‹ Le droit au travail à l'assemblée nationalChapitre 19 sur 51 · IV. DISCOIRS DE M. THIERS · texte numérisé non relu

IV. DISCOIRS DE M. THIERS

Citoyens représentants, je viens à mon tour user du droit dont vous usez tous de contribuer à la Constitution qui doit faire les destinées de notre pays. Mes amis cl moi, nous attachons à cette Constitution une grande importance. Nous n'avons pas fait, nous n'avons pas désiré la République, nous l'acceptons. (Agitation.)

M. h Président. L'Assemblée a écouté parfaitement en silence le précédent orateur ; je réclame la même attention pour tout le monde ; j'invite les interrupteurs à ne pas me forcer à les rappeler a Tordre.

M. Thiers. Mes amis et moi, nous attachons, ai-je dit, une grande importance à cette Constitution; nous n'avons pas désiré, nous n'avons j)as fait la Répul)li(iue, et nous l'acceptons loyalement, sincèrement. Pour tout homme de bon sens, pour tout honnête homme, le Gouvernement légal du pays est toujours digne de tous ses respects. jNous n'avons jamais conspiré, nous ne conspirerons jamais. (Très-bien ! très bien! )

Chaque jour nous ferons de notre mieux pour que les affaires du pays s'accomplissent régulièrement et bien.

(1) Nous sommes de l'avis de l'orateur.

(2) Nommé aux secondes élections seulement pnr les départements de la Seine- Inférieure, de la Seine, de l'Orne et de la Gironde. Né à Aix en \'i'.)', M. Thiers, publicis:e déjà renommé sous la Restauration, aulcur de VUistoire de la Révolution française, (\e VUistoire de l'Empire, membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et poliii,;ucs, e^t «léjiulé depuis la Révolution de juilltt. 11 a elé plusieurs fois mlnisiic et président du conseil du cabinet du !•' Mars. Février l'a trouvé ctiif de !'( pposition centre gauche.

Nous n'avons ni flatté ni trahi la Royauté, nous ne flatterons ni ne traliirons la République. (Nouvelles marques d'approbation.) Nous lui (lirons la vérité. Nous avons trouvé quelquefois des diflicultés à la dire, à la l'aire entendre; ces ditlicuités ne ne nous ont jamais découragé, elles ne nous décourageront pas davantage encore.

La forme dans laquelle nous cherchions à faire le bien du pays est brisée; ce bien, nous le [)oursuivrons encore sous la forme actuelle comme sous la précédente.

Nous avons, dans tous les temps, désiré la liberté, non pas celle des factions, mais celle qui consiste à mettre les affaires du pays à l'abri de la double influence et des cours et des rues. Nous avons désiré la bonne administration des finances , la grandeur du pays, une politique nationale; nous poursuivrons tout cela dans l'avenir comme dans le passé. (Sensation.)

Maintenant, Messieurs, qu'il s'agit d'une des questions les plus graves, les plus essentielles pour l'avenir de cette République, car il s'agit de l'article le plus important de sa Coïislitution, nous vous demandons de vous dire la vérité en toute sincérité ; car, sur aucun sujet, vous n'avez eu autant besoin de l'entendre tout entière. (Mouvement.)

S'il s'agissait d'une question d'économie politique, je ne monterais pas à cette tribune. Tous les jours j'entends une nouvelle économie politique, bien fièrc d'elle-même, accuser l'ancienne économie politique, la traiter avec amertume, avec mépris. S'il ne s'agissait que de cette question, je ne prendrais pas aujourd'hui la parole. Je ne suis ni professeur ni disciple de l'ancienne économie politique. Je la respecte comme une science consciencieuse, honnête, qui n'a jamais cherché à tromper le peuple, qui n'est pas responsable du sang qui a coulé ; mais, je le répète, je ne suis pas un de ses adeptes (I).

(0 11 n'y a pas une économie politique ancienne et une économie polilique nouvelle; il y a l'économie polilique ou sociair et le socialisme : l'une, piotédanl pur voie rationnelle et d'expérimentation; l'autre, voulant appliquer à la vie des nations les rêves de quelques inventeurs de mécanismes sociaux. 11 vaut mieux appeler les choses par leur nom. ^

M. Thiers, en rendant à l'économie politique des philosophes tels que Qiiesnav, Turbot, Adam Smith, Malthus, J.-I{. Say, Ricardc, un hommage légitime, fait un acte de simple bon sens aux yeux des savants ; mais de la part d'un lu.mnie politique, dont la parole a une gnmde influence sur l'opinion publique, cet hommage csl une circonstance heureuse; d'autant plus heureuse que M. Thiers,

11 s'agit, non pas d'une question de tarif, d'une question économique, il s'agit d'une question sociale, politique, philosophique, nuMaphNsi(jne, d'une (jucslion (|iii a tous ces carac tères : il ne iaiit lui en refuser aucun, car elle les a tous.

Il s'agit. Messieurs, d une question sociale, et vous savez quelle immense gravité, au milieu des événements qui ont agité la irunee et qui agitent le monde, la questioii sociale a acquise. '

Je vous demande, autant qu'il est permis de le faire dans un discours, devant une assemhlée nombreuse et avec des forces insuffisantes, de traiter cette grave question, de la traiter franchement, complètement, clairement, si je le puis, car jamais il n'a été plus important de s'entendre, de s'entendre complètement, et de savoir sur quoi l'on diffère.

On dit : Le peuple souffre. Oui, Messieurs, il faudrait être bien barbare, bien cruel, pour le méconnaitre ; mais je m'adresse à cette science nouvelle, si fièrc d'elle même. Le peuple souffre, qu'avez-vous trouvé pour lui? Si vous avez autre chose que des généralités dangereuses et souvent funestes, si vous avez un secret, un moyen pratique, vous seriez coupables de ne pas l'apporter à celte tribune, et nous vous écouterons toutes les fois que, sans ébranler les principes sociaux, sans nous montrer une malveillance qui nous révolte, vous viendrez ici nous parler humainement, sensément; nous vous écouterons a>cc une intention, qui est égale chez tous, d'arriver à la vérité ; nous vous écouterons, l'orateur qui descend de cette tribune en est la preuve. Mais moi, au nom de la société en péril, je viens vous demander quels sont vos remèdes? Vous accusez l'ancienne économie politique, les anciens hommes d'État, de n'avoir pas

d'autres fois moins bien informé, n'avait pas toujours eu pour l'économie politique les égards qu'il a anjoiinl'iiui.

M. Tliiers rrjpfcle l'économie politique ; mais il décl.ire qu'il n'est pas un de ses adeptes. M. Tliiers n'est- il pas un peu ingrat? Dans un remarquable discours qu'il prononça l'année dernière sur la situation financière; dans les beaux discours qu'il a prononcés à l'Assemblée nationale au sujet du droit au travail et du crédit foncier, dans son livre récent sur la propriété, c'est à l'économie politique qu'il a emprunté ses meilleurs arcumenls. Et comment pourrait-il en être autrement-' L'économie politique, que M. Tliiers appelle l'ancienne, n'est vraie qu'à la condition de traduire la nature des choses ; et M. Thiers ne s'est montré supérieur qu'en parlant devant l'Assemblée nationale le langage de cette même nature des choses. M. Thiers a fait sans le savoir, non pas en tout, mais en beaucoup de points, de J'écoDomie politique ancienne. ,^

amélioré le sort du peuple. Je vous dis de nouveau : Quels sont vos moyens? Voilà la question que je vous adresserai sans cesse. Il y a cinq mois que nous sommes réunis en assemblée ; quant à moi, j'ai écouté toujours avec attention les hommes qui passaient pour apporter ici des idées nouvelles ; je les ai écoutés , nous les avons tous écoutés : eh bien, je le dis en toute humilité, ou mon intelligence m'a fait défaut, ou on n'a rien apporté de nouveau, rien de sérieux, rien que des hommes d'État, des hommes pratiques, puissent regarder comme un bien véritable pour le pays ; je vous adresserai donc toujours cette question : A'os moyens ?

Il n'y a rien de plus dangereux, au lendemain d'une Révolution, quand ce peuple, dont vous voulez améliorer le sort, mais dont quelquefois aussi vous flattez les passions, quand ce peuple s'est emparé du pouvoir, il n'y a rien de plus dangereux que de lui dire qu'il y a quelque part un bien, et que de méchants détenteurs le retiennent dans leurs mains, et ne veulent pas le lui accorder ; il y a à cela un grand danger. Il faut donc, et c'est un devoir pour tous, il faut être clair, positif, et, si on a des moyens, les apporter à cette tribune. Eh bien, je viens, non pas au nom de l'ancienne économie politique, dont, je le répète, je ne suis ni l'adepte ni le professeur, je viens, au nom de quelque chose de plus sacré, au nom de la société, vous demander compte de vos moyens, les examiner; mais, avant, je vais vous exposer, le plus brièvement que je pourrai, les principes essentiels sur lesquels, non pas la société d'hier, non pas la société antérieure à 1789, non pas la société de tel ou tel pays, mais la société de tous les pays et de tous les temps, a reposé; je vais vous exposer ces principes brièvement, le plus brièvement que je pourrai.

Je mettrai en regard ce que, depuis quelques années, ce que, depuis six mois, ou a mis en présence des moyens de la vieille société, et nous jugerons le sérieux et la fécondité des uns et des autres.

