HOTEL-DE- VILLE
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5° Chaque compagnie sera de deux cents hommes, dont la composition sera portée, dès le premier jour, à cinquante hommes, pour completter successivement les deux cents hommes demandés à chaque district, à Peffet de commencer le service.
6° L'état-major général sera composé d'un commandant-général des seize légions ; d'un commandant-général en second; d'un majorgénéral, et d'un aide- major- générai.
7° L'état-major particulier de chacune des seize légions sera composé d'un commandant en chef, d'un commandant en second, d'un major, de quatre aides-majors et d'un adjudant.
8° Chaque compagnie sera commandée par un capitaine en premier, un capitaine en second, deux lieutenans et deux sous-lieutenans ; les compagnies seront composées de huit sergens, dont le premier sera sergent-major, de trente-deux caporaux, de cent cinquante-huit factionnaires et de deux tambours.
9° Le Comité permanent nommera le commandant-général, le commandant-général en second, le major-général, l'aide-major-général et les états-majors de chacune des seize légions, sur les désignations et renseignemens qui seront adressés par les chefs des districts.
Quant aux officiers des bataillons qni composent lesdites légions, ils seront nommés par chaque district, ou par des commissaires députés à cet effet dans chacun des districts et quartiers.
10° Comme il est nécessaire que chaque membre qui compose cette milice parisienne porte une marque distinctive, les couleurs de la Ville ont été adoptées par l'Assemblée générale ; en conséquence chacun portera la cocarde bleue et rouge.
Tout homme qui sera trouvé avec cette cocarde, sans avoir été enregistré dans l'un des districts, sera remis à la justice du Comité permanent.
Le grand état-major réglera les distinctions ultérieures de tout genre.
11° Le quartier général de la milice parisienne sera constamment à l'Hôtel-de- Ville.
12° Les officiers composant le grand état-major auront séance au Comité permanent.
13<> Il y aura seize corps de garde principaux pour chaque légion, et soixante corps de garde particuliers correspondans à chaque district.
14° Les patrouilles seront postées partout où il sera nécessaire, et la force de leur composition sera réglée par les chefs.
15° Les armes prises dans le corps de garde y seront laissées par chaque membre de la milice parisienne, à la fin de leur service, et MM. les officiers en seront responsables.
16° D'après la composition arrêtée par le corps de la milice pari-
MÀRQUE DISTINCTIVE.
sienne, chaque citoyen admis à défendre ses foyers voudra bien, tant que les circonstances l'exigeront, s'astreindre à faire son service tous les quatre jours.
Fait à l'Hôtel-de-Vilie de Paris, le 13 juillet 1789.
De Flesselles, Ethis de Cornt, Veytard, greffier en chef; M. le marquis de la Salle, M. l'abbé Fauchet, M. Tassin, M. de Leutre, M. Quatre-
MÈRE, M. DUMANG1N, M. GlRODST , M. DUCLOS- DUFRESNOY, M. MOREAU DE SAINT-MÉRY, M. DE-
sissarts, M. Hyon, M. le Grand de Saint-René, M. Jeannin, M. Grêlé, commissaires du Comité permanent
Le lendemain, 14 juillet, fut le jour de la prise de la Bastille. Le Roi, dès ce jour même, faiblit et couvrit de sa sanction l'institution révolutionnaire de la garde parisienne, par ces paroles adressées à une députation de l'Assemblée nationale :
« Je me suis sans cesse occupé de toutes les mesures propres à rétablir la tranquillité dans Paris. J'avais, en conséquence, donné ordre au prévôt des marchands et aux officiers municipaux de se rendre ici, pour concerter avec eux les dispositions nécessaires. Instruit depuis de la formation d'une garde bourgeoise, j'ai donné des ordres à des officiers généraux de se mettre à la tête de cette garde, afin de l'aider de leur expérience et seconder le zèle des bons citoyens. J'ai également ordonné que les troupes qui sont au Cbamp-de-Mars s'écartent de Paris. Les inquiétudes que vous me témoignez sur les désordres de cette ville, doivent être dans tous les cœurs, et affligent vivement le mien. »
Louis XVI, cela semble résulter de ces paroles, voulait au moins, sans le dire avec assez de netteté, se réserver le choix des principaux chefs, et la direction personnelle, en quelque sorte, de la milice nouvelle. Mais cette réserve fut
« Journal de Paris, numéro 196, mercredi 15 juillet 1789, p. 884, col. 2, p. 885. Cf. Bûchez, ouvrage cité, t. 1, p. 385, 386 (Uv. III, chap. in). La cocarde verte fut, dit-on, abandonnée parce qu'on s'aperçut que le vert était la couleur particulière du comte d'Artois. Cf. Courrier d'Avignon du mercredi 22 juillet 1789, n° 58, p. 239, coi. 2. « On vit une milice nombreuse sous les armes. EUeportoit d'abord une cocarde verte : elle la changea pour une cocarde rouge et blanche. » L'erreur du correspondant du Courrier d'Avignon : rouge et blanche au lieu do rouge et bleue, semble indiquer déjà à la date où il écrivait (15 juillet) une tendance du blanc à s'introduire sur la cocarde parisienne. Après cela, peut-être est-ce purement et simplement une faute de lecture commise à l'imprimerie du journal.
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aussi vaine que le refus de la veille. Dans la journée, on le sait, le Roi courba décidément la tête devant l'insurrection parisienne, vint à l'Assemblée, sans escorte, accompagné de ses deux frères, et lui annonça qu'il avait donné ordre aux troupes de s'éloigner, non plus seulement du Champ-de-Mars, mais des environs de Paris et de Versailles. Trois joursaprès, le 17, il se rendit à Paris, et vint, pour ainsi dire, confesser en personne à i'Hôtel-de- Ville la défaite de la monarchie. Le marquis de La Fayette avait pris, dès le 15, sur l'invitation des électeurs, le commandement général de la milice parisienne, et, ce même jour, en remplacement de Flesselles, assassiné le 14, Bailly avait été proclamé non plus prévôt des marchands (ce titre avait le tort d'être consacré par l'histoire), mais maire de Paris 1 .
Le Roi, qui avait dû laisser ses gardes du corps à Sèvres, traversa Paris entouré de la députa tion que l'Assemblée nationale avait chargée de l'accompagner, afin de rendre hommage, elle aussi, à l'insurrection parisienne, entre deux haies de milice bourgeoise, précédé et suivi de cette même milice, tant à pied qu'à cheval. Ce jour-là fut le triomphe de la cocarde rouge et bleue. A l'Hôtel-de-Ville, le maire présenta au Roi cette cocarde, ou, pour parler comme le Moniteur, « ce signe de l'insurrection de ses sujets. » Louis la reçut, la plaça à son chapeau, et ce fut avec cette marque parisienne qu'il se présenta par une fenêtre à la foule amassée sur la place de Grève, contente pour le moment de sa victoire, et qui criait : « Vive le Roi 2 ! »
« Lorsque le Roi, lisons-nous dans le recueil intitulé Mémoires du général La Fayette 5, eut reçu à l'Hôtel-de- Ville, des mains du maire, la cocarde de la révolution qui n'avait encore que les deux couleurs de la ville, il fut reconduit par le commandant général jusqu'au piquet des gardes du corps resté
1 Bûchez, ouvrage cité, t. 1, p. 396-414, liv. III, chap. rv, et liv. IV, chap. i.
* Ibid., p. 414-417, liv. IV, chap. i. Cf. Thiers, t. I, p. 89, 90, liv. II. Cf. Gazette nationale ou le Moniteur universel du 29 juillet 1789, n° 27. De Paris. Suite des événements qui ont suivi la prise de la Bastille.
