La cocarde nationale aux trois couleurs sera sur-le-champ
» Journal militaire, seconde partie de 1814, n° l,p. 11. — Moniteur universel, n° 113, samedi 23 avril 1814, p. 445, col. 1. — Histoire de la Restauration, par M. Alfred Nettement. Tome Ior (Paris, Jacques Lecoffre, 1860, in-8°). liv. I, chap. m, et liv. II, chap. i et n. Cf. Histoire de la Restauration, par M. Louis de Viel-Caslel. Tome Pr (Paris, Michel Lévy, 1860, in-8°),chap. n, p. 109-181, et chap. m, p. 295-310. — Histoire du Consulat et de ï Empire, par M. A. Thiers. Tome XVII (Paris, Paulin, Lheureux et C'«, 1860, in-8*). Livre LUI». Voyez notamment p. 769, 814, 813.
f Journal militaire, seconde partie de 1814, n° 1, p. 31,
8 Ces couleurs (pourquoi ce pluriel ?) qui, selon Napoléon, avaient servi, pendant vingt-cinq ans, de ralliement aux coalisés {ralliement est étrange : qui se serait douté que les Anglais, les Prussiens, les Russes combattissent sous le drapeau blanc?), ne tenaient pas beaucoup au cœur du chef de la coalition, l'empereur Alexandre, puisqu'il voulait que le comte d'Artois prit la cocarde tricolore. Cette dernière cocarde apparemment ne l'effrayait pas.
primées.
arborée par les troupes de terre et de mer, les gardes nationales et les citoyens de toutes les classes.
3. Le pavillon tricolor 1 sera arboré à la maison commune des villes et sur les clochers des campagnes.
4. Le grand-maréchal, faisant fonction de major-général de la grande armée, est chargé de l'exécution du présent décret.
Signé : Napoléon.
Par l'Empereur :
Le grand-maréchal, faisant fonction de majorgénéral de la grande armée,
Signé: comte Bertrand. »
Ce décret, supérieurement rédigé au point de vue de la mise en scène, fut renouvelé à Lyon, le 13 mars, à peu près dans les mêmes termes, où éclate toute l'habileté du héros à faire un profitable étalage des souvenirs révolutionnaires, en même temps que de la légende qui commençait à se former autour de son nom. Après avoir volé de clocher en clocher, l'aigle et le drapeau tricolore passèrent des tours Notre-Dame à la plaine de Waterloo. Ce fui en vain qu'après la seconde abdication de l'empereur et la seconde capitulation de Paris, la chambre des Cent-Jours rendit, le 4 juillet 1815, une loi qui portait, art. 5 : « La cocarde, le drapeau et le pavillon aux trois couleurs nationales sont mis sous la sauvegarde spéciale des armées, des gardes nationales et de tous les citoyens. » La cocarde, le drapeau et le pavillon blancs reparurent avec la Maison de France 3.
La cocarde et le drapeau tricolores demeurèrent naturellement les signes de ralliement des divers partis coalisés contre la Restauration. La révolution de Juillet 1830 s'accomplit sous les trois couleurs. Le lundi 2 août, le Moniteur 3 publiait l'ordonnance suivante :
« Art. 1er. La nation française reprend ses couleurs. Il ne sera plus porté d'autre cocarde que la cocarde tricolore. Art. 2. Les commissaires chargés provisoirement des divers
1 Ce mot est écrit ainsi, sans e, dans le texte officiel du décret au Bulletin des lois.
f Bulletin des lois, 6° série, lome unique, n° 1, p. 4, 5, 6, 12 et 13; n° 43, p. 307.
» Moniteur universel, n° 214, lundi 2 août 1830, p. 833, col. 1. Cf., n° 212, samedi 31 juillet 1830, p. 827, col. 1, la proclamation de la Commission municipale : « L'étendard tricolore (lotte sur tous les édifices. »
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départements du ministère veilleront, chacun en ce qui le concerne» à l'exécution de la présente ordonnance.
Paris, le ltr août 1830.
Dans la séance de la Chambre des députés du 6 août au soir, fut discutée, sur le rapport de M. Dupin, la proposition Bérard, tendant à la révision de la Charte constitutionnelle. A la fin de la discussion et du vote, l'appel nominal presque terminé, M. Dupin aîné, dit le Moniteur, se présente à la tribune :
M. Dupin. Déjà nous avons tous un ruban tricolore à notre boutonnière ; déjà la garde nationale et toute la France ont pris ces couleurs; déjà une ordonnance du prince lieutenant-général du royaume a déclaré qu'il n'en serait point porté d'autres ; mais il est nécessaire de faire cesser en point de droit les dispositions de loi qui fixaient un autre mode de ralliement. Je propose donc l'article additionnel suivant :
La France reprend ses couleurs. A l'avenir, il ne sera plus porté d'autre cocarde que la cocarde tricolore.