Eh bien ! la vieille société, car ce n'est que pour elle que je parle, et quand je dis la vieille société, ce n'est pas la société ai'istocratique de telle ou telle époque, celle qui se caractérisait par les droits féodaux de l'ancien régime, ce n'est pas la société des 300,000 électeurs du régime renversé : je parle de la société de tous les temps. Cette société éternelle, sur quelles ba-

— vri —

SCS a-t-cllo toujours reposé? Sur trois principes : la propriété, la lilnrté cl la (."oiu'urrciu'c (!). Pcrmcttcz-nioi d'cxijliqucr en peu (le mots ces trois principes.

La propriété.... Je ne viens pas, Messieurs, apporter à cette tribune un livre que j'ai fait; j'en .serais tenté |)eut-èlrc. (Les regards se portent sur les bancs où siéiie le citoyen l'ierre Leroux (2). — (On rit). Je ne touciierai que les points essentiels des clioses.

Propriété. — On rccbercbe quel est le principe de la propriété. Suivant moi, le voici : ce princi[)e, c'est le travail. L'homme, sans le travail, est le j)lus niisérnblc des êtres. Dieu l'a grandement doué ; mais, avant d'avoir exercé les facultés puissantes qu'il a reçues, il est le plus misérable des êtres; il n'est quelque chose que par le travail ; la société est comme lui misérahlc sans le travail; eh bien ! la nalure, la société lui ont dit : Travaille, travaille ! et tu seras assuré de conserver le fruit de ton travail. Yoilà le principe vrai, essentiel, de la propriété. Travaille, lui dit la société, travaille, et tu seras assuré du fruit de ton travail !

Quand elle lui a dit cela, elle lui a donné un stimulant puissant.

Mais il faut que ce stimulant soit infini, et elle ajoute : Tra- \aille, travaille ! et le produit de ton travail sera pour toi et les enfants. Et alors son ardeur est infatigable ; il travaille jusqu'au dernier jour de sa vie ; il a toujours un but à sou ardeur. (Très-bien ! très bien !)

Yoilà le principe. (Interruption.)

Je ne puis pas traiter toutes les questions à la fois; j'arriverai à ce qui vous préoccupe. Par la propriété ])ersonneîle, le stimulant est puissant; par la propriété héréditaire, il devient infini.

^laintenanl la société a fait cela pour son intérêt, pour riutérèt de tous, pour l'intérêt de l'individu comme pour l'iu-

(1) CeUe manièie de parler n'est pas très-exacte. Par liheric, M. Thiers entend ici la faculté d'exercer toutes les professions ; par coyiciirrtnce, il entend le droit d'écouler les produits de son industrie concurremment avec ceux des producteurs de même nature, d'où résulte l'émulation, qui n'est qu'un des elfels delà liberté.

(2) .accusé par M. Victor Grandin d'avoir lu à la tribune un long passage d'une senne brochure.

térêt de l'eusemble ; et de même qu'elle dit : La liberté est un droit, elle dit avec le même fondement : La. propriété est un droit.

Sur quoi, en effet, vous fondez- vous pour dire que la liberté est un droit? Sur l'observation de la nature humaine, sur l'observation des faits. Vous voyez un homme doué d'intelligence; vous vojez cette intelligence en lui, s'il n'est pas libre, s'abaisser, disparaître ; si elle est plus forte que la tvrannic qui pèse sur lui, cette intelligence se révolte, elle arrive aux séditions ; et après avoir vu l'homme s'abaissant s'il est opprimé, quelquefois se révoltant, vous dites : L'homme doit être libre.

Après avoir observé la société, après avoir vu que, sans le travail, elle reste misérable, avec le même fondement, vous dites : La propriété est un droit, comme vous avez dit : La liberté est un droit.

On cherche si l'origine de ce droit est humaine ou divine. Question de mots ! Ceux qui croient que cet univers est l'œuvre d'un être suprême doivent dire qu'elle est à la fois humaine et divine.

Voici comment il faut entendre le droit de propriété pour Je rendre essentiellement respecta])le. Ce droit n'est pas de ceux qui passent, de ceux qui sont quelquefois admis dans une société, méconnus dans une autre, non ; c'est un droit tellement inhérent à la nature humaine, tellement essentiel à la société, qu'il est dans tous les états : dans l'état sauvage, dans l'état barbare, dans l'état de demi-civilisation, dans l'état de civilisation complète ; il est partout parce qu'il est dans la nature humaine, et à ce titre-là on est fondé à dire qu'il est divin ; mais qu'importe l'expression qu'on emploie ! il est partout, et cela suffit. S'il y avait des législateurs assez insensés pour ne pas l'écrire dans leurs lois, ô législateurs d'un jour, l'avenir bafouerait votre ouvrage, vos lois passeraient, il n'y aurait d'éternel que votre ignominie. Approbation.}

M. de Lamartine vous le disait ces jours derniers (1) : quand on parcourt tous les pays, on est frappé de ce fait, c'est que la prospérité est proportionnée au respect que la propriété y obtient, liemontez au moyen âge, allez en Orient, qui est la

(1) M. de Lamartine avait aussi emprunté cet argument A l'économie politique.

société du moyen-Age vivante encore, qu'y trouvez-vous?...

3/. Pierre Lerou.r. Je demande la parole.

M. Thiers. Ou > trouvez-vous? La prospérité toujours proportionnée au degré de respect que la propriété a obtenu.

Vous y \o}ez ceci,* par exemple : la terre négligée, parée qu'elle esl le plus exposée à la rapacité du despotisme, et le plus souvent abandonnée à des mains esclaves; le commerce préféré, parce cpi'il peut plus facilement si' soustraire à la tyrannie ; dans le eoramerce, les vaieui-s mobilières, telles que l'or, l'argent, préférées aussi parce quelles sont faciles à cacher: vous y voyez ces valeurs, faciles à cacher, dans les mains d'une race proscrite ; >ous y \oyez cette race se venger, quand on veut lui enlever ses trésors qu'elle cache: se venger, savez-vous par quoi'' par I usure.

Au contraire, que la propriété soit respectée, et toutes les valeurs sont rej)lacées à leur taux naturel ; la terre reprend l'importance quelle a dans lé commerce; ce n'est plus telle ou telle industrie qui est préférée : elles sont toutes, suivant leur valeur, é^ïalement pratiquées; l'argent ne coûte plus ce quil coûtait, l'intérêt baisse, et cette race proscrite, revenue à la dignité naturelle, est l'égale de toutes les autres.

Qui est-ce qui a fait cela? Le respect de la propriété.

Et lorsque les Turcs sont venus ici demander des conseils à la civilisation, que leur a-ton dit? De proclamer, pour premier principe, dans la charte de Gulhaué, la ])ropriété. Voilà le premier principe de la société; sans lui, point de sécurité, pas de travail !

Liberté. — Le second principe, sur lequel la vieille société a reposé, c'est la liberté : et, par la liberté, permettez-moi de faire une distinction nécessaire ici, je n'entends pas la liberté politique, j'entends la liberté sociale, celle qui consiste à disposer de ses facultés comme on rentend, à choisir une profession, à se consacrer à la terre, au tissage, à la métallurgie: en un mot, a choisir sa profession. La vieille société dit a l'homme : . Tu es libre; travaille, travaille à tes risques et périls; si tu travailles avec application, avec habileté, tu seras riche ou pauvre ; ta destinée dépend de toi. » La société lui impose des lois sans doute ; elle lui dit quelles doivent être les lois des contrats; elle lui dit même quelles doivent être les lois de la so-

ciété politique; mais elle lui répète : « C'est à tes risques et périls que tu travailles ! tu es libre, tu seras heureux ou malheureux, riche ou pauvre, selou ta conduite ; cela dépend de toi. >• £t qu'arrive- 1- il? Cette société marche d'après ce principe, et il amve qu'en effet vous avez des riches et des pauvres, des heureux et des malheureux.

Oui, il > a des hommes à qui le travail a réussi, parce qut^ Dieu les avait bien doués, ou parce qu'ils ont été appliqués, parce qu'au talent ils avaient joint la vertu.

Quelquefois il est arrivé qu'après avoir été longtemps riches, heureux, parce qu'il leur a manqué une dernière qualité, la prudence, certains hommes, après avoir été riches, cessent de l'être.

Et voyez cette scène, cette scèue animée qu'on appelle le spectacle du monde : celui qui était pauvre devient riche, celui qui était riche devient pauvre. Cette condition atteint tout le monde, les rois comme les princes, les hommes de toutes les classes de la société. C'est la liberté, c'est l'homme livré à lui-même, exerçant ses facultés à ses risques et périls, réussissant ou ne réussissant pas

M. Flocon. Quel est donc le travail des princes?

M. Thiers. Lisez les œuvres du grand Frédéric, et vous verrez ce que peut être le travail des princes.

M. Flocon. C'est passé depuis longtemps.

M. Thiers. Le troisième principe, c'est la concurrence, c'està-dire l'émulation. La société dit à l'homme: Travaille, travaille à tes risques et périls. Elle lui dit autre chose encore : Tâche de faire mieux que ton voisin; regarde, observe de quelle manière il s'y prend, de quelle manière il travaille : tache de faire mieux. Si tu fais mieux, eh bien! l'acheteur ira à toi; si tu l'attires par des produits meilleurs ou plus économiques, tu l'emporteras sur lui. — Et grâce à cette émulation, qu'arrive-t-il?

C'est que la société fait tous les progrès que vous lui avez vu faire depuis plusieurs siècles. C'est par cette concurrence, c'est par cette émulation de mieux faire qu'on a substitué à la force des bras la force de la vapeur. Nous a^ons vu, depuis cinquante ans, les merveilles de cette émulation industrielle; nous avons vu, par exemple, des produits qui coûtaient cent coûter aujourd'hui vingt et trente.

