CHAPITRE XX
A peine les premiers succès des dirigeables et des aéroplanes eurent-ils émerveillé le monde, que d’un côté les imaginations se donnèrent libre cours au sujet de l’avenir réservé à l'aéronef de tout genre dans sa fonction pacifique et dans sa fonction militaire (1), et de l'autre les esprits humanitaires s'épouvantèrent en pensant aux massacres toujours plus vastes et plu^ désolants que de nouvelles machines aériennes aussi puissante» répandraient sur tout théâtre de guerre. On pensait déjà à des flottes de dirigeables combattant dan s l’air, àdes escadres d aéroplanes très rapides, chargés chacun de deux soldats, h ans portant promptement du territoire allemand un corps d armé. sur le territoire britannique, et triomphant d’une insularité inviolée depuis plus de neuf siècles (2).
{1)| hes enthousiasmes de ia prophétie précédèrent même de jcau coup les premiers encouragements de l'expérience pour la du'goa 'i Iité des aéronefs. Après l'heureuse ascension de Monlgolficr, 1111 ^ Monü en chantait l'entreprise, affirmant que « vinse i port en U lîci — Taereo suo tragitto » (les prodiges des Argonautes ont e t ' ' passés par son voyage aérien). Et le succès de la nouvelle eD . 1 ^ eu paraissait certain au poète, car il disait, rendant hommage a # reux aéronaule : * E già l'audace esempio — i piu ritrosi acqul ^ ’ — già cento globi ascendono — ciel cielo alla dbnquîsta * l'exemple hardi conquiert les plus opposés; déjà cenl globes ^ ^ vent à la conquête du ciel)", EL Erasme D^win (i'|$MS02) Î précurseur de Charles Darwin, écrivait ceci dans un de ï K) ^ 4 Soon shall thj arm, unconquered s team, a far, — Dnio l ' ie aûbarge and drive the rapide car; — Dr on wide wawing wîn 0 s ^ ded bear - lhe flyîng chariot Lhrmigh the streams of ai, , exews triomphant leaning frorn ahove - S h al ! wave theu kerchief as théy lïiove ; — Or warrîor h an (h alarM ^ ie ^ crowd — And a r mies skrink h méat h the shadowy cloud (2) F h, Mallet, La Conquête de l’air et la paiae unn .^’p'air ris, Librairie aéronautique, 1910, pp. bl-52 ; * La coiquête annule les plans les plus savamment conçus; tout i édité L
s'écroule soudain comme un château, de cartes bes P^ ac p e ^ ^ j es
les camps retranchés, les barrières naturelles ou artifice fleuves, les tunnels ne compteront plus dans les guerres de ’
L elfort gigantesque des peuples pour assurer la sécurité de ou ^ hères s'évanouit comine un léger brouillard aux rayons du
iAékonef en temps de guerre
Aux enthousiasmes et aux alarmas successifs des dilettantes en matière d’art militaire, correspondait l’alarme des dilettantes en matière de droit de la guerre. Le nouvel instrument paraissait trop meurtrier pour être autorisé par rhumanité, et trop perfi de pour être toléré par l'honneur militaire '(1), Déjà 3e fusil, qui permet de combattre h distance, avait paru autrefois une arme déshonorante aux hommes habitués au choc des lances et au combat singulier des épées; et ce sentiment inspirait h VAri os te cette apostrophe à la nouvelle arme détestée : « Scellerata r brutta invenzione che non avrebbe dovuto maitrovar posto in cuore umano, perché distruggeva la gloria mil i lare et riduceva senza onorc ï! mestiere delle armi »,
(Cependant les spécialistes et les militaires qui étudiaient, perfectionnaient, expérimentaient les nouveaux véhicules n’arrivaient encore qu’à des résultats incertains sur la valeur de Faéronef comme outil de guerre et comme navire de transport ; et rincer Lit ode de ces données démontrait Fini possibilité de propose]' et de faire adopter, relativement à leur usage en cas de guerre, des règles uniforme de droit international.
D’après quelques écrivains militaires autorisés (2), ni aéroplanes ni dirigeables ne seront jamais à redouter comme machines te infernales » d’invasion ou comme engins capables d'une œuvre sérieuse de destruction; les uns et les autres resteront seulement d'utiles auxiliaires des armées en campagne. Les dirigeables eux-mêmes seraient, d’après les plus prudentes de ces appréciations, incapables d’opérer un bombardement sérieux, pouvant provoquer la panique parmi les populations, on pourrait encore moins attendre un bombardement efficace des aéroplanes, à peine capables de transporter un ou deux explosifs de
La conquête de Pair ruine dans ses fondements tout le système, toute
l’organisation présente de la guerre ».
(1) Mallet, op. cit.. 2» partie, cliap. II, PP* 53-62 : La guerre im-
possible.
(2) Charles Malo, dans le . Journal des Débats i* août 1909 et 9 avril 4910.
, 11 Dr, aer*