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ses serpents et de ses chiens sacrés, et qu’il accomplissait ses miracles. Pausanias conte ainsi la découverte qu'il fit lors d’un voyage en Grèce dans l'enceinte sacrée du temple d’Epidaure. « J’aperçus, dit-il, six stèles posées debout sur lesquelles étaient inscrits en dialecte dorien le nom des ma: lades, hommes et femmes, guéris par Asclépios, el la maladie de chacun et la façon dont ils avaient été guéris. Sur une de ces stèles, je [us ceci © « Ambrosia d'Athènes : borgne.
« Cette femme vint en suppliante vers le dieu et, en se promenant dans le hiéron, elle se moquait de certaines guérisons, disant qu'il était invraisemblable et impossible que les boîteux et les aveugles pussent être guéris rien qu'en ayant un songe. En dormant, elle eut une vision. Il lui semblait que le dieu, debout devant elle, lui disait qu'il la guérirait, Mais qu'en payement, elle devrait offrir au hiéron un cochon en argent, monument de sa bètise ; ayant dit cela, il lui fendit l'œil malade et y» versa un remède. Le jour venu, elle sortit guérie ». Cependant, l'antiquité produisit de grands médecins : Hippocrate, Galien, Dhauvantare,, Susruta, Dioclès et Aristote. On a bien l'impression, en lisant leurs ouvrages, que ce soient les livres : « des Pronostics, des Eaux et des Lieux, du Régime des Maladies Aiguës, des Fractures, des Luxations, des Plaies de la tête » d'Hippocrate ; que ce soient les Traités du Médecin de Pergame, ou les Mahâäbhärada, les Ramayana, ou les Azurvédar, que, soucieux
avant tout de respecter les croyances religieuses de leurs époques, ils n’ouvrirent jamais de cadavres humains, se contentant, pour bâtir leurs théories, de disséquer des animaux, surtout des singes. Leurs ouvrages n’en sont que plus intéressants à étudier et par là même plus remarquables.
Géricke soutient que les autopsies ont été pratiquées en Îtalie aux premiers temps de la royauté. Il cite Numa Pompilius, deuxième roi de Rome, que les écrivains latins font régner de 9314 à 671 avant Jésus-Christ et lui prête une ordonnance prescrivant l’hystérotomie des femmes mortes en couches. Mais Géricke est sujet à caution, et Numa Pompilius, roi légendaire, n’a très vraisemblablement pas existé.
Par contre, il semble bien que les Egyptiens en aient pratiquées à Alexandrie vers l'an 320 avant notre ère. Pline l'Ancien l’atteste dans son Histoire Naturelle (XIX-5). C’est de cette époque que date la fondation de l’école empirique d’Alexandrie. Instituée par Ptolémée-Soter, ancien général et successeur sur le trône d'Egypte d’Alexandre-le-Grand, fondateur de la dynastie des Lagides, elle connut, sous Ptolémée-Philadelphe, homme érudit, grand ami des lettres et des sciences, une renommée universelle. Ce fut à l’esprit de progrès et à la nature curieuse de ces deux princes que Praxogoras, Erasistrate de Cos et Héropline durent de disséquer les cadavres des gens trouvés morts sur la route, ainsi que ceux des soldats abandonnés sur les
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champs de bataille. Tertullien et Michel Glycas, auteur byzantin du X° siècle, disent même que leur désir de savoir et d'apprendre était tél, qu'ils allèrent plusieurs fois jusqu'à ouvrir des hommes vivants, qu'en cachette, la nuit, les rois sortaient de prison pour leur remettre. Ils estimaient avec Gelse .qu'il n'y a nulle cruauté à écorcher vif quelques scélérats et que la science doit avoir des droits souverains. Mais ces pratiques n’allèrent pas sans soufever la masse profondément religieuse et, d’après Diodore de Sicile, il arrivait souvent à Erasistrate de Cos et à Hérophile d’être assaillis par le peuple à coups de pierres et à coups de rochers. Les écrits d'Erasistrate de Cos et d'Hérophile ont péri. Il reste si peu de chose d'Alexandrie, de ses amphithéàâtres, de ses bibliothèques, de ses savants, de ses rois cruels et vicieux, mais amateurs de lettresæt de sciences, qu'il est impossible de réfuter cette calomnie, si tant est que cela en soit une. Comme dit Littré : « Tout se tient dans les mœurs d’une nation. La vie des hommes était alors peu respectée : on égorgeait devant le peuple romain des centaines de gladiateurs pour lui donner un jour de récréation, et Védius Pollion, l'ami d’Auguste, faisait manger ses esclaves aux murènes. Qu’'y auraitil d'étonnant qu'Hérophile eut ouvert vivants des criminels condamnés à mort ? »
Quoi qu’il en soit, la mort de Ptolémée Philadelphe, en 247, mit fin à ces manœuvres. La science anatomique rentra dans le néant. Les élèves de
Praxagoras, n'ayant plus à la Cour ni complices ni amis, forcés de compter avec les scrupules de la masse, durent, tels les Grecs, les Romains et les Hébreux, attendre des siècles et des siècles avant que de pratiquer les autopsies et jeter un coup d'œil profane dans l’intérieur du corps humain.
