Æpist. ad Pentad, T
Et ces disputes pouvaient-elles parvenir jusqu'à lui ? Aujourd’hui on distingue encore des différences et parfois des oppositions fortement accentuées entre les idées de la classe instruite et les crovances populaires. Au temps des Romains, qui n'avaient ni l'imprimerie, ni les mille et un moyens de communication intellectuelle que nous possédons aujourd’hui, ces différences et ces oppositions devaient être bien plus sensibles.
Le peuple n’y regardait pas de si près ; 1l avait la foi et n’approfondissait pas la valeur de ses croyances (1).
Quant à la classe mstruite, elle renferma toujours un certain nombre de croyants, même aux époques les plus sceptiques. Et presque dé tout temps, 1l fut de bon ton de cultiver la divination à Rome comme il est honorable aujourd'hui de cultiver les sciences.
1. Au sujet de la foi des Romains dans la Div. V. Dezobry, Rome au siècle d'Auguste (L, 50).
PROCÉDÉS OFFICIELS DE DIVINATION S I. — Origine et caractère des méthodes divinatoires.
Nous avons considéré l'idée de la divination dans son essence, 1l nous reste à Fexaminer dans ses formes pratiques pour éclairer d’un jour plus complet l’origine et les fondements du droit augural. Pour bien comprendre en effet la savante construction juridico-politique que les Romains édifièrent sur la divination, il faut savoir de quoi cette divination se compose et comment elle procède.
Les hommes primitifs, raisonnant par analogie attribuaient volontiers à des êtres doués comme eux d’intelligence et de volonté, les phénomènes naturels dont ils ne percevaieut pas les eauses. Tout phénomène imcompris devenait ainsi matière à conjecture divinatoire. Les Grecs avaient donné là-dessus libre cours à leur Imagipation inventive et créé successivement une infinité de méthodes, plus étonnantes les unes que les autres.
Les Romains sont moins ingénieux dans cet ordre d'idées ; leur esprit se montre simpliste. [ls pouvaient bien (l'Étrurie et la Grèce avant fait de grands frais d’imagimation à cet égard) se dispenser du travailde Finvention et utiliser à l'occasion les résultats des connaissances de leurs voisins. C'est ce qu'ils firent : la divination étranocre tint toujours une grande place dans la vie de Rome.
On voit de même, à notre époque, certains peuples, les Hovas par exemple, n’mventer presque rien en fait de sciences, et ne pouvoir se glorifier d'aucun savant remarquable; ce qui ne les empêche pas dutiliser pour leurs propres besoins les découvertes scientifiques des autres pays. Lorsque la science sociale aura pris place dans les constitutions, 1l est des états qui devront sans doute avoir recours aux savants étrangers.
Nous avons done à Rome deux sortes de procédés divinatoires à étudier : d’une part les méthodes étrangères reconnues et utilisées officiellement : d'autre part les méthodes romaines, pratiquées directement par l'État.
Parmi les méthodes étrangères ce furent celles de l'Étrurie que les Romains utilisérent le plus fréquemment; ils eurent aussi recours à la Grèce, moins souvent en raison de son éloignement plus considérable, mais toujours avee une confiance plus réelle.
Quant à la divination romaine proprement dite, elle semble au milieu de la richesse des pratiques divinatoires de Pantiquité, n'avoir pris que le strict néces-
saire pour attemdre son but véritable qui consistait à
être un puissant moven de gouvernement. Elle ne vise ordinairement que le présent et l'avenir immédiat qui le suit. Elle ne cherche à savoir qu'une chose : les dieux sont-ils, oui ou non, favorables à l'accomplissement de tel ou tel dessein ? En cas de réponse négative on ne considère pas le veto des dieux comme absolu, mais comme temporaire. On recommence l'opération divipatoire le lendemain et, si les signes sont favorables, on marche en avant.
Toute la divination pratiquée par les représentants de l'État, consistait dans la prise des auspices et cette prise d'auspices s’effectuait par la seule observation de la foudre et des oiseaux. On tenait compte toutefois de certains signes fortuits, lorsqu'ils se produisaient durant les opérations augurales. Mais, renfermée dans d'aussi étroites limites, cette divination n’était pas de nature à satisfaire les imaginations romaines curieuses de l’avedir. Vivant au milieu de peuples qui faisaient leur préoccupation constante de la connaissance des événements futurs, les Romains ne pouvaient rester indifférents de ce côté là. C’est pour cela qu'ils devinrent tributaires de la divination étrangère ; l’état romain fut un ehent des haruspices étrusques et des oracles de la Grèce.
Quelle peut bien être l’origine des méthodes divmatorres italiques ? Quel cerveau les a énfantées ? À la vérité, cette origine se perd dans lanuit des temps: et les Romains euxmêmes n'étaient pas bien renseignés à ce sujet. La tradition leur avait transmis là-dessus quelques fables, que les
poètes se sont empressés de colorer et d'embellir ; et c’est tout ce qui nous en reste.
I parait que des fées, les Carmènes qui, plus tard, devinrent les muses de Rome, avaient dicté la législation religieuse au roi Numa, par la bouche d'Égérie, la plus vénérée d’entre elles. Il paraït aussi que des dieux révélateurs Faunus et Picus (sans doute une personnification du pivert), ayant coutume de venir se désaltérer à la source du mont Aventin, ledit Numa leur tendit une embuscade et parvint à les saisir. Ceux-ci lui enseignèrent le moyen de lure descendre du ciel Jupiter Elierus, qui fixa lui-même les rites de l'observation de la foudre. C'est Ovide qui rapporte la chose (D). Au dire de Virgile, pour consulter Faunus, le roi Latinus « s’enfonçait dans les bois de la profonde Albunée, qui s'échappe à flots retentissants de sa source sacrée et qui, du sem des ombrages épais exhale d’'horribles vapeurs.
C'est à que les peuples d'Ttalie venaient chercher les réponses du sort » (2). Pendant ce temps « Fatua, la femme de Faunus, remplie et agitée de l'esprit divin comme d’une sorte de fureur, prédisait Pavenir » (3). Et Calpurnius va jusqu'à nous rapporter une des prophéties que ce divin Faunus avait eu la bonté d'écrire sur écorce d’un hêtre (4).