‹ Le droit à l'autopsieChapitre 12 sur 28 · PANNE · texte numérisé non relu

PANNE

d'user de leurs dépouilles comme bon leur semblera. Et à ce propos, Gabriel Fallopi, conte au chapitre XIV de son livre des Tumeurs, l’anecdote suivante : « Les magistrats de Pise m'ayant livré un homme avec licence de le tuer à ma manière, je lui fit prendre un gros d'opium ; il était atteint de fièvre quarte ; et l'accès, arrivant, empêcha l'action du poison. Ce malheureux, glorieux de ce succès, demanda que je lui en administrasse une seconde dose: afin que, s’il n'en mourait pas, j'obtinsse sa grâce auprès du prince. Je lui fis prendre une seconde fois deux gros d’opium hors du temps de l'accès et il mourut ».

En 1487, les libéralités du Recteur de l'Université de Paris vont jusqu'à autoriser la Faculté de Médecine à ouvrir un cadavre en public. Il décida en outre, qu’il sera célébré, pour le repos de l’âme du défunt une grand'messe en la basilique de Notre- Dame. Mais des manifestations eurent lieu, regrettables. Aussi le Recteur annula-t-il son décret et conseilla-t-il aux chirurgiens et barbiers, de travailler toutes portes closes. Ils firent, alors choix de l'hôtel de Nesles, qui, à pic sur la Seine, occupait alors la place qu'occupe aujourd’hui l’Institut, et qui ayant tour à tour appartenu à Amaury de Nesles, à Jeanne de Bourgogne, à Philippe le Long, à Charles le Sage, et à Isabelle de Bavière, se trouvait vacant. |

L'opinion publique se calma. Les autopsies se multiplièrent. Le peuple, les gens aisés surtout,

finirent par leur reconnaître quelque utilité. (Ils n'avaient rien à craindre, on ne pratiquait alors les autopsies que sur les miséreux ou les criminels). Mais, pour rien au monde, ils n'eussent acceplé qu'elles fussent introduites dans les hôpitaux. Elles le furent cependant et au mois de février 1531, Jacques Goupil, lisons-nous au tome IV du Régime Hospitalier de France, pratiquait à l’'Hôtel-Dieu de Paris l’autopsie d’une femme morte en travail puerpéral. Ce ne fut pas la seule, au mois de mai de la même année, Nicolas L’Affile obtenait le même privilège, au mois de septembre c'était Michel de Monceaux, au mois de novembre Jean Rochon.

Le progrès était en marche et l’année suivante, 1532, la « Constitutio criminalis carolina » promulguée par Charles-Quint roi d'Espagne et empereur

d'Allemagne, et ratifiée par la Diète de Ratisbonne

donnait à la science anatomique un élan nouveau, en déclarant les autopsies obligatoires en tant qu'expertise médico-légale.

L'autopsie judiciaire était créée.

Depuis longtemps, en France comme ailleurs, les magistrats devaient, de par la loi, s’entourer, lors de leurs enquêtes criminelles, de médecins et de chirurgiens. Les lettres-patentes de Godefroy de Bouillon (1073), celles de Saint-Louis (1220), en témoignent, ainsi que certains articles des « Assises et Arrêts de Normandie » (1227) du « Grand Coustumier du Pays et Duché de Normandie » (1236), des « Assises et Bons Usages du Royaume de Jérusalem » (1250), etc...

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