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faisait, au contraire, ce qu'il pouvait pour être aimable. Alors il remercia, et machinalement il suivit le docteur à travers les bureaux, les agences où devaient être reçues les déclarations.
Fougerel, déjà irrité par son séjour en Allemagne, était rendu plus nerveux par cette mort soudaine et cet implacable malheur. Il allait et venait dans les rues de Cologne comme un aveugle, ne voyant et n'entendant rien, suivant sa pensée avec une persistance douleureuse.
La souffrance qu'il éprouvait de la perte de son ami se trouvait doublée par celte mort en pays étranger, Fougerel eût dit volontiers en pays ennemi. « 11 y a, sur le so.l natal, des endroits bénis où la lin semblerait plus douce. On sy endort, on meurt chez soi, » songeait Fougerel. Il avait eu l'idée de ramener te corps de Malapeyreau pays; mais, outre que c'était long, difficile et que Potsdam attendait, l'éternelle ques-
tion d'argent était la! Après tout, se disait le capitaine, le vieil ami ne sera pas le seul. Tant d'autres pauvres diables sont morts avant lui, sur cette rive... autrefois... et dites-moi un peu pourquoi!...
Il passa toute sa journée à courir dans cette ville inconnue.
La petit docteur l'avait quitté, lui ayant donné tous les ren- ts désirables;
mais Fougerel avait oublié vite, et, dans laie des ruelles - ■ ouloirs, il lui
fallut se débattre, chercher, demander, s'irriter, pour obtenir qu'on lui permit de donner une tombe à son ami. Il souffr a malheureux, à se voir ainsi forcé de parlementer avec des employés au ton rogue,
les Prussiens à l'air railleur. I tait - il d'âpres colères, bientôt
refoulées; il n'entendait rien à ces noms qu'on lui dictait; il éprouvait l'imni
souffrance de l'isolement, décuplée par une des plus profondes douleurs qu'il eût ressenties de sa vie. Le soir, brisé, las, pâle, et défait, il rentra à son hôtel, qu'il eut de la peine à retrouver. Les gens de la maison le reçurent cette fois avec une politesse affectueuse. Il y avait tant de désolation sur ses traits que son rude visage en devenait imposant et beau. Il mangea du bout des dents, salua ses hôtes et monta à sa chambre. Du bas de l'escalier, une des servantes lui demanda s'il fallait faire un lit pour lui dans une autre pièce :
— Non, dit-il, merci. Je veillerai.
On avait jeté sur le corps de Malapeyro ce drap blanc des morts dont les plis rigirennent des aspects de marbre. Un peu d'eau bénite était sur une table, auprès du cadavre. Fou^erel regarda ce lit mortuaire et soupira. Puis il s'assit. Il prit un livre et ne put lire. Alors il demeura là, rêvant, les yeux rivés à ce suaire, et la pensée amère-