CITOYENS DE PARIS
« Le coq gaulois et les trois couleurs étaient nos signes vénérés quand nous fondâmes la République et la France ; ils furent adoptés par les glorieuses journées de Juillet. Ne songez pas, citoyens, à les supprimer ou à les modifier : vous répudieriez les plus belles pages de votre histoire, votre gloire immortelle, votre courage qui s'est fait connaître sur tous les points du globe. Conservez donc le coq gaulois, les trois couleurs; le Gouvernement le demande à votre patriotisme.
Les membres du Gouvernement provisoire,
Garnier-Pagès, maire de Paris; Ad. Crémieux, Louis Blanc, secrétaire.
Le Gouvernement provisoire de la République déclare adopter les trois couleurs, disposées comme elles l'étaient pendant la République.
Le drapeau portera: République française, Liberté, Égalité, Fraternité.
Disposition des couleurs du drapeau : Bleu, Rouge, Blanc >»
Ce drapeau bleu, rougeet blanc n'avait été celui d'aucun gouvernement depuis 1789, pas plus de la Convention que des autres. Mais lacocarde bleue, rouge et blanche qui, évidemment,
1 Journal de la gendarmerie nationale. Mois de février 1848, n° 104, p. 42. Cf. Garnier-Pagès, t. III (Gouvernement provisoire, t. I), p. 63, 64. M. Garnier-Pagès a reproduit la proclamation et la décision en date du 25 février, non publiées par le Moniteur, mais ce prudent historien a supprimé la disposition des couleurs du drapeau. Par bonheur, le Journal de la gendarmerie avait eu l'heureuse inspiration de reproduire la pièce en son entier. Qu'il me soit permis de lui eu rendre grâce. C'est dans cet estimable journal que j'ai trouvé enfin l'explication de ce mot rétablir qui me tenait bien en souci, moi qui ne puis connaître les faits de 1848 que par les documents qui en sont restés.
dans la pensée des auteurs delà déclaration, devait accompagner le drapeau ainsi rétabli, avait été celle de l'Empire A cette magnifique bévue du Gouvernement provisoire, Napoléon dut tressaillir de joie dans son tombeau des Invalides. On substituait, non-seulement sur la cocarde mais en les transportant pour la première fois sur le drapeau, aux couleurs de la Convention, les couleurs de la vieille garde. Et le décret portait la signature de M. Louis Blanc, historien de la Révolution française, apologiste de la Convention.
Cette bévue se prolongea quelque temps, et commença même d'être mise à exécution, puisque, de son propre aveu, M. F. Arago, ministre de la marine, par une dépêche en date du 5 mars, prescrivait de faire arborer sur les navires « le drapeau de la République, dont les couleurs devaient être disposées dans Tordre suivant : bleu à la gaîne, rouge au milieu, blanc au battant. » Mais, dès le premier jour, des réclamations s'étaient élevées, principalement dans la marine. Le Journal de la marine (suite de la Flotté) s'en fit l'organe, et n'eut pas de peine à établir que le drapeau et le pavillon du Gouvernement provisoire n'étaient « ni le véritable drapeau, ni le véritable pavillon de la République. » Nous apprenons par ce journal que M. d'Avezac, chef du bureau des Archives, remit à M. Arago, sur sa demande, pour le faire passer sous les yeux du Gouvernement provisoire, le texte du décret de pluviôse an II \ Nous ne savons s'il y eut résistance, de la part des inventeurs du nouveau pavillon, aux représentations de M. Arago. Mais enfin, par une étrange coïncidence, ce fut le 5 mars 1848, le jour même où M. Arago prescrivait par une dépêche d'arborer
1 Nous n'avons pu atïirmer d'une façon certaine que cette cocarde bleue, rouge et blanclie fût la création propre do Napoléon Ier. Mais, portée durant l'Empire par la grande armée, elle réveillait surtout des souvenirs de grandeur et de despotisme militaire. La différence do cette cocarde avec la cocarde bleue, blanche et rouge de la monarchie de Juillet, avait été très- remarquée lors des obsèques de l'empereur. C'est probablement ce qui égara le Gouvernement provisoire. Il crut que la cocarde de l'Empire, plus ancienne que celle de juillet 1830, était la mémo que celle de la Convention, et il en conclut que le drapeau de la première République était bleu, rouge et blanc, comme cette cocarde. C'est une de ces bévues qu'amène nécessairement, à chaque changement de régime, et ils sont fréquents en France, la manie d'innover à tort et à travers.
* Journal de la marine, du commerce maritime, des colonies et de V Algérie, 7- année. n° 6, 5 mars 1848, p. 3, col. 2. Cf. n° 7, 10 mars 1848, p. 3» col. 2.
sur nos navires le pavillon bleu, rouge et blanc, qu'il signait avec ses collègues le décret suivant, pour rétablir (cette fois le mot était juste) le pavillon bleu, blanc et rouge :
« Paris, le 5 mars 1848.
Extrait du procès-verbal des délibérations du Gouvernement provisoire.