• Mémoires, correspondance etmanuscrils du général La Fayette, publiés par sa famille. Paris, Fournier, et Londres, Saunders and Otley, 1837-38, 6 vol. in-8°.
hors les mure. À la suite de la délibération de l'assemblée des électeurs du 16, un projet d'organisation fut arrêté par La Fayette, de concert avec le comité militaire, Tétat-major de la garde provisoire, le général Mathieu Dumas, rapporteur. En même temps ce fut sur sa proposition qu'après l'adoption des nouvelles couleurs par le Roi, YHôtcl-de-Ville y ajouta / antique couleur blanche 1 . Ainsi fut formée la cocarde trigo-
» Ici les Mémoires ajoutent cette note : « La cocarde Ait d'abord bleue et rouge ; ce n'étaient pas seulement les couleurs de la ville, mais par un singulier hasard, celles de la livrée d'Orléans. La Fayette, frappé de celte circonstance et voulant nationaliser {sic) l'ancienne couleur française, en lamélant aux couleurs de la révolution, proposa à l'Hôtel -de- Ville et fit adopter la cocarde tricolore. Note du générât La Fayette. » Le langage de La Fayette est étrange, mais son témoignage est précieux. Je ne m'arrête pas a la bizarrerie de cette expression, nationaliser l'ancienne couleur \ etc., qui rend une idée plus bizarre encore. Il est bien évident que le blanc étant l'ancienne couleur française, c'est lui qui peut seul donner-un certain caractère national aux couleurs de la révolution et non elles à lui ; mais national, dans la pensée de La Fayette, avait évidemment pris un sens directement contraire à son sens naturel : national pour lui, c'est insurrectionnel : est national à ses yeux, dans cette première période de la Révolution, tout ce dont la nation s'était passée jusqu'à lui, tout ce qui se fait contre ou malgré le Roi. C'est à peu près en ce sens que, dès le 16 juillet, il donna à la milice parisienne le nom de garde nationale, qui est de son invention (Bûchez, 1. 1, p. 412, liv. IV, chap. i). Quant au singulier hasard de la ressemblance des couleurs de Paris avec la livrée d'Orléans, ce que nous avons dit au commencement de cotte troisième partie de la livrée héréditaire de la Maison de France depuis Henri IV on est l'explication la plus probable, soit qu'en 1789 la branche cadette ne portât plus que deux des trois couleurs héréditaires des Bourbons, soit, ce qui est beaucoup plus vraisemblable, que portant les trois couleurs comme la branche aînée, le blanc dans sa livrée fût alors moins apparent que le bleu et le rouge. Voici, d'après Benéton (Traité des marques nationales, p. 305), quelle était la livrée de Philippe de France, duc d'Orléans, frère unique de Louis XIV : « A l'égard, dit-il, des princes puînés des rois, en leur faisant une maison, on leur donne une livrée. M. Philippe de France, duc d'Orléans, frère unique de Louis XIV, prit pour la sienne un fond rouge doublé de bleu, galonné de deux galons accostés, l'un blanc, et l'autre bleu, et tous deux limbés ou bordés d'un échiquier de blanc et de rouge de deux traits, ce qui est devenu une livrée liérèdxtaire pour tous les descendants mâles de ce prince. Cette livrée avoit déjà été portée par Gaston de France, duc d'Orléans, frère puîné de Louis XIII. » Il est très-vraisemblable que cette livrée n'avait pas changé eu 1789. La Fayette était donc très-probablement dans l'erreur quand, ajoutant le blanc aux couleurs do Paris, il croyait les distinguer par là de la livrée d'Orléans. Il les en rapprochait au contraire, aussi bien que des couleurs propres du Roi. chef de la branche aînée. Cette erreur môme prouve qu'entre la cocardo de 89 et la livrée royale le rapport est tout fortuit. — Cependant je dois noter ici cette phrase de Y Ami du Hoi, organe du parti royaliste (numéro 147, lundi 25 octobre 1790, p. 599, col. 2) : u Ceux-là sont les véritables contro-révolutionnairesqui substituent les couleurs d'un particulier à une couleur nationale depuis don/»; cents ans. » Il y a évidemment là un trait dirigé con-
lore, dev&ntœ la cocarde na tionale. La Fayette, en présentant à THôtel-de-Ville le projet d'organisation avec cette cocarde et l'uniforme tricolore, prononça ces paroles : « Je vous apporte « une cocarde qui fera le tour du monde, et une institution à « la fois civique et militaire, qui doit triompher des vieilles « tactiques de l'Europe, et qui réduira les gouvernements « arbitraires à l'alternative d'être battus s'ils ne l'imitent pas, « et renversés s'ils osent l'imiter 1 . »
tre le duc d'Orléans et contre Mirabeau, que l'on soupçonnait de vouloir porter le duc au rang suprême. Mais il est étrange que les rédacteurs de Y Ami du Roi ne se soient pas aperçus que la livrée du duc d'Orléans était aussi celle de Louis XVI. — Quoi qu'il en soit, il ne semble pas que l'on puisse raisonnablement, sur l'origine de cette cocarde, récuser le témoignage de M. de La Fayette, qui concorde parfaitement avec l'arrêté du Comité permanent. M. de La Fayette, voyant dans la cocarde tricolore une conciliation comme il la rêvait et l'union des couleurs révolutionnaires" avec la couleur nationale et royale, offrait à son esprit charmé un symbole de cette monarchie américaine qu'il présentait encore aux Français, en 1830, comme la meilleure des Républiques. 11 mourut sans avoir vu son idéal réalisé, mais sa cocarde avait fait fortune. —Le correspondant du Moniteur universel (17 juillet 1871), qui nie l'autorité du blanc avant 1789, veut tirer le drapeau de la Révolution de la livrée royale, et pour expliquer la transition, qui lui paraît malaisée, il se jette dans la haute fantaisie : « Gomment diable ! s'écrie-t-il dans un langage, comme dirait Benéton, galant et militaire, comment diable cette livrée royale s'est-elle transformée en drapeau de la liberté ? Je n'en sais rien. On a inventé cent explications légendaires et peu satisfaisantes. Voici la mienne : en 1789, après la prise do la Bastille, licenciement des gardos françaises et organisation de la garde nationale. Chaque bataillon de cette dernière garde reçoit une compagnie des gardes françaises, et prend les couleurs de ce corps d'élite. Ce trio, rouge, bleu et blanc, devient à la mode -, on le met partout, en cocardes, en écharpes... de là, le drapeau tricolore. » Cette explication, aussi peu satisfaisante que les cent autres, n'a même pas, comme elles, l'avantage d'être légendaire. Elle est fantastique. Il est étrange que des faits relativement récents soient aussi promj>tement dénaturés. Me voilà obligé, une fois encore, de renvoyer le collaborateur du Moniteur h la Gazette nationale (n<> 21, du 20 au 23 juillet 1789). Il y trouvera l'arrêté du Comité permanent instituant la milice parisienne et lui donnant la cocarde rouge et bleue, la veille de la prise de la Bastille. Je ne hais point les conjectures en histoire, j'en use moi-même avec hardiesse, mes lecteurs diront peut-être avec témérité ; mais ici la vérité n'était pas malaisée à découvrir. M. Jal l'avait parfaitement établie avant moi pour l'origine parisienne de la cocarde. Mais M. Jal, sujet à se tromper comme moi. comme nous tous, M. Jal a de la critique, chose rare, même dans l'érudition, même dans l'armée ! Cf. Jal, Mémoire cité sur les trois couleurs nationales et Dictionnaire critique, etc., au mot Pavillon national, p. 948, col. 2, p. 949.
