve Assur. Nous ne nous arrêterons pas aujourd'hui sur ce document mythologique : bornons-nous à faire observer que les monarques ninivites, quel que soit leur orgueil à l'égard des nations vaincues, se montrent souvent empressés à professer leur dépendance à l'égard des dieux, à leur attribuer leur puissance et leurs victoires , à présenter leurs conquêtes mêmes comme des actes religieux, en ce qu'ils soumettent à leurs maîtres divins les nations étrangères qui ne les reconnaissaient pas. Tels sont les sentiments que Téglatphalasar Ier exprime ici de la façon la plus explicite 2.
Le prisme de ce prince, qui appartient, selon toute apparence, à la seconde moitié du xiiic siècle, proteste déjà hautement et contre la vie oisive attribuée aux anciens rois de Ninive, et contre l'immense étendue que leur empire atteignait suivant la tradition classique. Sans cesse en armes pour combattre ses voisins, ce prince a pour théâtre de ses exploits les contrées riveraines du Tigre et de FEuphrate, toujours imparfaitement soumises, souvent insurgées et menaçantes, comme nous le verrons dans l'histoire de ses successeurs, du moins de ses successeurs un peu éloignés, car les lacunes les plus marquées de cette histoire suivent de près le règne que nous avons à retracer en ce moment.
Il est vrai, l'identification des noms assyriens de lieux avec ceux de la géographie moderne ou de la géographie classique, est loin d'être toujours facile; mais en général, pourtant, il faut observer qu'en Asie cette sorte de noms change beaucoup moins qu'en Europe, sauf les termes touraniens apportés par les Turcs dans leurs conquêtes des xe et xie siècles. Les noms de l'Oronte, d'Aradus, de Tyr, etc., se reconnaissent aisément dans les hiéroglyphes pharaoniques, et les textes assyriens donnent, sans grande altération, un assez grand nombre de noms connus pour que les traits généraux de leur géographie politique puissent être tenus pour assurés. Dès le temps de Téglatpha-
1 V. Ann. de philos, chrél., mars et avril 1865.
» Voy. mars, p. 177, 179, 180, 184; avril, p. 245, 247, 249.
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lasar Ier, on reconnaît avec sûreté les noms de Kummuk 1 et d'Aram 2, bien qu'ils ne correspondent pas exactement à la Commagène et à la Syrie des Grecs, les Hatti (Khétas des hiéroglyphes) et même, selon moi, plusieurs localités de l'Asie Mineure. Voici quelques-uns des principaux traits de ce récit ; les faits fussent-ils moins importants en eux-mêmes, il serait curieux encore de connaître le style d'un historiographe officiel de Ninive au temps des juges d'Israël. Suivant l'usage invariablement observé, le récit est mis dans la bouche du roi lui-même.
* Au commencement de mon règne, je vainquis 20,000 hommes Moschiens (Muskaya) et leurs cinq rois... Aucun roi ne les avait jamais défaits dans une bataille; ils se fièrent à leur puissance et subjuguèrent la Commagène (Koummouk)... Je surpris comme la tempête les rangs de leurs combattants dans la mêlée ; je dispersai leurs cadavres dans les abîmes et les vallées des montagnes; je leur coupai les têtes. Je changeai les murs de leurs villes jusqu'à ce qu'ils ressemblassent à des fossés. J'en fis sortir les esclaves, les butins, les trésors sans nombre... Je marchai contre les hommes de la Commagène, mes ennemis, qui avaient refusé à Assour, mon seigneur, leurs tributs et leurs dons. J'envahis entièrement la Commagène; j'en fis sortir les esclaves, les butins, les trésors ; je brûlai par le feu leurs villes, je les démolis, je les détruisis 3.
« La ville d'Ourrakhinas... située en Panari, fut terrifiée par la puissance de la crainte et le respect immense d' Assour, mon dieu. Pour sauver leurs vies, les habitants enlevèrent leurs idoles; ils volèrent comme des oiseaux vers les ravins des montagnes remplies de torrents, je jetai mes armées sur le Tigre; Sadiantirou, fils de Khattikhi, roi d'Ourrakhinas, prit mes genoux, pour m'empêcher d'attaquer ce pays. J'acceptai comme otages ses fils, les rejetons de son cœur et sa famille 4.
