‹ Le droit au travail à l'assemblée nationalChapitre 40 sur 51 · IG · texte numérisé non relu

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Votre Consliltilion aura un défaut, et le mot dp/audeigniflc quelque chose qui manque, qui appelle un complément, c'est-à-dire une concession ou une révoluti(ni. (Oii ! oh ! ) riiaqiie révolution n'est que ce complément apporté successivement !\ la grande diarte luimaine.

C'est dans ce sens que le Christ a dit « : Je ne suis pas venu aholir la loi ; je suis venu l'accomplir. » ( Assez.! — La clôture ! ) Kl la loi du Christ a été accomplie elle-même par la Révolution française.

En ciïel, le christianisme n'avait reconnu que le devoir ici-bas ; la France a reconnu le droit, et, à ce propos , un mot de réponse à M. Dufaure. Qu'est-ce que le droit?... (.\ux voix! — Parlez !'

Le droit. Citoyens, c'est le juste. ( FAclamations. ) Il n'est, il ne peut être qu'à la condition d'être pour tous; sinon, c'est le priviléi,'e... (Interruption.)

Le paganisme n'avait reconnu que le droit matériel; le christianisme n'avait reconnu que le droit spirituel ; il était donné à lu France, au peuple logique et rationnel par excellence, de conclure de l'idée au fait, de compléter le christianisme, de proclamer le droit spirituel et matériel, de réaliser la justice ici-Las comme là-haut , de vouloir la terre aussi bien que le ciel, de déliùner César et de faire arriver le régne de Dieu, c'est-à-dire le règne du peuple.

Le droit. Citoyens, c'est la religion de la France, c'est Dieu dans l'humanité. Soyons donc les enfants de la France , soyons logiques comme nos pères, qui ont proclamé le droit de l'homme et du citoyen. Mettons au moins le droit à côté du devoir.

Le paragraphe 7 du préambule de votre Constitution impose aux citoyens le travail comme un devoir; or comment imposer un devoir sans reconnaître un droit ? Ces deux termes sont corrélatifs et synallagmatiques. (Interruption.)

Le droit est ce qui conserve l'individu , le devoir est ce qui conserve la société , et il n'y a point de société sans individus. Je dis plus : le droit précède le devoir, qui est comme la conséquence et la dette du droit. (Oh! oh !)

L'homme, Citoyens , a des droits avant qu'il ait des devoirs ; l'enfant nu, faible, sans ressource, a droit d'abord de vivre , d'être nourri , vêtu, défendu , et il trouve ces droits assurés dans l'amour du père, de la mère, pour les rendre de même un jour à ses propres enfants. La vie humaine est un échange qui se fait dans cet ordre, recevoir et donner. De même, l'homme pauvre, faible, sans ressources, a droit à la protection , à la sollicitude, à la richesse de la grande famille qui s'appelle la société. Or vous avez reconnu vous-mêmes la dette de la société dans le préambule de la Constitution ; une dette suppose une créance, une créance une action ; nue action s'e.verce pacifiquement ou violemment. Si donc vous dites a votre créancier : Je reconnais votre titre (I), mais je ne sais comment vous payer et je vous demande du lemps; et je ferai tons mes efforts pour ra'acquilter; il n'est pas de créancier , si dur, si exigeant qu'il soif, qui ne vous fasse répit. Mais si vous lui dites : Je ne vous dois rien , je ne vous connais pas, je vous paierai si je peux , si je veux, dans la limite de ma charité et de mon superflu; alors le créancier vous fera des frais.

Le peuple, Citoyens, est un bon créancier qui s'arrangera avec vous s'il vous voit de bonne volonté. (Approbation à gauche!)

Ce n'est pas le retard que je crains, c'est le refus; ce n'est pas l'impatience,

(t) Mais c'est précisément la légitimité du titre qui fait qucslion.

— ^17 — c'est le désespoir. Pensez-y : le président du conseil, plus juste et plus chiirvoyant en celn que la commission d'enquête, qui est un peu cousine de la commission de Coiistitulion, M. le président du conseil a dit, en parlant de l'insurrection de juin (je cite textuellement ses paroles) : « L'esprit de désordre a spéculé sur la misère, l'esprit de parti a spéculé sur la misère. » Donc la misère des deux côtés, la misère partout, et les faits sont à l'apiiui. J'iii vu sur des drapeaux enlevés de ces funestes barricades et apportés ici, j'ai vu érrils ces mots : Vive le pain ! j'ai vu des outils de travail tracés sous celle formidable devise, et dans une ambulance de blessés, sur 17 hommes on a trouvé 25 sous, et l'un de ces hommes, qui avait perdu un bras, disait avec une joie frénétique : « Tant mieux ! c'est cela de moins à nourrir. » (Vives exclamations.)