1 Mémoires du général La Fayette, t. II, p. 266, 267. Les Mémoires ajoutent : « Voilà comment furent instituées les gardes nationales. La révolution du M juillet avait donné à la capitale une espèce de suprématie sur les autres villes ci sur tous les cantons du royaume, qui s'empressèrent do suivre ses exemples et de demander ses conseils. » Cf. Rapport du général Chanzy, sur le projet de loi relatif à la dissolution et au désarmement des gardes natio-
Ainsi l'origine de la cocarde tricolore est bien, comme nous l'avons dit, intimement liée avec l'institution révolutionnaire de la garde nationale par la Commune insurrectionnelle de Paris. Elle fut composée par l'adjonction du blanc, couleur nationale delà France, au bleu et au rouge, couleurs de Paris. Cette cocarde, acceptée de plus ou moins bon gré, suivant les partis, par l'Assemblée nationale, et subie par le Roi, ni le Roi ni l'Assemblée n'auraient sans doute songé à la créer, et ils ne prirent point l'initiative de cette création, non plus que de l'institution de la garde nationale. Paris donna ses couleurs à la France, comme il lui a donné tant de fois pour maîtres ses tribuns, ses favoris.
Ce serait une erreur de croire que, dès l'apparition de cette cocarde, il en soit résulté l'adoption immédiate et générale d'un nouveau pavillon français, d'un type uniforme d'étendard tricolore pour l'armée, la marine, et plus généralement, pour l'Etat et les diverses délégations, divisions et subdivisions de la puissance publique. La livrée parisienne, à vrai dire, ne fut portée d'abord que sous te forme de cocarde 1 . Dans la milice
nales. Assemblée nationale, séance du samedi 19 août 1871 : « On peut dire que la garde nationale, telle que nous la comprenons de nos jours, date du commencement de la Révolution, et qu'elle tire de cette origine le double caractère conservateur et révolutionnaire qu'il faut bien lui reconnaître. Elle est née de la nécessité d'assurer l'ordre intérieur, cela est vrai, mais aussi d'une pensée de suspicion à l'égard de l'armée que sa fidélité au pouvoir, bien que de plus en plus ébranlée et douteuse, faisait encore redouter pour les libertés que l'on revendiquait alors. La municipalité de Paris fut la première à créer, dès 1789, une milico de douze raille hommes, promptement portée à quarante-huit mille, qu'elle recruta dans la bourgeoisie et dans les gardes françaises insurgées, lui donnant la cocarde aux couleurs bleue et rouge de la ville pour alïirmer son indépendance, en y ajoutant toutefois, comme marque de respect, la couleur blanche, qui était celle du Roi. L'exemple fut bientôt suivi
dans les provinces En résumé, votre commission, en terminant son rapport,
croit devoir insister pour l'adoption du projet do loi, et vous demande l'urgence pour son examen. A l'exception d'une voix, elle a été unanime à admettre le principe de la suppression et du désarmement immédiat Dans la question de la suppression, il ne s'est produit qu'une minorité de quatre voix. » M. le général Chanzy établit parfaitement la naissance simultanée et insurrectionnelle, l'origine toute parisienne, et de la garde nationale et de la cocarde tricolore.
1 a L'habillement ou uniforme de la garde nationale parisienne consiste en un habit de drap bleu-derroi avec passepoil écarlate, paremens et revers blancs, le collet montant écarlate, veste et culotte blanches, guêtres noires pour l'hiver, blanches pour l'été -, la giberne avec une plaque aux armes de la Ville, surmontées de fleurs de lis ; un baudrier avec sabre à monture de cuivre doré aux armes de la ville, surmontée de fleurs de lis, au numéro de la division et du bataillon, le numéro de la division en haut, et celui du ba-
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parisienne elle-même, non-seulement les drapeaux qui, dès l'abord, portèrent les trois couleurs, en varièrent la disposition d'une façon tout arbitraire, mais tous les drapeaux ne portèrent point la livrée nouvelle, et il y en eut même qui furent complètement blancs.
Nous pensons qu'il y a intérêt pour nos lecteurs à se rendre compte de cette diversité curieuse. Aussi reproduisons-nous ici en abrégé la description de quelques-uns des soixante drapeaux de la garde nationale de Paris :
« District de Saint-Jacques du Haut- Pas. — Première division. — Premier bataillon... Le drapeau... a six pieds en quarré ; dans le milieu est une croix de taffetas blanc ; à chaque extrémité est représenté le bonnet de la liberté, couleur grisâtre. Au centre de cette croix est le château de la Bastille encore fumant, au-dessus duquel est une exergue écrite en lettres d'or sur un ruban bleu azur, portant ces mots: Ex servitute libcrtas : en français, V esclavage a donné naissance à la liberté. Au-dessous de la Bastille est un chiffre formé des quatre lettres initiales en or : S. J. H. P., lesquelles signifient Saint-Jacques du Haut-Pas. Les quatre angles de ce drapeau sont de taffetas bleu-de-roi, parsemés de fleurs de lys d'or. Le revers du drapeau représente au milieu une croix de taffetas blanc, et les quatres angles semblables à l'autre côté ; mais au centre de la croix est une couronne civique environnée d'une gloire en or très-éclatante, etc.
« District de Saint- Victor. — Second bataillon... Le drapeau a six pieds en quarré, de taffetas rouge dans sa totalité, etc. Au-dessus est une légende écrite en lettres d'or, sur un large ruban bleude-roi, portant ces mots : Loi, Concorde, Liberté... Au-dessous de la lance en cuivre doré, évidée d'une fleur de lys à jour, sont attachés avec un cordon de soie blanche et or, deux glands de même, une cravatte de taffetas blanc, sans être garnie.
« District de Saint-Marcel.— Quatrième bataillon... Le drapeau, qui a six pieds, est de taffetas blanc dans sa totalité. Le milieu représente un paysan rempli d'effroi, et de grandeur naturelle, vêtu d'une veste rouge, culotte bleue, bas blancs et souliers noirs, accourant des champs, tout effrayé, vers la barrière des Gobelins , etc. La cravatte de taffetas, couleur de rose et bleu céleste, est attachée au-dessous de la lance de cuivre, avec cordon de soie bleue et blanche, et les glands pareils. Ce drapeau a été peint à la manufacture des Gobelins.
taillon en bas. Le chapeau noir, bordé d'un galon de soie noire ; au-dessus du bouton et de la gance, est une houpe de laine frisée d'une couleur ou de plusieurs, suivant la marque de la division. La cocarde est de forme ronde, des troiscou leurs adoptées par la nation, blanche, rouge H hlrue. etc. » Description curieuse et intéressa file, rte. Introduction, p. 8.
« District des Mathurins. — Dixième bataillon... Le drapeau de ce district est de taffetas des trois couleurs... Le milieu représente une large croix blanche... Les quatre angles de la croix sont de couleurs opposées Tune à l'autre, dont deux rouge cramoisi et deux bleu céleste, etc.
« District des Prémontrés de la Croix-Rouge. — Seconde divivision. — Premier bataillon... Le drapeau... a sept pieds et demi en tous sens, et est dans sa totalité de taffetas blanc... Au milieu... est une large croix rouge ponceau, bordée d'un cadre bleu-deroi, etc.
