‹ Le droit au travail à l'assemblée nationalChapitre 17 sur 51 · VIII. DISCOURS DE M. MARCEL BARTHE · texte numérisé non relu

VIII. DISCOURS DE M. MARCEL BARTHE

Messieurs, Ihonorable M. Crémieux, qui descend de la tribune, trouve une analogie parfaite entre l'expression de Turgot, le droit du travail, et cette expression de l'amendement proposé par M. Mathieu (de la Drôme} : droit au travail. C'est , là une grande erreur ; il y a entre ces deux expressions, droit I du travail et droit au travail, la dislance qui existe entre la ^ société civilisée que nous connaissons, la société que nous pos- ' sédous et une autre société qui n'est encore, heureusement, que dans les nuages, que dans les rêves des utopistes. (Chuchottements.)

Depuis 1789, le progrès ne s'accomplit dans la société que par les efforts de l'individu. L'ouvrier qui veut du crédit doit inspirer de la conliance par sa conduite; celui qui aspire à augmenter son bien-être doit redoubler d'activité ; celui qui aspire plus haut encore, celui qui aspire à la fortune, doit la conquérir par son énergie, par son travail, par ses épargnes. C'est ainsi, ÎMessieurs, que nous marchons depuis 1798, c'est ainsi, que de modestes ouvriers sont devenus de riches capitahstes; c'est ainsi, pour ne citer qu'un seul nom, que M. Jacques Laffitte, fils d'un humble ouvrier charpentier, est devenu un puissant banquier, et, mieux que cela, un grand citoyen.

(1) Député des Basses-Pyrénées. Homme nouveau. Républicain de la veille, non .«oeiali.ste. Son discours annonce des études économiques sérieuses. Bien qu'il n'ait pas été très-vemarqué, c'est un des meilleurs de cette brillante discussion. M. Rarthe a travaillé dans le Temps, la loi et la ^^oxiveUe Minent. 11 est avocat i^ Pau.

Cette iu-i'(.ssitr <Jo puiser iii soi, «le (Icmander ii ses propirs forces des moNriis di' siicris. exaile J'imaiiinaljoii de lindividu. eei)tui)le sou énergie et le peusse aux décomertes. En marehaiit vers la fortune, il enriefiit son pays (îe ))rocédés nouveaux et de produits utiles. Ce.sl ainsi que la France est devenue une grande nation; e'est ainsi qu'elle s'est i)]aeée à la liMe des peuples civilisés.

Sans douif. Messieurs, il faut en convenir, la liberté de linduslrie a quelques inconvénients; elle crée la concurrence, la concurrence amène des Iriomplies et des cliutes, des fortunes et des misère^.

Oui, le (louverjunienl républicain d(»il sonj^er à adoucir les maux que la liberté crée sur s<»n pasSfiiic. Voilà pour(|uoi j'aj)puie de tous mes cllorts l'ailicle 8 du préami)ulc du projet de Constitution.

Si nous ne laisiojis rien pour les s jctimes de la concurrencL. nous donnerions une arme puissante aux tbéories subversiAcs de la propriété. Les fauteurs de désordres ne manqueraieut pas de dire aux masses, qui sont crédules quand elles souffrent : A'ous voyez bien que la Hépublique qu'on vous a faite est une lié])u])lique sans entrailles, une Uépul)li(|ue qui n'a nul souci du peu[)le, des ouvriers sans travail, des vieillards et des enfants délaissés; la Réj)ublique quon vous a faite est une République d'égoïstes. Voilà ce (pi^ou dirait, vl il ne faut pas qu'on le dise. Vous ave/ fait un acte de liaule prudence et de baute politique en inscrivant dans votre préambule que la société de\ra secourir ceux qui. ])nr l'effet des crises industrielles, se trouveront sans travail.