M. Millard. Avec de pareils discours, on empêche le travail.

M. Félix Pyat. Je me reportais alors au grand jour des élections, et je pensais aux bulletins de ces pauvres gens de peine et de labeur qui avaient écrit, après les noms de leurs députés, ce vœn d'ordre et de paix : Vive le travail!

Oui, Citoyens, vive le travail, à bas les armes, à bas la faim ! plus de sang, plus de victimes, plus de misère! 11 ne faut plus revoir ces horribles journées, il faut désarmer l'ennemi.

Une voix. Voire discours n'est qu'une longue provocation.

J)l. Fc'lix Pyat. 11 faut désarmer l'ennemi, il faut lui enlever ce fidèle et fatal auxiliaire qu'il trouve toujours prêt, la misère.

Que serait l'esprit départi sans la misère? Il serait impuissant et ridicule; il n'est redoutable que lorsqu'il s'arme d'une detle exigible et d'un droit méconnu, que lorsqu'il spécule enfin sur la misère. Allez, le peuple ne se révolte pas pour le plaisir de se révolter.

Les révolutions sont des revendications; elles se font fatalement, nécessairement, successivement, à leur échéance : hier pour le droit religieux, aujourd'hui pour le droit politique, demain pour le droit matériel, et tout cela pour ne faire qu'un seul et même droit, le droit humain, le droit de vivre, le droit pour l'homme d'accomplir sa destinée entière, le droit du corps et de l'àme. L'homme, n'en déplaise au poète, n'est pas un pur esprit; il est corps et âme; s'il ne vit pas que de pain, sans pain il meurt, et les ouvriers des faubourgs, cette Irlande de Paris, devant leurs enfants qui crient et leurs femmes qui pleurent, ne demanderaient pas mieux que d'être de purs esprits. (Explosion de murmures.)

Voix diverses. Ce n'est pas vrai !

M. Millard. Ce sont de pareils discours qui empêchent le travail.

Un membre. C'est la suite du système Blanqui (l).

Un autre rnembre. Voilà un discours qui pèsera sur votre conscience.

M. Félix Pyat. Le besoin d'un droit méconnu, matériel ou moral, voilà donc le sens, le seul et vrai sens des révolutions, de la Piévolution de Février comme les autres et plus que les autres. Le peuple a fait celle-là au nom du droit de vivre en travaillant ; et quand ce droit lui a été promis, et parce que ce droit lui a été promis, le peuple vainqueur, maitre de Paris, redevenu le souverain, le peuple en armes et en guenilles dans sa pauvreté, sa modération et sa force, a fait trois mois de crédit à la République.... (à l'ordre ! à l'ordre !) et il n'est reveim que le

(0 Ce membre parle sans doute de M. Auguste Blanqui, cher Je l'infurrcclion de mai 1539; mais M. A. Blanqui u'a jamais émis de syslcuie.

Iroisième mois; je me trompe, le qnnlriinie, jour pour jour, nous apporter son jirotôi, au niiiii de lu ml^i'^e! Au nom de l'huiuanilé, évitons la baisic (I)!

■ Voix nniubreuses. A l'urdrc! à l'ordre !

S!, ilillard. C'est uue provocation à la guerre civile. C'est l'acte d'un mauvais citoyen.

Plusieurs voix. C'e.-t abominable!

(Les cllovens de la Roclujaquelein et Grandin se précipitent ensemble h la tribune. — Le citoyen Félix Pval retourne à son banc, où il reçoit les réiicitalions de plusieurs des membres qui siègent ù coté de lui. — Les cris: À l'ordre! redoublent.)

M. le Président. Je ne puis laisser passer les dernières paroles de l'orateur sans le rappeler fcnniellemenl à l'ordre.

Il e>l imi)os-sib!e d'ailniettre qu'ici, h celle tribune, en parlant des événement!» de juin, on puisse les pré.xcnler comme le protêt d'une dette acquise. (Très-bien '. très-bien !)

if. Millard. C'est un crime !

M. Taschereau. Je demande la parole pour un rappel au règlement.

If. le Président. Vous avez la parole.

M. Tascherrau. Messieurs, il existe dans notre règlement une disposition qui donn»; le droit, qui impose le devoir ù M. le pré^idenl, quand un orateur s'écarte de l'ordre, de l'y rappeler, et quand par trois fois l'orateur s'est écarté de l'ordre, l'orateur doit être invité par M. le président à descendre de la tribune.

J'ai demandé la parole pour un rappel au règlement, parce qu'il m'a semblé qu'il avait été méconnu par ^L le président.

Quelques voix. Oui! oui ! S'il avait usé du droit que le réulcment lui a donné, M. le président nous eût épargné d'entendre et au pays de lire demain la fin du discours qui vient d'être prononcé. (Très-bien !)