.Nous avons vu lous. dans notre; enfance, pardoimez-moi d'entrer dans des détails qni sont \ulf;aires, mais qui sont essentiels, parce qu'ils ex|)liquent îa marche des choses; nous avons vu les cotons arriver de l'Inde, filés avec une perfection merveilleuse, par des mains qui semblaient les mains des fées; je les ai vus, et ceux qui sont de mou Ai'c les ont vus aussi ; et aujourd hui, grâce aux machines, p;rc\ce à cette concurrence, grAce aux eiforls (pi on a faits pour se surpasser, nous renvoyons aujonrd'hui ces cotons filés à l'Inde que nous avons imitée et que nous avons ruinée en l'imitant (1,.

Voilà le résultat de cette émulation qu'on appelle la concurrence.

Ce n'est pas seulement ce produit qui a fait des progrès extraordinaires, ce sont tous les produits à la fois.

Kst-il >rai, comme on le dit, que ce soit le peuple qui paie les frais de cette concurrence? Vous allez en juger. Il s'est passé la un phénomène admirable qui prouve la sagesse des lois de la Providence.

Tandis que, par cette concurrence qu'il faut appeler de son vrai nom, par cette émulation industrielle, on est parvenu à procurer à la société tous les produits en plus grande abondance et à meilleur marché, savez-vous quel a été le sort des ouvriers? Je ne veux pas taire leurs maux, les dissimuler et vous rendre indifférents à eux; je ne le veux pas plus que mes honorables collègues qui siègent là (l'orateur montre la gauche) ; mais enfin, quand vous les poussez au désespoir, permettez-moi de les rassurer un peu en leur montrant le meilleur avenir qui les attend.

Progrès sociaux accomplis. — Savez-vous ce qui est arrivé aux ouvriers par cette admirable loi dont je parlais tout à l'heure ** Ils ont fait les deux bénéfices de cette concurrence : d'abord, il sont plus pavés, et je vous le prouverai par des chiffres, car il faut apporter des chiffres dans cette question,ils sont, dis-je, plus payés. Pourquoi le sont-ils davantage? parce que ces machines qu'on doit à la concurrence, chargées en quelque sorte du métier de bètc de somme, ont laissé à l'homme un travail plus relevé. L'ouvrier est plus payé de-

(I) Est-ce nous qui l'avons ruinée? A-l-elle bien été ruinée parce qu'on l'a Imitée?

-' 197 — puis quarante ans, depuis cinquante ans ; je vous le prouverai tout à rhoiire. X côté de cela, il est consommateur autant que producteur; et tandis qu'il est payé daAantage, il dépense moins pour son entretien (mouvement), pas sur tous les objets, mais sur la plnj)art.

Messieurs, j'ai fait, comme JKunme public, je lais encore tous les jours comme individu une enquête incessante sur l'état des classes laborieuses, sur les conditions du travail, de la production ; car ces bomnies dT.tat, que vous appelez indifférents ou ignorants des conditions du bien-être populaire, se sont sincèrement appliqués à cette tâche, s'ils ne l'oul pas toujours bien résolue (m bien comprise: je fais, dis-jc, une en([uète perpétuelle, et voici des faits que j'avance connne certains, et je voudrais que, dans uni^ question pareille, on entreprît avec toute la puissance de T Assemblée une grande enquête sur la situation des classes laborieuses, non pas faite dans les localités, mais faite par des hommes choisis dans le sein de l'Assemblée, ("t que tous les faits fussent vérifiés. Vous verriez combien de mensouc;es volontaires ou involontaires ont été accunndés sur cette désolante question, qui ])eut bouleverser l'univers. (Trèsbien ! très-bien !) Kh bien ! voici des faits certains. Je vais prendre les diverses professions.

L'ouvrier des champs, qui est placé aux portes de Paris

et le progi'ès que je vais vous montrer dans les campagnes autour de Paris existe aussi dans les pro\inc.es les plus pauvres, à un degré moindre, il est vrai.

Avant 1789, lemanouvrier aux portes de Paris gagnait '20 a 2i sons par jour; en 1814, il en gagnait 30, quelquefois plus. Savez-vous combien il gagne aujourd'hui? iO sous. (îMouvement.)

Laissez- moi exposer les faits. Songez, Messieurs, que la question que nous traitons est la plus grave qu'il y ait au monde, et que si on se borne toujours à des généralités qui ne se comprendront pas les unes les autres, qui s(! repousseront sans se pénétrer, nous n'arriverons jamais à la vérité. (C'est vrai !

Permettez-moi donc d aborder les faits, de les analyser, et nous généraliserons ensuite. Je ne suis pas servilement attaché aux faits, je veux la généralisation, mais après les faits. Je Vais examiner les salaires, j'examhierai ensuite le prix des ob-

jets de consommation, car je n'aurais traite (|u un coté de la (juestion si je ne faisais pas ces deux choses.

i;h bien! a ([nelqucs lieues de J'aris, le manouvriei (jui ga- «çnait24 sous en gagnait .{O eu 181 i, et grâce à trente années de paix il eu gagne 10 aujourd'hui.

Le tisserand qui gagnait 30 sous, non pas aux portes de Paris, mais à Uoueu, à Lille, en gagne iO. ^Rumeurs de dénégation à gauche.)

M. le Prèsidetii. Vous contesterez les faits autant que les opinions, mais ce sera à votre tour et à la trihune.

M. Tliiers. Voulez-vous la vérité? (Oui î oui! >ainie/ vous donc que la misère? i\e voulez-vous que ce tabicau-là? Parlez!) Eh bien! la misi-re, je ne la nie pas, mais tout n'est pas misère, heureusi'mcnl. Et si avec vos paroles, et eu noircissant la situation, vous pouviez améliorer le .s<nt de l'ouvrier, à la bonne lieure! Mais savez-vous ce que vous laites? Vous inspirez le désespoir, vous faites \er8cr le sang. Vive approbation à droite.)

.le n'injurie personne, j apporte des faits. Cro\ez-vous que ce soit d'aujourd'hui, pour le besoin de cette discussion, que j'ai recueilli ces faits? L'année dernière, un peu avant cette époque*^ j'étais membre d'une commission de douanes I ; j'ai poussé mes collègues à faire une enquête sur toutes les industries ; nous les avons toutes appelées, toutes entendues, contradictoire ment. Depuis, je n'ai cessé de rechercher les faits, j'ai des masses énormes de documents ; c'est sur ces faits que je vous apporte des chifl'res: qu'on les conteste, je les rétablirai; mais c'est là la vraie question. Oui! oui!)

.le dis cl jallirme que le tisserand qui gagnait oO sous en gagne 40; que le fdeur qui en gagnait iO en gagne 50, et quelquefois 3 fraïus. Voilà pour la filature.

Pour la métallurgie, si je vous disais à quel point, grâce aux nouveaux procédés, les prix Ant changé, vous en seriez surpris, vous les contesteriez bien plus. U > a à Paris quelques-uns des plus grands établissements qui soient en Europe et en France ;

(1) Conimisiion auti-libéralc qui a conclu au statn quo de notre absurde tarif, et avec laquelle M. Thicrs a fait plus de politique que d'pconnmie politique. Le rapporteur de cette conimi.^&ion, M. Lanyer, a inéc-jnnu en cent endroits différents ics vciilt'sque M. Tliicrs expose ici sur la liberté et la concurrence.

allez y, si on veut ordonner une enquête, nous irons tous, nous verrous les faits.

Eh bien ! voici ce que j'affirme. Grâce aux perfectionnements, grâce à ces améliorations, tilles de la concurrence, de l'émulation, dans la métallurgie, à Paris, les prix, ont doublé, triplé quelquefois. Vu tourneur, un forgeron, un ajusteur, je prends les noms spéciaux, des professicms, qui gagnaieuL 3 fr., gagnent aujourd'hui 5, 6 et 7 fr. 11 \ a une professiim dans la métallurgie, les mcmleurs, qui arrivent à gagner jusf[u"à S et 10 fr. Mais. Messieurs, ne croyez pas que je veuille vous faire un tableau de prospérité pour vous endormir sur les malheurs du peuple; non, je veux suivre la marche des choses, et chercher les vrais moyens, qui ne sont pas ceux que vous proposez.

Maintenant, comparons les prix de la main-d'œuvre aux prix de la consommation. Les \oici : quant à la nourriture, les prix sont à peu près les mêmes; la viande a un peu augmenté ; le pain, j'ai ici un tableau du prix du pain dans quelques villes manufacturières depuis 181 i ; eh bien ! le prix du pain est le même. Les salaisons, qui sont lune des matières les plus importantes de l'alimentation, ont peu varié et se sont l)eaucoup améliorées.

Les vêtements, tout ce qui est coton, est de 80 p. 0/U meilleur marché. Les tissus qui coûtaient 35 sous coûtent aujourd'hui 7 sous. Pour la draperie, qui est encore un objet inqDortant de la consommation de l'ouvrier, les prix sont réduits de 50 p. 0^0. Pour les logements, les prix sont augmentés, c'est vrai, savez-vous dans quelle proportion? tout cela résulte d'une euquête, les logements de l'ouvrier qui re|)résentaient 90 fr. représentent 120 fr.: cela tient à une cause accidentelle, le penchant des industries à se rapp^H-her des grandes villes; c'est un malheur. La législation y peut quel({ue chose : proposez-nous des moyens, nous y adhérerons, mais sans (pi'on vioU- les princi- ])es de la société.

le ne repoussei'ai pas pour moi des propositions tpii auraient pour but d'abandonner des terrains de l'Ktat, de les accorder a desconstnicteursqui feraient des maisons d'ouvrier.-;. Là, il y u des moyens praticables, indiquez-les, nous \ous écouterons commes des honnêtes gens voulant le bien les uns et les autres, non pa.^ comme des factieux, ayant de mauvaises intentions.