3ressieurSj permettez-moi d'al)order, dans toute sa netteté, eette question du droit au travail. Je vous ai montré l'action libre et ci\ilisatrice de l'individu. Kb bien! à coté de celle civilisation, on tend à créer une autre société. Il y a des esprits absolus qui ne veulent voir dans la concurrence que les plaies (|uellc cause, qui en exagèrent la profondeur, et qui ne trouvent d'autre moyen de les guérir que d'en faire disparaître la cause, c'est-à-dire la liberté même de l'industrie. Aux cffcris de l'individu, ils veulent subsliluei' la protectiou de l'Étal. J.e crédit, nul n'aurait besoin de s'en enquérir, l'État lé" donnerait a tous : le travail, nul n'aurait besoin d"y pourvoir par ses soins; l'État le donnerait à tous.

11 y a des socialistes qui veulent nous rattacher en quelquesorte les uns aux autres, et faire que tous les intérêts, toule>> les existences soient solidaires les uns des autres.

Tl faut le (lire, les questions purement politiques s'épuisent l't n'émeuvent plus les masses. Les uns veulent le suffrage uni \ersel et direct, les autres le vote à deux degrés; les uns une assemblée unique, les autres deux assemblées ; les uns un président élu pat" toute la nation, les autres un président élu seulement par l'Assemblée. Toutes ces questions, quoique trèsimportantes, ne passionnent plus les masses; elles ne sont plus préoccupées que des questions économiques. C'est là le péril de la situation, il faut avoir le courage de le regarder en face et de le conjurer.

J'éprouve quelque douleur en venant combattre le droit au travail. Bruit.)

M. le Présidenl. J'invite l'Assemblée au silence ; la question n'est pas épuisée , et, en général, l'Assemblée a Tbabitude d'être douce pour les débutants.

-]/. Barthe. Je disais que je venais combattre avec une sorte de douleur le droit au travail: j'avais accepté moi-même cette formule comme l'expression d'un sentiment de justice; il n'a fallu lien moins, je l'avoue, que le grand enseignemerit des journées de juin pour me déterminer à y renoncer.

Le Gouvernement provisoire avait proclamé le droit au tra- \ail. Il donnait à ces expressions ce sens que, dans les temps <le crise, dans les temps de chômage forcé, la société devait secourir ceux qui manquaient de travail. Ce sens, je l'avais accepté. l\lais là n'est pas la véritable signification des mots.

M. de Lamartine, dans l'éloquent discours que vous avez récemment entendu, expliquait ainsi le droit au travail : « Tl ne faut |)as que sur cette généreuse terre de Trance un seul être humain souilVe la faim. .- Personne ne doit le vouloir; mais là n'est point la véritable portée du droit au travail.

^r. Ledru-lîollin à son tour est venu vous dire : « Vous dites qu'il y a impossibilité d'employer tous les bras inoccupés quand il y a tant de landes à défricher, tant do bruyères, tant de biens comnuniaux ? »

Oui, il y aurait là une grande ressource; mais vous ne songez pas à une chose, c'est qu'il n'y a point un lien uécessain' entre l'industrie manufacturière et l'industrie agricole.

MainU'iiaiil, Messiiurs, je \ais répondre direclemeut à l'amendeinoiil do M. Malliicu de la DrAmc ; il a eu raison de se plaindre de ce que personne n'avail rt;j)ondu À ses ari^uineuts.

L'honorahle M. Vielor (lonsiderani nesl pas, eomrau ou le disait il ,\ a un instant, le père du droit au travail; e'cst s(»n maitro, c'est Charles Fourier qui la lonnule de la manière la plus nette, en ISOH, dans ses admirables critiques de la société... ()li! oli ! (lliailes l'ourier ne séparait jamais l'industrie manulaetuiièi'c de lindustrie agricole: il voulait, lui, que, dans loules les comnninis, on laissât une part de terre ou de capitaux sullisaide jxiur cnqtloyr les bras inoccupés dans les moments de crises induslrielles; maison même temps il voulait qu'on enseignât à tous larl de cultiver la terre; il voulait que chaque ouvrier d'industrie lut en même temps agriculteur. Oh! à ce point de vue. il avail parfaitement raison. Si les travaux manquaient dans les manufaetines, on pouvait dire aux ouvriers : Voilà une pelle, M»ila une hrouetté : il > a un chantier ouvert devant vous, rimmejiseciianlierde la nature, aile/ î les travaux de ce iicnre ne pcuveut jamais taire concurrence à l'industrie j)rivée.