M. le Président. J'ai rappelé l'orateur à l'ordre, une première fois lorsqu'il a paru exprimer une opinion hostile à tout sentiment civilisé, c'est-à-dire la Justification de l'assassinat; il a expliqué sa pensée... (Non! non!) Depuis, l'orateur n'a plus été rappelé à l'ordre qu'à la fin de son discoure. Le rappel à l'ordre sera constaté au Moniteur,

M. Grandin a la parole.

M. Victor Grandin. Messieurs, je n'entreprendrai point de répondre au discours que vous venez d'entendre ; car, je le reconnais, mes faibles paroles ne pourraient jamais produire dans le pays autant de bien que ces sortes de discours peuvent y produire de mal. (Vive adhésion.) Un membre. C'est pour cela qu'il a été fait. Un autre membre. On va aux barricades!

M.Léon Faucher. Quand on a entendu de telles paroles... (Vive agitation.) Les citoyens Ledru-Rollin, Olivier (des Bouches du-Rliône) et plusieurs autres membres des bancs supérieurs de la gauche adressent au cito\ en Léon Faucher de vives interpellations que nous ne pouvons saisir. M. Victor Grandin. Je dois donc éviter de provoquer des répliques. Je craindrais, d'ailleurs, que les sentiments de douleur et d'indignation qui m'é-

(1) C'est toujours le titre qui est contesté.

treigncnt ne me fissent sortir de la réserve qu'en toute circonstiince je me suis imposée.

Voix nombreuses. Très-bien ! très-bien !

(Le citoyen Félix Pyat se lève et interrompt l'orateur.)

M. le Président. Veuillez ne p;is interrompre; sans quoi je vous rappellerai encore une fois à l'ordre. (Bruit à gauche.) Ne discutez donc pas sur ces bancs.

M. Victor Grandin. J'espèie que l'exagération même de vos paroles sera un correctif sutTisant, et, pour mon compte, je m'en rapporte au bon sens du pays pour en faire justice. (Approbation ) Si ce bon sens pouvait faire défaut, pour ma part, j'attendrais, les bras croisés, les événements que l'on semble vouloir susciter. (Interruption à gauche.) Non pas que le dévouement me manque! Soyez tranquilles, si mon dévouement seul pouvait prévenir le mal, je n'hésiterais pas à courir audevant des dangers auxquels vous exposez le pays.

Si donc j'ai demandé la parole, c'est uniquement parce qu'on a travesti, dénaturé le sens du discours que j'ai prononcé à cette tribune, et qu'on a évoqué. Je n'entreprendrai pas d'élablir ju.^qu'à quel point il a (té défiguré, j'en appelle aux souvenirs de la Chambre. (Oui ! oui !) Je veux dire seulement que je n'ai rien à rétracter, que je ne regrette rien de tout ce que j'ai dit ; mais si je n'ai rien à rétracter de en que j'ai dit, j'ai peut-être à regretter quelque chose de ce que j'ai fait. Oui, dans l'espérance qu'on voudrait bien attendre que l'expérience vint éclairer les esprits, j'ai voté les 3 millions destinés aux associations dont on parlait tout à l'heure; j'espérais que, dans une société destinée à vivre plus d'un jour, on attendrait que l'cxpcrimen talion fût complète soit pour faire la critique de ce qui existe, soit pour faire l'élogo des résultats que cette mesure devra produire.

Mais on ne veut pas attendre, et dans les prévisions de ce qui devra arriver, on commence à dire que l'essai n'est pas tenté sur d'assez larges bases, que le crédit qui a été accordé est insufii.-ant. Eh bien ! pour mon compte, par antici]iation, je viens dire que c'est une faute que j'ai commise quand j'ai voté ce crédit ; car le résultat, dans ma conviction, sera déplorable; et si je suis monté à cette tribune, c'est aussi pourprendre acte qu'il y a eu dans celte Assemblée quelqu'un qui n'a pas craint d'annoncer à l'avance que l'argent donné par la République sera perdu, et que les déclamations auxquelles on se livre n'ont pas d'autre but que d'entretenir le désordre et de jeter la confusion dans les rangs de l'armée industrielle, en déclarant que désormais on n'y doit plus voir figurer ni sous-ofliciers ni ofiiciers. (Marques nombreuses d'adhésion.)

II. DISCOURS DE M. MARIUS AÎNDRÉ (dU VAR) ET REPONSE DE M. PELLETIER

M. le Président. L'amendement de M. Félix Pyat est ainsi conçu

M. André (du Var). Je demande la parole... (La clôture ! la clôture! ) Voix nombreuses. Non ! non ! Parlez.

— /,20 — M. André [du Yar) (I). Ciloycns représenlants, quelque grandes que soient les iiili'lliijcnccâ qui parnissiiil à crtle tril)une, quei(iui' éloqiiciilcs que soient leurs paroles, elles ne peuvent jamais que vous apporter leur propre opinion sur .les questions qui s'agitent dans l'Asscniblée.

