‹ Le droit au volChapitre 9 sur 14 · Dubochet · texte numérisé non relu

Dubochet

cessités de certains moments, doubler sinon tripler cette invraisemblable surface.

« — Ainsi , termine Lalande, lïmpossibi- « lité de se soutenir en frappant Fair est cc aussi certaine que l’impossibilité de s’é- « lever par la pesanteur spécifique des cc corps vides d’air. »

Et un an après, mois pour mois, l’ascension de la première Montgolfière vient donner à ces imperturbables assertions un premier et éclatant démenti, — en attendant le second.

Et je trouve cette autre phrase dans une lettre adressée par le même Lalande à Garnerin (28 messidor an I) à propos d’une ascension du dit Garnerin :

« — .... Pourquoi rien étais -je pas ?... »

Toujours la même histoire : <c — Je suis oiseau , voyez mes ailes! »

C’est encore un Rapport présenté à l’Académie, — et signé de noms comme ceux de Condorcet, Monge et Bossut, s’il vous plaît! — lequel Rapport confirme à nouveau les douze mille pieds d’ailes demandés.

Et l’Académie approuve à l’unanimité ce Rapport — « propre , dit-elle, à détourner d'entreprises vaines et périlleuses . »

Mais les savants avaient beau se mettre

en travers : ces entêtés d’ignorants revenaient toujours à la charge, ne voulant pas démordre de la Navigation Aérienne mécanique.

C’est alors que, pour en finir une bonne fois, l’Académie lance sur nos enragés un de ses meilleurs calculateurs, Navier.

Nouveau Rapport (6 septembre 1830), non moins affirmatif, non moins prohibitif, non moins approuvé par l’Académie unanime, — et c’est avec ce Rapport, acte de Foi, Credo académique, qu’on nous ébrase encore aujourd’hui :

— Magister dixit!

Voulez-vous le chef-d’œuvre du genre,

l’absurde poussé jusqu’au fantastique? — Écoutez ce Rapport :

« — L’homme, — affirme doctoralement le savant Navier, — l’homme n’a pas, toutes proportions gardées, la quatre-vingtdouzième partie de la force que l’oiseau dépense seulement pour se soutenir en l’air... (!)

« Quand l’oiseau plane , le nombre de ses battements d’ailes dans une seconde est d environ vingt-trois . (! !)

ce Quand il plane, la quantité d’action dépensée par l’oiseau en une seconde est égale à celle qui lui serait nécessaire pour élever son propre poids à huit mètres de hauteur.... (!!!)

ce Quand il se meut horizontalement, cette quantité est égale à celle qui lui serait nécessaire pour élever son propre poids

à trois cent quatre-vingt-dix mètres de hauteur environ .... (!!!!)

« La quantité d’action est d'autant moindre , pour le vol rapide, que la densité de l’air est plus petite . ... (!!!!!)

Et, je le répète, — à l’unanimité, l’Académie approuve et contre-signe ces choses inouïes !

Appliquez un instant ces terribles calculs deNavier au saumon, parexemple, — qu’une ligne des plus minces arrête, — et voilà le saumon mis en demeure de dépenser pour

sa circulation familière une force égale à celle d’un vapeur de cinquante chevaux !...

— Mais le milieu n’est plus le même, vat-on nous dire.

Soit. Eh bien, restons en l’air avec cet estimable M. Navier, et voilà qu’il n’a oublié qu’un point : c’est que les savants calculs qu’il entasse pour priver l’homme de son droit au vol défendent pareillement à l’oiseau de voler, — puisqu’ils imposent à une oie la forge de quatre hommes pour le vol le plus lent....

Touchant bénéfice de notre douce ignorance ! nous autres bonnes gens qui n’allons pas chercher quatorze heures à midi, il nous suffit, sans autre algèbre, de lever le nez en l’air pour voir tout simplement que : —

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