<« District des Cordeliers. — Seconde division. — Troisième bataillon... Le drapeau... est d'assemblage de trois couleurs : le milieu est une croix en taffetas bleu-de-roi ; les quatre angles sont de couleurs opposées l une à l'autre, dont deux rouge- ponceau, et deux blanches sans aucun ornement, etc.
« District de Notre-Dame. — Seconde division. — Quatrièmebatail- Ion... Le drapeau... a six pieds en quarré ; le milieu est une large croix de taffetas blanc... Les quatre coins... sont de taffetas de deux couleurs opposées Tune à l'autre, dont deux d'un bleu tendre et les deux autres couleur rose ; à chacun desquels est une fleur de lys en or... Ce drapeau a été béni dans le chœur de l'église de Paris par M. l'abbé Radix, le 17 juillet 1789, à dix heures du matin. C'est le premier drapeau qui a été fait, béni, et porté au-devant du Roi, le 17 juillet 1789, etc.
« District des Carmes déchaussés. — Seconde division. — Dixième bataillon... Le drapeau de ce district est... de taffetas bleu-de-roi très- foncé dans toute son étendue, et parsemé de fleurs de lys d'or, sans fin, etc.
« District de Saint-Nicolas-des-Champs, transféré au Sépulcre. — Troisième division. — Second bataillon... Le drapeau... est composé de taffetas des trois couleurs adoptées par la nation, bleu, rouge et blanc, et partagé en quatre parties égales. Les deux parties d'en haut, attachées à la lance, sont de deux couleurs, l'une est blanche et l'autre bleu-de-roi... les deux parties d'en bas sont aussi de deux couleurs, l'une blanche et l'autre rouge ponceau, etc.
« District de Saint-Jacques-l'Hospital. — Quatrième division. — Premier bataillon... Le drapeau a six pieds en quarré, et est de taffetas blanc dans toute son étendue, sans aucun ornement ; la cravatte de taffetas blanc, aussi sans ornement, est attachée avec un cordon à deux glands d'or, au-dessous de la lance en cuivre doré.
« District de Saint-Louis-la- Culture, rue Saint-Antoine. — Cinquième division. — Sixième bataillon... Le drapeau de ce district est de taffetas blanc clans toute son étendue, et a six pieds en quarré. Sous la hnre en cuivre doré, est attachée avec un cordon à deux
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glands et frange en or fin, une cravatte en taffetas blanc, garnie d'une frange en or, et sans autres ornemens, etc., etc. »
La cocarde nouvelle, depuis que le Roi l'eut acceptée, le 17 juillet 1789, se propagea rapidement en France, aussi rapidement que la fièvre révolutionnaire, qui de Paris s'étendait à toutes les parties du royaume. Le mouvement insurrectionnel dont la prise de la Bastille avait marqué l'avènement, succédait dans les provinces, comme dans la capitale, à ce qu'on a si justement et si noblement appelé « le mouvement national de la fin du dernier siècle. » Bientôt, ce fut la cocarde blanche, l'ancienne cocarde de la nation, qui fut suspecte, qui fut proscrite, étant considérée comme le signe de ralliement des aristocrates. Les journées des 5 et 6 octobre, entreprise commune de la populace et de la garde bourgeoise, avaient amené à Paris le Roi, dès lors à peu près captif, et l'Assemblée nationale, plus que jamais courbée sous le joug des agitateurs parisiens. Le samedi 29 mai 1790, le président donna lecture à l'Assemblée nationale de la proclamation suivante, par laquelle Louis XVI sacrifiait décidément à la vaine espérance du rétablissement de Tordre et de la paix publique la cocarde traditionnelle :
« Jamais des circonstances plus impérieuses n'ont invité tous les Français à se réunir dans un même esprit, à se rallier avec courage autour de la loi, et à. favoriser de tout leur pouvoir l'établissement de la Constitution. Nous n'avons rien négligé pour inspirer ces sentiments à tous les citoyens; nous leur avons nous-même donné l'exemple de la confiance la moins équivoque dans les représentants de la nation, et de nos dispositions constantes pour tout ce qui peut concourir au bonheur de nos sujets et à la prospérité de la France.
« Serait-il donc possible (jue les ennemis du bien public cherchassent encore à troubler les travaux importants dont l'Assemblée nationale est occupée, de concert avec nous, pour assurer les droits du peuple et préparer son bonheur ; que Ton essayât d'émouvoir les esprits, soit par de vaines terreurs et de fausses interprétations des décrets de l'Assemblée nationale, acceptés ou sanctionnés par nous, soit en entreprenant d'inspirer sur nos intentions des doutes aussi mal fondés qu'injurieux, et en voilant des intérêts ou des passions privées du nom sacré de la religion ?
' Description curieuse et intéressante des soixante drapeaux, etc., p. 2, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 19, 20, 21, 22, 25, 26, 27. 36, 40, 41, 57, 85. Cf. Collection complète des drapeaux faits dans les soixante districts, etc., et les Collections de drapeaux. Bibl. nat , Impritnés, cotées Li »*, n° 4. — Le drapeau de Saint- Jacquesde-l'Hôpital fut modilié en 1790.
« Une opposition si coupable nous affligerait sensiblement, en même temps qu'elle exciterait toute notre animadversion. L'objet continuel de nos soins est de prévenir et de réprimer tout ce qui en porterait le caractère. Nous avons même jugé digne de notre sollicitude paternelle d'interdire jusqu'aux signes qui seraient propres à manifester des divisions et des partis.
« Mû par ces considérations, et instruit qu'en divers lieux du royaume des particuliers se seraient permis de porter des cocardes différentes de la cocarde nationale que nous portons nous-môrae, et considérant les inconvénients qui peuvent résulter de cette diversité, nous avons cru devoir l'interdire.
« En conséquence faisons défense à tous nos fidèles sujets, et dans toute l'étendue de notre royaume, de faire usage d'aucune autre cocarde que de la cocarde nationale.
« Exhortons tous les bons citoyens à s'abstenir dans leurs discours, comme dans leurs écrits, de tous reproches ou qualifications capables d'aigrir les esprits, de fomenter la division, et de servir même de prétexte à de coupables excès.
C'est de la cocarde, on le voit, qu'il s'agit uniquement dans cette proclamation. Il n'y est nullement question des drapeaux. C'est qu'en effet le drapeau blanc survécut à la cocarde, nonseulement comme pavillon militaire et maritime, mais comme bannière civile de la France. Je n'en veux d'autres preuves que les étendards qui furent portés et bénis au Champ-de-Mars, le 14 juillet 1790, à la grande fête de la fédération. Les drapeaux de la garde nationale de Paris naturellement y figurèrent: nous avons dit qu'ils étaient loin d'être tous et uniformément tricolores. La députation de chaque département avait sa bannière, qui lui avait été offerte par la Commune de Paris. Or si la cravate de ces bannières des départements (que l'on peut bien, ce me semble, qualifier de bannières civiles de la France) était tricolore, les bannières elles-mêmes étaient blanches. La députation de l'armée était précédée d'une bannière, également donnée par la Commune de Paris et qu'on appela l'Oriflamme. Cet étendard, considéré ce jour-là comme le grand pavillon de commandement, le drapeau suprême, était porté par M. de Vergennes, grand èouyer tranchant et porte-cornette blanche de
1 Moniteur universel* n° 151, lundi 31 mai 1790. Bulletin de l'Assemblée nationale. Séance du samedi 29 mai, au soir. La proclamation fut signée par le Roi le 28 mai, et contie-signée par M. de Saint-Priest. Cf. Journal militaire. 1. 1, p. 186, n° 12, 16juin 1790.
