OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS ET SOLDATS DE L'ARMÉE DE LA LOIRE
• Paris, par un sublime effort de courage et de patriotisme, a rompu les lignes prussiennes. Le général Ducrot, à la tète de son armée, marche vers nous; marchons vers lui avec l'élan dont l'armée de Paris nous donne l'exemple.
« Je fais appel aux sentiments de tous les généraux comme des soldats ; nous pouvons sauver la France. Vous avez devant vous cette armée prussienne que vous venez de vaincre sous Orléans. Vous la vaincrez encore ; marchons donc avec résolution et confiance.
« En avant, sans calculer le danger ! Dieu protégera la France. « Quartier général de Saint-Jean, le 1er décembre 1870. »
L'enthousiasme du général d'Aurelle de Paladines était sincère. Sur la foi des dépêches de Gambetta, il croyait que la sortie de Paris avait réussi. Il avait aussitôt écrit à l'évèque d'Orléans pour lui demander des prières d'actions de grâces f. Il y a plus : des espions, munis de ses instructions, étaient partis pour Fontainebleau , avec mission d aller trouver le général Ducrot de la part du général en chef de l'armée de la Loire. Le 2 décembre, au soir, toutes ces belles espérances étaient évanouies.
Quand le matin le général Ghanzy reprit l'offensive avec le 16e corps, son objectif était Janville et Toury, où les troupes avaient ordre d'aller camper. Mais dès les premiers efforts, Tannée vint se heurter contre une masse ennemie considérable commandée par le grand-duc de Mecklerabourg. Après leur défaite de la veille, les Prussiens avaient appelé à eux de nouveaux corps et ils avaient fortifié toutes leurs positions. Ce fut particulièrement autour du village de Loigny que se concentra tout l'intérêt de la journée. Après plusieurs attaques infructueuses, le 16e corps, très-éprouvé , dut renoncer à l'offensive, et se contenta de maintenir à grand'peine ses
1 Voici le texte de la lettre envoyée, le 2 décembre, au matin, par un exprès : « Monseigneur, le 16« corps de l'armée de la Loire a obtenu hier un brillant succès ; il a combattu depuis midi jusqu'à six heures du soir. L'armée de la Loire part aujourd'hui pour marcher au-devant de l'armée du général Ducrot, qui a rompu les lignes prussiennes à Paris, et qui se dirige vers nous. Priez, Monseigneur, pour le salut de la France. » Signé : d'Auiielle.
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positions. La portion du 15e corps engagée près de Sougy, du côté d'Orléans, n'était pas plus heureuse. Les choses auraient pu encore se rétablir, si le 17e corps était arrivé à temps. Parvenu le matin à Saint-Péravy et à Patay, à deux lieues du champ de bataille, le 17e corps, commandé par le général de Sonis, hésita longtemps, faute d'instructions, avant de marcher en avant. Quand il déboucha vers quatre heures, il était trop tard : la plus grande partie des régiments était débandée, il n'y avait plus qu'à couvrir la retraite. On se résolut pourtant à essayer un dernier effort. Le général de Sonis voulut lancer contre le village une forte colonne d'attaque. Les soldats refusèrent de marcher; le 45e de marche cependant, qui faisait partie de ces troupes, était commandé par un des plus braves officiers de l'armée. C'est alors que M. de Sonis, froissé dans son honneur chevaleresque, prit une héroïque résolution. A peu de distance se trouvait un bataillon de zouaves pontificaux, sous les ordres du colonel de Charette et du commandant de Troussures. « Messieurs, » dit le général, en s'adressant à ces généreux volontaires, « il y a deux régiments qui viennent « de fuir comme des lâches, sauvons l'honneur de la France. « En avant ! » Il donne lui-même le signal et s'élance à leur tète. Rien ne résista à l'élan de ces braves : en un instant ils enlevèrent à la baïonnette un petit bois où étaient retranchés les Prussiens et ils arrivèrent jusque sous les murs de Loigny. Chaque maison était devenue une forteresse : les murs étaient crénelés, toutes les fenêtres garnies de tirailleurs ennemis, toutes les issues gardées par des mitrailleuses. Ce fut une effroyable boucherie; les plus intrépides tombèrent sous une grêle de balles et d'obus ; tous les officiers furent mis hors de combat. Le général de Sonis, toujours emporté par sa bouillante ardeur, eut la cuisse fracassée et resta toute la nuit sur le champ de bataille. Charette, après avoir eu son cheval tué sous lui, tomba à son tour frappé d'une balle. M. de Troussures, blessé légèrement, fut, dit-on, après le combat, achevé par l'ennemi. Là périt l'élite de la noblesse française : le comte de Bouillé et son fils Jacques, M. du Reau, M. de Vertamon, M. de Vogué. Là tombèrent grièvement blessés MM. de Cazenove de Pradines, de Kersabiec, de Villebois, de Foresta, du Bourg, de Pontourny, et tant d'autres dont on ne peut énumérer les noms. Presque tous étaient originaires de ces valeu-
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reuses provinces de l'Ouest où la foi et la valeur des croisés semblent être restées héréditaires.