Si je n'ai pas d'éloquence à vous ai)porter, permellez-moi de vous donner nu moins mon opinion. 11 s'agit du travail; Ipeulètrc serrz-vous liicii aises d'avoir à cet égard l'opinion d'un travailleur. (Oui ! oui 1 — Parlez ! parlez ! )

Citoyens, je crois que la Hépublique ne doit pas se laisser imposer le travail comme un droit. En le faisant, elle se créerait un danger immense et permanent ; elle s'exposerait à ce que les travailleurs dispersés sur le sol de la l'ranee quittassent leurs ateliers au premier prétexte, soii pour un salaire insulllsant, soit pour une question d'amour-propre, pour affluer dans la capitale (très-bitn!), ou au moins dans les principales villes industrielles qui rcgoruenl déjà de population ouvrière.

Un ouvrier serait-il mécontent de son patron, soit parce qu'il ne se croirait pas assez apprécié : C'est bien ! dirait-il, je vais chercher de l'ouvrage ailleurs; l'Iîtat m'en doit, il faut qu'il m'en donne; et le voilà parli pour l'aris! (Tiès-bien !)

Que fera la République de tous les ouvriers qui afflueront dans la capitale ? Ira-t-elle donner à chacun le travail de son état?... ,'Interrupt on à gauche ) Un inen\hre. Laisi^ez-lc parier, c'est un ouvrier, il en sait plus que vous. M. A7idré (du Var). Ira-t-il employer le cordonnier, l'horloger, ù faire des souliers ou des montres:*

Non! il leur donnera des ouvrages de terrassenicnt, c'est-à-dire un prétexte à la fainéantise (Très-bien !) ; il fera perdre à ces hommes le goût du travail (trèsbien!); car, Messieurs, croyez-moi, le goût du travail ne se conserve que par l'habitude incessante de travailler, et une fois le goût perdu, il ne revient plus.

Voulez-vous un exemple des funestes effets que le droit au travail, un instant reconnu, a eus sur la population ouvrière? Un chef d'atelier de Paris occupait quatre-vingts ouvriers au moment des ateliers nationaux ; ils gagnaient 3 fr. 50 c. à 4 fr. Quand ces ateliers furent ouverts, la plus grande partie de ces ouvriers désertèrent cet atelier. Pour quel avantage, dirrz-vous? Pour aller gagner dans

les ateliers nationaux la moitié de ce qu'ils gagnaient (Interruption à gauche.)

Je sais que, dansée nombre, la moitié était détournée par la menace; mais toujours est-il que de quatre-vingts ouvriers dont le fabricant avait besoin en ce moment, et qu'il était disposé à payer 4 fr. par jour, huit seulement résistèrent à rintimidalion et furent obligés de s'enfermer pour travailler sans être inquiétés. Les autres, ou du moins les meneurs, aimèrent mieux gagner 2 fr. par jour à ne rien faire, que d'en gagner 4 en travaillant assidûment.

11 est fâcheux de le dire, mais le goût du travail, je le répète, se perd plus vile qu'il ne s'acquiert. Aussi la Providence a-l-elle voulu l'alimenter en nous au moven de la nécessité. C'est la nécessité qui fait le bon ouvrier, comme c'est la bonne conduite qui le fait réussir. (Marques répétées d'approbation.)

Si je me prononce contre le droit au travail, c'est uniquement par prudence, Messieurs, et non parce que les travailleurs n'ont point mes sympathies.

Je ne devrais pas cire obligé de le rappeler, mais je crois parler, sinon au nom de tous, du moins d'un grand nombre , car la majorité de ceux qui m'ont choisi parmi eux pour m'envoyer ici pensent comme moi, (Très-bien ! très-bien !)

(.1) M. Marius André est un simple ouvrier du port de Toulon.

Que l'État ait le devoir naturel de créer du travail aux ouvriers, dans la limite de ses ressources, et même en faisant quelques efforts dans les circonstances extraordinaires, c'est incontestable. Mais de là à dire que les ouvriers ont le droit de l'exiger, il y a tout un abîme. (Très-bien ! très-bien ! )

Que de choses un père croit de son devoir de faire pour ses enfants, que ceux-ci ne doivent pas pouvoir réclamer comme un droit !

La nature, direz-vous, a mis dans le cœur du père et de la mère des sentiments qui les poussent à leur insu à remplir ces devoirs; eh bien! ce que la nature n'a pu mettre dans le cœur des fabricants, elle l'a mis dans leur intérêt (1). H n'y a pas de comparaison entre l'ouvrage fait par des ouvriers qui aiment, qui estiment leur patron, et celui des ouvriers qui ont à s'en plaindre. (Mouvement d'approbation.)

