SA CHUTE
Pour résumer et en conséquence :
— Toutes les évaluations Académiques et ultra Académiques de la force dépensée par l’oiseau pour le vol ont été exagérées jusqu’à l’absurde.
De ces données incontestables, recueillies ou appréciées depuis longtemps par des observateurs tels que Meerwein, Huber, Chabrié, J, -A. Sanson père et fds, le SuédoisTollin, Deniau etDubochet (de Nantes), Jourdan, Yignal et Michel Loup (de Lyon), Cagniard de Latour, Franchot, Babinet,
J.-A. Barrai, Beleguic, Emm. Liais, de Semalé, d’Esterno, Pline, de la Landelle, Taillepied de la Garenne, Fleureau, Vaussin-Chardanne, L. de Lucy, Arwed Salives, Arth. Gandillot, Jules Yerne, Bourcart, F. du Temple, Henry Bright, Alph. Moreau, Preslier, Laubereau, Jullienne, Julien de Villejuif), lord Carlingford, Parisel, Briantdu Lescoët, L. Grandeau, A. Sanson, Th. Maurand, Serres, Piallat, Bichard, Camille Yert, P. Boucherot, de Ponton d’Amécourt, Telescheff, George Cayley, Panafieu, Landur, Morin, Guérineau, Tigé, Steiner, Diesbach, Garapon, Engel, de Louvrié, Mareschal, Danduran, docteur Juge, docteur Wolf, docteur Tavernier, Vandal, Brochon, Besnard, O’Frion, Lelioux, Perrée, Guyot, Davelouis, Lacan, Brisson, Mure, de Montdesir, Yan Monc-
kooven, etc., etc., ( — je demande pardon à tous ceux que j'oublie) — il semble résulter pour l'homme quelque chance de possibilité de s'élever, de se soutenir et de se diriger dans l'air à l'imitation des animaux volateurs.
Et tout au moins en résulte-t-il qu’il n'y a pas folie dans l'étude de cette grande recherche.
Pour nous, personnellement, la question du vol humain se trouve résolue par cela seul qu'elle est posée.
Chaque fois, en effet, que, pour la satisfaction de ses besoins, l'homme a voulu imiter la nature, il a égalé, souvent dépassé son modèle.
Il n’avait pas les quatre jambes agiles du cheval, du cerf et du lévrier : — avec la locomotive, il a distancé de bien loin le lévrier, le cerf et le cheval.
Il n’avait pas d’appareils natatoires comme le poisson : il va non-seulement sur l’eau, mais, comme le poisson, il va sous l’eau. — Il était faible, mais il s’arme, et devant lui s’enfuient les animaux les plus formidables. — Il soumet la flamme elle-même et il lui commande de le porter.
L’empire du monde lui a bien réellement été donné. Il a tout vaincu, dès qu’il a voulu vaincre. Quand il lui a plu de réaliser ce prodige d’être plus rapide que le son lui-même, l’électricité a porté sa parole d’un pôle à l’autre, comme Téclair.
Quand il le voudra, l’homme volera comme l’oiseau, mieux que l’oiseau; — car, sans entrer davantage ici dans des détails d’abstraction, il est certain pour nous que l’homme sera obligé de voler mieux que l’oiseau, pour voler seulement aussi bien.
Les moyens ne lui feront pas défaut, et si ce qu’on a dit est vrai, qu’une question bien posée est par cela seul à moitié résolue, l’heure a sonné de la réalisation de la plus grande des conquêtes humaines.
L’observation poursuivie des phénomènes naturels indique désormais à l’homme la marche rationnelle, certaine, qu’il doit suivre.
Cette force Titanesque de l’oiseau qui
faisait reculer nos savants, l'homme la centuple dans son intelligente main, plus puissante que toute force.
L'art mécanique qui, dès le siècle dernier, imitait, dans les Têtes parlantes, dans le Canard de Vaucanson, jusqu’aux actes les plus mystérieux de la nature, — l’art mécanique met aujourd’hui à sa disposition plus de ressources qu'il ne lui en faut pour faire passer de la théorie à la pratique la Navigation Aérienne.
En voyant s'élever automatiquement dans l’air les petits hélicoptères de MM. de la Landelle et d’Amecourt, — ces joujoux, insignifiants en apparence, qui, même après le premier modèle de Launoy et Bienvenu, oublié depuis 1784, et celui du Lyonnais
Vignal, en 1849, auront eu, sinon historiquement, au moins utilement , j’espère, le mérite d’avoir réalisé la première démonstration publique de la possibilité du Plus lourd que l'air , — l’illustre savant qui a eu le courage, Académicien contre l’Académie, de prendre en main notre drapeau, M. Babinet s’écriait :
— La cause est entendue ! Ce n’est plus qu’affaire de technologie et d’argent !
Et, s’avançant sur le terrain si disputé de la possibilité première de l’ascension des corps graves, il appuyait et confirmait de tout le poids de son autorité cette théorie, si paradoxale encore en apparence,
que nous n’avions pas hésité à avancer, à savoir : — que plus nos appareils de vol mécanique seront puissants , plus légers relativement deviendrontils .
Outre qu’une grande machine est toujours en effet plus efficace qu’une petite, il est évident qu’une force de deux chevaux, par exemple, pèse moins que deux forces dun cheval, et plus nous nous élevons dans nos proportions, plus nous voyons que notre poids diminue relativement à mesure que notre force augmente. La progression de notre décharge montera donc en raison proportionnelle de notre addition de force, et, loin de nous faire obstacle, c’est au contraire notre amplification qui nous garantira d’autant mieux le succès.
— Dès que vous enlevez une souris, écrivait notre savant maître, vous emporterez