‹ Le Droit Augural Et La Divination Officielle Des RomainsChapitre 20 sur 102 · Cicéron. Legves, II · texte numérisé non relu

Cicéron. Legves, II

s'est produit à Rome pour la divination : le mystère sera à la fin, ne $’étant pas trouvé forcément au début: il viendra non des hommes mais de l'étendue de la science, et il sera d'autant plus profond que les connaissances scientifiques de l'humanité s’accroitront davantage.

Dans la constitution du savoir moderne, on à constaté qu'il s’est opéré une sorte de division du travail. Les sciences se dédoublent et chacune d'elles poursuit son but particulier. Un phénomène analogue s'était produit pour la divination et Valère Maxime le résume en ces mots: « Nos ancûtres, ditl, attribuèrent à la science des pontifes la connaissance des cérémonies fixes et annuelles ; à l'art des augures la garantie du succès dans les affaires importantes : aux livres des devins linterprétation des oracles d’Apollon ; aux pratiques étrusques le secret de conjurer les sinistres présages » (1°.

I'convient d'examiner d'abord la divination étrusque. Ce n'est pas pour prétendre qu'elle donna naissance à la divination romaine : Marquardt dit, après Brause et Regell : « La science augurale ne vient pas de l'Étrurie. Elle est originaire du Latium et de ltalie moyenne, et elle existait avant Rome elle-même » (2). Mais cette étude servira à l'intelligence des pratiques romaines qui, somme toute, ont dù lui faire plus d'un emprunt.

Quant à la divination grecque elle à surtout été utilisée par lPintermédiaire des livres sibvllins. Les

LV Mae Cha D SU 2. Manuel des Ant. rom., t. NII. Le Culte chez les Romains, par Marquardt (trad. de M. Brissaud), p. 108.

Romains en ont fait une sorte de conserve, assaisonnée à leur façon, et qui n'a presque rien gardé de la saveur hellénique. [convient de la placer dans le chapitre de la divination officielle.

$ II. Pratiques divinatoires de l’Étrurie utilisées par l’État.

La divination étrusque eut toujours la prétention d’être une science ; science reposant sur un fonds de doctrines révélées, mais qui, en se transmettant au sein des familles aristocratiques, S’augmenta de toutesles observaüons des générations successives. De bonne heure on eut recours à l'écriture pour la fixer; et les rituels de l'Étrurie formaient une œuvre considérable. «Labéon en avait écrit un commentaire en quinze volumes qui se sont perdus... pour vrai dire, tout y était prévu. Pas une action de l’homme ne demeurait indifférente » (4). Les textes qui nous sont parvenus sur cette matière sont assez vagues et peu nombreux.

La science des devins toscans se compose de trois parties :

1° L'observation des signes apparaissant dans les espaces célestes :

1. Horoy. Rapporls du Sacerdoce et de l'autorité civile (1882), 2e partie, p. 201.

2° L'inspection des entrailles des victimes, qu'on avait baptisé du nom d'haruspicine tant elle était habilement pratiquée par les haruspices, devins étrusques ;

3° La procuration des prodiges.

Au-dessus de ces trois grandes divisions, plane une méthode unique. Pour observer les signes fatidiques de toute catégorie, on les range dans un même cadre idéal : le temple augural. L’observateur divise le champ de sa vision, champ circulaire, limité par lhorizon sur lequel repose la voûte du ciel, par deux orandes lignes se croisant au-dessus de sa tête et dont les extrémités répondent aux quatre points cardinaux. l obtenait ainsi quatre régions ou quadrants dont chacun était subdivisé à son tour en quatre autres portions plus petites (4). Pour cette opération, l'haruspice toscan tournait le cos au nord, il avait alors l'est à sa gauche et l’ouest à sa droite.

Après avoir fixé les limites du temple céleste, il déterminait celles du temple terrestre, en reliant par une ligne droite les quatre points de son horizon correspondant aux points Cardmaux. Les signes observés, qu'il s'agisse du vol des oiseaux ou du sillon tracé par la foudre, sont de bon ou de mauvais présage suivant la partie du temple dans laquelle ils se produisent, à droite où à gauche de l'observateur. À chaque portion de lespace ainsi divisé correspondait un certam nombre de divinités, ce qui per-

mettait de reconnaître immédiatement à quelle caté-

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vorie de dieux on avait à faire. Seulement, comme il y en avait un grand nombre dans chaque catégorie, l'apparition d'un signe augural, dans l’une des cases du temple, ne suffisait pas pour savoir du premier coup avec quelle divinité on se trouvait en correspondance.

D'autre part l'orientation du temple dépendait de Vathtude prise par le devin qui, la plupart du temps, ne {ournait pas exactement le dos au nord. On comprend que, suivant la position prise par l'observateur, un signe changeait de place dans le temple et, par suite, prenait une autre signification augurale.

Cette théorie du temple, inconnue des Grecs, est lun des caractères les plus originaux de la divination étrusque. Les Romains la réduisirent à sa plus simple expression.

Voyons maintenant comment ce cadre imaginaire servait à classer et à interpréter les signes fatidiques.

1° Signes célestes, où plutôt atmosphériques. — Les observations des Étrusques à cet égard portaient principalement sur les foudres. Ils étaient passé maitres dans cet art (4) qui comportait, au dire de Sénèque (2), trois opérations : « l'observation, l'interprétation et la conjuration. La première suppose une règle, une formule par- Hieulière, la seconde constitue la divination, la troisième à pour but de rendre les dieux propices. »

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