M. Mathieu de la Drôme) sest placé exactement dans la situation que Chailcs l'oniicr prévovait, dans une situation oii les manufactures s«- trouveraient situées, non pas dans les grands centres de population, mais au milieu des eanq)agnes et des fra^aux agricoles: il sest place dans une situation où tous les ouvriers des manulactuics seraient en même temps agriculteurs.

Si la situation sociale était telle, il nv aurait aucun inconvénient à reconnaître le droit au travail, car on pourrait toujours dire aux ouvriers qui ii'auraieut pas de tissage à faire : Voilà des instruments d'agriculture, vous connaissez cet art, allez vous livrer à ses travaux. Mais il n'est pas raisonnable de dire que les ouvriers de 183'2, dont parlait 31. J.cdru KoUin, et qui demandaient le droit de vivre »n travaillant; que les ouvriers de 18'f8, qui formulèrent aussi le droit au travail, l'entendissent de telle façon (ju'on jxunrait toujours leur dire: <= L'État exécute un canal, une grande route à quarante ou cinquante lieues d'ici, allez- v prendre une brouette, uue pelle, allez vous livrer aux travaux de la teire. >

Non, Messieurs, le droit au travail, entendu ainsi, serait uue

in\stification. Ce n'est pas ainsi que ces ouvriers tisseurs qui inscrivaient sur leur bannière le droit de vivre en travaillant, entendaient le droit au travail. Ils n'entendaient point que l'État put leur dire r ' Abandonnez vos femmes et vos entants, allez à vingt lieues d'ici brouetter de la terre; » ils entendaient par droit au travail, que chaque citoyen avait le droit d'exiger de la société un travail coiil\»rme à sa profession. Voilà ce qu'ils entendaient, et pas autre chose.

Et, Messieurs, s'il pouvait y avoir l'ombre d'un doute à cet égard, est-ce que ce doute n'aurait pas été dissipé par les proclamations des insurgés de juin en faveur dune République démocratique et sociale? Est-ce qu'ils n'ont pas entendu le droit au travail en ce sens, qu'il devait amener une réorganisation de la société?

Permettez-moi de vous prouver que cela est la conséquence même du principe.

Qui dit droit au travail dit quelque chose d'absolu. Donner droit à une chose, c'est reconnaître le droit de l'exiger; le droit au travail doit entraîner nécessairement avec lui un vorollaire; ce corollaire, quel est-il? C'est la garantie du travail. Or, garantir le travail, qu'est-ce que c'est, sin(m garantir au coutelier de l'acier, au forgeron du fer, à chacun les éléments de son industrie? A quoi servirait de garantir le travail, si on ne garantissait pas en même temps les éléments nécessaires pour l'exécuter? IMais ce serait une dérision! Je vous garantis le tra\ail et je ne vous donne pas les moyens de le faire. Le droit au travail implique donc nécessairement le droit au capital nécessaire pour l'exécuter, c'est en ce sens que M. Proudhon l*ex])liquait dernièrement : « Qui dit droit au travail, dit droit au capital, c'est-à-dire droit au capital nécessaire pour son exécution. ' C'est de la logique la plus rigoureuse. (Bruit.)

.}f. h Président. Si l'Assemblée ne ^cut pas écouter, nous pourrons renvoyer la discussion à demain; mais puisque l'orateur est à la tribune, je prie qu'on lui permette d'achever son . discours. (Parlez! parlez!) Vous dites : Parlez! et c'est vous qui parlez.

M. Barthe. Si je n'avais pas senti, dans ma conscience, que j'avais quelque chose d'utile à dire, je ne serais pas monté à cette tribune. Très-bien ! Si chacun n'a pas le droit de

\eiiii' ici exprimer sou opiiiirni, il nv a pas de Jiberle dans celte enceinte.

Ine voi.r . Ou ne vous empêche pas de parlei-, mais on nesl pas forcé d'écouter.