(Bruit. — Interruption. ) Cela ne s'adresse à ])rrsonnc, à personne ! ( J/apitation continue. )

Non, je n'applique à ])crsonne ectte expression.

.1/. linvitpiivr. Taites expliquer l'orateur sur le moi facile u,t .

M. le Prèakienl. L'orateur a dit qu'il ne l'ajjpliquait à personne dans eette enceinte.

M. Thiera. Je ne 1 applique à personne.

.)/. l'iorou. Les factieux sont les royalistes! , Agitation. )

M. Thiers. J'entends un interrupteur, je ne sais le<iuel,

M. Flocon. Il > en a plusieurs.

M. Thiers. Qu'il se nomme '.^

(J..e citoyen l'iocon se lève. )

Voix nomhreuse.'i. A l'ordre! à Tordre î

.)/. le PrèaidctU. Je ne peux pas permettre que la discussion désénère ainsi en interpellations ou en réponses; >1. Thiers a la parole.

.1/, hlocoii. Je demande à répondre. A l'ordre! à l'ordre!)

M. Thiers. Je n'abandonne pas la parole, monsieur le Président.

M. FloroH, (\i' m place. L'orateur... Bruit.

.1/. le Président. M. Flocon veut dire probablement que c'est lui qui a interrompu.

.]/. Flocon. Je ne puis pas me nommer si ce n'est pas à mon interruption qu'on veut répondre. A l'ordre! à l'ordre! ) L'orateur a dit....

M. le Prraidrnl. Lorateur ne renonce pas a la parole, il a seul la parole,

M. Thiers. Je répondrai.

M. Flocon. \ quoi?

M. de fiancé cl d'autres membres. Bappelez à l'ordre, monsieur le Président, c'est Aotre devoir.

,)/. 71tiers. Je prie l'Assemblée de me permettre d interrompre pour quelques instants le cours de mes idées. Il ^ a un mot qui est prononcé qiieNjuefois de ce côté 'montrant la gauche), et qu'on vient de prononcer de nouveau : c'est le mot de royaliste. Lst-ce que nous avons jamais désavoué nos opinions passées'? Interruption.

J/. le Président. Veuille/, ne pas interrompre. Se passionnez pas le débat; il est déjà assez grave de sa nature.

.)/. Thiers. Je suis habitué à ces colères des partis; je les ai essuyées il n'y a pas longtemps encore, je les ai toujours bravées.... (Vives exclamations à gauche. "

Je les ai bravées et je les hra\ erai encore, quand mou devoir l'exigera. Je suis fâché que celui qui m'interrompt n'ait pas eu l'honneur d'appartenir aux anciennes assemblées: je lui rap[)cllerais ([ue, lorsque des hommes, qui aujourd'hui ils nous le disent) étaient républicains sous la monarchie, à laquelle ils avaiejit prêté serment; lorsque ces hommes prenaient la parole, si quelqu'un, dans l'ancienne majorité, avait prononcé hî mot républicain y nous aurions lait taire ce membre de la majorité comme violant le droit du député. (Exclamations à gauche.)

A droilc. Oui! oui! — /J'rès-bieii ! )

.)/. l-lofnn. Il les lois de septembre!

M. le l'rcsideul. Veuille/ ne pas ijiterromprc. L'Assemblée ne doit pas permettre que l'on change le caractère de ce débat. C'est un dél)at général.

M. Flocon, .le demande la parole pour un lait personnel.

M. le Président. M. Flocon aura la parole après M. Thiers.

M. 'fhiem. Nous faisions respecter le^ droits de tout le monde, nous vous faisions éccuiter. .Nouvelle interruption.^

Montrez votre justice, je suis charmé qu'elle éclate à tous les regards. Xous vous faisions écouter, nous faisions respecter autant que possible les droits de lont le monde; cl \ous qui nous avez donné la République apparemment pour que nous fussions plus libre (bruit , lorsqu'inic partie de cette Assemblée, qui a eu comme vous, et peut-êtn^ plus que vous, riionneur du suffrage, universel, lorsque cette partie de cette Assemblée veut faire entendre sa xoix, vous prétendez lui interdire la parole par des distinctions rappelant les anciens partis aux([uels nous avons appartenu !

Je dis que, lorsqu'on agit ainsi, ou prou\e qu'on est un parti sans justice et sans mémoire. Très bien! très-bien! — Rumeurs à gauche.

f'nt- coix à (lauche. Retirez donc le mot {'adieux '.

M. le Président. Je vous répète, pour la troisième fois, que >l. Thiers s'est enq)ressé de dire qu'il n'appliquait ce mot farlieux à personne dans cette enceinte. Je n'aurais pas souffert qu'un membre de cette enceinte eut été traité de factieux, l'rès-bien!)

M. Thiers. .le disais. Messieurs, avant eelte interruption que m'a \alue un mot «jue je me <;uis hî^lé d'expliquer, ((ui ne s'adressait à personne ici; car autrement, je serais trop depour>u de tout sentiment des eonvj'nanees parlementaires, et il } a vingt ans (jue je monte à cette trUiune: je disais (jne jamais je n'ai voulu appliquer une expression aussi offensante à mi membre de celle Assemblée.

Quand je veux offenser, je m'adresse directement aux hommes; mais les offenser d'une manière gcMiérale, j'en suis incapable !

Je disais (|ue le troisième principe, celui de la concurrence, de l'éinulation industrielle, avait donne ces beaux résultats qui ne sont pas encore ce (jue nous devons désirer pour Ihumanité, mais qui sont un progrès : c'est que l'ouvrier gagne davantage et paie un ])eu inoius la \aleur des objets de consommation, quelques-uns seulem(;nt un peu plus, et qu'en somme sa condition est améliorée depuis trente ans. Voilà un fait qui est incontestable.

VA à cpioi cela est-il dû'.' A cette concurrence qui a changé tous les procédés. D'un côté, les machines avant pris le rôle de la force brutale . le rôle de la force intelligente a été ré- .servé à l'ouviier, et sa condition eu a été plus relevée. D'un autre côté, consommateur autant que producteur, l'ouvrier a pris sa part, sa très -grande part du bon marché que la société a obtenue;; et quel est au milieu de tout <;ela celui dont la condition s'est empirée.^ C'est rentrej>renenr.

.le pouirais , pour le démontrer, citer toutes nos grandes industries.

Je choisis celle des cotons. J'ai jiris luu^ période décennale, celle de ïH:)h a 18i;">, dans l'époque la plus calme du dernier régime. Voyez. les résultats ; la France, en 1835, employait 35 millions de kilogrammes de colon brut; elle ou\rait ces .'>.) millions de kilogranunesde coton brut quelle convertissait en fils, en tissus de tout genre.

Kn 184."). la Framr en a ou>ré 6.-> millions de kilogrammes, c'est-à-dire a peu |)rès le double. Ainsi, en iSi."), la société a obtenu le double de produits. Maintenant, à (picl prix le coton avait-il été ouvré? Les 35 millions de kilogrammes de <-oton de tous genres, filés ou tissés, avaient coùt(^ fi.U) millions à la société française, et les 05 millions de coton ont coûté n5() mil-

lious. Ainsi, pour une somme à peu près égale, il y a eu le double de produits, dont le peuple a profite, car il en est le principal consommateur.

Quant à l'ouvrier on a cherché des évaluations; on a

cherché quelle était, dans l'année, en additionnant toutes ses journées de travail, la moyenne du prix de sa main-d'œuvre. Elle était de 330 fr., et elle a monté a iOO. Ainsi, taudis que pour avoir le douhle de produit on a payé à peu près la même somme, le salaire de l'ouvrier a monté en proportion approximative de 330 à 400 Ir.

Or, savez-vous ce quil est advenu des entrepreneurs par suite de la coinurrence? Ils ont un peu moins gagné qu'auparavant, parce que par cette émulation ils ont cherché à satisfaire le public, dune part, et leurs ouvriers de Tautrc. Ils ont été obligés de se contenter de prolits moindres.

Voihi cette loi admirable ([ui fait qu'à mesure que la société fait des progrès, l'ouvrier gagne davantage, et comme consommateur il paie moins ; tandis que l'entrepreneur, placé entre la société et l'ouvrier, obligé de satisfaire tous les deux, est contraint à des etforts inouïs . et forcé' de se contenter de profits très-inférieurs.

Voilà la marche des choses, .le ne dis pas qu'il un ait point des interruptions dans cette marche des choses ; je ne dis pas qu'il n'y ait des afîreux jours, je le montrerai moi-même toutà-l'heure, et c'est pour ces jours affreux que nous devons chercher des palhatifs ; mais, enfin, cette vieille société que vous accusez tous les jours, avec ces trois principes, la propriété, la liberté, la concurrence, la société a fait des progrès, des progrès qui ont été au profit de tous, et surtout, et heureusement, plus encore au prolit du travail que du capital.

Vous dites que la société marche toujours vers l'appauvrissement des classes ouvrières ; lemoiite/. à deux siècles en arrière, remonte/, même plus loin, remontez à l'origine des sociétés, vo>ez la marche de lititérèt de l'argent, (pielle est-elle? Chez les Romains, je \ous demande pardon de remonter si haut, chez les Romains, lintéi-èt de largenl était de 15 à '10, et même a iO p. 0/0. Dans le mo\en-àge, il était do 12 à la p. 0/0; dans le dix-huitième .siècle, de 7 ou 8. et aussi de fi p. 0/0 ; et aujourd'hui, en temps calme, habituelleni<*nl il est de i et 5.

