le Président. L'orateur va expliquer sa pensée
3Î. Favart. El c'est un discours écrll encore! c'est de la réflexion !
M. Félix Pyat. Ce n'est pas le jugement que j'attaque, c'est la nécessité du jugement que je déplore. (.Mouvement.)
M. Dupin {de la Nièvre). S'il y a eu un jugement , c'est qu'il y a eu un crime ! Il ne fallait pas commettre de crime !
3f. Félix Pyat, continuant. La République ne veut ni ne peut gouverner ainsi; elle ne peut se contenter de l'aumône qui supprime le travail ou du bourreau qui supprime l'homme. (Vives réclamations. — A l'ordre! à l'ordre!)
M. Dupin {de la Nièvre). Ce sont les assassins qui suppriment les victimes !
Voix nombreuses. A l'ordre! — Monsieur le président, rappelez à l'ordre!
M. le Président. Lorsque j'ai invité l'orateur à expliquer sa pensée, il a déclaré qu'il n'avait pas voulu attaquer le jugement, qu'il respectait le jugement du jury, mais qu'il avait voulu attaquer un système de gouvernement qui rendait ce jugement nécessaire. (Agitation.)
(0 Ils ne sont ni cgaui, ni inégaux. Ils obéissent à la loi naturelle de l'offre et de la demande. Lisez l'A H C de l'économie poliliqiie.
(2) Dans l'auloinnc de 1846, par suite de la thcric des crains, une bande s'est portée chez un cultivattiui' et Ta assassiné dans des circonstances toul-â-fail barbares.
Plusieurs membres. C'est l'assassinat, c'est l'insurrection qu'on prêche ! - M. de Larochcjacquelein. Sous n'importe quel gouvernement, l'assassinat doit être puni ; ce n'est pas une question de forme gouvernementale !
M. de Lamoricière. 11 n'y a pas de gouvernement où l'assassinat ne soit puni.
M. Taschereau. Quand on a assassiné, au 24 juin, le général Bréa, est-ce que c'était la faute du Gouvernement ?
M. le Président. Personne ne peut entendre la pensée de l'orateur comme une justification de l'assassinat ; mais ce serait peut-être la conséquence de son discours. Si c'eut été là la pensée de l'orateur, je l'aurais rappelé ii l'ordre.
M. Baroche. Les individus de Buzançais ont été condamnés pour assassinat, et non pas pour autre chose.
M. Félix Pyat. Sans doute ils ont été condamnés pour un assassinat; mais la cause de l'assassinat, c'est la famine, et la cause de la famine , c'est le Gouvernement (I). (Nouvelles réclamations.)
Je continue.
La République comprendra que ce qui manque à tous, c'est l'ordre et l'équilibre dans la production, la mesure et l'équité dans la rétribution , la possession pour tous, des moyens de crédit et des instruments du travail, en un mot la satisfaction de tous les intérêts , la conciliation de tous les droits , l'harmonie et la paix par l'association. (Chuchotements.)
Citoyens, il faut satisfaire le droit au travail par l'association, car c'est un droit naturel, un droit promis, un droit écrit depuis le 24 février. Quoi que vous voliez, reconnu ou non, il est ; le décret a été rendu, promulgué et affiché en ces termes : « Droit an travail, existence garantie à tous. » Le peuple a son titre, titre en règle, authentique et reconnu par le Gouvernement provisoire en même temps que la République (2). Vous êtes au-dessus du Gouvernement provisoire, je le sais bien; mais vous n'êtes pas au-dessus du droit. Le droit peut se passer de votre Constitution, mais votre Constitution ne peut pas se passer de lui. Toute Constitution , pour être durable et possible, doit être conforme aux droits et aux besoins de la nature humaine. Or le travail est un besoin , c'est-à-dire un droit ; le droit existe de soi. Tout ce qui se fait contre lui et sans lui est nul d'avance.
Un memlire à droite. Suivant vous la Constitution devra être comptée pour rien.
M. Félix Pyat. Mais la Constitution n'est pas votée, puisque nous la révisons. (La clôture! — Parlez!)
Ce qui perd la Constitution et les sociétés... (La clôture ! —Parlez !) c'est le manque de logique; ce qui perd les constitutions et les sociétés, c'est de ne pas reconnaître le droit. (La clôture! la clôture !) C'est qu'une fois les principes posés , elles en tirent mal ou n'en tirent pas les conséquences , sans savoir que le peuple est un grand logicien qui finit toujours par conclure. (Murmures.)
Ainsi, les premiers qui ont posé le principe de la fraternité , en .njoutant ou la mort, ont conclu contre leurs prémisses ; ils n'ont pas exagéré le droit , comme le disait M. Barrol; ils l'ont contredit et ils sont tombés. (Très-bien ! très-bien!) Vous courez le même risque en fondant.
(<) Je ne souliaile pas à M. Pyal d'avoir à administrer une population instruite par lui, en temps de disette.
(2) A la rigueur une commission impiovist''c de onze pourrait avoir plus de son? que 900 élut; mais ce n'est ni vrai eu fait, ni probable en théorie.