Sur trois cent cinquante hommes, dont se composait le bataillon, deux cents disparurent, et le reste put à grand 'peine rejoindre les débris de l'armée.
La retraite s'effectua fort en désordre, les régiments confondus dans un pèle-mèle affreux, le 17e corps privé de toute direction par la chute de son général en chef ; et pourtant la charge désespérée des zouaves pontificaux avait fait sur l'ennemi une si grande impression, qu'il n'osa pas, dès le soir, s'engager à la poursuite de l'armée française et qu'à peine voulut -il rester dans le village qui, incendié pendant le combat , rempli de morts et de mourants , offrait le plus effroyable spectacle.
Le gouvernement annonçait en termes ambigus cette véritable défaite. Et pourtant le général Chanzy avait télégraphié le lendemain matin au ministre de la guerre que ses réserves de munitions avaient été épuisées dans cette terrible journée, que ses troupes étaient décimées et succombaient sous la fatigue, qu'elles avaient besoin de se reformer et qu'elles étaient incapables de reparaître en ligne d'ici à quelques jours. Le 3, pour achever de désorganiser les corps d'armée battus, les Prussiens les avaient poursuivis jusqu'à Patay et avaient incendié toute la partie de cette ville située sur la route de Terminiçrs. L'aile gauche de l'armée de la Loire était mise dans l'impossibilité de défendre Orléans et de porter secours au général en chef.
Restait le centre, qui se composait uniquement du 15e corps, et qui comprenait cinquante à soixante mille hommes. Mais ces troupes, qui allaient supporter le choc terrible de toutes les forces prussiennes réunies, occupaient encore une ligne relativement très-étendue et étaient divisées en deux parties, sans communications faciles. A droite, vers Neuville et Chilleurs, se trouvaient les divisions du général des Pallières; à gauche, depuis Ormes et Gidy jusqu'à Artenay et la lisière de la forêt, était le grand quartier général, sous les ordres directs de M. d'Aurelle de Paladines. Le 3 décembre, les Prussiens attaquèrent de ces deux côtés à la fois. A Chilleurs, devant une canonnade vigoureuse des troupes de Frédéric- Charles, le général des Pallières se retira sans combat et rétro-
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gracia en toute hâte vers Orléans. A Neuville, une autre division résista plus vigoureusement, mais craignant d'être . tournée, elle se décida à opérer, à travers la forêt et au prix de difficultés inouïes, une retraite dans laquelle elle abandonna une partie de son matériel. Au centre proprement dit, le général d'Aurelle se porta de sa personne sur le champ de bataille ; mais ses soldats furent obligés d'abandonner successivement Artenay et la Croix-Briquet, arrêtant l'ennemi un instant à Chevilly, puis reculant encore jusqu'à Gercottes, en laissant entre les mains des Allemands toutes ces positions si bien fortifiées, qui formaient le grand camp retranché en avant d'Orléans. Dès lors la partie était perdue. Le général en chef l'avait si bien compris que, dès trois heures, il télégraphiait au préfet du Loiret pour le prier de faire établir immédiatement les ponts de bateaux qui avaient été préparés en cas que l'armée fût obligée de se retirer derrière la Loire. Le soir, du village de Saran , où il s'était réfugié, le général d'Aurelle avait envoyé au ministère de la guerre une dépêche trèsexplicite, dans laquelle il ne dissimulait pas l'état désespéré de la situation et la nécessité d'une retraite. Le ministre répondit par un long télégramme de récriminations et de reproches. Le matin, le général écrivit de nouveau qu'il donnait l'ordre à toutes ses troupes de se replier. Le ministre répondit encore que, lorsqu'on avait en mains deux cent mille hommes et une puissante artillerie, on ne se repliait pas. De là, dans le commandement supérieur, des hésitations et des incertitudes que le défaut de concentration, si clairement prévu par le général d'Aurelle , augmentait encore. Que chacun ait un peu perdu sa présence d'esprit dans ces difficiles circonstances, que personne n'ait su prendre une détermination virile, c'est ce qui est malheureusement trop manifeste; mais la faute et la responsabilité ne retombentelles pas sur celui qui voulait, à trente lieues de distance, diriger des opérations déjà si compliquées pour les hommes du métier, et qui prétendait dicter des ordres aux généraux, pour les accuser ensuite de trahison, si le succès ne répondait pas à leurs efforts désintéressés ?