Eh bien ! vous dites que la société marche sans cesse \ers ce

terme, que les capitaux se refusiul au travail? .h- di% que la sociéti" marche, au ronlrairc, vers rauiclioraliou du sort de toutes les classes, et plus eucore des classes iutVrieures (jue des classes supérieures,

Les jîrauds priruiprs de la société se résunieut par ces mots dits a riioniuie : rra\aillc. tu seras assuré du produit de ton travail ; travaille selon tes facultés, à tes risques et périls, travaille mieux (|ue ton rival, et tu seras riche si tu es appliqué, sage et habile.

Eh bien! à la place de ces principes, (]ue voule/->ous mettre? l'Apli(pi(ms-uous d'une manière précise et posili\c. I,es mois de eonnnunaulé, d association, de réciprocité, de fraternité?

Messieurs, il faut de p^randes idées, et, pour mou compte, j<' suis partisan du s[iiritnalisnie. je le seiai toujoins, toute ma vie; je n'aime pas plus la politique que la ))liilosopliie consacrée au culte de la matière ; mais enliu il faut de la précision ; quaud il s'auit (\n bien-être du peuple, (piand il s'agit de salaires, quand il s'agit de consommations, il faut des eliiftres précis. Eh bien ! ^o^ons ce que \ous apportez, quelles sont vos idées? Je vais les énumérer tontes, et sans vouloir déei-ier celles de personne.

Appiècidtiofi ile.s sijxtrinca sodalish\s. — Qu'ave/-vous apporté? Les uns ont nié la i»ropriété, c'est le communisme ; les autres ont proposé l'association, c'est le sv.stème du Luxembourg ; les autres ont proposé la réciprocité, le bon mavch<', la suppression (\u numéraire, au imneu d nue banque d'eebauge, c'est le svstème de !\I. IMoudbon, et enlin le quatrième, un membre de la Commi-^sioii de Constitution, aous a apporté le droit au travail 1 .

Lb bien! examinons toutes ces propositions.

Quant <'.u communisme . c'est dans un livre (piOu peut dire tout ce que ce sujet comporte • je ne le dirai pas à la tribune. Et puis cette opinion est tellement décriée qu'elle ne semble pas un adversaire serieu\. (lependaut sur quoi se base-t-elle? Sur la négation de ttnite propriété et sur la négation de toute liberté. Voidez-vous saevitiei' ces deux ])rincipes sociaux ? Je dis au commuuisme. quel qu'il soit...

^1} M. Considérant.

l'n meuihre. Il y a divers (•ommunisnies.

M. Thieis. Je ne le nie pas, il \ a divers corumunisjûes, mais le fond est le même chez tous. Je m'adresse donc au communisme, quel qu'il soit, oL prenant ses principes essentiels, je lui dis : Vous ne lere/ quiuie société paresseuse et esclave. (C'est cela î — Très-bien ! très-bien !; On ne travaille pas pour la communauté. On peut dire à l'homme : Mourez pour la patrie ; mais dites-lui de tisser- du fil et de forger du ter pour la patrie, et vous verre/ commeut il vous écoutera. Hilarité générale.'

Le communisme fera donc une société paresseuse, et il fait une société esclave: tout le monde l'a dit, ce n'est pas du nouveau. l)e peur que l'on soit riche ou pauvre, heureux ou malheureux, il se charge de la destinée de l'homme, et il lui dit : Toi, tu seras Raphaël; toi, tu seras Bossuet ; toi, tu seras >'ewtou.

Eh bien ! il a eu peur que l'homme se trompât en choisissant sa voie, et il a eu la présomption de la choisir pour lui, il a eu la présomption de décider de toutes les aptitudes. Il y a là autant de présomption que d'oubli de la nature humaine. Mais le communisme n'est pas un adversaire sérieux ; je ne lui op-] pose que les grandes objections : société paresseuse, société es- \ clave î

L'association ! Je suis fâché que fauteur ou le restaurateur de cette idée ne soit pas ici dans cette enceinte.

M. Brivfs. Ce n'est pas sa faute, à lui ! ,0n rit. — Agitation.)

M. Thiers. Il a peut être des amis qui le suppléeront en tous cas. (>ouvelle hilarité.)

Eh bien ! Messieurs, cette opinion, elle est un peu moins chimérique, un peu moins désertée que celle qu'on appelle communisme ; est-elle plus sérieuse au fond '.'' Quoi ! de tout temps on avait regardé comme vulgaire cette vérité que dans la gestion des affaires privées, le meilleur des surveillants était l'œil du maître. On avait toujours cru que dans l'industrie privée ce qu'il fallait, c'était l'ardeur, riutelligeuce, l'application soutenue de l'intérêt pers<mncl, et ou nous propose dans l'industrie, quoi"? l'intérêt collectif, c'est-à-dire, l'anarchie dans l'industrie. Vous tigurez-vous toutes les filatures, toutes les forges, toutes les usines de France gouvernées par une association d'ouvriers'? et à l'intérêt privé, qui seul même, avec des efforts inouïs, avec des prodiges de capacité et d'application, arrive, non pas à la

fortmic. mais souvent à la ruine. <»i prétend substituer l'inté-

ivt folU'clif ! Kli bien! vous li^urez-vous une collection

laisanl ce que l'intérèl prive, la capacité, nonl pu faire? Vous avez donc tout confondu, tout déplacé. Dans l'industrie, le véritable jirincipe. le >éiilable moteur, «'est l'inlénH privé: taudis que dans l'Iltal, c est linlérèt collectif, linlérel général; et vous, vous avez tout confondu, vous avez mis dans l'industrie le principe qui ne doit se tiouver (jne dans !e (ioiivernement. (^Très-bien ! très-bien !

Je suis obligé d'aller vite, car je vous ai déjà retenus bien longtemps et je voudrais arriver enfin au sujet qui nous occupe, car je ne \eux pas abuser d'uiu' trop grande partie de votre temps, je ne veux toucber que le sommet des choses ; mais si je le pouvais, je NOUS citerais des exemples pris ici à Paris, dans de grands établissements, de cette association merveilleuse qui devait régénérer rcspccc humaine et rendre à la classe ouvrière sa prospérité, sa dignité; nous } \ erriez les désordres et la ruine ; vous y verriez le salaire diminué par les extravagances d'un mauNais gou\ernement. S'il y a une enquête, j'apporterai des exemples de ce principe collectif qui a été substitué au principe vrai de l'intérêt individuel. Vous avez mis, je le répète, Tanarchic dans l'industrie.

Dans la société, chacun doit spéculer avec ses capitaux. Dans l'association, ou ynenez-vous le capital ? Dans le trésor public. ,Ie Aous dirai tout à l'heure ce que c'est que le trésor public. Si c'était le trésor du riche, a la bonne heure. Si c'étaient toutes les industries qui vinssent y puiser, ça finirait par être nul, car ce serait tout le monde prêtant à tout le monde de quoi spéculer; mais ici, c'est uneda.sse, une seule, celle qui est agglomérée dans les villes, celle qui malheureusement, sans le vouloir, est souvent l'instrument des factions; c'est une seule classe qui vient y puiser; car 1 association ne conxient pas à l'agriculture, elle ne convient pas à tous les ouvriers qui viennent isolément travailler dans les maisons ; elle ne convient qu'à quelques ou^ vriers accumulés dans de grandes usines, dans les mines, dans les filatures, dans les grands établissements métallurgiques; c'est de ceux-là seulement que vous \ous occupez.

Eh bien! voyez le caractère de toutes les inventions; tandis que chacun spécule avec son capital, une classe, une seule, qui est peut-être d'un million d'individus sur .36 millions,

spéculera avec le capital de tout le mondcj et déjà pourvue d'un faux principe de gouvernement, je sais ce qui l'attend : la ruine.

Maison v a pourvu, voici le secret pour lequel ou a supprimé la concurrence. Quand la concurrence n'existera plus, c'est l'as.sociation qui fera les prix : au lieu de la ii])erté des prix, de cette liberté qui résulte de la liberté des transactions, et qui nous a valu tous les progrès que nous avons faits, vous aurez un monopole au protit d'une seule classe, qui est d'un million sur 36. \ oici l'association au vrai.

M. Victor ConsidèraïU. Je demande; la parole.

M. Thiets. Ou a demandé la parole, .fe ne demande pas mieux qu'une discussion approfondie ait lieu sur la question d'association; mais quoi qu'il arrive, vous ne détruirez pas ces trois objections principales : un faux principe de gouvernement, un capital pris dans le trésor public, uu monopole.

Cn bomme que j'ai rencontré, sans le vouloir, dans ces discussions économiques, M. Proudbon, qui a déployé une vigueur, une verve, un véritable bon sens, quand il attaquait les autres rires;; M, Proudbon, quand il a voulu, à son tour,

créer, inventei". qu'a t-ii produit? Tandis que les autres créaient la cberté ()ar le monopole, il a voulu, lui, créer le bon marché. C'est une bonne intention, el il a décrété le bon marcbé.} Par quel moyeu ? l'ar la loi, et il a dit : Oji réduira de 25 pour O^o toutes les valeurs, tous les salaires, tous les revenus, tous les produits, et ([uan<l la loi aura décrété la réduction de 25 pour O/Q sur toutes le.s valeurs, le bon marché sera produit.