Je crois également que c'est un devoir impérieux pour la République, que de donner l'assistance à ses enfants; mais je ne puis m'empêcher de faire observer que l'exercice de ce devoir, encore moins contestable que celui du travail, entraînerait néanmoins des conséquences fâcheuses si vous le proclamiez comme un droit.

Dans une partie du 1" arrondissement où je demeure, quand il s'est agi de faire le relevé des nécessiteux, on en trouva quarante. Quelques jours après, il se trouva qu'ils étaient soixante-douze, et enfin, à un troisième recensement, ils se trouvèrent cent onze.

Dieu me garde, de trouver là un argument pour empêcher de secourir ceux qui sont vraiment nécessiteux ! mais j'ai voulu montrer seulement à quoi l'État s'engage si, au lieu de se bornera donner l'assistance à ceux qui en ont besoin, il leur donne le droit d'exiger celte assistance. (Très-bien ! très-bien ! )

Messieurs, je crois devoir me borner à ces quelques mots. Si j'étais un chef d'atelier ou de manufacture, je vous donnerais les mêmes raisons à l'appui de mon opinion; mais vous pourriez les trouver intéressées.

Eh bien, ce n'est pas un patron qui vous parie, c'est un ouvrier qui a passé sa vie à travailler (très-bien ! très-bien ! ) et qui vient vous assurer que le travail manque rarement à ceux qui le cherchent sérieusement. (Nouvelles marques d'approbation.) Quand cela arrive, c'est un devoir pour l'État d'intervenir, et son intérêt doit être garant qu'il n'y manquera point.

C'est avec mes bras seuls que je suis parvenu à élever honorablement ma famille; j'ai donc le droit de parler ainsi, et toutes les fois que j'ai eu auprès de moi un camarade laborieux et économe, je n'ai jamais vu que le travail lui ait manqué.

Je voterai donc pour qu'on ne puisse pas exiger de la République le travail comme un droit. (Mouvement prolongé et très-vif d'approbation.)

M. le Président. Voici l'amendement proposé par M. Félix Pyat,...

M. Pelletier. J'ai demandé la parole.

M. le Président. M. Pelletier a la parole.

M. Pelletier (2). Citoyens, je ne dirai que peu de paroles pour répondre à ce que vient de dire l'orateur qui descend de cette tribune. (Interruption.) Vous n'avez qu'à regarder dans ce moment le tableau de Paris (nouvelles interruptions ); vous

(1) Observation Ircs-jusle. C'est en méconnaissant celle vérilé, qu'on se laisse entraîner à une série d'illusions.

(2) V. une noie et un premier discours de ce rcprésenlant, p. 82

n'avez (ju'à jeter les yeux m.iinlcnanl sur l'étiit ilis ouvriers do Pari?, cl quand vous aurez jiris la peine de voir que Idiis les ouvriers ne Iravailieiit pas, non pas jiarcc qu'ils ne veulent pas, mais parce (ju'ils n'ont pas d't»nvrai;e, je pense que le pins fort des araumciits de l'orateur qui deseend de celle Iriluine sera tombé. (Hruil. — Murnnires.;

Une voix. A qui la faute, s'il n'y a pas de travail ? Ce sont les discours incendiaires qui nuisent au travail.

Une aulre voix. Les corroycurs cl beaucoup d'autres états sont en grève.

M. Pelletier. Je viens maintenant vous citer dck faits arrivés en I8i0, I8AI et t8i2, où tout était tranquille, où tout allait comme vous voudriez que tout allât aujourd'hui.

A gnurjie. lîien ! très-bien !

M. Pelletier. VA\ bien (je suis fâché de vous parler de moi, mais il le faut liien, pour vous dire que c'est la vérité), eh bii-n, mi>i, j'ai été ouvrier douze ans à Paris; je suis resté à l'aris pendant linit mois sans ln>uverd'ouvrage dans ma partie. Je me suis fait marchand d'indiennes, garçnu bouclier, manhand de livres, commis marchand devins, cuisinier, compii.siienr.... (Hires prolongés.)

Une voir. Quel a été le résultat de tons ces changements ?

M. Pelletier. Eh bien! le résultat de tous ces clianuemcnts est qu'heureusement pour moi, j'avais une sœur qui avait soin de m'envoycr de temps en temps du linge et quelques pièces de 5 fr. (agitation), et après tous ees changements de métier, il en est résulté que j'ai été obligé de vendre tous les livres que j'avais antérieurement achetés, tous les draps, tout le linge qu'on m'avait envoyés, tous les véteruents iiue j'avais.... (Bruit. — Inierrnpiion.)

Et certes, vous ne direz pas que je ne voulais pas travailler, puisque je prenais tout ce qui se présentait à moi.

