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EMPIRES

Nous avons tous appris dans notre enfance que le roi fainéant et amolli contre lequel se soulevèrent les Babyloniens et les Mèdes se nommait Sardanapale, c'est-à-dire qu'il était

1 HisL des emp. de Chaldéeet dAss. Ann. de phil. chrèL, sept., p. 207.

1 Ibid., sept., p. 206.

8 Lenormant, Manuel, t. II, p. 77.

* Cf.Oppert, Zeitschrift fur ctffg, Sprache und Allerthums Kunde, mai 1869, et Lenormant, Revue archéol., nov. 1869. Il est vrai, M. Lenormant, dans le supplément des Lettres assyriologiques (t. 1, dernière page), constate qu'une variante phonétique garantit la lecture Bin-nirari pour un nom dont le dernier élément est le môme que dans celui-ci ; mais il appartient au x' siècle et non au vin*, et la locture igtannbal reste toujours possible. On peut môme dire qu'elle est certaine pour le dernier roi de cette dynastie, puisque les Grecs ont entendu Sardanapal, transcription à la rigueur possible pour A ssur igtannbal, mais qui ne léserait plus du tout pour Assurnirari.

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ainsi nommé par les Grecs, aussi bien par Eusèbe que par Diodore. Dans la première partie de ce nom nous savons déjà reconnaître l'élément mythologique Assur, et de récentes découvertes nous permettent d'ajouter qu'il faut le compléter par les syllabes igtanabal : sauf le G, peut-êlre entendu par les Européens comme une aspiration gutturale, Assurigtanabal correspond, en effet, assez bien aux éléments phonétiques de la transcription Sardanapale, que probablement l'histoire conservera toujours 1 .

Une grande leçon morale s'est attachée dans le souvenir des peuples à cette célèbre catastrophe. Gtésias a raconté, et tous les historiens après lui, que le mépris suscité par la vie efféminée du prince arma les peuples soumis ; c'est ce que n'a démenti aucun texte original, et ce que semble même appuyer une tablette chronologique mentionnant une paix constante durant ce régne, sauf deux petites expéditions : la paix et la mollesse sont malheureusement corrélatives chez les monarques orientaux. Les historiens disent aussi que Sardanapale, réveillé au moment du suprême péril, opposa aux révoltés une résistance courageuse et d'abord heureuse ; mais elle dut céder devant l'obstination de leurs chefs et devant l'inondation du Tigre, qui ruina les fortifications de Ninive. Le voluptueux souverain, se voyant ainsi frappé par les dieux et par les hommes, se brûla dans son palais.

Ninive fut ruinée. Les arguments par lesquels M. de Saulcy 2 a tenté, il y a vingt deux ans, d'atténuer cette catastrophe, en montrant que cette ville était florissante au siècle suivant, tombentdevant le texte, aujourd'hui connu, dans lequel Sennachérib raconte qu'il Ta relevée. L'absence totale, sur le sol même de Ninive, de toute ruine et presque de tout objet appartenant

1 II a aussi été désigné sous le nom de Konoskonkolèros ; mais ce n'est nullement un autre nom de ce personnage. M. Oppert, en effet, a clairement expliqué {Ann. de philos, chrél., oct. 1856) comment cette forme a été dérivée de la formule officielle Anakou sar sakkana akkou il Assur, moi, le roi, tenant la place du dieu Assur. La syllabe sar se prononce nis en certains cas, et le commencement du premier groupe a pu être pris pour un déterminatif.

* Recherches sur la Chronologie des empires de Ninive, de Babylone et âïEcbatane; de l avènement de Nabonassar à la prise de Babylone par Cyrus,— publiées dans les Mémoires de F Académie des Inscriptions et dans les .4 anales de philosophie chrét ienne ( 1 849) .

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au premier empire, confirme la grandeur de ce désastre : etia m periere ruuiw 1 .

La chute de Sardanapale fut donc un très-grand événement dans l'histoire de l'Asie, et il est intéressant d'en bien connaître l'époque. Or, aujourd'hui encore, on dispute à cet égard, et l'écart des solutions est allé jusqu'à un demi-siècle ou davantage. Résumons rapidement les motifs qui doivent, ce semble, nous déterminer à maintenir la date 788, ou une date très-voisine : le même examen nous instruira de la condition de l'Assyrie pendant l'intervalle que nous signalerons entre les deux empires.

Personne ne doute qu'à la chute de Sardanapale, la Médie et la Ghaldée aient recouvré leur indépendance ; mais le nouveau souverain de Babylone étendit-il sa domination sur l'Assyrie vaincue, ou celle-ci conserva-t-elle son autonomie ? En d'autres termes, le Téglatphalasar du nouvel empire, arrivé au trône vers 745, comme nous le savons par l'histoire postérieure de Ninive et la liste de ses éponymies, fut-il, aussitôt après la catastrophe, le libérateur de son pays, ou ce fait n'eutil lieu qu'après quarante ou cinquante ans de domination babylonienne ? Tels sont les termes précis de ce problème. Pour en trouver la solution, nous avons des données de trois sortes : des synchronismes étrangers, des listes d'éponymes et des documents astronomiques; examinons-en la portée.

