‹ Le droit à l'autopsieChapitre 11 sur 28 · RP ENS · texte numérisé non relu

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Bon, alors roi de Naples, accorde à la Faculté de Montpellier le privilège de saisir tous les ans la dépouille d’un condamné à mort et d’en user « ainsi qu'il lui plaira ». Ce privilège est ratifié en 1377 par Charles le Mauvais, roi de Navarre et petit-fils de Philippe le Hardi, et l’année suivante par le Conseil des Doges de Venise. Mais les Maires et les Echevins se refusaient toujours obstinément à obéir aux ordonnances royales. Ils opposaient aux demandes et aux réclamations que leur adressaient les Maîtres en anatomie un éternel « non possumus ». Ils préféraient que les étudiants dévastassent ou achetassent des cadavres plutôt qué de prêter leur concours à un acte qu’ils considéraient comme sacrilège. |

Et les pilleurs de cimetières réapparurent.

Aussi, pour mettre fin à cet état de choses, en 1396, Charles VI le Bien-Aimé, roi de France, or donne-t-il dans ses « Lettres patentes » sous peine de prison, aux gouverneurs de Montpellier et autres villes, de livrer chaque printemps au mois de mars, à l'Ecole de Médecine, le cadavre d’un condamné à mort.

Les autorités s’inclinèrent un temps.

Cette trève eut pour la science les résultats les plus heureux. La médecine fit de grands progrès. Il parut des livres, des atlas, des planches anatomiques en couleurs. Hippocrate et Galien perdirent de leur prestige. Leurs ouvrages furent commen tés, discutés, leurs doctrines reconnues fausses. Le

cœur humain, tel que l’avait décrit le médecin de

* Pergame, ovalaire, dirigé verticalement de haut en bas, occupant la ligne médiane du thorax et tou-

. chant à peine par sa pointe au diaphragme fut identifié comme étant celui du singe. L'on comprit alors que Galien n'avait jamais disséqué que des animaux, que de leur anatomie il avait fait la nôtre, et qu'il avait ainsi, pendant des siècles, trompé les hommes les plus éminents de la science, en leur faisant croire que le cadavre humain avait servi de type à ses démonstrations.

Les écoles françaises et italiennes, leurs professeurs, leurs étudiants jouirent beaucoup d’une renommée universelle. Les Anglais étaient alors si nombreux à la Faculté de Médecine de Paris, que Jon fût obligé de créer, à leur intention, une division spéciale. Ainsi s'explique le nom de la rue des Anglais, donnée à une petite ruelle qui avoisinait l’ancien siège de la Faculté et qui existe encore aujourd’huï.

Ce voyant, en r4o1, Jean I, roi de Portugal, accorde, à la Faculté de Lérida, la permission d’aller chaque année choisir chez le bourreau de la ville le cadavre d’un supplicié, et d’en user dans l'intérêt de la science. En 1414, l’Université de Vienne obtient le même privilège. En 1460, c'est celle de Prague ; en 1479, celle de Tübingen. En 1480, les médecins de Pise obtiennent du grandduc de Toscane l’autorisation de tuer eux-mêmes, avec armes ou poisons, les condamnés à mort, et

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