CHAPITRE XX
tion, paralysant les centres les plus actifs des villes et démoralisant les armées se trouvant au-dessous. À son avis, la panique ne serait plus disproportionnée désormais à la menace du dommage, vu qu : un canou ou tube à air comprimé avait été inventé, affirmait-il,en France et en Allemagne, au moyen duquel la visée d’en haut pourrait être assez précise pour limiter Terreur à un maximum de quarante mètres, de telle sorte qu’un projectile lancé d’en haut sur le palais de Westminster attendrait sûrement ou la Chambre des Lords ou celle des Communes. A la même époque, et à la suite d’autres expériences, on croyait en France pouvoir affirmer que 50 0/0 des projectiles tombés en même temps du même aéronef de la hauteur de 500 mètres peuvent être groupés en un espace de 22 mètres carrés (i ).
A la menace ne paraissaient pas d'ailleurs répondre encore les possibilités de la défense. En effet, le général Peigné, ancien président du Comité technique de ifetüleria française, à une interrogation de la Petite République relative aux effets du tir vertical sur les dirigeables, répondaitque ces derniers pourraient atteindre le but 16 fois sur 20, tandis qu’il serait extrêmement probable que de 20 coups tirés du sot sur le dirigeable, pas môme un seul ne parviendrait à Tatteindre.
Cette immunité n’aurait été diminuée, mais toujours dans de faibles proportions, que par l'invention d’une bombe-comète qui, arrivée à une hauteur de 1.500 à 5,000 mètres, émettrait un rayon de flammes.
L'Allemagne, si avancée pour k construction des dirigeables, n’a pas négligé ces études pour rechercher le moye n de combat tre les aéroplanes du territoire inférieur, et elle a déjà construit une automobile cuirassée avec coupole tournante en acier, laissant voir la bouche d’un canon du calibre de 5 centimètres, à frein hydraulique et tir rapide, d’une portée maxîma de 7.800 mètres. Le canon sort de la coupole comme un télescope de la calotte d’un observatoire; Tautomobile peut donner une vitesse de 60
(1) « RivisLa dclle Conmnicazionî a 5 sept. 1910, p. 889,
l’aéronef en temps de guerre
à 70 kilomètres à l’heure, et porter 5 hommes d’équipage et un bagage de 100 projectiles (t). Les Français ont expérimenté, eux aussi, aux manœuvres de 1910, des canons spéciaux montés sur automobiles très rapides et des canons ordinaires de campagne de 75 m “ montés sur voitures de Dion de 40 IIP. Ainsi, en étudiant des projectiles spéciaux et en combinant la mobilité de la batterie avec celle de l’aéronef, on essaie de rendre celui-ci non moins vulnérable que sa cible (2).
La conséquence de cette vulnérabilité aurait du reste une suprême importance pour la défense, même si l'action de l’aéronef restait limitée au service d’exploration. En effet, les généraux en chef de deux armées ennemies sont comme deux joueurs d’échecs qui ne voient pas tout 1(3 jeu de l’adversaire, mais seulement la ligne la plus avancée de l'échiquier où ses pièces ont été portées ; et derrière cette ligne il leur est difficile de recueillir des indications quand ils ne disposent pas d'un point d’observation plus élevé L’aéronef, spécialement l’aéroplane, permet à un belligérant celte vision complète de la situation de l’adversaire; si donc l’un des belligérants arrive à frapper du sol les aéronefs de l’autre, même au cas où ces derniers se bornent à un rôle d’explôration, c’est comme s’il faisait retomber sur tes yeux de son rival un bandeau dont celui-ci s'était, débarrassé.
Entre temps, les derniers succès d’août 1910 faisaient de la France, pour la guerre aérienne, une rivale à la hauteur de l’Allemagne. Si celle-ci conserve encore la supériorité pour les
(1) Le 12 sept. 1910, M. Graham Wbtte fit è Boston des expériences remarquables sur le lancement de bombes effectue d’un aérostat sur un navire de guerre ; et le lieutenant Fieklesur le tir contre des troupes effectué d’un aéroplane au moyen du fusil. Le même jour, près de Plymoulh, on expérimenta avec des résultats satisfaisants l’efficacité du tir du canon, pratiqué du territoire contre des aérostats. V.
< Times », 13 sept. 1910.
(2) Voir pour les expériences, faites en Angleterre, de tir de navires de guerre contre des aéroplanes, « Rev, jur. int. de la toc. aér. nov. 1910, p. 323.