.)/. le Prhiilciii. J.a liberté tempérée par (I(!R murmures, ce n'est pas la liberté. Ou n'est pas libre quand on ne peut paB se faire entendre.

.]/. liarthc. Messieurs, je suppose le droit au lra\ ail inscrit dans la (lonslitution, il s'agit de rappli(juer; nous ne pouvez pas donner du lra>ail à chaque individu pris isolément. Vous serez dans la nécessité de grouper les indiNidus, cesl-à-dire que A ous arriverez forcément à la création d'ateliers nationaux; et, si Aous ne voulez pas avoir des ateliers nationaux comme ceux que nous avons vus fonctioinier, e'est-ii-dire sans travail et sans production, vous serez nécessairement conduits à organiser le travail. C'est ainsi (]ue le droit au travail nous mène directement à l'organisation du lra\ail. Ce n'est pas moi seul i[m le dis; l'honorable .M. Duvergier de Hauranne \ientde nous liie un passage d'un ouvrage de M. j'rançois Vidal, qui est un des écrivains socialistes les plus vigoureux. M. irancois Vidal critique, du haut de ses connaissances socialistes, et M. de Lainarline, et ^F. Ledru-liollin, et M. Crémieux, ces déieuseurs dé'.ouésdu droit au travail, et il leur dit franchement qu'ils n'\ entendent rien. On rit.)

31. Vidal leur dit que ce qu'ils ont regardé connue la réalisation du droit au travail, n'en est que la caricature.

Le droit au travail, c'est l'organisation du traxail; car, proclamant le droit au travail, vous devez le garantir : si vous garantissez le travail, vous ne pouvez le faire pour chaque individu isolément: il faut grouper ces individus: alors vous créez des ateliers nationaux : si vous avez des ateliers nationaux, AOUs devez vouloir une production; voulant une production, il faut en arriver nécessairement à une organisation du travail.

Plusieurs memhn's. C'est vraiî — Très-bien!

Des dicers siislciues d'organisation du travail. — Eh bien, qu'esl-ce que c'est que l'organisation du traA ail? (-es mots, dans les dernières années, ont eu une puissance \raiment magique. Sans avoir été définis, sans avoir été expliqués, ils sont passés

de bouche en bouche, de journal en journal, et ont retenti dans tous les échos de la publicité. Le vague même de celte formule a contribué puissamment à son succès. Il n'y avait pas une faillite, une crise commerciale, un clicmiagc quelconque, on n'inventait pas une machine qui diminuât le nombre des bras employés dans une manufacture, il n'y avait pas une soulfrance industrielle sans qu'on répétai aussitôt : Il faut organiser le travail. On présentait aux ouvriers l'organisation du travail comme le remède à tous leurs maux.

C'est ainsi que cette formule a fait tant de progrès, qu'elle est devenue si populaire, qu'elle a acquis assez de puissance pour soulever les masses et jiour armer dans les rues de Paris 50,000 hommes; car les r)0,0()() hommes qu'on a combattus dans les journées de juin portaient inscrit sur leurs bannières ; OnjanimtioH du uacaiL

Eh bien , 3lessieurs , cette question est une des questions les plus vitales de la société: il faut Taliorder franchement, il faut déliuir ce que c'est que lorganisaliou du travail, afin qu'on sache bien ce qu'on demande {{uand on veut organiser le travail.

f/organisation du travail, cest une association intégrale, absolue, non-seulement entre un patron et ses ouvriers, nonseulement entre tous les patrons et tous les ouvriers d'une même industrie, mais encore entre toutes les industries, entre tous les travailleurs, savants, artistes, industriels; disons mieux, l'organisation du trtnail, c'est une association entière entre tous les citoyens d'une même société; qui dit organisation du travail dit réorganisation complète de la société. N'^oilà ce que c'est <jue l'organisation du travail.

