Calpurnius. Zglop
En Étrurie c’est une autre affaire: un autre dieu s'en est mêlé. Un laboureur de Tarquinies ayant creusé, on ne sait pas quand, un sillon plus profond que de coutume en vit sortir un génie. Ce génie c'était Tagès, le petit-fils de Jupiter, qui dicta aux Lueumons les règles de lharuspicime (1).
Telles sont les principales légendes qui cireulaient à Rome sur les origines de la divination. Si les philosophes avaient quelque peu honte de croyances si naïves, il n’en est pas moins vrai que des millions et des millions de Romains ont vécu et sont morts dans cette foi.
En réalité, les méthodes divinatoires S’étaient établies à la suite d'observations : mais observations mal faites et mal comprises. L'homme primitif avait pensé, non sans raison peut-être, qu'une relation existe entre tous les phénomènes de lunivers : il en concluait logiquement que la modification des uns pouvait être un présage de la modification des autres.
Nos savants d'aujourd'hui procèdent de même lorsqu'en observant les taches solaires et les perturbations atmosphériques, ils croient pouvoir établir entre elles une relation permettant de prévoir la pluie et le beau temps. L'homme préhistorique avait fait des rapprochements entre les événements naturels et les faits Soctaux - heureux et malheureux. Mais il n'avait pour enregistrer ses observations d'autre livre que sa mémoire. Il ne retint que les rapprochements exceptionnels, seuls de
‘ 1. Bouché-Leclerca, 02. cét. T. IV, p. 7.
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nature à limpressionner, et ses observations furent mauvaises pour être incomplètes.
Mais que les procédés divinatoires aient été créés de toutes pièces par des imposteurs, ce n’est guère probable. Dominé par les croyances superstitieuses de son temps, quel homme eût alors osé, par une telle manœuvre, braver le courroux des dieux ? Et à quoi bon recourir à l’imposture, alors que par suite de l'ignorance générale, 1} était si facile de se faire illusion à soi-même; alors que, maloré soi, et à chaque instant on devait être dupe des apparences ?
La divination paraît être l’œuvre de la collectivité et non l'œuvre d'un seul. Une sorte d'acceptation sociale était nécessaire, au moins de la part des hommes compétents pour qu'un système pût s'établir. La bonne foi des premiers devins semble done probable.
D'autre part, il faut remarquer que les pratiques divinatoires étaient en général la propriété de certaines familles qui tenaient leurs procédés secrets, un peu comme aujourd'hui quelques industriels cachent leurs modes de fabrication.
La divimation officielle elle aussi était rigoureusement cachée aux profanes. Le peuple ne devait pas y être initié. Ce secret en fit longtemps une force colossale aux mains des gouvernants.
Le collège augural tenait une sorte de journal de ses observations et de ses décisions. On appelait ses
archives, Libre augurum (4) où augurales (2). Ge n'est qu'au dernier siècle de la République, que les augures commencalent à ne plus faire un mystère du droit spéelal qu'ils étaient -chargés d'appliquer. Ils écrivirent alors plusieurs ouvrages sur la théorie et la pratique des auspices. Mais à ce moment le scepticisme avait gagné beaucoup de terrain : 1 n'était plus question du sens fatidique des auspices, mais seulement de leur valeur légale. La divination officielle était alors une affaire purement juridique, qu'on conservait comme moven de gouvernement. L’augure Marcellus déclarait nettement qu'elle avait été mstituée pour Putilité de l'État (3).
Dans ces conditons nous en sommes réduits à des conjectures sur €e que pouvaient être les pratiques divinatoires des premiers Romains.
Loin d’être cachée au publie, la science moderne au contraire est offerte à tous abondamment : à part toutefois certains procédés scientifiques concernant Part militaire, que les états s'efforcent, souvent sans succès, de ne pas divulguer. Mais, par suite de ses progrès Incessants, chaque science compte de jour en jour un-plus grand nombre de profanes, si bien qu'on verra peut-être se produire, dans l'évolution scientifique, le contraire de ce qui