Les synchronismes à invoquer ici appartiennent, les uns à l'époque même de cet intervalle et de la restauration de l'empire d'Assyrie, d'autres à un temps antérieur, et ces derniers ne sont pas les moins décisifs. En effet, une série d'éponymes permet de remonter de la catastrophe de Ninive à l'avènement du Salmanasar de Nimroud que nous avons vu aux prises avec Israël et la Syrie. Nous avons vu, par ses annales, que l'avé-

1 Quant à l'idée émise au temps où les grandes découvertes venaient de commencer par l'auteur d'un volume sur la Phénicie et la Babylonie, que Ninive était sur l'Euphrate, idée fondée seulement sur un passage du récit fabuleux de Diodore, il n'y a pas aujourd'hui h s'en préoccuper uns minute. Le même auteur veut aussi que les deux fleuves aient contribué à la chute de Ninive, comme si le passage do Nahum cité par lui ne s'entendait pas beaucoup mieux du Tigre et d'un canal que du Tigre et de l'Euphrate. Enlin une ville disparue pendant plus de deux mille ans a largement satisfait à la prophétie où, parce que sa destruction est annoncée, l'écrivain s'imagine qu'on en peut retrouver les restes ensevelis.

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nement de Hazaël à Damas eut lieu entre la quatorzième et la dix-huitième campagne du conquérant ; on peut donc le placer vers la seizième année de son règne, bien que les campagnes et les années ne se correspondent pas exactement.

Or le nombre total des éponymes dans la série précitée est de cent quinze envivon. L'avénement de Hazaël a donc précédé d'environ cent ans la chute de Ninive. Cet événement paraît d'ailleurs placé peu d'années avant l'avènement de Jéhu, que la chronologie parallèle des rois de Juda porte vers 887. Achab, mort vers 900, a été l'un des adversaires de Salmanasar dans sa sixième campagne, et Jéhu fut aussi son contemporain. Il en résulte que l'avènement de Salmanasar appartient aux dernières années du x° siècle, et que la chute de Ninive, postérieure d'environ cent quinze ans, est au moins voisine de la date 788, adoptée en 1849 par M. de Saulcy, pour la fin du premier empire d'Assyrie.

De plus la Bible appelle roi d'Assyrie un prince du nom de Phul, qui reçut une somme considérable du roi d'Israël Manahem pour lui accorder sa protection 1 . Ce roi Phul, dit M. Oppert, qui a traité cette question en détail dans la Revue archéologique 2, n'est autre que le satrape chaldéen qui, avec Arbace, ruina Ninive ; les Grecs l'on appelé Belesis, mais Phoul est (comme Sesou pour Ramessou) une abréviation de la forme Balazou trouvée dans les inscriptions, abréviation employée par Bérose, comme par la Bible et par Josèphe. Manahem arrive au trône environ cent seize ans après Jéhu, et par conséquent vers 770; ses dix années de règne nous conduisent vers 760, et cet intervalle correspond bien réellement à une partie du temps où le royaume assyrien subit l'éclipsé dont nous maintenons ici la réalité. Nous verrons plus loin, en examinant le règne de Téglatphalasar, comment la chronologie du nouvel empire concourt avec ces observations pour établir la série des synchronismes d'Israël et de Ninive.

Ce n'est pas tout enfin. Assur-nazir-habal nous apprend, dans une inscription, que la première année de son règne fut marquée par une éclipse de soleil, que l'on considéra comme un bon augure. Il en est une autre qu'un texte place au mois de

» IV Rois, xv, 19-20.

* Chronologie biblique fixée par les éclipses des inscriplions cunéiformes,

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sivan, huit ans après l'éponymie royale du prédécesseur d'Àssurigtanabal (première année pleine du règne) et dix-sept ans avant la fin de la série, interrompue par la domination étrangère ; il serait plus exact de dire dix-neuf, car une variante ajoute deux éponymies à la fin d'Assurigtanabal ; peut-être, comme on l'a fait observer, correspondent-elles au temps où il fut resserré dans Ninive. Mais les tables astronomiques donnent une éclipse de soleil au 13 juin 809; dix-neuf ans plus tard, nous sommes en 790 : la concordance est frappante. Quant à Assur-nazir-habal, son éponymie royale est antérieure de cent vingt ans, et par conséquent son avènement réel doit être reporté cent vingt-un ans avant l'éponymie précitée. Or, précisément, le 2 juin 930, il y eut une éclipse de soleil, faiblement visible à Ninive. Or, ajoute M. Opperl, ce n'est qu'à une éclipse très-peu visible à Ninive que Ton a pu appliquer l'épithète de propice. C'en est assez pour conclure avec le savant et ingénieux assyriologue contre toute tentative de ramener à l'ère de Nabonassar la fin du premier empire assyrien.

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