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IV. — La dynastie de Bélitaras

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reconnu pour être le Sardanapale guerrier de la tradition grecque.

La liste initiale des dieux se trouve traduite par M. Oppert dans le numéro d'avril 1865 des Annales de philosophie chrétienne : les numéros de mai et juin contiennent, avec l'invocation à Ninip, le récit historique 1 : c'est le plus long texte que contienne aucun monument assyrien. Cette histoire est instructive à plus d'un égard. Le roi proteste, aussi bien que Téglatphalasar 1er, de sa soumission envers les dieux, et se vante de châtier ceux qui se révoltaient contre Assur; il déclare que c'est à lui, à Bel, aux grands dieux du ciel et de la terre, qu'il doit sa puissance et ses conquêtes ; il rend spécialement hommage à Ninip, « le fort qui ne pardonne pas, dont l'œuvre est la ruine, qui saccage le pays des rebelles..., qui asservit l'iniquité. »

Il dit avoir marché lui-même, en respectant la justice, dans l'adoration des dieux Assur et le Soleil. Mais, selon les rois de Ninive, l'iniquité, c'est la résistance aux rois de Ninive, et, par conséquent, à leur dieu Assur; la justice, c'est d'écraser ceux qui se le permettent ; aussi, dans ce texte, rédigé en son nom, se vante-t-il des cruautés les plus effroyables, des actes de la plus hideuse dépravation. En parlant de la prise de Nistoun, dans les montagnes d'Arménie, il s'écrie : « Mes soldats parvin- « rent au sommet, comme des oiseaux ; je m'emparai de deux « cent soixante combattants, je leur coupai la tête, je les ai mis « sur des pals ; leurs enfants, je les écrasai sur les rocs des « montagnes, comme des oiseaux qui sont encore au nid. Je « fis descendre des montagnes, leurs captifs et leurs trésors. « Les villes qu'ils avaient construites dans leurs immenses « forêts, je les détruisis, je les démolis, je les brûlai par le « feu... Boubou, fils de Baboua, préfet de la ville de Nistoun, « je l'écorchai à Arbèles, et je couvris le mur de sa peau 2. » Le pays devint tributaire. Et un peu plus loin, quand Assurnazir-pal réprime la révolte de Sour 3, qui pourtant s'était soumise à son approche, il ne se borne pas à enlever d'immenses dépouilles et d'innombrables enfants : « Je fis écorcher les

i V. aussi Eipèd. rn Mcsop., t. I, p. 311-331.

» Ann., mai 1865, p, 529.

8 Dans I»1 vnism.i " <!<■ l'Un pli r.ii*1-. V. juin, p. W* »'l if*

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« grands Ammar, ditil et je couvris le raur de leurs peaux. « J'en fis murer quelques-uns dans le mur, j'en fis monter en « croix d'autres sur le mur ; beaucoup d'autres, je les fis écoro cher devant moi-même, et je fis couvrir le mur de leurs « peaux. Je mis sur la tête des chefs des couronnes comme « des couronnes royales, et je transperçai leurs intestins. « J'emmenai Akhiyabab à Ninive, je le fis écorcher et couvrir le « mur de Ninive de sa peau 2. » Des incendies, des massacres, des actes répétés de la brutalité la plus exécrable signalent ces campagnes, dont le récit forme pour ainsi dire toute l'histoire du règne. Ces bulletins contiennent naturellement une multitude de noms géographiques dont l'identification complète serait impossible ; mais il est pourtant des données de cette nature qu'il est intéressant de relever. L'inscription de la statue d'Assurnazir-pal, la seule qui nous reste d'un roi de Ninive, et qui le représente armé d'une faux et d'une massue, porte qu'il « pos- « séda les terres depuis les rives du Tigre jusqu'au Liban, et « soumit à sa puissance les grandes mers et tous les pays dece puis le lever du soleil jusqu'au coucher du soleil 3. » Si ces dernières paroles sont bien vagues, le commencement de la phrase l'est beaucoup moins, et il indique probablement les régions dont ce conquérant avait hérité de son père : c'est un démenti de plus apporté au récit de Ctésias. Du reste, les conquêtes du roi sont à leur tour résumées d'une façon plus détaillée vers la fin de la seconde colonne de la grande dalle 4. Je transcris seulement ce qui, dans l'état actuel de la géographie comparée, peut nous offrir des idées un peu précises : « Parmi les rois des quatre régions, dit le texte, son éclat fut « sans égal ; comme roi, il régna sur toute la terre, à partir de « l'embouchure du Tigre jusqu'au Liban et la grande monta- « gne de Laki. . . ; jusqu'à la ville de Rapik (Raphia), il se la sou- « mit. Sa main allait... à partir du Zab inférieur 5 jusqu'à la « ville de Toul-bari... Je bâtis de nouveau la ville de Kalakh...