Puisque le droit au travail que j'uNais accc[)lé, moi aussi, mais que, mieux éclairé, j'ai cru devoir repousser comme la commission elle-même marque d'assentiment sur plusieurs bancs'; ; puisque le droit au traNail doit conduire à l'organisation du travail, il faut nous demander (iuelles sont les organisations du travail qui sont proposées? Quoique je vienne ici combattre une opinion populaire que je crois erronée, je dois dire qu'il n'est pas d'honune qui, avec plus d'ardeur, a\cc plus de dévouement que moi, ait cherché dans les ouvrages des socialistes la solution des graves problèmes qui agitent la société.

Quelques voix. C'est vrai.

.1/. liarfhe. Les socialistes iic ])rt'st'ul(iit que deux modes d'oi'tïanisalioii du Iravail: celui de Charles l'ouiier cl celui des communistes. Il faut ùtre juste envers tout le monde, Mcksieurs; l'un des (U'ateurs qui m'ont précédé à cette tribune a commis une erreur: il a considéré l'ourier comme un communiste; cela n'est pas exact, Fourier ne voulait appauvrir personne; il voulait, au contraire, enrichir tout le monde. Il disait aux riches: ■> Vous tenez à votre fortune: avec mon svstème, je veux la (piintupler. >• i\ disait aux pauvres: » Vous êtes plongés dans la misère: je vous donnerai un bien-être tel que vous n'aurez rien à envier aux riches, lourier est le seul socialiste qui, dans .^a société idéale, ait admis et respecté le capital, la propriété; il faut lui rendre cette justice.

Jl existe entre lui et les communistes cette différence, que les communistes veulent commencer la réor^^anisation de la société par le sonnnel, tandis que l'ouriei ^eut la commencer par la base ; Fourier veut commencer la réorganisation de la société |)ar la commune, en la reconstituant sur de nouvelles bases.

Sou système est une h}|)othèse, mais c'est une hypothèse honnête .Te dois ajouter même, qu'en considérant ses livres conime des romans, on no peut pas s'empêcher de rcconnaiti-e ([u'ils contiennent au fond pour morale, le principe d'association libre et volontaiie. sans l'intervcntiou de l'Ktat, j)ri>ieipe «jue M. Corhon proclamait ici l'autn' jour, ci qui, peut-être, renferme dans son sein la solution pacilique et progressive des questi<»ns économiques qui nous tourmentent aujourd'hui.

L'autre svstème de lorganisation du travail, c'est celui des communistes.

Leur système est simple: il consiste à faire de l'Ivlat l'entrepreneur ou plutôt h; commanditaire de toutes les industries. Des différences existent entre eux : les uns veulent une répartition proportionnée a limportance des fonctions et de? œu\res acconij)Iics; les autres veulent une répartition uniforme. Mais, au fond, tous veulent détruire l'héritage. Il n'est pas un communiste qui ne proclame hautement le respect de la propriété; mais, (juand on en vient a l'héritage, cela change ; il n'en est ])as un d'entre eux qui ne \euille détruire l'héritage, ce lien indispensable de la propriété et de la famille; tr)us veulent con-

centrer la production dans les mains de FKtat. Voilà ce qu'il y a d'uniforme entre eux. Eh bien ! Messieurs, je le dis parce que c'est le fond de ma pensée , je le dis parce que jy ai mûrement réfle'chi, si vous admettez le droit au travail, vous arriverez nécessairement à lorganisatien du travail; alors, vous vous trouverez placés entre deux organisations du travail : celle de Charles Fourier et celle des communistes. Celle de Charles Fourier? vous ne pourrez même pas aller à celle-là; elle est troj) savante, trop compliquée pour devenir populaire. A'ous irez nécessairement à l'autre, qui saisit toutes les imaginations, parce qu'elle est simple. " Elle se borne à dire à l'ouvrier : L'Ktat est là, il est votre protecteiu-, il doit vous ouvrir les bras, allez à lui. » Que ceux qu\, avec un amour sincère de la liberté, sont >enus ici rappeler les héroïques dévouements des fondateurs de notre première République, me permettent de leur dire ([u'ils s'abusent s'ils croient pouvoir concilier les libertés que nos pères nous ont léguées avec le droit au travail, lui admettant un principe, il faut le subir jusque dans ses dernières conséquences ; or, le droit au travail est le premier anneau de la (haine que les comnuinistes veulent imposera la société. Après (|ue nos pères ont fait traverser à la l'rance toutes les pliases d'une brillante civilisation, après que leur génie a tant fait pour la liberté individuelle et pour la dignité de Thomme qui est la fille delà liberté individuelle, vous arriverez nécessairement, avec le droit au travail, à un état social tel qu'il n'y aura plus de droit privé; en un mot, à une société qui serait la destruction de celle qu'ont fcmdée nos pères: car, ne le perdez pas de vue, les communistes Nculent remplacer la liberté individuelle par la solidarité, le droit individuel par le droit col lectif, et la propriété privée par celle qu'ils appellent la vraie propriété, par la propriété sociale.