« — Dans le courage de ma bravoure, je marchai pour la seconde fois sur Koummouk. J'attaquai toutes les villes, j'en enlevai les esclaves, les biens, les trésors; je brûlai leurs villes dans le feu, je les démolis, je les détruisis. Le reste de leurs armées, qui avaient craint mes armes terribles et qui n'avaient pas résisté au choc de ma puissante attaque, s'était dirigé, pour sauver sa vie, sur les pics immenses des montagnes et les plateaux élevés. Vers les réduits
1 Le Kummuk, qualifié de vaste contrée, et par conséquent bien plus étendu que le district où régna l'Antiochus de Racine, était alors baigné par le Tigre (voyez col. 1 et 2 du Prisme), et devait s'étendre sur la Mésopotamie centrale.
* L*Aram des cunéiformes était dans le voisinage de la Ghaldée. 3 Hist. des emp. de Clialdée et d'Ass. Annales, mars 1865, p. 178.
* Jbid., p. 179.
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des forêts abreuvées d'eau et les ravins tortueux des montagnes, qui ne sont pas faits pour que le pied de l'homme les foule, je montai derrière eux ; ils firent avec moi l'épreuve de la bataille et du combat; je les mis en fuite, je surpris, comme une tempête, les rangs de leurs combattants dans les ravines des montagnes; je jonchai les rochers et les vallées des cadavres de leurs soldats. J'enlevai, des pics élevés des montagnes, leurs esclaves, leurs biens et leurs trésors. Je fis tributaire le Koummouk dans toute son étendue et je le compris dans les limites de mon empire 4. •»
Et vers la fin :
c Compte donc quarante-deux pays et leurs princes depuis les rives du Zab inférieur 2... jusqu'aux rives de l'Euphrate, la Syrie et la mer supérieure, qui est au coucher du soleil. Depuis mon avènement jusqua ma cinquième campagne, ma main les atteignit; je les soumis l'un après l'autre, je pris leurs otages, je leur imposai des tributs et des redevances. Ajoute à cela les expéditions nombreuses contre les rebelles qui ne fournissaient pas leurs prestations à la liste de leurs tributs; je les poursuivais et je parcourais les chemins bons en char et les chemins impraticables à pied. Je brisai la puissance des rebelles dans mon pays Ninip et Nergal
m'ont accordé leurs armes terribles et leur arc puissant pour soutenir ma royauté. Dans l'adoration de Ninip, mon aide, j'ai tué quatre buffles... Dix sangliers mâles puissants furent tués par moi dans le pays de Resaina, et, sur les bords du Khabour, je pris quatre sangliers vivants... Sous les auspices de Ninip, qui a pitié de moi, je tuai deux soixantaines de lions, avec mon courage concentré, dans la lutte corps à corps, sous mes pieds. Je capturai huit cents (sic) lions avec mes chars... et l'oiseau du ciel, dans son vol, la sûreté de mes flèches l'atteignit 3. »
Le fils de Téglatphalasar Ier, Assur-bani-habal 4 , n'est connu que par une inscription à demi effacée, gravée sur le piédestal d'une statue. M. Oppert lui a donné le nom de Sardanapale Ier, mais seulement pour aider la mémoire ; car, ainsi qu'il le fait observer lui-même, ni ce prince, ni aucun de ses successeurs n'a réellement porté ce nom 5. Il n'y a point de rois assyriens dont le nom commence par Sardan, et, en conséquence, les conclu-
1 Hist. des emp. de Chaldée et dAss. Annales, mars 1865, p. 180-1. f Affluent du Tigre, sur la rive gauche : l'embouchuro est un peu au sud d'Ellasar.
3 Hist., etc., avril 1865, p. 245-6. La numération par 60 est fréquente en assyrien.
* V. Annales de philos, ckrét., avril 1865, p. 253. — Etpédit. en Mésop. t. I, p. 288.
».V. Ann., avril 1865, p. 253.
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sions tirées de cette transcription pour identifier l'un des Sardanapales avecSardan, personnage mythologique, doivent être abandonnées sans retour. L'élément mythologique des divers ooms que M. Oppert ramène à la forme classique Sardanapale, est le nom du dieu Assur, qui reçoit dans chacun d'eux une addition significative : presque tous se terminent par le mot fils, pal ou habal, suivant les dialectes : les formes les plus voisines du nom classique sont Assur-idannu-pal et Assur-dannin-'pal.