« Signé : Louis ' .
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France, qui s'avançait, escorté des maréchaux de Mailly et de Ségur, et d'un groupe d'officiers généraux f. Cette oriflamme, après la cérémonie de la fédération, nous dit le Journal militaire, dont le témoignage est confirmé par le Moniteur et tous les journaux du temps, « fut déposée, par ordre de M. de La Fayette, dans un des salons du château de la Muette. De vieux soldats, de vieux officiers l'en retirèrent et l'escortèrent jusqu'au vestibule de l'Assemblée, où ils attendirent de M. de La Fayette
1 « On voyoit alors flotter dans les airs ces bannières que la Commune de Paris a données à chaque département comme un gage d'alliance et de fraternité. Elles sont simples et sans faste : un bâton terminé par une pique, des cravattes aux couleurs de la nation, un taffetas blanc, sur chacun des deux côtés duquel sont peintes deux couronnes do chêne, avec cette légende au milieu de l'une, Constitution, au milieu de l'autre, Confédération nationale, à Paris, xiv juillet M.DCC.XC. Sur chacune est écrit aussi le nom du département auquel elle appartient... Au centre des départemens, les troupes de ligne suivoient l'oriflamme dont Paris leur fait aussi présent. Les couronnes civiques qui les décorent, et les mois Constitution et Confédération nationale, seront à jamais la devise de ces guerriers... Les inscriptions de cet étendard en indiquent la destination primitive. D'un côté on lit, au milieu d'une double couronne, ces mots : Confédération nationale à Paris, le 14 juillet 1790, et de l'autre côté, Constitution ; au-dessous de chaque couronne se trouve ces autres mots : Armée françoise. Cet étendard n'est donc ni un sujet religieux, ni un signe militaire -, c'est un monument de la confédération, fondée sur la Constitution, laquelle est défendue par l'armée françoise. » Courrier d'Avignon, 57- année, n° 174. Vendredi 23 juillet 1790. De Paris, le 16 juillet, p. 700, col. 2, et n» 175. Samedi 24 juillet 1790. De Paris, le 17 juillet, p. 704, col. 1. Cf. l'Ami du Roi, n° 49. Lundi 19 juillet 1790. Supplément, p. 201, col. 2 : « Chaque département avoit son oriflamme sur lequel on lisoit d'un côté : Confédération nationale, à Paris, le 14 juillet 1790 ; et de l'autre, Constitution, déparlement de.... L'oriflamme étoit portée par M. de Vergennes. à qui sa charge de grand écuyer tranchant en donne le droit. MM. les maréchaux de Mailly et de Ségur marchoient après lui, et étoient accompagnés de quelques lieutenans-généraux, maréchaux-de-camp et autres olïiciers généraux. » Cf. Chronique de Paris, n° 196. Vendredi 16 juillet 1790, p. 786, col. 1 et 2 : « Il est impossible de décrire le spectacle qu'offroit le Champ-de-Mars quand tous les corps y ont été réunis ; les soixante drapeaux de Paris, et les quatrevingt-trois bannières flottantes offroient. au milieu de cette foule immense de soldats, le coup-d'œil le plus ravissant. Chacune de ces bannières étoit blanche ; on lisoit, au milieu d'une couronne civique, en lettres d'or : Constitution, serment juré à Paris, le M juillet 1790, et le nom du département. » Cf. Journal général de France, n° 197, vendredi 16 juillet 1790, p. 806, col. 2 : « Chaque département avoit son oriflamme, donnée par la municipalité de Paris, avec ces mots d'un côté: Confédération nationale à Paris, le 14 juillet 1790; de l'autre on lisoit: Constitution, département de, etc.. Les troupes de ligne étoient précédées de l'oriflamme, portée au premier rang par le porte-cornette blanche de France. » Un décret de l'Assemblée, en date du 19 juillet 1790, décida que ces bannières des départements seraient transportées « dans le lieu où le conseil d'administration de chaque département rendra ses séancos. »> Journal militaire, t. I. p. 254. n° 14. Supplément, 30 juillet 1790.
LE DfcAPEAU DE LA FRANCE.
l'ordre de la déposer dans la salle même : il étoit une heure après minuit. Il fut dressé procès- verbal du tout. M. de Blainville, lieutenant-colonel d'infanterie, commandant du détachement chargé de la garde de l'oriflamme, invita les vétérans qui l'avoient suivi à se retirer. Aucun de ces braves soldats ne voulut abandonner ce précieux gage d'union de tous les François. Lecture faite dans l'Assemblée de la conduite de ces vieux militaires, tous les membres se disputèrent l'honneur de faire une motion pour témoigner l'intérêt et la reconnaissance qu'inspiroit leur conduite. L'Assemblée leur vota des remercîmens, et décréta que le procès-verbal qu'ils avoient dressé, ainsi que leurs noms, seroient inscrits dans le procès-verbal de l'Assemblée. Cette oriflamme a, par un décret exprès, été suspendue aux voûtes de la salle des séances de l'Assemblée nationale, où elle restera à jamais, et rappellera sans cesse aux législatures suivantes, l'époque mémorable de la constitution françoise \ » Ce nom d'oriflamme ferait croire au premier
i Journal militaire. 1. 1, p. 253, 254, n° 14. Supplément, 30 juillet 1790. Cf. Moniteur universel, n<> 197, vendredi 16 juillet 1790. Bulletin de r Assemblée nationale, séance du jeudi 15 juillet, et n» 198, samedi 17 juillet 1790. Suite de la séance du jeudi 15. Discussion sur la question de savoir où sera déposée l oriflamme placée par les vétérans dans 1* Assemblée nationale. Voici cette discussion, d'ailleurs assez abrégée dans le Moniteur. On verra, par le discours de l'abbé Maury, combien les idées des lettrés, je ne dis pas des érudits du dernier siècle, étaient peu exactes au sujet de nos anciens étendards, et mémo, plus généralement, au sujet des antiquités nationales.
a M. le Président. — Je dois vous dire que, lorsque l'on m'a annoncé que l'oriflamme avait été déposée dans l'Assembiée nationale, j'ai dit que ce n'était point là sa place, et qu'on aurait dû la porter chez le Roi. (On observe & M. le président qu'il n'avait pas le droit de faire cette réponse.)