On ne pouvait croire à Orléans que la position fût absolument perdue, on était encore sous l'impression des bonnes nouvelles de Paris. Gomment penser, après trois semaines de
si belles espérances, qu'on allait retomber encore sous le joug détesté de l'étranger! La journée du 4 décembre fut une des plus pénibles qu'une grande et patriotique cité puisse traverser. A quatre heures du matin, le général des Pallières était arrivé chez le commandant de place; il était harassé de fatigue. Lui, si ardent, si sûr du succès depuis le commencement de la campagne, il paraissait plongé dans un désespoir qui lui ôtait en quelque sorte sa liberté d'esprit; il expliquait assez mal ce qui lui était arrivé à Ghilleurs, mais parlait sans cesse d'une énorme artillerie que les Prussiens avaient mise en ligne et contre laquelle toute lutte était impossible. Il ignorait ce qui était arrivé au général d'Aurelle, et le général en chef était sans nouvelles de lui. À midi, M. d'Aurelle de Paladines arriva dans la ville, accompagné de son chef d'état-major, le général Borel. Il semblait alors vouloir essayer encore de résister et avait donné Tordre à quelques régiments de se porter en avant ; mais sur son visage bouleversé l'inquiétude se dissimulait mal. Une partie des soldats, ayant quitté leurs corps, s'étaient répandus pêle-mêle dans la ville, cherchant à se dérober bien plus qu'à combattre. Le général donna l'ordre à la police de faire fermer tous les cafés et cabarets pour enlever ainsiaux fuyardsun refuge trop facile. En même temps, il essayait de s'éclairer sur la marche et les progrès de l'ennemi. Vers midi, un aide-decamp arriva tout ému, annonçant que les Prussiens débordaient sur tous les points, que leurs cavaliers venaient d'enlever la batterie d'Ormes et de couper toutes les communications du quartier général avec les 16e et 17e corps, que le général Peitavin avait mal compris les ordres qui lui avaient été donnés, et qu'au lieu d'occuper fortement les tranchées, il avait fait au contraire retraite de Gidy sur Orléans avec toute sa division. Un autre officier vint dire que les éclaireurs ennemis étaient déjà à Vomimbert, sur la route de Pithiviers. Il n'y avait pas de temps à perdre si on voulait empêcher la ville d'être, avec une grande partie de l'armée, surprise par quelque côté1. Des ordres du général pourvurent au plus pressant danger.