Si l'antiquité, par ses croyances religieuses et ses préjugés, paralysa, en s’opposant aux dissections et aux autopsies, le progrès de la science anatomique, ses usages et coutumes travaillèrent, par contre, à donner à la médecine légale une base et mme direction solide, en prescrivant aux magistrats, lors des enquêtes judiciaires, de s’entourer de médecins.
Chez les Israélites, le Deutéronome commandait aux Juges, en cas de meurtre, de descendre sur les lieux du crime et de mesurer la distance qui séparait le cadavre des villes d’alentour. La ville la plus proche était, selon la loi de Moïse, responsable du sang versé et c'était à elle et à ses habitants à expier et à payer l’amende prescrite. Ceci fait, les juges faisaient appel à des hommes expérimentés, des médecins, des docteurs, des savants, et les chargeaient d'examiner le cadavre. ils l'examinaient, comptaient les coups, les heurts, les blessures et finalement donnaient leur avis sur le crime et sur la facon.de découvrir le meurtrier.
En Egvypte, les enquêtes se passaient de même.
À Athènes, à Rome, lorsqu'il v avait eu assassinat, le cadavre était exposé sur la place publique et
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examiné par lès hommes de droit et de science. Les écrivains latins content à ce sujet maintes anecdotes. Entre autres, celle du Tribun Génucius, trouvé mort dans son lit, au moment où il devait se rendre à l’assemblée publique et dont le trépas, en l'absence de toute trace de violence, fut attribué par les juges et médecins à la colère des dieux ; entre autre aussi le chapitre célèbre où Suétone décrit la mort de César et l'examen de son cadavre par Antistius qui compta vingt-trois blessures, toutes différentes, dont une seule mortelle.
En Inde, les enquêtes criminelles étaient également menées par deux magistrats et deux méde- CIns.
Nous verrons, dans les chapitres suivants, comme ces usages et coutumes évolueront à travers les siècles et donneront naissance, en 1502, à l’autopsie judiciaire et en 1808 au Code d'instruction criminelle.
Du Christianisme à la fin du XVIIIe siècle
Lorsque le Christianisme, après avoir été persécuté par Néron, Titus et Dioclétien, fût reconnu comme religion d'Etat par le Concile de Nicée, en l'an 325, Rome était déjà en pleine décadence. En
vain Constantin chercha-t-il à réagir, il ne put que retarder l'événement fatal et quand Théodose mourut, en 395, l'Italie vit ses frontières s'ouvrir aux barbares. Alaric et Attila passèrent sur le Piémont comme un orage, les Ostrogoths dévastèrent la campagne romaine, les Lombards « ces rudes païens à la chevelure teinte en vert », comme les appelle Gebhart, plantèrent leurs tentes jusqu’en vue du détroit de Messine, brûlant, pillant tout, jardins, moissons, ne laissant flotter çà et là que quelques rares épaves : Ravennes, Naples, Rome et imposant leurs usages, leurs coutumes et leurs lois aux vaincus. C’est de cette époque que datent, dans les enquêtes criminelles, les épreuves de l’eau, du feu, de la‘cruentation des cadavres et de la torture. La civilisation latine se mourait. Aussi l'Italie tout entière se tourna-t-elle alors vers Grégoire-le-Grand, chef du christianisme, et lui demanda-t-elle de la sauver. Il la sauva. Doux, humble, lettré, issu d’une famille patricienne, Grégoire-le-Grand fut avant tout un apôtre et un diplomate. Il traita avec les Bvzantins, les Francs, les Goths d'Espagne, et convertit les Anglo-Saxons ; il évangélisa les Lombards. L'Europe entière s’inclina sous son bâton pastoral. Condamnée ainsi à tenir son rang dans la hiérarchie temporelle et à régner pour ne pas périr, l'Eglise s’attela à gouverner. Elle était pauvre, humble, elle devint riche, orgueilleuse. Elle eut des fiefs ; Mathilde, comtesse de Toscane, lui fit don de Spolite, de Camerino, de Mantoue, de Modène et de /Par-
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me, elle eut une armée, elle eut des généraux, elle créa des écoles, des universités. Le clergé devint le représentant de ia science dans toutes ces branches. C'est lui qui travaillait, qui faisait des recherches, c’est lui qui enseignait. Son enseignement, ennemi juré des sciences naturelles, qui étaient alors considérées comme, impures et sans intérêt, était uniquement livresque. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l’anatomie n'ait pas fait de grands progrès durant ces deux ou trois siècles. Jamais religion n’a aussi formellement condamné les dissections et les autopsies des cadavres humains que ne l’a fait le christianisme. La maxime « Ecclesia non sitit sanguinem » défendait à tout chrétien de, verser le sang et une Encyclique Pontificale, parue vers l’an 615, interdisait de même aux « Diacones » et aux « Sacerdotes » toute étude de la partie de la chirurgie qui a à faire avec le brûler et avec le couper ».