C'est une invention, j'en conviens. Rires. Mais je vous prie de me dire s'il y a quelqu'un ici qui y croie : quoi ? les valeurs seront réglées par la loi ! Ce sont là les inventions qui vous portent à traiter avec tant de mépris le vieux monde, les anciens hommes d'Etat, et avec tant de fureur la société actuelle, la vieille société, comme ou a dit. Les valeurs dépendront de la loi!

Que d'orgueil pour une telle découverte! Et ce sont là ces inventions au nom desquelles on vient bouleverser une société, mépriser et invectiver des hommes d'Etat qui ont, depuis bien des années peut-être , prouvé quelque application , quelque inteUigence des intérêts publics. On atout découvert, dit on, on a tout changé, on a décrété le bon marché, et ou a décidé

que les valcius SiTtùfiit fixées ])ar la loi,... Mais cela sa|>|)clûit autrefois le maximum, et eola est resté une des i(lé<'s les plus bafouées des temps passés.

Ce n'est pas tout ; M. Proudliou, bien sévère pour S(!S collègues en soeialisme, leur dit.... Mais je ne. \eu\ )»as répéter les mots; vous m iulorrompriez, vous ainie/ hien raison. On rit.; Il leur dit : Vous êtes des aveugles; (puhjuelois il emploie ces mots: ' A' ous me dégoûte/. >• Puis il ajoute: Vous n"a\ez pas ru où était le véritable mal ; le \éritable mal est dans le numéraire; c'est là ce méchant roi (pi'il faut détrôner; il a un vice, ce vice, c'est de se refuser. [Hilarité prolongée.;

^'e crevez pas qu'ici, dans un sujet aussi grave, aussi sérieux, je veuille prêter des expressions ou des idées aux hommes que je combats; je prends textuellement les paroles; il y |en a de plus extraordinaires que celles que je cite : Oui, M. Proudhon prétend (]ue le numéraire a le défaut de se Vefuser. Alors, on répare le mal, car rien ne coûte dans les nouvelles écoles; quand on a fixé par la loi les valeurs, il est tout naturel de remplacer le numéraire de la même façon, et on le remplace, en effet, pai' du j)a|)ier dé])ité par une caisse d'échange.

Kh bien! moi, j'adresse cette simple question à l'auteur de cette découverte : que sera votre papier? Se refusera-t-il comme le numéraire? Hilarité. S'il ne se refuse pas, il ne vaut rien, je n'en ^euxpas. Hilarité nouvelle.)

Voici la quatrième invention socialiste. .le ne crois pas qu'il en existe une de plus. Celle-ci contient le moven le plus simple, le plus prali(iue. Aussi a-l-il obtenu l'honneur de figurer dans la Constitution ; et, en effet, je rec<mnais que c'est le seul praticable : il est d'une simplicité merveilleuse; il consiste à donner 40 sous i»ar jour aux ouvriers inoccupés.

Cela se peut, j'en cotniens, sauf à examiner plus tard la question de finance.

.le ne crois pas (]u on |)uissc, même avec une société qui s'y prêterait, organiser le communisme; je ne crois pas, même avec une société qui s'y prêterait, qu'on puisse organiser l'association : je crois qu'elle échouera dès le début ; elle a déjà échoué.

Quant au nouveau papier destiné à remplacer le numéraire, je n'en crains pas l'application, il ne commencerait même pas.

Mais prendre dans le trésor public de quoi donner 40 sous

par jour aux ouvriers, ceci se peut, ceci est pratique, je le discuterai tout au long, mais aussi brièvement que je pourrai le faire.

Je prie l'Assemblée, je prie le pays et tous ceux qui nous écoutent, et aujourd'hui c'est l'humanité entière qui nous entend, de remarquer que tout ce qu'on a trouvé pour remplacer ces vieux principes de l'ancienne société, de la société de tous les temps, de tous les pays, la propriété, la liberté, la concurrence, que tout ce qu'on a trouvé, c'est le communisme, c'est-à-dire la société paresseuse et esclave ; l'association, c'est-à-dire l'anarchie dans l'industrie; la réciprocité, c'est-à-dire le maximum et le papier ; et enfin le droit au travail, c'est à-dire un salaire aux ouvriers oisifs, agglomérés dans les grandes villes.

Quand on aura rendu à ces idées la valeur que je viens de leur retirer, qu'on essaiera de leur rendre, mais que je tâcherai de leur reprendre encore si je suis ramené à cette tribune ; eh bien ! quand on leur aura rendu cette valeur, alors je m'humilierai devant la nouvelle économie politique, devant le nouvel état social ; je reconnaîtrai que nous avons été, non pas de mauvais citoyens, des indifférents, mais que nous avons été aveugles et ignorants. Jusque là je persiste à croire que nous avons été des hommes publics qui n'ont pas toujours été heureux, qui n'ont pas été toujours servis par les circonstances, mais qui n'ont pas fait autant de mal qu'il vous plaît de le dire aujourd'hui que vous êtes victorieux, ni aussi peu de bien qu'il vous plaît de le supposer. (Approbation.)

Maintenant, de ces quatre systèmes, j'arrive au dernier, le seul qui ait aujourd'hui l'honneur d'une discussion positive, pouvant aboutir à uu vote. L'honorable M. Mathieu (de la Drùme) nous disait qu'on ne lui avait pas répondu. Je vais essayer de le faire : il s'en plaignait, il avait raison ; il faut se serrer de près dans ces questions, de très-près, lintérèt publie le veut.

Eh bien ! je vais essayef de répondre ; je n'y réussirai peutêtre pas, mais je tâcherai ; j'y montrerai au moins la bonne volonté qu'a montrée M. Mathieu (de la Drùme) en posant son système à cette tribune. (Bruit.)

Eh bien ! Messieurs, voici le principi' sur lequel on fait reposer le droit au travail. Ou nous dit : La propriété est perdue, nous allons la sauver, et voici pourquoi elle est perdue, iikn

qu'elle soit nécessaire, peu à peu l'univers se trouve envahi par elle. Ainsi, si on veut travailler, leseapitaux se refusent; si on veut lal)ourer, tous les champs sont occupés; c'est rell'et du temps, c'est l'effet des générations qui nous ont précédés, qui ont, sinon iisui'pé,(Iu moins occupé le monde coîumc jji'cmicrs venus.

Eh hien ! il n'v a qu'un nn)ven de sauver la propriété, c'est d'assurer à ces hommes venus trop tard et qui veulent travailler , les movens de travailler. Ainsi le principe, si je ne me trompe, je ne cherche pas a délignrcr le svstcme, c'est que le monde est occupé par les premiers venus , plus heureux , plus pressés.

On nous dit., par exemple, que dans l'état sauvage, car on en parle heaueoup dans cette discussion, c'est naturel (on rit) ; on nous dit que dans l'état sauvage il y a quatre droits qui ont péri dans l'état social, et c'est le droit au travail qui doit en être le représentant ; ces quatre dioits , les voici : le droit de pèche, le droit de chasse, le droit de cueillette, le droit de pâture (I). (On rit.)

Si aujourd'hui, nous dit-on encore, vous voulez chasser dans une propriété qui n'est pas à vous, on vous condamne comme braconnier; si vous voulez pêcher, on vous condamne comme ayant nui au droit du fisc; si vous vous voulez pâturer, cueillir, on vous condamne comme avant commis un délit rural. Le monde est occupé; il faut venir au secours de ceux qui le trouvent occupé.

Eh hien ! je vais vous poser une question. Et ici, Dieu me préserve d'exciter le rire, car les hommes dont je vais parler ont fait beaucoup de mal, et ils .s'en sont fait beaucoup à euxmêmes... vous avez eu quelques milliers d'infortunés qui, égarés par des sophismes, ont versé le sang. Il faut leur faire une vie nouvelle. Dites-moi, si vous les placiez sur des vaisseaux, et que vous allassiez les jeter dans ces pays où existent ces quatre droits qui ont péri dans notre société, et qui, suivant vous, sont si regrettahles, ne dirait-on pas que vous êtes des barbares, des gens cruels? Si vous alliez les jeter à Cayenne, à la Guyane, ne dirait-on pas que vous êtes des gens atroces? et on aurait quelque raison.

()j Nomenclature do Fourrier, reproduite par M. Considérant, dans un écrit récemment publié; théorie du droit de propriété et du droit au travail.

Eh l)ieii ! Sîessiciirs, mais dans les pays où il serait l)arî)are de les jeter, ces droits que vous regrettez tant existent ; qu'estce donc que \ous regrettez ? Un état où il serait cruel de jeter des hommes, un état qui est la misère. Ces générations qui vous ont précédés, qu'ont-elles fait? elles ont rendu ce monde habitahie, plus habitable pour tous ; elles l'ont rendu plus approprié au\ besoins de J'homme. Quant à l'état primitif, vous n'en voudriez pas , et vous n'en voulez pas même pour des hommes égarés qui ont versé le sang de leurs concitoyens. Quand vous songez à envoyer ces mêmes hommes en Afri({ue, si vous les y envoyiez sans un capital, sans des instruments de travail, des semences, du bétail, de quoi se vêtir, de quoi se nourrir, ils diraient encore que vous êtes des gens cruels.

Que voulez-vous donc? La terre couverte de capitaux, c'està-dire de constructions, d'instruments, de bétail, d'engrais, de semences; mais la terre telle qu'elle était dans l'état primitif, vous n'en voulez pas. Eh bien! est-il étonnant que les généralions qui vous ont précédés, qui ont couvert cette terre de capitaux de tout genre, vous en demandent un intérêt, c'est-à-dire une rente? Est-il étonnant que pour les capitaux mobiliers qu'elles ont créés, elles vous demandent un intérêt? Mais elles vous le demandent tous les jours moindre. Elles n'occupent donc pas l'univers en maîtres absolus, inexorables, qui n'en veulent rien céder aux nouveaux venus. Elles n'ont lait que l'approprier à vos besoins et vous le rendre plus accessible.