M. Lenormant a donné un autre nom, commençant aussi par celui d'Assur 1 , au personnage dont nous parlons ; mais on a lieu de se demander s'il ne Ta pas confondu avec le fils d'un autre Téglatphalasar, un peu postérieur au premier. En effet, Sennachérib, qui vivait à la fin du vin" siècle, dit avoir reconquis des idoles perdues depuis quatre cent dix-huit ans, par un Téglatphalasar dans une guerre contre les Babyloniens a. Or cette date nous reporte aux environs de i 100, et par conséquent assez loin de Téglatphalasar Ier, qui dit avoir vécu un peu plus de soixante ans après le fils du véritable fondateur de l'empire : il y a donc lieu de distinguer les deux homonymes, si Ninippalasar méritait réellement ce titre. Il y aura, au "contraire, lieu de les identifier, si le père d'Assourdayan n'avaitrégnéqu'au temps où succomba la domination égyptienne, ce qui permettrait de ramener son quatrième descendant jusqu'au temps marqué pour la guerre entre Téglatphalasar et le roi de Babylone Mardouk-idin-akhé. M. Oppert, qui a fini par se rallier à cette opinion 3, fait observer que les deux Téglatphalasar auraient à Babylone un adversaire du même nom, et que, si Ninippalasar était le premier des rois indiqués par Hérodote, sa date se confondrait avec celle de Téglat-Samdan qui, selon une brique de Sennachérib, vivait six siècles avant ce dernier.
La dynastie se maintint quelque temps encore, avec des alternatives de succès et de revers, et fut enfin remplacée par celle que fonda un intendant des jardins royaux, appelé Bélitaras par les Grecs, et dont le nom assyrien n'est pas encore
1 Assour-bel-Kala, p. 63. En général il faut se souvenir que, pour les raisons ndiquées plus haut, la lecture des noms propres est incertaine, quand ils sont assez anciens et assez obscurs pour n'avoir pas laissé de variantes phonétiques assurées.
* Ibid., p. 251. — Manuel, t. II. p. 63.
s .4nn.,oct. 1865, p. 301-2.
l'histoire de la chaldée et de l'assyrie.
parfaitement éclairci : les signes qui le forment dans un texte appartenant à l'un de ses derniers successeurs, pourraient se lire Belkatirassou, mais peuvent se lire aussi Beldiarissou, forme plus rapprochée de celle qui a prévalu en Europe 1 .
Les premiers rois de cette série sont fort peu connus ; on s'est même divisé sur la question de savoir si le Salmanasar (Salman-asir, Salman est propice), auteur du palais N. 0 sur le monticule de Nimroud (Kalakh, dans la topographie assyrienne), est le troisième ou le premier successeur du fondateur de la dynastie. A vrai dire, la chronologie régulière ne commence qu'à l'arrière-petit-fils de Salmanasar, temps où Binnirari commence, dans les monuments, la liste des éponymes, c'est-à-dire des magistrats donnant leur nom à Tannée, comme les consuls de Rome et les archontes d'Athènes. Il résulte de leur rapprochement que ce prince et son fils appelé Téglat-Samdan II ou Téglatphalasar III2, vécurent dans la deuxième moitié du x' siècle.
Le fils de ce dernier, Assur-nazir-pal, le Sardanapale III (ou plutôt II) de M. Oppert *\ régna vingt-quatre années dont on connaît les éponymes (923-899 selon le calcul de M. Oppert). Il restaura le palais élevé par Salmanasar II à Kalakh (30 kil. au sud de Ninive), et, grâce à cette résidence choisie en dehors de la capitale, résidence à laquelle ses successeurs ajoutèrent parfois d'autres bâtiments, leurs monuments d'art et d'épigraphie ont échappé, en grande partie, à la dévastation qui s'est acharnée sur l'ancienne capitale. C'est là que se trouvent deux longues inscriptions, en grande partie identiques et se complétant Tune l'autre 4 , qui contiennent l'histoire d' Assur-nazir-pal,
1 Ann>, avril, p. 254. — Manuel, t. II, p. 63-4.
* Sur la confusion possible de ces deux prononciations ou môme de Tuklat- Ninip au lieu de Tuklat-Samdan, voir Oppert, Ann., avril 1865, p. 260. Il fait aussi comprendre comment un fait de synonymie mythologique permet de lire habal-asar au lieu de samdan.
8 Ibid., p. 259 et 261. — Manuel, p. 64-5.
4 Une stèle et une dalle mesurant 6m 20 sur 5" 50, du temple de Nioip- Samdan.