Ainsi, Me>sieurs, qnaml on vient vous dire qu'il y a des ouvriers qui trouvent du travail quand ils veulent, qui se font une position respectable, même aisée, c'est vrai p;iur quelqucs-uns; mais, pour la grande majorité, cela n'est pas vrai (l). (Biuits divers.)

M. le Président. Le cioycn Corbon a la parole.

m. DISCOURS DE M. COIIBON.

M. Corbon membre, de la commission i). On a déjà discuté fort longtemps sur la formule du droit an travail ; on discute tous les juurs au dehors sur cette

(t) Au fond, rarguincnt de M. Pelletier ne vaut pas mieux que celui de M. Marius André ; il n'a pas Irait h la que-lion du droit Mais en fait, et en leinps ilc calme et de récolte ordinaire, M. Auilrc a raison. Ne peut-on pas dire aussi à M. Pelletier que, quand le Iravail manijue, l'Elal n'en poul donner?

(2) M. Anliinne Corbon a 6iè nommé représentant de la Seine. Né dans une famille de la Haule-Marnc, M. Corbon vint de bonne heure h Paris où il a essayé Je plusieurs métiers cl où il a parlitulicremcMit exercé ceux de correcteur d'niiprinierie ut de sculpteur sur marbre. 11 est un des t'ondaleurs et un des rédacteurs de i'.-/ tel ter (V. p . 216). M. Corbon suit en général les idées de M. Buchcï ; il est âgé de plus de AO ans.

— Zj23 — m:itière. Je ne suis pas de ceux qu'elle épouvante ; je suis de ceux qui ne l'acceplent pas. C'-'llc formule signifie trop de clioscs pour que je puisse l'accepter, c'est-à-dire trop de choses contraires. Elle est fort innocente dans lahouchede quelques-uns, et je dirai même dans celle de M. Pyat, malgré les paroles amures, trop amères qu'il a prononcées. Mais je dirai que, dans d'antre» bouches, elle n'a pas le même caractère d'innocence, les mêmes conclusions. (Bruit. — Interruption.)

Je prie M. de la Rochejaquelein de ne pas m'interrompre.

M, de la Rochejaquclcin. Je n'ai pas dit un mol.

M. Corhon. Alors je m'adresse à l'interrupteur.

Celte formule peut être fort innocente, selon qu'on vent l'interpréter, comme elle peut être fort dangereuse. Je ne l'accepte pas, parce qu'à mon sens, et dans l'ordre d'idées où sont ceux mêmes qui sont venus la défendre ici, elle ne signifie lien, absolument rien. (Mouvement d'approbation.)

De deux choses l'une : l'Étal se charge d'ouvrir des ateliers sociaux, car telle est la formule; il se charge d'ouvrir des ateliers sociaux, et alors il est le régulaleui suprême de la production et de la distribution des richesses ; il est le maître de ces ateliers; il en est le gérant, le directeur, et, dès lors, c'est lui qui donne le travail. S'il est le directeur suprême, comme Mehemet-Aly, de la production cl de la distribution de la richesse, tous les individus qui forment la société sont ses travailleurs; par conséquent ils peuvent dire, jusqu'à un certain point, qu'ils ont droit au travail.

C'est à ce point de vue que je le comprends ; mais alors c'est le despotisme absolu, ou, si vous le voulez, c'est la communauté.

Dans la théorie qu'ont exposée la plupart des orateurs qui sont venus ici défendre le droit au travail, cela ne signifie pas la même chose ; cela signifie que, par des institutions de crédit ou par l'association, les ouvriers pourraient trouver un travail mieux rétribué et qui les élevât plus facilement dans l'échelle sociale que les conditions actuelles. Cette formule, dès qu'on l'entend ainsi , n'est pas bonne, n'est pas exacte, et on l'interprète dilïéremment dans la classe à laquelle j'appartiens. On lui donne généralement l'interprétation que j'ai donnée déjà, c'est-àdire que l'Étal doit à tout ouvrier qui lui en demande, un travail de sa profession... (Interruption. 1 Je vous demande pardon, je le sais; j'ai aussi la prétention, non pas de finie des discours éloquents, mais d'être aussi radical que qui que ce soit.

En fait de radicalisme, le mien consiste à faire tout ce qui est possible dans le temps où nous vivons, sans troubler personne ni aucun des droits acquis. (Marques d'approbation.)

Eh bien! je dis que la formule, droit au travail, ne répond pas à la pensée de M. Félix Pyat; le bien qu'il cherche est formellement consacré dans l'ail, i'-i, qui recorinail que l'État doit encourager les associations, et il les encourage on effet. Je dis que l'art. 13 suffit complètement à la demande qu'est venu formuler si amèrement M. Félix Pyat et que je formulerai moi -même, quand je le pourrai, en termes moins énergiques, moins amers.