M. l'abbé Maury. — Puisque I on donne le nom d'oriflamme ô l'étendard qui nous est apporté, j'ai pensé qu'un récit historique très-court sur cette bannière nationale, suffirait pour indiquer l'endroit où il doit être placé. Ce fut des Gaulois que les Romains apprirent à multiplier les drapeaux. Sous la première race de nos rois, ils étaient déposés dans les temples, et, pour le dire en passant, c'est de là que vient l'origine des grands feudataires. Chaque chevalier était préposé à la garde d'un drapeau, et avait à sa solde huitécuyers et trente-deux soldats. L'oriflamme était d'une étoffe blanche (sic) ;il ne faut pas la confondre avec la bannière de France, qui était d'une étoffe bleue ou violette, semée de fleurs de lis. Le roi Dagobert ût bénir les drapeaux sur le tombeau de saint Martin, et c'est dans cette église que fut d'abord déposée l'oriflamme. Elle fut ensuite transférée à Saint-Denis. Le comte de Vexin avait seul le droit de la porter. Depuis Louis le Gros jusqu'à Charles VII, les rois n'ont jamais combattu sans avoir auparavant reçu l'oriflamme. On prétend qu'à la bataille de Rosbach (Rosebecq) l'oriflamme disparut. Le vrai est qu'elle fut enlevée au pillage de l'abbaye de Saint-Denis par les Anglais. Si vous la considérez comme un monument religieux, elle doit être conservée dans le temple
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abord que cet étendard était rouge. On pourrait croire d'autre part que ce drapeau suprême de la fédération, que M. de La Rochefoucauld, combattant l'avis de l'abbé Maury, qui voulait qu'on le déposât chez le Roi, chef suprême de l'armée, qualifiait d' « enseigne de la liberté française, » portait les couleurs nouvelles, la livrée parisienne et révolutionnaire. Eh bien, non, l'oriflamme du 14 juillet 1790, l'étendard suprême de l'armée, l'enseigne de la liberté française, qui portait pour devise le mot : Constitution, et qui fut suspendue aux voûtes de l'Assemblée nationale, n'était ni rouge, ni tricolore ; elle était blanche 1 . Ce fut même là, nous Talions voir, un des argu-
du Seigneur -, si vous la regardez comme l'étendard de l'armée par excellence, le Roi est le seul à la garde duquel elle doit être confiée. Sous aucun rapport, un trophée militaire ne peut être confié au corps législatif : nous ne devons donc pas hésiter de décréter qu'elle sera portée en triomphe chez le Roi.
M. l'abbé Gouttes. — J'appuie la motion du prôopinani, et je crois en cela remplir le vœu de tous les braves militaires qui nous entourant.
M. Larochefoucault. — La bannière a pour devise le mot Constitution ; c'est l'enseigne de la liberté française ; c'est donc au corps législatif qu'elle doit appartenir. Je demande qu'elle soit déposée dans les archives de l'Assemblée.
M. Mcguet appuie cette motion.
M. Arthur Dillon. — On voit écrit sur un côté de la bannière, ce mot : Constitution, et sur l'autre, ceux-ci: Armée française; le Roi en est le chef. Je demande donc qu'elle soit déposée chez le Roi, et que vingt ou trente hommes soient préposés à sa garde.
M. Le Chapellier. — C'est un monument qui doit rappeler à nous et aux législatures à venir, l'heureuse époque que nous venons de célébrer; c'est donc dans ce temple qu'il doit être suspendu, et j'en fais la motion expresse.
M. l'abbé Maury. — Cet étendard a été béni entre les mains des vétérans pour servir aux troupes de ligne qui n'en avaient pas.
On demande à aller aux voix. — On observe que l'intention de la municipalité est que l'oriûamme soit déposée à l'Assemblée nationale.
M. Bouche. — Je regarde ce drapeau comme l'emblème qui rappelle aux troupes qu'elles sont soumises aux deux pouvoirs, et qu'elles ne peuvent le déployer sans leur intervention mutuelle.
La priorité est accordée à la motion de M. Le Chapellier, et l'Assemblée décrète que l'étendard donné par la commune de Paris aux vétérans représentant l'armée française, sera suspendu à la voûte de l'Assemblée nationale. » — Le discours de l'abbé Maury, résumé dans le Moniteur, est rapporté in extenso dans Y Ami du Roi, n° 46, vendredi 16 juillet 1790, p. 187. La réponse de M. de La Rochefoucauld est rapportée plus à plein dans le Courrier d Avignon, 57« année, n° 175, samedi 24 juillet 1790, p. 703, col. 2, et p. 704, col. 1.
1 « L' oriflamme... suspendue aux voûtes de l'Assemblée nationale, et dont la couleur est blanche dans sa plus grande parlie...,» dit le Journal de Paris, n° 295, vendredi 22 octobre 1790, p. 1202, col. 1. Qu'est-ce que cette moindre partie qui n'était pas blanche ? Quelle en était la couleur ? Peut-être s'agit-il simplement des couronnes civiques qui enfermaient les devises. Quoi qu'il en soit, nous allons voir les orateurs du côté droit opposer, comme un argument,
ments invoqués par les défenseurs de l'ancien drapeau, quand les couleurs nouvelles, au mois d'octobre suivant, furent transportées, par une mesure formelle de l'Assemblée nationale, de la cocarde sur le pavillon de la France.
Cette mesure fut prise, comme il arrive toujours en histoire, à l'occasion d'événements qui ne pouvaient que très-indirectement y donner lieu. L'indiscipline dans les armées de terre et de mer est un des résultats les plus certains des bouleversements politiques. La marine française n'échappa point à cette funeste conséquence de l'affaiblissement du pouvoir. De graves désordres eurent lieu à bord de l'escadre de Brest : M. Albert de Rioms, qui la commandait, vit son autorité méconnue. Les matelots, entre autres griefs, qui certainement leur tenaient beaucoup plus au cœur, lui reprochaient, paraît-il, de ne point porter la cocarde aux trois couleurs et de s'opposer à ce que la marine arborât un nouveau pavillon. L'Assemblée nationale fut informée delà rébellion des matelots par une lettre de M. de La Luzerne, ministre de la marine. Dans la séance du 20 septembre au soir, sur le rapport présenté par M. Gurt, au nom des comités de marine, des colonies et des recherches, elle rendit un décret sévère pour le rétablissement de la discipline. Les troubles n'en continuèrent pas moins. Il serait trop long, et d'ailleurs inutile, de raconter ici comment le contre-coup des événements survenus à Saint-Domingue, et l'arrivée à Brest d'un certain nombre de colons, contribuaient à fomenter la rébellion de l'escadre. Dans la séance du 8 octobre, le président donna lecture à l'Assemblée d'une lettre de M. Albert de Rioms où il était dit : « L'Assemblée nationale connaît l'impossibilité de rétablir l'ordre dans l'escadre; je suis convaincu de l'impossibilité de rétablir l'ordre par moi: je me dois de demander au Roi que Sa Majesté ait la bonté de me retirer l'autorité qu'elle m'avait confiée. Celui qui me remplacera n'aura pas plus de zèle et sera peut-être plus heureux...» L'Assemblée renvoya l'examen de l'affaire à quatre comités réunis, les comités diplomatique, colonial, militaire et de la marine 1 .
la couleur blancho de cette oriflamme, suspendue aux voûtes de l'Assemblée, au pavillon tricolore.
1 Bûchez, ouvrage cité, t. IV, p. 89-101, liv. XIIT, chap. vi. Cf. Moniteur universel, n° 264, mardi 21 septembre 1790. Bulletin de l'Assemblée nationale, séance du lundi 20 septembre. — N° 265, mercredi 22 septembre 1790. Bulletin
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M. de Menou présenta le rapport dans la séance du 19 octobre. On y lit la phrase suivante : « Les comités regardent aussi comme une mesure efficace de publier incessamment les règles de l'avancement et de changer le pavillon blanc en pavillon aux couleurs nationales ; mais ils pensent que cette grâce ne doit être accordée qu'au moment où l'insubordination aura entièrement cessé. » Le projet de décret contenait une disposition conforme. 11 se terminait par l'invitation adressée au Roi de congédier son ministère. « La méfiance que les peuples ont conçue contre les ministres, disaient les quatre comités, apporte les plus grands obstacles au rétablissement de l'ordre public, à l'exécution des lois et à l'achèvement de la Constitution. » La discussion, qui dura deux jours, roula, comme on pense, avant tout, sur la proposition relative aux ministres. Elle fut rejetée à l'appel nominal par quatre cent trois voix contre trois cent quarante 1 .