Voilà les consé(juences du principe. Je suis ré|)ublicain démocrate, et je l'étais avant la Révolution de Février. .J'avais appelé la République de tous mes vœux, parce que, pour moi, la République est le gouvernement de la justice, de la raison, de la vérité. Le gouvernement républicain, fondé sur le suffrage universel et direct, est le seul gouvernement qui permette à un peuple d'accomplir pacifiquement tous les progrès désirables. Fh bien! que ceux qui, comme moi, voulaient la République démocratique avant le 24 février, me permet-

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tciil (Ir leur dire, qnc s ils veulent la sauver, et j'emploie ee mot à dessein, (jue s'ils veulent la sauver, ils doivent prudemment dégager les priueipes démocratiques, des [irincipes s(» eialistcs avec lesquels on veut les eonl'ondre. iTÙs-hieu!)

Ln ProjtriHc. — lU'publieains de la veille, permettez-moi de vcnis dire ([uc les ennemis de la ltepul)Ii(pie démoeratique prétendent qu'elle est ineompatibk a\ee la propriété; dans nos eampagues, nous avons des hommes simples, des hommes erédules, qui sont égarés par des lionnnes plus instruits, plus éclairés, qui, par erreur ou nialvi-illane*', disent (pie la llépuhlique démoeratique menace la propriété; ces hommes crédules, vovant aiiiimenler les imjxHs dans une eireonstance iné vitahle, exiraordinaire, supposent laeilemenl que la J<épul)lique veut augmenter les impôts jusqu'à ee qu'elle en vienne à saisir et confisquer la ()ropriété.

M. J'Iinidûrc Bac. Je demande la parole.

.)/. Jiarlhe. Si vous voulez sauver la République, rassurez la nation sur les craintes qu'elle a conçues, sur l'avenir de la propriété, de la famille et de l'héritage. (|ui en est le lien nécessaire. Très -bien ! très-bien!''

>îe vous \ lrom])ez pas, si vous ne dissipez pas ces craintes, tous \os ell'orls seront impuissants; vous aurez beau faire, la Républi(|ue s'écroulera. Bruyantes interrujjtions.) Oui, Mes sieurs, en vain aurez-\ous recours à toute \utre énergie, en vain aurez-vous recours à l'intimidation. au\ menaces, aux violences, a la teneur même, vous ne fcre/. (|ue |)récii)iter sa chute. Si vous ne laites point aimer la Hrjnihlirjite, si vous ne cherchez pas et si vous ne trou^ez point pour elle un appui dans les intérêts du pays, dans les intérèls du la propriété, les feuillets de \otrc (j)ustitution seront emportés par le premier souflle politique. lnterruj)tion.^ Dans une partie de l'Assemblée, on [)arait s'étonner de mes paroles. Que ceux ([ui s'en étonnent sachent que, dans le sein même de celte Chambre, il \ a des hommes pusillanimes qui s'imaginent que nous sommes sur une pente irrésistible, et que nous ne pouAons pas éviter le communisme; il y en a dans celle enceinte, je pourrais les nom mer.... (Inten'uption.

Qni'hiucs voix. .Nommez-les 1

Autres voij:. >on, n<? nommez personne.