1 Apparemment les chefs locaux : ce mot se trouve dans d'autres passages.

* llrid., mai, p. 331.

»4>m.,avril 1865, p. 261.

* Juin 1865, inii.t et aussi p. 415.

8 Dont le confluent était apparemment ce qu'on appelait tout à l'heure l'embouchure du Tigre. Cependant le roi dit avoir franchi le Zab inférieur. (Mai, p. 336.)

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« Je consacrai un temple à Ninip mon maître. » (Celui même où a été trouvée l'inscription.)

Il se vante d'avoir fait travailler les vaincus à ces constructions 1 . On voit par d'autres passages 2 que la Gommagène était encore à cette époque dans le voisinage du Tigre et du pays des Moschiens. Vers le temps de ses dernières campagnes, le roi est encore en Syrie, en Phénicie, et dans le pays des Philistins, contournant ainsi les Etats israélites avec lesquels il n'entre point en conflit; un peu plus tard même, on le retrouve au nord de la Syrie 3. Mais il ne parait pas qu'il ait jamais conquis ni l'Asie Mineure, sauf le pays de TAmanus et la Cilicie orientale, ni probablement la Médie et la Perse, ni même Babylone; il se vante seulement de lui avoir imposé la paix 4, et de lui avoir enlevé quelques places 5. C'est à lui, je pense, qu'une inscription traduite par les Grecs attribue la fondation de Tarse en Cilicie, inscription d'après laquelle ils le disaient fils d'Anakyndaraxarès. M. Oppert a retrouvé dans cette filiation imaginaire la formule officielle Ânakou nadou sar Assour, moi, auguste roi d'Assyrie, ajoutant que le mot pal ou palla, qui termine le nom propre du monarque, avait fait croire que les mots suivants exprimaient le nom de son père 6.

A Salmanasar 7, fils du souverain dont nous venons de résumer l'histoire, commence la longue série des relations authentiques entre l'Assyrie et les peuples dont l'histoire nous était connue avant la découverte des textes cunéiformes. Comme on devait s'y attendre, les plus anciens de ces faits appartiennent à l'histoire des Israélites et non à celle des Grecs, mais ce n'est pas la Bible qui nous les fait connaître : c'est le roi Salmanasar lui-même dans l'un des textes inscrits sur le célèbre obélisque de basalte noir trouvé àîs'imroud, près du grand palais central, œuvre de ce prince 8, et dans un autre encore dont nous par-

» Juin, p. 416.

2 Mai, p. 330, 339.

•Juin, p. 410-413.

* Ibid., p. 407.

• Ibid., p. 415.

6 Rapport au Ministre. Ann. de philos. chrét.t oct. 1856. Cf. deSaulcy, ibidn

7 III* du nom, de 899 à 870, selon M. Oppert (en 1865). — Salmanasar IV, selon M. Lenormant (1809), qui connaît un souverain de ce nom avant 1314.

8 Hist. des emp. de Clwldée cl d'Ass. Ann. de philos, chrét., juillet 1865. — Expèd. en Màsop.,L I, p. 341. Pour la traduction, Ann*, ibid., p. 43-51. Expèd.,

oct. 1849.

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lerons tout à l'heure. L'obélisque contient le récit de ses exploits jusqu'à la trente et unième de ses campagnes, comptées par expéditions et non par années, puisqu'il n'a régné que vingtneuf ans et que le récit ne s'étend pas jusqu'à sa mort. Ce ne sont pas, du reste, les annales du règne qui nous parlent de ses relations avec les Israélites, c'est une des inscriptions qui entourent la partie supérieure de l'obélisque : on y lit en toutes lettres, parmi les noms des tributaires, celui 'de Jéhu (Jahoua), fils de Houmri, c'est-à-dire roi d'Israël; car, quoique Jéhu ait exterminé la famille d'Amri, comme il lui succéda, et que ce peuple lointain ne prit pas connaissance du changement de dynastie, les Assyriens appelèrent maison d'Amri (Bet-Homri) la ville de Samarie, parce qu'elle avait été fondée par Amri, ou le royaume dont elle était la capitale.

