PIGEON YOLE
Il est des oiseaux qui volent tout un jour. — Si nous prenons , par l’ordre académique) le mathématicien Navier au pied du chiffre, quelle incalculable dépense de force ont donc faite ces oiseaux-là, le soir venu, et comment ont- ils pu résister à de telles fatigues?
On a rencontré à quatre cents lieues en pleine mer l’oiseau Frégate.
Quatre cents lieues pour venir, quatre cents lieues pour s’en retourner, cela fait huit cents lieues, sans compter les crochets et détours.
Combien de millions de kilogrammètres a donc depuis le matin soulevés cette Frégate , d’après vos chiffres, ô bon Navier?...
Tels autres oiseaux, pourvus des plus médiocres appareils, la caille, par exemple, font aussi plusieurs centaines de lieues d’une seule traite, — et cet incommensurable effort, ils l’ont réalisé sans même avoir eu besoin de réparer leurs forces, sans boire, sans manger, sans se reposer?...
Comment l’homme a-t-il donc été assez aveugle ou stupide jusqu’ici pour nè pas utiliser dans l’industrie de tels réservoirs de force inépuisable?
— Mais arrivons aux choses sérieuses.
De toutes les lois physiques, il n’en est peut-être pas une qui ait été si peu et si imparfaitement étudiée jusqu'ici que celle du vol de l'oiseau et de l'insecte.
— ce On parle de la force musculaire des oiseaux, écrivait en 1858 le capitaine A. Girard; la cause qui les fait se soutenir
dans Pair est aussi ignorée que Fêtait, avant Pascal, celle du fait de Fascension de Feau dans le corps de pompe, alors qu’on l’expliquait par l’horreur du vide. »
Tout au contraire des prétendus et formidables calculs que nous venons de citer, nous apprécions que, de tous les moyens de locomotion, le vol est peut-être celui qui nécessite la moindre dépense de force.
Quand nous examinons la mollesse relative des oiseaux de mer, qui, mieux que tous les autres, planent en toute aisance au sein des tempêtes, il nous apparaît que la force des muscles pectoraux, chez Foi-
seau, a été archiexagérée par des préoccupations qui ne pouvaient permettre l’observation sincère.
Cette prétendue exorbitance de forces est aussi fantastique que l’ascension de par la légèreté spécifique, qui nous fut si longtemps et si obstinément opposée.
Et si la nature a donné aux pectoraux de certains oiseaux des développements considérables, que d’ailleurs nous ne rencontrons plus chez d’autres espèces volantes, ce n’a pas été pour les besoins du vol proprement dit, qui n’est pas du tout produit uniquement par l’effet dynamique; mais ce fut en vue de toutes autres nécessités, comme de s’enlever rapidement et verticalement dans certains cas donnés1,