Dans la séance du jeudi 21 octobre, après qu'un membre eut fait observer que le nouveau pavillon qu'on proposait d'arborer avait le défaut d'être le même que celui des Hollandais 2, M. de Menou prit la parole, et conclut un assez long discours par un projet de décret présenté, cette fois, en son nom personnel. La disposition relative au pavillon s'y retrouvait en ces termes, que nous avons déjà eu occasion de citer, à propos du drapeau blanc :
« L* Assemblée nationale... décrète que le pavillon blanc, qui, jusqu'à présent, a été le pavillon de la France, sera changé en un pavillon aux couleurs nationales ; mais qu'il ne pourra être arboré sur l'escadre qu'au moment où les équipages seront rentrés dans la plus parfaite obéissance. »
de l'Assemblée nationale, séance du lundi 20 septembre au soir. — N° 283, dimanche 10 octobre 1790. Bulletin, etc., suite de la séance du vendredi 8 octobre.
« Bûchez, ouvrage cité, t. IV, p. 101-U3,Jiv. XIII, chap. vi. Cf. Moniteur universel, n°293, mercredi 20 octobre 1790. Bulletin de l'Assemblée nationale, séance du mardi 19 octobre. — N°294, jeudi 21 octobre 1790. Bulletin, etc., séance du mercredi 20 octobre.
> Le pavillon des Hollandais est tricolore, et les couleurs on sont les mômes que celles de la cocarde, puis du pavillon de la Révolution française. Mais ces couleurs sont disposées horizontalement. On a soutenu, paraît-il, que les Hollandais devaient ce pavillon à Henri IV: opinion longuement combattue par M. Rey, appuyé sur le travail d'un Hollandais, M. de Jonge. Je m'abstiens d'examiner la question. Cf. Rey, t. II, p. 497-529, liv. XII, cliap. n et m.
Une discussion très-vive s'engagea sur le nouveau projet de M. de Menou. Nous extrayons du débat ce qui a trait au changement de pavillon :
« M. Virieu. — Je ferai quelques observations sur le pavillon qu'on se propose de substituer à celui qui a toujours fait la gloire et l'honneur du nom français. Tous les bons citoyens seraient alarmés si la couleur en était changée : c'est ce pavillon qui a rendu libre l'Amérique; un changement tendrait à anéantir le souvenir de nos victoires et de nos vertus. Je partage le sentiment qui a engagé le comité à nous proposer d'arborer ce signe de notre liberté ; en conséquence, je demanderai qu'à la couleur qui fut celle du panache de Henri IV, on joigne celles de la liberté conquise, c'està-dire qu'il y soit joint une bande aux couleurs nationales ; et pour rappeler une époque nouvelle, je dirai : Contemplez ce drapeau suspendu aux voûtes de cette enceinte, il est blanc; c'est devant lui que vous avez marché à la fédération du 14 juillet...
« M. Millet. — Je demande qu'on renvoie au comité la proposition de changer le pavillon; car, quoique je sois de cet avis, je ne veux pas que les trois couleurs soient divisées en parties égales.
« M. Laréveillière-Lépbaux. — On peut simplement décréter le principe que le pavillon sera aux trois couleurs, et on renverra au comité sur la forme à lui donner. Je suis bien étonné, lorsque le monarque lui-même a ordonné aux chefs de toutes les troupes de faire arborer aux soldats ce signe de la liberté, que la même proposition trouve ici des contradicteurs. Peu m'importe laquelle des couleurs y sera en plus ou en moins grande étendue. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. La circonstance exige peut-être que je fasse ici une observation générale. Le peuple français est dans l'impossibilité de revenir en arrière, il faut qu'il achève la conquête de la liberté, ou qu'il périsse au sein du désordre et de la plus affreuse misère. (On applaudit.)
« M. La Galissonière. — Il est d'autant plus nécessaire de conserver la couleur de notre pavillon, que celui des Anglais et des Hollandais est aux trois couleurs. D'ailleurs vous occasionnerez des dépenses considérables ; il faut conserver à la monarchie son ancien pavillon. Je demande la question préalable sur l'article proposé.
« M. Chapelier. — Je vais vous proposer une rédaction, qui, en consacrant le principe, terminera tous les débats : « Le pavillon •< des Français portera désormais les couleurs nationales. L'Assemt biée renvoie à son comité de marine les dispositions nécessaires « pour l'exécution du présent décret. >
« On demande que la discussion soit fermée.
« M. Riquetti l'aîné demande la parole.
« M. Foucault. — Soit que vous adoptiez la motion de M. Menou, •soitque vous adoptiez la rédaction de M. Chapelier, vous consacrerez toujours le même principe. (Il s'élève de violents murmures dans la
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partie gauche.) Jugez cet article avec l'impartialité dont vous êtes capables. Je vous demande quels sont les départements, quels sont les militaires qui vous ont proposé de profaner ainsi la gloire et l'honneur du pavillon français ; voilà la véritable cause des désordres de l'escadre; laissez à des enfants ce nouveau hochet des trois couleurs.
« M. Charles Lameth. — Je demande que l'opinant soit rappelé à l'ordre ; il insuite les couleurs nationales.
« M. Foucault. — Les préjugés sont respectables, il faut les ménager. Ne nous laissons plus amuser de frivolités, de cet amour pour les modes. (Les murmures de la partie gauche interrompent l'opinant.) Il est dangereux de prendre une mesure inutile ; puisque nous n'avons aucune réclamation, il est inutile de délibérer ; je demande la question préalable.
« M. Riquetti I'ainé, cwlevant Mirabeau. — Aux premiers mots proférés dans cet étrange débat, j'ai ressenti, je l'avoue, comme la plus grande partie de cette assemblée, les bouillons de la furie du patriotisme jusqu'au plus violent emportement. (Il s'élève à droite des murmures que couvrent de nombreux applaudissements ; l'orateur s'adresse du côté d'où partent ces murmures et dit :) Messieurs, donnez-moi quelques moments d'attention : je vous jure qu'avant que j'aie cessé de parler vous ne serez pas tentés de rire Mais j'ai bientôt réprimé ces justes mouvements pour me livrer à une observation vraiment curieuse, et qui mérite toute l'attention de l'Assemblée. Je veux parler du genre de présomption qui a pu permettre d'oser présenter ici la question qui nous agite, et sur l'admission de laquelle il n'était pas même permis de délibérer. Tout le monde sait quellescrises terribles ont occasionnées de coupables insultes aux couleurs nationales ; tout le monde sait quelles ont été en diverses occasions les funestes suites du mépris que quelques individus ont osé leur montrer ; tout le monde sait avec quelle félicitation mutuelle la nation entière s'est complimentée, quand le monarque a ordonné aux troupes de porter, et a porté lui-même ces couleurs glorieuses, ce signe de ralliement de tous les amis, de tous les enfants de la liberté, de tous les défenseurs de la Constitution ; tout le monde sait qu'il y a peu de mois, il y a peu de semaines, le téméraire qui a osé montrer quelque dédain pour cette enseigne du patriotisme, eût payé ce crime de sa tête. (On entend de violents murmures dans la partie droite, la salle retentit de bravos et d'applaudissements.)