Le grand texte de l'obélisque ressemble beaucoup par la forme à ceux que nous avons examinés. Il commence par une invocation du roi aux grandes divinités de l'Assyrie, puis, après avoir indiqué sa filiation \ il raconte ses nombreuses campagnes, remplies de détails topographiques peu intelligibles pour nous, quelquefois aussi de détails militaires, et des désastres subis par les vaincus. Les limites de son empire paraissent avoir touché la mer Caspienne (mer supérieure), le golfe Persique (mer inférieure) et la Méditerranée (mer du soleil couchant), mais n'avoir pas dépassé, au nord de Ninive, les sources de TEuphrate et du Tigre. Dès le commencement de son règne, on voit Salmanasar arriver sans résistance jusqu'au mont Amanus et aux bords de la Méditerranée. Le roi de Damas Binidri 2, qui reparaît dans la onzième et la quatorzième campagne, s'est uni aux rois de Hamat et à plusieurs autres princes syriens (Hatti), tant de la Syrie intérieure que de

p. 342-7. Les A nnaits d'août (p. 121-6) donnent ce qui reste de l'inscription des taureaux décoratifs. Je combine ces textes dans l'exposé ci-dessous, en y ajoutant celui d'une stèle du môme roi, mentionnée sur l'obélisque de Nimroud et retrouvée par M. Jones Taylor au lieu môme que désignait cette inscription, c'est-à-dire à la source du Tigre. (V. oct., p. 297-300.) Voilà encore une éclatante justification de la lecture des cunéiformes.

1 Elle se trouve également sur les taureaux et sur des briques du môme palais.

* C'est la prononciation assyrienne la plus probable, que M. Oppert conclut d'un rapprochement ingénieux entre l'orthographe de l'obélisque, le texte massorétique et la transcription des Septante au sujet de ce personnage. (Voy. note de la p. 46, dans ce volume des Annales.)

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la Syrie maritime. « Ils eurent confiance dans leurs bras, dit « le conquérant... ils vinrent à moi pour me livrer combat et « bataille. Avec l'aide d'Assur, le grand maître, mon seigneur, « je combattis contre eux, je les vainquis, je pris leurs chars, « leur cavalerie, leurs armes de guerre et mis hors de comte bat vingt mille cinq cents de leurs combattants. Ils s'enfui- « rent pour sauver leur vie, je montai sur des navires * et « j'allai jusqu'au milieu de la mer. » La stèle du Tigre nous apprend de plus que, parmi les alliés de Binidri, énumérésavec leurs contingents, était Achab l'Israélite (Akhabba Siraelaï) avec dix mille hommes et deux mille chars. Gomme d'ailleurs le règne de Jéhu fut aussi contemporain de celui de Salmanasar, comme Binidri paraît dans la quatorzième campagne et Hazaël, qui règne après lui, dans la dix-huitième, la chronologie des éponymes trouve ici un complément très-important, pour en fixer les points de repère. Dans cette campagne, le roi parvint en Syrie, après avoir passé l'Euphrate et reçu ensuite les tributs de Karkemisch (Circésium), de la Gommagène et de la Mélitène ; après quoi, il s'avança vers Hamath. Il en résulte que la Gommagène de ce temps-là s'étendait à l'ouest du fleuve, ou que la Gommagène des Grecs était déjà peuplée par une colonie de l'ancienne.

La huitième et la neuvième campagne ont pour objectif la Babylonie, appelée souvent dans ces textes Tirat-Douniyas ; Salmanasar y intervint pour soutenir le roi Mardouk-Inaddinsou contre un membre rebelle de sa famille, qu'il refoula dans les montagnes : ici encore le pays d'Accad est signalé comme un des théâtres de la guerre, nouvelle preuve qu'il était au sud et non au nord de la Mésopotamie. « Je fis, ajoute le roi, des « sacrifices à Babylone, à Borsippa et à Cutha. Je descendis « vers la Ghaldée, j'occupai les villes jusqu'à la mer qu'on « nomme le Varrat. » Dans la dix-huitième et la vingt-unième campagne, il défait Hazaël, roi de Damas, déjà connu par la Bible comme contemporain de Jéhu, et reçoit les tributs de plusieurs villes phéniciennes.