* Le plan selon lequel furent conçues et exécutées les fortifications en avant d'Orléans, la disposition exacte des tranchées-abri et des batteries, l'usage qu'on a fait de ces travaux de défense, tous les renseignements, en un mot, sur cet important épisode de la campagne, se trouvent parfaitement exposés
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Sur ces entrefaites, une dépêche vint annoncer au préfet que le ministre de la guerre, M. Gambetta, arrivait à quatre heures du soir, pour s'entendre avec les généraux et juger par lui-même de la situation. On pensa qu'il était prudent de consulter le général en chef sur l'opportunité de ce voyage. « C'est bien, » répondit M. d'Aurelle de Paladines, « que M. le ministre vienne, « il me trouvera ici à mon poste et verra s'il peut faire mieux « que moi. » Bientôt le canon se mita gronder, plus terrible et plus rapproché : c'étaient les batteries de marine établies autour d'Orléans qui essayaient d'arrêter la marche de l'ennemi 1 . En même temps, la fusillade s'entendait très-distinctement à une très-petite distance; les troupes commençaient à se presser confusément dans la ville et, dans leur hâte de traverser la Loire, ne prenaient pas même le temps de se servir des trois ponts de bateaux qui avaient été jetés sur le fleuve. A quatre heures, on alla attendre le ministre à la gare, mais le ministre ne vint pas. Une dépêche télégraphique, envoyée d'une station voisine, apprit bientôt que le train spécial qui amenait M. Gambetta, ayant reçu vers la Chapelle-Sain t-Mesmin quelques coups de fusil, avait rétrogradé dans la direction de Tours. Le préfet se hâta d'aller annoncer cette nouvelle aux généraux : ils en parurent vivement contrariés; ils étaient du reste plongés dans le plus profond désespoir. Le général d'Aurelle se leva : « Voilà ce que c'est, dit-il, que de vouloir « tout diriger du fond de son cabinet ! On a trop disséminé nos « forces ; fln a abouti à des échecs que de jeunes soldats ne « peuvent supporter sans être démoralisés ou vaincus d'avance. « Je ne décline aucune responsabilité ; mais ces Messieurs de « Tours ont bien aussi leur part dans le désastre, ils verront « les conséquences de leur conduite ; je les avais assez
dans un petit écrit olliciel intitulé : Noie sur les travaux de fortification passagère exécutés au mois du novembre 1870, autour de la ville a"Orlèans, par MM. les ingénieurs de Basire et Dupuy (Bordeaux, janvier 1870). — Il résulte de ces observations que, sur neuf batteries de marine établies dans l'enceinte fortifiée, six seulement, armées d'un total de douze pièces, purent donner le ï décembre, et que sur dix-sept batteries do réserve, disposées pour recevoir quatre-vingt-douze pièces de canon, pas une ne fut utilisée dans les derniers combats d'Orléans. Mais, le moyen pour des généraux de faire manœuvrer des batteries do campagne, quand l'infanterie, qui devrait les protéger, est trop démoralisée pour rester seulement dans les tranchées ?
1 On a su depuis que le prince de Joinville était à une de ces batteries et qu'il y est demeuré jusqu'à la fln du combat.
« prévenus... » Pendant ce temps, le général Borel, sans dire un mot, se promenait de long en large dans l'appartement, s'arrachant les cheveux de douleur. « C'est la seconde fois que « cela m'arrive à Orléans, » dit-il seulement au préfet, en lui serrant les mains. Les adieux furent vraiment déchirants; ces pauvres généraux avaient fait les efforts les plus énergiques, et tout était impuissant. Les soldats, de plus en plus débandés, ne voulaient point se battre, ils quittaient les tranchées sans ordre ; les menaces les plus énergiques des chefs n'avaient aucune prise sur eux.
Il n'y avait plus qu'à se retirer. Le général d'Aurelle télégraphia au ministre de la guerre, vers cinq heures du soir, qu'il avait dû donner l'ordre général de retraite et que la ville serait évacuée pendant la nuit. Au même moment une dépêche du général Bourbaki annonçait qu'il était à Chateauneuf avec le 18e corps, mais il arrivait trop tard : Orléans était définitivement perdu pour nous. Ce fut une nuit d'angoisses, de tristesses, de déchirantes émotions : il gelait à cinq ou six degrés, la lune brillait d'un vif éclat; nos pauvres soldats, exténués de fatigue, mourant de froid et de faim, n'avaient pas même le courage de suivre leurs corps. L'inquiétude était grande dans la ville ; on craignait une prise d'assaut, et toutes les conséquences d'une bataille qui eût pu être plus désastreuse encore pour les habitants que la journée du 1 1 octobre. Néanmoins Jes autorités civiles ne se crurent pas le droit d'intervenir. En quittant Orléans, le général en chef avait laissé le commandement de l'arrière-garde au général des Pallières. A onze heures et demie du soir, un parlementaire prussien se présenta à la barrière Saint-Jean, menaçant d'un bombardement immédiat si l'armée n'évacuait pas la place. Les troupes françaises devaient partir la nuit même : le général des Pallières accepta les propositions de l'ennemi ; il demanda et obtint deux heures pour donner à ses troupes le temps de se retirer. Il avait fait détruire auparavant les poudres et le matériel, et donné l'ordre d'enclouer les batteries de marine. On omit de faire enlever les ponts de bateaux et de sauver les chaloupes canonnières.