J'ajoute, au nom de la Commission, qui ne me désavouera pas, je pense, qu'elle repousse dans l'art. 8 du préambule l'adjonction de la formule le droit au travail , parce qu'elle peut s'interpréter de mille manières différentes, qu'en général elle est inlerprétêe d'une façon qui n'est ni l'interprétation de M. Félix Pyat , ni

celle que l'Asseinblce cnlenJ lui donner. Eli bicMi ! je répète pour la troisième foii que l'art. I3 siiflltà ccin.

Je ne dirai filus qu'un mot : c'est que j'ai cnti-ndu avec un clinprin aussi profond les paroles de M. Félix Pyat que colles par lesquelles M. (Jnuidin csl venu lui répondre; je dir;ii que ])our la .société il y n un danger égal h trop demander comme à tout rcfu-scr; je dirai que la Hévoluliou de Février n'a pas été faite seulement (c'est très-vulgiiirc, mais je le répète), n'a pas été faite seulement pour donner à tous la capacité d'élire cl d'être élu, qu'elle a clé faite pour quelque chose de pli:s. Je ne com|irends pas une révolution qui ne soit pas sociale, une révolution qui n'amène pas des conséquences sociales, un changement dans les conditions relatives des ehisses qui composent la société (1). Toutes les révolutions qui ont eu lieu dans le cours de notre histoire, depuis celles des communes, par lesqiKîlles les serfs sont devenus liommes libres; celle de t78î), par laquelle, les classes moyennes se sont élevées au niveau des classes supérieures ; celle même de Juillet, par lafiuelie on a commencé l'étude de la transformation dont la Hevolution de Février ilevra commencer l'exécution ; je disque toutes les révolulions amènent des cliangcmcnls dan.< les conditions relali\cs des diderentes classes de la sociéié; qu'elles ont pour but d'élever successivement les classes infériorisées, et que la HévohUion de Février aura cette conséciuencc plus ou moins médiate, d'élever les cUisses infériorisées, les classes laborieuses, au niveau de la classe élevée.

Quelle que soit la voie qu'on veuille suivre pour réaliser ceci, il faudra arriver au moyen que l'honorable M. Grandin a frappé tout à l'heure de discrédit, et que l'honorable M. Tliiers, avec son éloquence remarquable, mais malheureuse dans cette circonstance, à mon sens au moins, a frappé d'un discrédit plus grand encore.

Qui donc vous menace aujourd'hui ? sont-ce les habitants des campagnes qui possèdent quelques parcelles de terre? Est-ce de là qu'est venue la négation de la propriété? .Assurément non; ceux-là surtout tiennent à la propriété parce qu'ils possèdent.

D'où vient donc cette menace constante qui fait que partout, autour de Paris , et dans Paris même, vous êtes obligés d'avoir une force immense ? contre qui cette force? Contre une classe qu'on a déclarée être peu nombreuse, et que je déclare moi-même peu nombreuse , mais assez puissante pour mettre la société en émoi , pour faire qu'à peine 600,000 hommes suffisent à maintenir l'ordre à l'intéreur.

Qui est-ce qui attaque la propriété? Ce sont ceux qui n'en ont pas. (.Marque^: d'approbalioi;.)

Un membre. Ce sont ceux qui ne veulent pas travailler.

Un autre membre. Ce sont les factieux , les hommes qui fréquentent les cliibs.

3f. Corbon- Si mon langage a quelque chose de blessant , croyez bien que c'est malgré moi ! (Non ! non !) Mon intention n'est de blesser ni aucune opinion ni aucune personne. (C'est vrai ! — Parlez !)

J) Dans le vrai sens îles mots, M. Corbon a raison. Mais il a tort d'oublier que par révolulion sociale, son journal a souvent enlcmlu révolution socialiste, et que tel est le sens adopté par tous ceux (jui crient : f'ivc la Répuhtiq^ie démocratique et sociale!

Je constate Icstaits. Vous ne poiivoz nier que nous ne soyons ilans une silualidn liès-difficile, que nous avons passé par une insurrection formidable, et que nous n'ayons des inquiétudes pour l'avenir.

D'où viennent et cflte insurrection formidable du passé, d'un passé tout près de nous, et ces inquiéliules pour l'avenir ? Elles nous viennent de ce que vous ajipelez le socialisme ; elles nous viennent de ces classes qui ne possèdent pas , et qui , parce qu'elles ne possèdent pas et pensent à posséder, pensent aussi à posséder d'une manière que vous n'approu\ez pas (interruption), et que je n'approuve pas plus que vous. (Bruit.)

Si je fatigue l'Assemblée je renoncerai.... (Non ! non !— Parlez !) Ci^pendant, je crois que, malgré que je ne sois pas préparé à parler, j'ai à dire des choses qui nie. pèsent sur le cœur et que je voudrais dire. (Parlez !)

Je veux parler non-seulement pour le dedans, mais aussi pour le dehors.