Ailleurs (3e, 10% 25% 27% 30% 3 Ie campagnes), l'Arménie est de nouveau le théâtre des invasions assyriennes; ces trois

1 C'est, je crois, la plus ancienne montion d'un pareil fait dans l'histoire d'Assyrie.

l'histoire de la chaldée ET DE l' ASSYRIE. 375

dernières campagnes sont dirigées non par le roi, mais par le Tartan de ses armées, Dayan-Assour.

Voilà les principaux faits racontés par Salmanasar dans ses propres annales, mais là ne s'arrête pas pour nous l'histoire de son règne. La fin en fut marquée par des désastres bien douloureux pour lui : l'un de ses fils, Assur-dannin-pal, celui que M. Oppert nomme Sardanapale V, se révolta et détacha de son empire un grand nombre de villes, entre autres Assur, Arbèles, Amide, où il fît reconnaître son pouvoir et se maintint plusieurs années Son frère Samas-Hou (ou Samas-Bin), fidèle à ses devoirs, les fit enfin rentrer dans l'obéissance : c'est par ses annales que nous connaissons cette guerre civile a, mais il a négligé de nous dire quel fut le sort de l'usurpateur.

Le nouveau roi, qui rétablit l'intégrité de l'empire, eut seulement quatorze ans de règne (865-85 1 , selon M. Oppert) : naturellement, ce grand ébranlement intérieur avait fort compromis la prépondance de l'Assyrie ; aussi les annales de ce règne sontelles encore une suite d'expéditions meurtrières et dévastatrices, que les monarques orientaux semblent toujours avoir considérées, avec la création de somptueux édifices, comme leurs véritables titres de gloire. Mais, dans ses premières années au moins, on peut dire que Samas-Hou lutte pour l'existence de son État. La Mésopotamie elle-même, Naïri (le pays des fleuves, le Naharina des Egyptiens), était armée contre lui. Peu après, nous le voyons envahir et dévaster divers pays qui paraissent situés sur les plateaux arméniens, et recevoir des tributs nombreux. Il promène ensuite en Chaldée la mort et le pillage, et, d'après son récit, parait y obtenir un succès durable, malgré l'intervention de différents peuples voisins, entre autres celui d'Elam; mais les campagnes énumérées sur cette stèle s'arrêtent à la quatrième, ce qui donne lieu de penser que les dix dernières années de ce prince furent ou moins agitées, ou moins prospères, au point de vue assyrien.

Ce règne, contemporain de Joas chez les Hébreux et de Lycurgue chez les Grecs, nous conduit jusqu'au milieu du ixe siècle, et précède immédiatement le règne de Sammoura-

1 Cinq ans, d'après les listes d'éponymes.

* Voy. Uisl. des emp. de Chaldée et d'Ass. Ann. de philos, chrél., août 1865, p. 126-128. M. Lenormant l'appelle Samas-Bin dans son Manuel, et Samsi- Bin 111 dans ses Lettres assyriologiqms, 1. 1, p. 140.

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mat, la Sémiramis d'Hérodote ; je dis le sien, quoiqu'elle ne paraisse pas avoir gouverné seule ; mais, par une exception unique dans les annales de cet empire, elle est nommée avec son mari dans la dédicace d'une statue du dieu Nébo, érigée par le préfet de Kalakh 1 . Gomme d'ailleurs Hérodote lui attribue personnellement de grands travaux à Babylone, on peut fort bien accepter l'idée qu'elle a réellement administré cette ville pendant que son mari régnait sur Ninive 2, et même qu'elle ait représenté la lignée des princes babyloniens 3.

Le nom de son mari, prince guerrier, dominateur suzerain delà Médie, de la Perse et de la Phénicie, d'Israël (Houmri) et des Philistins (Palastav), comme de la Ghaldée, n'était nullement Ninus. La polyphonie et l'idéographie du système assyrien avaient fait essayer diverses lectures de son nom: aujourd'hui on paraît fixé à celle de Bin-igtanabal 4. Deux règnes obscurs pour nous, connus seulement par leurs listes d'éponymes , séparent le sien du dernier de tous ; nous pouvons cependant conclure des détails traditionnels de la catastrophe que la Médie et Babylone avaient été, durant cet intervalle, maintenues dans l'obéissance, puisque ce sont les préfets de ces deux pays que nous voyons s'unir pour renverser l'empire de Ninive.

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