A l'heure dite, les.Prussiens entrèrent, chassant devant eux des hordes de soldats qui jetaient leurs armes et aimaient mieux se rendre prisonniers que de rejoindre leurs corps au
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delà de la Loire. Ces malheureux étaient entrés de force dans un grand nombre de maisons, se couchant comme des masses inertes, et quand on leur signalait l'approche de l'ennemi, refusant de se lever pour s échapper. Des fusils, des sabres, des cartouches, des sacs gisaient dans les rues, sans que personne cherchât à les ramasser. Ce désordre formait un triste contraste avec la régularité, la discipline et la bonne tenue des troupes allemandes, qui occupaient successivement tous les points de la ville, sans confusion, et avec ce sang-froid méthodique qui constitue une partie de leur génie militaire. Vers midi, le prince Frédéric-Charles fit son entrée, suivi d'un nombreux état-major, et vint occuper la préfecture, où pendant quelques jours il mena joyeuse vie avec ses officiers. Des réquisitions énormes furent imposées à la municipalité pour sa table et la nourriture de ses troupes, tandis que plus de dix mille de nos prisonniers mouraient presque de faim, enfermés dans la cathédrale de Sainte-Croix. Cette occupation, plus dure cent fois que la première, ne devait cesser que longtemps après la signature de la paix ; et pendant trois mois la pauvre ville d'Orléans allait servir de lieu de passage et de ravitaillement à une grande partie de l'armée allemande.
Tel est l'exact récit de cette affaire du 4 décembre, qui ne fut que la conséquence des fautes et des échecs des jours précédents. Nous avons essayé d'assigner à chacun la responsabilité qui lui appartient dans l'infortune commune. Mais si tous eurent une part dans les fautes, quelques-uns y ajoutèrent un singulier manque de sincérité et de bonne foi. Que dire de cette dépèche du 6 décembre envoyée par M. Gambetta à tous les fonctionnaires français, avec ordre de lui donner la plus grande publicité? L'homme qui dans la journée du 4 décembre avait reculé de peur de tomber entre les mains de l'ennemi, l'homme qui ensuite avait caché pendant deux jours à Tours, même à ses collègues de la Délégation, le désastre dont il avait été presque témoin, venait incriminer publiquement le général d'Aurelle de Paladines et lancer contre lui un acte d'accusation fondé sur de flagrantes inexactitudes. Dans cette longue pièce, que tous les journaux du moment ont publiée, M. Gambetta affirmait que, « dans la nuit du 3 au 4 décembre, le général était passé sur la rive gauche de la Loire, » tandis qu'il devait savoir par ses dépêches que toute la journée du 4, le général d'Aurelle
était au milieu de ses troupes, et qu'il ne se retira que vers le soir, après avoir vainement attendu à Orléans le ministre de la guerre. M. Gambetta prétendait qu'à cette date du 4 décembre, il restait au général en chef « une armée de plus de deux cent raille hommes 4, pourvue déplus de cinq cents bouches à feu, » quand, après les dernières défaites, et particulièrement celle du 2 décembre, le ministre savait très-bien qu'il ne demeurait plus pour défendre Orléans que le seul 15e corps, déjà si éprouvé, et qui en face de l'armée entière du prince Frédéric- Charles, pouvait à peine disposer de soixante mille hommes et d'une centaine de canons. Il y a plus : comme pièce de conviction, M. Gambetta publiait une soi-disant dépêche adressée d'Orléans, par le secrétaire général, et datée de minuit, qui n'était qu'une mystification ou une imposture. Le secrétaire général de la préfecture du Loiret était un de ces partisans de la défense à outrance qui n'avait eu rien de plus pressé que de disparaître à rapproche de l'ennemi. Il avait quitté Orléans, le 4, à dix heures du soir ; à ce moment, le télégraphe ne fonctionnait plus depuis cinq heures, et il envoyait, on ne sait d'où, au ministère, la dépèche suivante :