Voulez-vous avoir de la sécurité pour l'avenir? Ouvrez à ceux qui ne possèdent pas les moyens d'arriver par leurs propres efforts, entendez- le bien, par leurs propres efforts, à posséder un jour aussi; non pas à les amener dès demain à posséder, et je n'entends pas que l'Etat puisse prendre les classes ouvrières comme ferait un homme fort, en soulevant un plus faible, et les élever au niveau de la classe supérieure; j'entends que l'Etat fasse certaines institutions par lesquelles la classe infériorisée s'élèvera avec ses propres efforts au niveau de la classe supérieure.

Eh bien, que prnpose-t-on ? Les uns proposent de ne rien faire du tout (1), de laisser les choses en l'état, c'est-à-dire, de laisser toujours un élément de discorde et de guerre sociale. C'est là une cause de mal énorme pour la société. Je dis qu'on excite par là la classe' ouvrière à se soulever ; je dis que ceux qui prétendent qu'il ne faut rien faire excitent la partie de la classe ouvrière qui fait les révolutions, autant que ceux qui proposent des choses exagérées; ils l'excitent indirectement, mais à un degré aussi énergique que ceux qui l'excitent directement. Je considère comme aussi dangereux ceux qui restent en dc(jà que ceux qui vont audelù du po.ssible. (Très-bien !)

Vous n'aurez donc jamais de quiétude dans votre société tant que vous n'auicz pas donné à ceux qui ne possèdent pas rcspérance de posséder un jour, tant que vous ne leur aurez pas donné l'espérance de jouir un jour de tous les bénéfices de la propriété.

Un membre. Ils en ont l'espérance quand ils se conduisent bien !

M. Corhon. Toutes les fois qu'il s'agit ici, à cette tribune, des inconvénients qui touchent à cette grave question, on est venu donner à la propriété des vertus qu'elle a en effet, vertus très-considérables : on a dit que c'était par elle que l'homme était libre, que c'était par elle que l'homme était digne ; on lui a, je l*' répète, attribué des vertus innombrables qu'elle a en effet. Eh bien ! plus vous appuyez sur cfs vertus, plus vous vous attachez à en faire ressortir l'importance, plus vous faites sentir à ceux qui ne possèdent pas l'infériorité de leur situation. Vous voudrez donc, j'en suis sur, et vous l'avez déjà prouvé, vous voudrez qiu' la classe qui ne possède pas parvienne un jour à posséder; mais par quel mo\en y

(I) Ces ccns-lii sont bien rares. La manie à la nioJc est de vouloir des changements quelconques. Il ci'il fallu (lire qu'il y a des gens qui proposent de ne rien faire avant d'y avoir rt*flédii. L'oralcur nrgunienle a faux.

parvicndicz-vous ? Pour rngriciillure, vous pouvez bien partager un champ, 'vous pouvez bien partager un domaine, et le vendre à des travailleurs agricole.*; mais pouvez-vous prendre une n^ine et la partager aux travailleurs qui y sont attachés, en doinier n cliarun une parcelle ? Prendrcz-vous unit (ilalure pour la partager? Diviserez-vons une de ces puissantes niaihiiies en vingt on trente fractions? Pouviz-vous la fractionner entre chacun des travailleurs? Kvidemment non, vous ne le pouvez pas. (I$ruit.)

Si l'Asseinlilée est fatiguée, je ne demande pas mieux que de m'arrêter. (Non ! non ! — Parlez !)

Je dis qu'il n'est qu'im moyen d'arriver :'t ce but : c'est que l'ouvrier de l'industrie puisse posséder comme l'ouvritT des champs; c'est d'admettre l'association dans l'industrie. On a attribué à l'association une foule d'inconvénients que je ne veux pas faire ressortir aujourd'hui, ce serait déplacer la question; l'Assemblée, d'ailleurs, n'est pas disposée à entendre de longues digressions. Je me réserve, quand la question spéciale de l'association viendra, de prouver que tous les inconvénients qu'on a voulu faire ressortir de l'assnciation n'existent pas(l).

Je prends, sans présouiption, l'eng igeniciit de les réduire à néant, et je tâcherai d'en faire voir au contraire la fécondité, et de plus la sécurité qui en résultera pour la société.

Je conclus que la fornnile, druil au travailt étant interprétée dans des sens tout contraires, et généralement dans un sens que personne ici n'accepte; que le droit au travail, tel qu'on l'iiileiprète ici, daus le sens rigoureux du mol, ce n'est que le droit d'assistance; je déclare, au nom de la commission de Constitution, que celle formule ne doit pas trouver place dans le préambule; et quant au crédit, ([uant à l'association, quant à tous lés moyens pour la classe ouvrière de l'élever au niveau des autres , avec le temps, toutes ces conditions se trouvent dans l'article 13. (Aux voix!)

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