Le principe sur lequel vous vous appuyez pour réclamer le droit au travail est donc puéril.

Mais maintenant, peut-on, dans tous les cas, assurer du travail aux hommes? Le doit-on et le peut-on? Eh ! mon Dieu, si on le peut, je n'en conclurai pas qu'on le doive; mais j'admets qu'on le doit si on le peut.

ftFais voyons : décrivons le mal au juste pour arriver au vrai et plaçons nous dans les faits. Quel est le mal auquel vous voulez remédier? En réalité, c'est le chômage. Ces sociétés industrielles qui ont fait de grands progrès, grâce aux principes que je vous ai énumérés, ces sociétés sont très-compliquées, elles sont une machine très-délicate, à mille ressorts, et dans lesquels le moindre dérangement produit des désordres profonds;et subits. Dans ces sociétés industrielles, où l'on paie la main d'œuvrc très-cher, à la première crise, il y a des milliers d'ouvriers

sans travail. ^lais où cela se produit il? Non pas dans les champs, mais dans les villes'; car nous ne nous occupons jamais ici que de la j)opiiialioii des villes. Dans les clianips, la vie est eonslainmenl dure, mais il iiv a pas de eliùmage; où il } a cliùmage, c'est dans les grands centres de population industrielle, dans les villes.

Ainsi ne dites pas que vous vous occupez du peuple cnlier,car vous ne vous occupez que d'une petite partie de ce peuple. Mais, du reste, quels sont les movens de venir au si'cours de celle |)etile partie? Vous dites que nous oublions que la bienfaisance l'humilie.

Je demanderai à dire nn mot sur celte prétendue humiliation de la bienfaisance. Mais dabord vous-niimes qu'esl-ce que vousfaites? Je vais vous prouver qu'au fond c'est un secours que vous donnez, et que, si le secours donné par la société humilie, vous êtes aussi humiliants que nous.

D'abord est-ce que la société humilie quand elle donne? M. Ledru-Iiollin disait hier que, lorsqu'on paie un ouvrier, on se sentait son égal ; mais que, quand on lui faisait l'aumône, on ne se sentait pas son égal. 11 y a eu une interruption. J'étais, non pas de ceux qui interrompaient, j'interromps rarement, mais j'étais de ceux qui n'approuvaient pas cette idée. Je vais en dire le motif.

Oui, il y a entre celui qui paie et celui à qui l'on paie égalité et inégalité tout à la fois. 11 y a une inégalité, c'est celle de l'éducation, des lumières, inégalité certaine qu'on ne peut pas nier, comme il y en a une au Ire à l'égard de celui auquel on donne. Mais il y a une égalité, il y en a une, et celle-là, elle existe autant à l'égard de l'ouvrier qu'on paie qu'à l'égard de l'ouvrier à qui on donne parce qu'il manque de travail : cette égalité, c'est celle devant la loi ; et il y en a une autre plus haute encore, c'est celle qui est devant cet litre suprême qui prend en pitié nos différences. Eh bien ! non ; celui auquel on donne n'est pas humilié, et je ne pense pas que jamais, dans aucun temps, quand on ne voulait pas flatter le peuple , car dans tous les temps il y a eu un maitre qu'on voulait flatter; quand on ne voulait pas le flatter, on ait dit que la bienfaisance était un outrage. Quoi ! ces bienfaiteurs de 1 humanité, saint Vincent de Paul et tant d'autres, ont donc outragé l'humanité en étant bienfaisants? (Nouvelle interruption à gauche.)

Messieurs, si la Lienfaisauce de l'iiKlividu outrage, ce que je nie, la })icnfaisaîice bien faite n'outrage jamais; si cette hieufaisauce outrage, je vous demaude si celle de la société outrage aussi. Je pourrais vous citer des exemples éclatauts. Comment donc ! nous avons vu sous la Restauration un général illustre qui n'avait laissé de fortune à ses enfants que son épée, nous avons vu la France entière, qui aimait à trouver dans sa houche de vieux soldat les accents de la liberté, la France se bâter de

souscrire pour ses enfants; est-ce que la France l'outragea?

(Murmures.)

3[ais je vais vous'prouver que Yous-mêmes vous tombez dans une contradiction frappante. Comment! vous écrivez dans votre Constitution le droit à l'assistance; est-ce que vous entendez outrager ceux auxquels vous accorderez l'assistance? Vous me direz : Ils ont le malheur d'être invalides ; mais les crises commerciales sont aussi un malheur, et quand la société vient au secours de l'un, vous direz qu'elle fait une chose légitime et bonne, et quand elle vient au secours de l'autre, vous direz qu'elle l'outrage? Ce sont des mots de partis. On n'offense pas les misères qu'on veut secourir —

Un membre. C'est le prix de services rendus.

Voix nombreuses. jN'interrompez pas.

3f. le Président. L'interrupteur aura son tour de parole; jusque là il doit se taire. (On rit.)

M. Thiers. Moi, je nie l'offense, je nie l'humiliation; mais vous, que faites- vous? Je vous délie, dans ce que vous faites, non pas dans ce que vous écrivez, que n'écrit-on pas! je vous défie, dans ce que vous faites, en réalité, de trouver autre chose qu'un secours. Des ouvriers viendront vous demander du tra- \ail... Tous tous, prévoyant l'objection, vous avez dit : " L'État ne peut pas faire de la bijouterie, de la soierie, des meubles, des objets de luxe. » C'est évident, on ne peut pas imposer à l'Ftat de se faire fabricant de toutes choses.

Qu'est-ce que fera l'État? Ce qu'il a fait dans les ateliers nationaux; il leur donnera du travail de terrassement.

Eh bien! savez- vous ce qui est arrivé dans les ateliers nationaux, et c'est là, à mon avis, ce qui excuse, non pas entièrement, la conduite tenue à l'égard des ateliers nationaux, mais ce qci excuse une partie de cette conduite.

Eh bien! quaixl un ouM'icrcuii avait manié la navctlcoulc huriii, qui avait les bras laibU's, qui axait besoin tnc^nii' de conserver la souplesse, la délicatesse de sa main pour pouvoir gagner plus tard le pain de ses enfants, quand on lui nuttait une pioche ou une pelle dans les mains, il avait bientôt les mains en san*;, on il ne pouvait rester courbé vers la terre; et alors lis condueleins de ces travaux, par une humanité que pour ma part ja|)prouve, lui disaient : « >e laites rien, et on vous donnera les 40 sous, •

Si ce n'était pas là un secours, c'était (pu'lqne chose de l)ien pis, c'était une soustraction des deniers publics. Le secours, c'est la seule manière d'ennoblir une telle chose.

J'ai vu de vieux soldats de la j;;arde munici[)ale qu'on emplovail à I extraction du minerai de ter; ja[>j)rouvais M. le ministre de la guerre et les bommes qui les conduisaient, et qui avaient l'humanité de ne pas les obliger à travailler ; je disais : C'est un secours.

Je vous délie de dire que c'est autre chose; si vous le dites, je répondrai que vous en imposez.

Vous leur proposez quehiuc chose de bien plus cruel encore qu'un secours : l'expalriaiion. Vous dites a un ouvrier prive pendant deux mois de travail, à l'ouvrier de Lille, de l{oubaix, de Tourcoing, de Ilouen : Expatriez-vous, allez dans les marais du Cotentin, allez en AlVitpie,.. C'est quand vous ax(z dit cela aux ouvriers des ateliers nationaux qu'i's ont pris Us ar/nes, cl qu ils ont dit : « Nous ne partirons pas, "

VousvoM'z donc que, quoi qu'on fasse, quand on met de côté les déclamations, c'est un secouis; la dillerence entre vous et nous, c'est que ce secours nous le donnons en sachant ce que nous faisons ; nous le mesurons d'afjrcs les movens de la société; nous lui donnons son vrai nom, et vous, vous l'organisez de manière à ce que ce se( ours soit un acte malhonnête envers la ,société; car, si elle commande et paie un tra\ail, il faut qu'on le fasse.

Il faut parler la langue, il faut la parler sincèrement, et avec la connaissance de la valeur des mots; ce qui est un secours, un acte de bienfaisance, il ne faut pas en faire un droit. Or, je vous prouverai, par des considérations courtes et décisives, que vous employez la langue hors de son vrai sens, de son sens éternel.

Quand vous venez placer ici le mot de droit, voyez ce que vous faites.

Lorsque quelques ouvriers chôment accidentellement, vous voulez leur donner un secours. Tel gagnait 5 fr., tel autre () fr., tel autre 8 fr. par jour, vous n'allez pas leur donner 0 fr. , 7 fr., 8 fr. ; vous ne leur donnerez pas même 40 sous, si vous voulez les leur donner longtemps. Je voudrais qu'on put donner 40 sous, mais entin il faut songer aux linanccs de l'État qui ne sont pas les linanccs du riche, mais celles du pauvre; vous leur donnerez tout juste de quoi se soutenir deux mois, trois mois. îlais si c'est un droit, prenez-y garde! On ne plaisante pas avec les droits; les droits, il faut y satisfaire complètement. On vous dira : « Je gagnais 3 fr., donnez-moi 3 fr,, mais vous ne donnerez même pas 40 sous, vous leur donnerez de quoi avoir du pain pendant deux mois, trois mois, et ce serait là un droit ! Le droit n'admet pas d'à peu près.