« Et lorsque vos comités réunis, ne se dissimulant pas les nouveaux arrêtés que peut exiger la mesure qu'ils vous proposent, ne se dissimulant pas que le changement de pavillon, soit dans sa forme, soit dans les mesures secondaires qui seront indispensables pour assortir les couleurs nouvelles aux divers signaux qu'exigent les évolutions navales, méprisant, il est vrai, la futile objection de la dépense ; on a objecté la dépense, comme si la nation, si longtemps victime des profusions du despotisme, pouvait regretter le prixdea livrées de la liberté ! Comme s'il fallait penser à la dépense des
nouveaux pavillons, sans en rapprocher ce que cette consommation nouvelle versera de richesses dans le commerce des toiles, et jusque dans les mains des cultivateurs du chanvre, et d'une multitude d'ouvriers ; lorsque vos comités réunis, très-bien instruits que de tels détails sont de simples mesures d'administration qui n'appartiennent pas à cette Assemblée et ne doivent pas consumer son temps; lorsque vos comités réunis, frappés de cette touchante et remarquable invocation des couleurs nationales, présentée par des matelots, dont on fait avec tant de plaisir retentir les désordres, en en taisant les véritables causes, pour peu qu'elles puissent sembler excusables ; lorsque vos comités réunis ont eu cette belle et profonde idée de donner aux matelots, comme un signe d'adoption de la patrie, comme un appel à leur dévoûment, comme une récompense à leur retour à la discipline, le pavillon national, et vous proposent en conséquence une mesure qui, au fond, n'avait pas besoin d'être demandée, ni décrétée, puisque le directeur du pouvoir exécutif, le chef suprême des forces de la nation, avait déjà ordonné que les trois couleurs fussent le signe national.
« Eh bien, parce que je ne sais quel succès d'une tactique frauduleuse dans la séance d'hier a gonflé les cœurs contre-révolutionnaires, en vingt-quatre heures, en une nuit, toutes les idées sont tellement subverties, tous les principes sont tellement dénaturés, on méconnaît tellement l'esprit public, qu'on ose dire, à vous-mêmes, à la face du peuple qui nous entend, qu'il est des préjugés antiques qu'il faut respecter : comme si votre gloire et la sienne n'étaient pas de les avoir anéantis, ces préjugés que Ton réclame! qu'il est indigne de l'Assemblée nationale de tenir à de telles bagatelles, comme si la langue des signes n'était pas partout le mobile le plus puissant pour les hommes, le premier ressort des patriotes et des conspirateurs, pour le succès de leurs fédérations ou de leurs complots !
« On ose, en un mot, vous tenir froidement un langage qui, bien analysé, dit précisément :
« Nous nous croyons assez forts pour arborer la couleur blanche, c'est-à-dire la couleur de la contre-révolution (la droite jette de grands cris, les applaudissements de la gauche sont unanimes), à la place des odieuses couleurs de la liberté. Cette observation est curieuse sans doute, mais son résultat n'est pas effrayant. Certes, ils ont trop présumé. Croyez-moi (l'orateur parle à la partie droite), ne vous endormez pas dans une périlleuse sécurité, car le réveil serait prompt et terrible. (Au milieu des applaudissements et des murmures, on entend ces mots : C'est le langage d'un factieux.) (A la partie droite :) Calmez-vous, car cette imputation doit être l'objet d'une controverse réguljère, nous sommes contraires en faits: vous dites que je tiens le langage d'un factieux. (Plusieurs voix de la droite : Oui, oui !)
« Monsieur le président, je demande un j ugement, et je pose le fait (nouveaux murmures) : je prétends, moi, qu'il est, je ne dis pas irrespectueux, je ne dis pas inconstitutionnel, je dis profondément
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criminel, de mettre en question si une couleur destinée à nos flottes peut être différente de celle que l'Assemblée nationale a consacrée, que la nation, que le Roi ont adoptée, peut être une couleur suspecte et proscrite. Je prétends que les véritables factieux, les véritables conspirateurs sont ceux qui parlent des préjugés qu'il faut ménager, en rappelant nos antiques erreurs et les malheurs de notre honteux esclavage. (On applaudit.) — Non, messieurs, non : leur folle présomption sera déçue : leurs sinistres présages, leurs hurlements blasphémateurs seront vains : elles vogueront sur les mers, les couleurs nationales ; elles obtiendront le respect de toutes les contrées, non comme le signe des combats et de la victoire, mais comme celui de la sainte confraternité des amis de la liberté sur toute la terre, et comme la terreur des conspirateurs et des tyrans... Je demande que la mesure générale comprise dans le décret soit adoptée ; qu'il soit fait droit sur la proposition de M. Chapelier, concernant les mesures ultérieures, et que les matelots à bord des vaisseaux, le matin et le soir et dans toutes les occasions importantes, au lieu du cri accoutumé et trois fois répété de Vive le roi, disent : Vivent la nation, la loi et le roi! (La salie retentit pendant quelques minutes de bravos et d'applaudissements.)
« La discussion est fermée à une très-grande majorité.
« M. l'abbé Maury monte à la tribune. — On demande à aller aux voix. — Il entre en fureur ; il saisit la tribune et l'ébranlé comme pour la lancer sur le côté gauche *.
« La troisième disposition de la première partie du projet de décret de M. Menou est décrétée avec l'amendement proposé par M. Ri-
quetti l'aîné Un grand tumulte s'élève au milieu de la salle. —
M. Guilhermy monte à la tribune. — On lui crie de descendre à la barre. — Après de longues agitations, il se fait un moment de silence.
« M. Menou. — M. Guilhermy a traité M. Mirabeau d'assassin et de scélérat ; je demande que, pour l'honneur de l'Assemblée, elle autorise son président à faire arrêter sur-le-champ M. Guilhermy.
« La gauche se lève et demande à aller aux voix.
« M. Guilhermy.— D'après la motion que M. Menou vient de faire contre moi, il me paraît qu'il n'a entendu que la moitié de ma phrase. Toute l'Assemblée a été témoin de la manière dont M. Mirabeau a empoisonné le discours de M. Foucault. Il l'a accusé d'avoir méprisé les couleurs nationales. (La partie gauche s'écrie : Il a eu raison de l'accuser.)
1 T^e Journal de Paris (n<> 295, vendredi 22 octobre 1790, p. 1202, col. 1) ne fait point mention de ce geste de l'abbé Maury. En revanche, il lui en attribue un moins furieux et plus naturel : « L'effet de ce discours (de Mirabeau) a été prodigieux sur toute l'Assemblée. M. l'abbé Maury a voulu y répondre, mais il n'a pu que monter à la tribune : à peine il y a été que la discussion a été fermée : il montroit de la main l'oriflàme suspendue aux voûtes de l'Assemblée nationale, et dont la couleur est blanche dans sa plus grande partie, mais cette éloquence des signes n'a pas été puissante pour cette fois, et M. I abbé Maury a été obligé de descendre de la tribune sans avoir parle. »
« M. Foucault. — Je suis prêt à redire ce que j'ai dit.
« M. Guilhermy. — M. Foucault avait insisté sur le danger du changement de pavillon. M. Mirabeau Ta accusé, ainsi qu'une partie de cette Assemblée, de vouloir la contre-révolution, parce qu'on voulait conserver le drapeau blanc ; comme si, lorsque l'oriflamme suspendue à la voûte de cette salle ne porte pas les couleurs nationales, cette oriflamme était un signe de contre- révolution. M. Mirabeau, parlant du triomphe d'hier, a dit qu'il serait court; il a traité de factieux les membres qui composent une partie de cette Assemblée. J'ai dit que M. Mirabeau voulait faire assassiner cette