AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Le Gouvernement provisoire de la République
Déclare que le drapeau national est le drapeau tricolore, donlles couleurs seront rétablies dans l 'ordre qu'avait adopté ta République fran çaise ; sur ce drapeau sont écrits ces mots : République française, Liberté, Égalité, Fraternité, trois mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques dont ce drapeau est le symbole, en même temps que ses couleurs en continuent les traditions.
Comme signe de ralliement et comme souvenir de reconnaissance pour le dernier acte de la révolution populaire, les membres du Gouvernement provisoire et les autres autorités porteront la rosette rouge, laquelle sera placée aussi à la hampe du drapeau.
Les membres du Gouvernement provisoire,
Signé : Dupont (de l'Eure), Lamartine, Ad. Crémieux, Arago , Ledru - Rollin , Garnier - Pages , Marie, Marrast, Louis Blanc, Flocon, Albert (ouvrier) *. »
La concession faite au parti révolutionnaire le plus avancé était double. D'une part on lui accordait que la rosette rouge serait le signe de ralliement des autorités, et qu'on la placerait à la hampe du drapeau; d'autre part on lui promettait de rétablir les trois couleurs dans Tordre adopté par la première République.
1 Journal militaire officiel, année 1848; n° 3, p. 18, 19. Cf. Histoire de la Révolution de 1848, par Garnier-Pagès. Deuxième édition, t. III. Paris, Pagnerre, 1866, in-8°. Gouvernement provisoire, t. I. chap. n et m. — ffivtoire de la Révolution de 1848, par Louis Blanc. Quatrième édition. Paris, librairie internationale, A. Lacroix, Verboeckhoven et O, 1871, 2 vol. in-12, t. I, chap. vi. Le récit de M. Garnier-Pagès et celui de M. Louis Blanc concordent assez mal ensemble, non-seulement pour ce qui est des opinions, mais pour l'ordre des faits. Suivant le premier, le drapeau rouge a eu deux journées, les 25 et 26 février. M. Louis Blanc semble rapporter tout au 25 février. Ce dernier auteur a inséré dans son récit un bref résumé de l'histoire du drapeau en France, qui décèle une parfaite ignorance de la matière.
Cette dernière promesse ne devait pas paraître facile à effectuer aux personnes qui connaissaient tant soit peu l'histoire du drapeau. L'ordre adopté par la première République, bleu, blanc et rouge, avait été exactement reproduit par la monarchie de Juillet. Gomment le gouvernement pourrait-il s'y prendre pour rétablir un ordre qui n'avait pas été détruit? Il y avait là matière à une rêverie profonde. Par bonheur, le Gouvernement avait, dès la veille, expliqué ses intentions dans une première déclaration, que Ton chercherait en vain dans le Moniteur, mais que je reproduis d'après le Journal de la gendarmerie nationale 1 :