Puis vous direz à ces ouvriers : Mais dans quel temps vous adressez-vous à moi? est-ce en temps de crise ou en temps de prospérité? Si c'est en temps de prospérité qu'ils viennent s'adresser à vous , vous leur direz : Pourquoi vous adressezvous à moi? mais il y a du travail; pourquoi venez-vous à l'État ? Vous venez , parce que vous êtes mécontents de votre maître ; vous quittez votre maître, parce que vous voulez faire renchérir les salaires en vous refusant à travailler. Vous direz encore : Je donne dans un moment dilBcile , je ne donne pas dans un moment de prospérité. En effet , si vous alliez donner à tout venant, dans tous les moments, savez-vous ce que vous feriez? Vous bouleverseriez l'industrie.

Et ce n'est pas une h} pothèse que je fais ici : au nombre des ouvriers des ateliers nationaux , il y en avait qui quittaient leurs maîtres parce qu'ils étaient mécontents d'eux, et d'autres parce qu'ils voulaient faire augmenter la main-d'œuvre. Vous ruineriez donc l'industrie du pays.

Il faut donc que vous vous réserviez le jugement des cas ; {[ue vous disiez : Je donne aujourd'hui , je ne donne pas demain ; je donne en hiver , je ne donne pas eu été ; je donne en temps de crise, je ne donne pas en temps de prospérité.

Et vous appelleriez cela un droit , quand vous resterez maîtres de décider des cas ! iNon , ce n'est pas un droit , ou vous avez oublié la langue. Très bien !)

Mais niaintenaut voulez-vous voir, par iiii autro exoniplo, C!)niI)iou le mol droit Qsi maladroitement, malheureusemenl appliciné? In droit, Messieurs, ne fait pas d'exceptiou entre les elasses des eitoycns, un droit s'ap[)li(pie à tous. J.e droit, par exemple, d'éerire, tout le monde peut i'exereer ; des ouvriers écrivent. IVous avons vu, dans les années qui ont préeédé cellc-ei , un exeellent journal (I) qui était rédij,^'' par des ouvriers, dont quelques-uns sont iei auprès de nous, et nous sommes honorés de nous trouver auprès d'eux, car ils sont au nombre des hommes dignes et éclairés de l'Assemblée. 'J'out le monde peut donc écrire , c'est un droit pour tous ; mais un droit que telle classe pourrait exercer , et pas telle autre , vous appelleriez cela un droit?

A'oilà un ouvrier qui se présente; à son vêtement, à son langage, vous le reconnaissez, vous l'accueillez, vous lui donnez du travail si vous le pouvez; mais si c'est un individu d'une classe plus élevée qui se présente et dise : Je n'ai pas d'emploi; vous lui direz : Vous êtes un solliciteur, retirezvous ; et vous aurez raison. (Rires approbatifs.)

On a fait des caricatures sur cette manière d'enlcndrc le droit au travail ; dans ces caricatures , il y avait quelque chose de vrai.

In droit est de tout le monde ; quand ce n'est qu'un droit d'une classe, ce n'est pas un droit; un droit qu'on accorde à celui-ci et qu'on refuse à celui-là n'est pas un droit.

Vous avez donc mal parlé la langue , je vous le répète. Si cela se bornait à la langue mal parlée , nous sommes résignés, tout en prenant au sérieux la Constitution , car elle peut contenir les destinées du pays, à laisser passer beaucoup de paroles qui peuvent offenser des esprits difficiles et exercés ; mais quand on parle mal la langue , et que les paroles peuvent amener des journées de juin, permettez-nous, Messieurs, de réclamer la justesse rigoureuse du langage.

Je suis d'avis que le Gouvernement s'applique à donner

(1) L'Atelier, sans doute ; rëd<nctpur en chef, M. CorLon, aujourd'hui vice-président de rAs>( mbiée nationale. Nous ne contestons pas le talent et la dignité des écrivains; mais il nous est impossible de ne pas dire que ce journal a, lui aussi, propagé un socialisme nuageux plein de dangers. C'a été un journal remarquable, mais jamais un journal excellent.

autre chose que dos travaux de maiiouvrier. Je ne crois pas impossible, quand l'Etat a à vêtir des soldats, à faire des machines , à élever des constructions ; je ne crois pas impossible que l'Etat puisse venir au secours des ouvriers dans les temps de chômage. Je pense qu'il doit réserver certains travaux publics pour les substituer aux travaux privés, quand les travaux privés viendront à manquer; mais tout cela est borné, tout cela est accidentel, tout cela tient à des combinaisons qui peuvent réussir ou ne pas réussir.

Dans tous les cas , il faudra donner des secours aux industries de luxe , car si l'État a à vêtir des soldats , il ne peut pas les vêtir de soieries ; il ne peut pas faire des manufactures de meubles : il y aura des classes que , par les travaux de l'Etat , vous ne pourrez secourir; si , à un orfèvre, vous alliez offrir une pioche, vous seriez barbares au lieu d'être secourables.

Ainsi , c'est un secours que l'Etat peut donner , et pas autre chose. Il ne faut donc pas l'appeler droit.

Et puis faut-il vous parler du danger où vous vous trouveriez lorsque ces classes se présenteraient devant vous armées, non plus du titre toujours si imposant de la misère , mais d'un article de votre Constitution? La situation serait beaucoup plus difficile. Dans ces terribles journées comme celles de juin, ce n'est pas assez que d'avoir la force pour soi , il faut que, dans de telles journées, à la force se joigne le droit clair, incontestable. Pensez, au surplus, à l'ancien art. 14, et prenez garde d'armer un souverain nouveau d'un autre art. 14! (Vive approbation à droite.)

Les finances publiques. — Permettez-moi, en finissant, de présenter une dernière considération , c'est la considération financière. Il faut pourtant savoir quelle est la source à laquelle vous puiseriez pour satisfaire à ce droit nouveau si redoutable, si faussement appelé droit, que vous voulez introduire dans la Constitution. Oh ! si la question était celle-ci : Si c'était tout le peuple, entendez-moi , si c'était tout le peuple en présence du trésor, et que ce trésor fût celui du riche, ah! je vous écouterais; mais d'un côté , il n'y a pas tout le peuple , de l'autre il n'y a pas le riche. Quelques mots suffiront pour me faire comprendre.

Comme je le disais tout à l'heure , ces classes condamnées

au chômage no sonl pas tout le peuple; ce n'est qu'une portion, une portion inliniinent petite du |)euple ; c'e^t celle (jui est a*:gloniérée dans les >illes, et qui, je le répète, sans le vouloir, sans le savoir, est souvent un instrument.

1ji {)résenee de celte portion du peuple, qu'y a t il? Il y a le trésor. Kst ce le trésor du riche? .Non ; (juoi (jue vous fassiez, le trésor est toujours le trésor du pauvre ; et quelques mots éclairciront cette vérité complètement

On nous dit : ]\Iais juscju'ici on a fait payer les impôts aux pauvres et î on pas aux lielies ; et ([uand on les fera payer aux riches, la question sera changée.

ïAi bien! Messieurs, essayez, combinez des impôts; vous avez eu au pouvoir des hommes «jui avaient toute votre confiance et qui la méritaient , M. Garnier- Pages. D'autres sont venus. Ont-ils trouvé si facile de faire ])roduire la masse de limpùt par le riche? Je vais vous dire ce qui embarrasse tous les financiers routiniers si vous voulez ; savez-vous pour(|uoi , en définitive, le trésor est toujours le trésor du pauvre et n'est pas celui du riche? C'est que le riche est très- peu nombreux. Si vous aviez étudié les tables de la population , vous verriez que, quelque combinaison qu'on emploie, en définitive, c'est toujours le grand nombre qui paie.

Ce n'est pas après en avoir trop apporté ici que je vais encore vous donner des calculs ; je ne donne que les résultats généraux. Vous prendriez , par la loi agraire, par le communisme, toute la fortune de ceux qui méritent le titre de riches en rranee , que vous ne paieriez pas une année des dépenses publiques. Quoi que vous fassiez, que vous reversiez les impôts de consommation sur l'impôt foncier, vous ne faites rien que de vous adresser d'un pauvre a un autre.

Savez-vous ce (jue vous faites quand vous déchargez certaines espèces d'impôts, par exemple, rim[)ôt de consommation? Vous diminuez le prix du vin, vous faites monter le prix du pain ; vous chargez la terre tous les jours ; vous vous occupez du peuple des villes, et vous n'avez jamais songé au peuple des campagnes, ou du moins, par les mesures que vous prenez, on ne le croirait pas.

Ainsi, par exemple, vous voulez augmenter l'impôt foncier, c'est le peuple le plus intéressant, le plus patient, le moins salarié que vous chargez. Eh bien î qu'est-ce que vous nous propo-

sez donc en réalité, en mellant toutes les déclamations de côté? De fournir arbitrai: emcnt, [;endant uu leinj.s de l'année,»» salaire, un salaire obligé appelé droit, à une partie infiniment petite de la population, en prenant oij? Dans le trésor de tout le peuple. Voila le vrai, Eli bien ! Messieurs, en présence d'une telle situation, permettez-nous, à nous qui voyons tous les intérêts, ceux qui sont d'un côté et ceux qui sont de l'autre, de chercher à vous airèlcr et de vous dire de les peser. Ce trésor dans lequel vous puisez, c'est un trésor qui n'est pas inépuisable, qui est très- limité, qui Ci-t celui du ]:auvre, cl nous faisons appel, non plus à votre humanité, mais à quelque chose de plus élevé, à votre justice.

(Marques nombreuses d'une vive adhésion.)

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