M. h'fulhf. U' n'ai pas ces craiQtcs, et puisqu'on a parlé de M. l^ioudJion, peiiuettez -moi d'en dire aussi un mot. Exclamations et rires.]

M. Proudhou lui-même \ eut bien accorder à la propriété trois cents ans d'existence; les philosoi)hes ennemis delà propriété, qui l'avaient précédé, lui avaient également accordé une longue existence ; et je^suis convaincu que ceux qui viendront après lui ne seront pas moins généreux. Je jrai donc point de crainte pour la propriété, je n'ai point de crainte pour la iamillc, je n'ai point de crainte pour l'héritage : mais j'ai des craintes sérieuses pour la lîépublique démocratique, si nous ne dissipez pas des impressions funestes. Très-bien !) >ion, la propriété ne périra pas; depuis trois mille ans qu'elle est menacée , elle est encore debout, et dans l'avenir elle passera de siècle en siècle jusqu'à la dernière génération; voila ce ([ue je crois.

La propriété ii'est pas, comme le disait hier l'honorable M. >rathieu de la Drùme), le résultat de la loi ; elle n'est pas ce que chacun possède avec l'assentiment de tous. Sans doute la loi consacre et l'ait respecter la propriété, mais elle ue la crée pas. Le principe de la propriété est un de ces droits antérieurs et supérieurs aux lois dont on parle dans le préambule de votre Constitution; la propriété procède de la nature même de l'homme. Il est impossible à l'homme de vivre sans tendre à s'approprier les objets qu'il transforme par son activité. Il est impossible a un homme de devenir père sanséprou- \er l'irrésistible besoin de transmettre à ses enfants le fruit de ses labeurs. Un père travaille moins pour lui que pour eux; il s'iiiîpose de cru<'lles privations afin d'améliorer leur sort.

L'héritage n'est pas, comme l'a dit l'honorable M. Louis Blanc, un simple lien d'intérêt qui unit le iils au père; non, c'est avant tout, et par-dessus tout, une impulsion d'amour et de déNOuement du père pour le Iils. (l'rès-bienî; C'est mieux que cela, c'est un entraînement du sang, c'est une continuité de vie. Nouvelle approbation.]

Ainsi, ceux qui veulent détruire l'héritage, ceux qui veulent empêcher un père de transmettre à ses enfants le fruit de ses sueurs, ceux-là méconnaissent l'œuvre de Dieu : ils l)risent le cœur humain. Très-bien !;

A ces conditions-là, il n'\ a de possible qu'une société d'esclaves ou de moines. (Très-bien !

Je sais tout cela; mais précisénirnl parc** quo je sais que ces principes sont plus forls que la l{é|)ubli(jue. je crains et je m'inquiète ((iiand je \(>is ,i la surlacc du pays des populations simples, «rcdulcs, ignorantes, ([ui ne saM'iit pas encore (jue le principe républicain, le principe démocratique, contient des trésors dans son sein.

L'amour du peuple, l'amour des masses, l'amour des mal heureux, est le sentiment le plus noble, le plus digne d'une àme républicaine. Il va beaucouf) à faire, et, s'il |)lait à Dieu, devant lequel nous nous sommes placés en commençant celle Constitution, nous ferons beaucoup pour le pcnj)lc.

Mais pour réaliser tous les bienfaits (|ue nous conce>ons, ce n'est pas la richesse ((uil faut incpiiél»)- . c'est la misère qu'il faut poursui\re, traquer, détruire; car la misère est l'éternel ennemi de l'hojume.

Pour réaliser les bienfaits que nous ecmeevons , il faut augmenter la richesse nationale; il faut augmenter la production . el surtout la production agricole : oi', la pr(»duetion n'augmentera que quand il } aura sécurité. Très -bien !

Comment voulez-vous que ragricnlteur laboure son champ s'il n'est pas sûr d'en recueillir les fruits? Connnent -wnler.vous qu'il améliore sa pi'opriété et (pi'il en augmente la fécondité, s'il n'est pas sur d'en jouir, s'il n'est pas sûr de la transmettre à ses enfants ?