Cette proposition est adoptée par acclamation.
La proposition Dupin ainé, qui fait de cet homme d'État l'un t des patrons des trois couleurs, devint l'art. 76 de la Déclaration de la Chambre des députés, puis de la Chambre des pairs, et l'art. 67 de la nouvelle Charte constitutionnelle 1 .
L'ordre des couleurs, pour la cocarde comme pour le drapeau, fut, sous la monarchie de Juillet, celui du pavillon décrété par la Convention : bleu, blanc et rouge.
Au mois de février 1848, la monarchie de Juillet fit place à la République; les insurgés vainqueurs, par un instinct assez naturel de logique révolutionnaire, s'étonnèrent que deux régimes, à leurs yeux si différents, pussent avoir un drapeau semblable. Ils demandèrent à grands cris au Gouvernement provisoire un nouvel étendard : le drapeau rouge. D'où vient l'affection qu'a vouée à cette couleur un certain parti? à quelle origine faut-il rattacher son violent désir de la prendre
1 Moniteur universel, n° 220, dimanche 8 août 1830, p. 863, col. 1, et p. 872, col. 2. Cf.. n" 222. mardi 10 août 1830, p. 877, col. 1 et 3; n8 251, jeudi 19 août 1830. p. 921. col. 3.
Louis-Philippe d'Orléans. »
Et plus bas :
« Le Commissaire chargé provisoirement du ministère dt la guerre.
Comte Gérard. »
pour symbole? La Convention, nous l'avons vu, avait déjà eu, ce semble, un faible pour le rouge : mais ce faible apparaît à peine, et son drapeau, c'est le drapeau bleu, blanc et rouge. Gracchus Babeuf, le fameux conspirateur l'un des ancêtres, dit-on, des socialistes modernes, décide, dans son plan d'insurrection, art. 3, que « les généraux du peuple seront distingués par des rubans tricolores flottant très- visiblement autour de leurs chapeaux. » Néanmoins, il a, lui aussi, un faible pour le rouge, car il ajoute, art. 12, que « les membres de la Convention seront reconnus à un signe particulier, ce sera celui d'une enveloppe en couleur rouge, autour de la forme du chapeau *.» Le drapeau rouge, dont le déploiement accompagne la proclamation de la loi martiale, est le signe de l'appel à la force : à ce titre il a sans doute été, dans les diverses émeutes qui marquent si tristement notre histoire depuis 1789, plusieurs fois arboré sur les barricades, d'autant plus que les étendards de l'armée, destinée à les attaquer, étaient devenus tricolores. On peut ainsi s'expliquer que ceux des vainqueurs de Février qui avaient combattu sous ses plis, en aient voulu faire, après la bataille gagnée, le symbole de leur victoire. Le rouge, rappelant une idée de violence, puisque c'est la couleur du sang, devait naturellement plaire à des fanatiques, toujours désireux d'étaler leur force, et d'enfoncer dans l'âme de la bourgeoisie vaincue une impression de terreur. En outre, l'éclat de cette même couleur ne pouvait être qu'attrayant pourla populace parisienne, qui mêle naturellement à tous ses actes le charlatanisme et l'emphase. Je laisse, au surplus, le soin de démêler scientifiquement l'origine exacte du nouveau drapeau rouge, aux érudits à venir, destinés peut-être à voir se dérouler sous leurs yeux les destinées de cet étendard, cher à la révolution anti-chrétienne. Le Gouvernement provisoire, composé en très-grande majorité de riches bourgeois, rejeta courageusement, grâce surtout, paraît-il, aux efforts de M. Goudchaux, et malgré les instances de M. Louis Blanc, le nouvel emblème. M. de Lamartine se fît, en termes magnifiques, l'interprète des sentiments, de la résolution de ses collègues, et, nouvel Orphée, dompta, aux applaudissements de la foule, toujours inconstante et mobile, la fu-
* Bûchez (première édition), tome XXXVII. Paris, Paulin, 1838, in-8°, p. 161, 162.
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reur des sectaires. Le drapeau tricolore triompha, une première fois, du drapeau rouge.
Le Gouvernement provisoire ne crut pas pourtant qu'il lui fût possible de refuser toute concession aux partisans du drapeau rouge. Il publia la déclaration suivante :
« Paris, le 26 février 1848.