La puissance temporelle de l’église fut de courte durée. Le schisme de Photius, en 858, séparant l’église grecque de l’église latine, et annonçant les luttes qu’elle eut à soutenir contre les « Iconoclastes », les Vaudois et les Albigeois, en annonce le déclin. La civilisation latine s’endormit alors, comme si elle eût été frappée de léthargie. Les institutions romaines tombèrent en désuétude, la science et le progrès marquèrent un temps d’arrêt.
Et ce fut ainsi jusqu’au milieu du XII siècle ; la médecine végéta. Les « Fisiciens » et les « Mièges » soignaient à la manière d’'Hippocrate et de
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Galien. Leurs ouvrages étaient sacrés et tenaient lieu de tout.
C'est à l'Ecole italienne et à Frédéric Il, empereur d'Allemagne et roi des Deux-Siciles, qu'il faut rapporter l’honneur d’avoir inauguré à nouveau l'ère des dissections et cèlle des autopsies. Bravant les préjugés de son époque, tenant tête au pape Grégoire IX qui l’excommunia par deux fois, en 1250, à la veille de sa mort, Frédéric If décréta que désormais il faudrait pour exercer la médecine
1° Avoir obtenu une licence, d’abord à Salerne, puis à l’Assemblée publique des Maîtres.
2° Avoir étudié, au moins un an, l’anatomie et les maladies sur le corps humain, « Nisi per anno- rum saltem anatomen humanorum corporum. Sine qua non nec incisiones salubriter fieri poterunt, nec factae curari ».
C’est le premier exemple que nous ayons de lintervention royale en pareille matière. Elle eut pour l’étude de l'anatomie des résultats immenses.
L'arrêté de Frédéric IT fut-il mis en vigueur aussitôt ? D’aucuns disent que non. Nous serions portés à croire le contraire, vu l’encyclique « decretum de sepultaris » du Pape Boniface VIIT parue en 1300 et frappant d’excommunication « tous ceux qui extrairaient les viscères des corps des défunts pour en faire un abus horrible et détestable, qui font bouillir inhumainement. les corps morts et les privent ainsi de la couverture de leur chair ».
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Toutefois, faut-il arriver au commencement du XIV: siècle pour avoir une preuve certaine de l’application de la loi de Frédéric IL.
C'est Mundini de Luzzi (1250 à 1326), médecin de Milan, « anatomicus illustris vir in sectione celeberrimus, sub quo anmatomia in Italia resurexit » qui nous la fournit, en pratiquant en janvier et en mars 1316 l'autopsie de deux femmes mortes d’une maladie de la matrice. L’année suivante, en mars 1317, trois autres médecins italiens, M® Léonard et Hugues de Sienne et M° Léonard de Bertapalia, ouvraient deux cadavres, celui d’un homme mis à mort pour vol et celui d’une femme morte en cou- : ches. L'opération fut entourée du plus grand mystère, et les cadavres, après avoir été mutilés secrètement, furent enterrés, au milieu de la nuit, dans l’église de Saint-Luc de Padoue.
L'arrêté de Frédéric I souleva de violentes polémiques. Les autorités chargées de l'appliquer le: combattaient sournoisement et faisaient tout leur possible pour en empêcher et en différer l’exéculion. Aussi les médecins cherchèrent-ils bientôt à se procurer des cadavres d’une manière illégale. Ils les achetaient ou les volaient. Témoin ce procès, survenu à Bologne en 1319, intenté à un professeur de médecine et à quatre de ses élèves qui avaient exhumé clandestinement le cadavre d’un meurtrier pour en faire l’autopsie. Ts furent condamnés. Ce qui ne les empêcha pas, quelques mois
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après, de recommencer, de dévaster les cimetières, et d'être à nouveau pris en flagrant délit.
L'irritation de la masse contre ces façons de se procurer des cadavres devint telle que les bourgeois et gens de biens se groupèrent, et créèrent des « Caisses » et des « Congrégations mortuaires ». Ces Congrégations avaient pour but de secourir les pouvres et les miséreux et de les empêcher par une aide matérielle de vendre leurs corps aux chirurgiens et barbiers.
Et une lutte opiniâtre s'engagea.
Les médecins eurent gain de cause et en 1353 la Faculté d'Iéna adoptait l'arrêté de Frédéric Il. Cela n'aHa pas sans heurt. Les paysans des bords de la Saale, remués au plus profond de leurs croyances religieuses, se, soulevèrent. Et l’on vit, nous disent les chroniques du temps, des hommes, des femmes, des enfants, armés de bâtons ou de gourdins, monter nuit et jour la garde devant la tombe de leurs parents. Malheur à celui qui se fût avancé pour les profaner ; il eût été roué vif. Loeb ajoute, que vers la même époque les condamnés à mort de la Saxe demandaient à genoux, comme grâce dernière, qu'après leur exécution, leurs cadavres ne fussent pas livrés au professeur Rollfink, de la Faculté d'Iéna. :
Mais l'élan était donné, aussi les ordonnances royales autorisant les autopsies vont-elles se multiplier.
En juin 1376, Louis d'Anjou, fils de Jean IT le