Comment \oule/-vous (]uc l'cniviier déploie toute son ac tivité. tout son génie d'iuNention , s'il n'est i)as certain de pou voir jouir de ses travaux'? VA quand j'entendais hier faire cette distinction entre les prolétaires et les bourgeois , entre les riches et les pauvres , quand je vovais établir une sorte d'Iios tilité entre la propriété cl le travail , j en souffrais, Messieurs , dans mes convictiojis répubbeaines; car il ne peut pas exister en France unv hostilit-é sérieuse entre la proprii'té et le travail. Kn France, la j)ropriélé est essentiellement démocratique : elle ne représente guère que les fruits accumulés du travail et de l'économie.

Il y aurait hostilité entre le travail et la [)ropriété, si la propriété était immobilisée dans les mêmes mains [)ar des majorais ou des privilèges de castes: mais rien de pareil n'existe plus en Frame.

La propriété , aujourd'hui , est la récompense de quiconque

Ua> aille avec peiséveraiice , avec succès, avec habileté, avec t conomie. Convions tout le monde , autant que possible , à Tacquissition de la propriété; ne considérons pas les hommes counn<- étant rationnés en quelque sorte sur la terre, comme ne devant avoir chacun qu'une part déterminée de la production.

Jl ne tant pas regarder le riche comme avant pris, comme ayant volé la part des autres; non, car celui qui s'enrichit par son travail et par ses épargnes n'appauvrit personne ; au contraire, en s'enrichissant, il enrichit la société; car il augmente le capital national , il augmente la production.

C'est une profonde conviction démocratique qui me porte à vous dire, et ji' termine j)ar là (Ah ! ah ! — Interruption . ,

M. h'. Président . Indépendamment de ce que ces exclamations ne sont pas polies, je dois dire qu'ici elles ne sont pas justes. Ceux qui ont écouté l'orateur savent qu'il a parfaitement traité la question. (C'est vrai ! c est vrai !

M. Harlhe. .le vous le répète en terminant, faismis nue distinction [)rofonde enti'e les idées socialistes et les idées républicaines. Les idées socialistes sont à la politique ce que les hypo thèses sont à la science. .Tamais les hypothèses n'ont constitué la science; quelquefois les liypothèses l'ont précédée, mais jamais elles ne l'ont constituée.

Je ne suis pas ennemi de ce sentiment qui pousse à la recherche des nnnens d'améliorer le sort des masses, et qu'on appelle socialisme ; mais je coral)ats les principes que je crois dangereux. Il faut laisser au libre examen qui prend aujourd'hui le nom de socialisme la liberté de sonder toutes les profondeurs de la société, de signaler toutes ses plaies , d'appeler notre attention sur toutes ses souffrances; il faut lui donner le droit de discuter théoriquement toutes les institutions : laissons-lui pour champ d'exploration l'immensité de l'espace ; mais, en politique, n'admettons que des idées qui soient passées par le creuset de l'opinion publique, qui n'aient ni ambages ni obscurités.

M'admettons que des idées pratiques ; ce n'est qu'à cette condition que nous pourrons fonder une République démocralique, grande, forte et durable.

Suite de la discusssioii du VIII para^raplie du Pri^ambule

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LE DROIT AU TRAVAIL KT LK URdlT A L'ASSISTANCE.

^OMMAlHK. Séanop .lu 13 scplembir. 1. Disrours de M. (iii.^lomie. -11. Discours (le M. (le Luppô. - ]I|. Discours df M. Frédéric Arnaud. — IV Discours dp M. Thicrs. - V. Disrours do M. Vi.lor Considérant. - VI. Discours de- M. hollinat. — séance du M spplcnil.rf. VIL Discours de M. Bouhicr de 1 hdusc. — MU, Discours de M. Martin-Hprnard. — |\. Discours do M. Bilkuilf - X. Discours de M. Dufaure. — XI. Discours de >f. Lamartine. — XH. Discussion et vote sur l'amendement de M. Glai.s-Bizoin, remplaçant celui de .M. Mathieu de la DrÔme) j et discours de M.M. Glais-Bizoin, Goudchaux, Lagrange, etc.

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