IX. DISCOURS DE M. DCFAURE
J'hésitais, Messieurs, à prendre la parole après l'habile orateur qui descend de la tribune. Les principes sur lesquels son dis-
(1) L'aveu est bon à noter.
(2) Représentant île la Charente-Inférieure. M. Dufaure, né en 1789, a d'abord été avocat à Cordeaux. Nommé conseiller d'État par le ministère du 22 février, il donna sa démission à la chute de ce cabinet. Lors de la formation du ministère du 12 mai, il devint ministre des travaux publics.
Quoiqu'avocat.M. Dufaure ne plaide point : il discute avec probité et indépendence. La qualité distinctive de son talent est une admirable clarté. En politique, j\l. Dufaure a appartenu à l'ancien centre gauche; mais son nom servait de dnipcau à un groupe séparé assez important.il apris une part brillante à la discussion de toutes les questions d'iiffaircs et notamment de celles relatives aux chemins du 1er. Il est un de ceux qui ont porté le plus de lumièies dans la discussion de la Constitution.
cours parait tv\ oser ont clù ceux delà commission; les termes dont il s'est servi ressemblent beaucoup aux nôtres ; cependant, dans plusieurs des coiisiileralioiis tpie j'ai entendues, j'ai cru voir une exagération qui demandait une réponse, et, dans la conclusion m'^me du discours, il y a une erreur que la commission ne [leut laisser passer.
L'iionorabîe M. Billault appuie ramendemcnt de M. Mathieu (de la Drôme); il demande avec lui que l'Assemblée insère dans le paragraphe 8 du| préambule de la Constitution la reconnaissance du dioit au travail.
Pour appuyer cet amendement, il nous demande si nous devons plus longtemps rester les bras croisés, si nous ne reconnaissons pas les nécessites impérieuses que la Hévolulion de Février et la crise industrielle et commerciale dont elle a été suivie ont créées pour le gouvernement de ce pays. II vous le demande à vous, Messieurs; et, depuis que vous êtes réunis, quelle a été, je dois le dire pour vous tous sans exception, Messieurs, quelle a été la première de vos préoccupations, si ce n'a été tous les jours, à tous les moments, dans toutes vos délibéralions, d'apporter des remèdes aux souffrances cruelles dont la société est actuellement affligée ? Très-bien !)
Ce n'est pas une flatterie que j'adresse à l'Assemblée : c'est une vérité que je prends la liberté de proclamer devant elle et que l'avenir proclamera comme je le fais. Y a-t-il jamais eu une Assemblée dans le monde qui ait en si peu de temps accordé aux souffrances des citoyens malheureux autant d'étude, autant de sollicitude inquiète, autant de mesures fraternelles que l'a fait l'Assemblée actuelle? l'renez toutes celles aux(pielles vous voudrez attacher le plus de popularité; prenez celles qui se sont le plus distinguées ou par l'éclat du génie ou par l'ascendant de la force, de la puissance : il n'y en a pas une, je le répète, que l'avenir doive mettre en comparaison avec celle-ci, pour l'attention constante et secourable accordée aux intérêts des parties souffrantes du monde social, (Très-Lien 1)
Si nous étions les seuls à entendre de telles paroles, il y aurait peu d'inconvénient, la réponse est sur tous ces bancs; mais des paroles semblables sont entendues ailleurs. Ne venez pas nous demander si nous voulons toujours nous croiser les bras. (4 droite : Très-bien !)
Voix à gauche, il faut des actes et non pas des paroles!
M. Dufaure. Que ceux qui m'interrompent de ce côté de l'Assemblée (l'orateur montre la gauche) ne me disent pas qu'il leur faut des actes et non des paroles, je les renvoie aux actes de tous les jours de l'Assemblée nationale; qu'ils veuillent les lire, qu'ils se préoccupent de ce qui se passe au milieu de nous, et ils verront que depuis quatre mois l'Assemblée nationale n'a pas eu déplus vive, de plus ardente, de plus chère préoccupation. (Très-bien! à droite. — Interruption à gauche.)
M. de Falloux. Le premier acte de l'Assemblée a été l'enquête.
M. Dufaure. Je montrerai tout à l'heure à ceux qui me disent : 11 faut des actes et non des paroles, que ce sont eux qui demandent des paroles et qui ne proposent pas des actes. (Rires approbatifs à droite.)
Je leur montrerai encore, s'ils me le permettent, que nonseulement ils ne demandent que des paroles, mais qu'ils demandent des paroles qui n'auraient pas la portée, qui n'auraient jamais l'efTet qu'ils espèrent leur faire produire.
La commission avait été préoccupée comme vous, Messieurs, depuis quatre mois, de toutes les pensées que l'honorable M. Billault a apportées tout à l'heure à la tribune. C'est pour cela que dans ce préambule, préface obligée, comme le disait le rapporteur de la Constitution de l'an lil, Boissy-d'Anglas, préface obligée de tonte Constitution libre et juste, guide des législateurs futurs, disait-il encore, c'est pour cela qu'elle a cru devoir insérer le principe sur lequel nous délibérons.
La commission a voulu tracer les devoirs de la société après avoir indiqué les devoirs des citoyens; elle a dit, vous le savez, que la société devait protection aux citoyens dans leur personne, dans leur famille, dans leur propriété, dans leur religion, dans leur travail qui est une autre propriété; elle a cru ne pas devoir se borner là.
On pouvait imaginer que l'action de la société devait se borner à cette surveillance attentive, à ce rôle un peu passif; nous avons voulu qu'elle allât plus loin, et, inspirée précisément par vos pensées de tous les jours, inspirée par la situation même où nous nous trouvons, la commisï>ion vous a proposé d'ajouter que la société, mère vigilante et attentive, devait à tout moment mettre l'instruction à la portée de tout le monde, qu'elle devait encore assister ceux qui soufTrent soit en procurant du
— 2f)3 — lîavail à ceux qui peuvent travailler, soit en donnant des secours à ceux qui ne le peuvent pas.
Voilà sa proposition : répond elle à la pensée intime de la société, aux besoins des circonstances actuelles?
Cette proposition, elle ne nous appartient pas, nous ne prétendons pas au mérite de, l'invenlion. Nous avons exprimé un 4ievoir sacré pour (ou(e société, surtout pour une société républicaine; nous avons voulu l'inscrire dans le préambule : nous l'avons inscrit d'après les plus grandes autorités que nous puissions citer en [irenant quelques-unes des paroles de Montesquieu, en [)renant presque les paroles de l'Assemblée constitjjanle, en copiant M. Ledru-Rollin s'et» est aperçu l'autre jour en lisant), en copiant presque les paroles de la Convention ellemême.