PREMIÈRE PARTIE
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THÉORIE DES CROYANCES DIVINATOIRES SI. — Origine et fondement de la Divination.
En s'éveaillant à la vie sociale, dénués de tout, ne connaissant rien, les peuples primitifs prirent conscience de leur faiblesse. Ils se sentirent à la merci de toutes les forces de la nature, esclaves des milieux dans lesquels ils se trouvaient enfermés.
A la faible lueur de leur intelligence 1ls comprenaient que pour satisfaire leurs appétits et leurs passions, il était utile de connaïtre comment se comporteraient les êtres dont ils étaient entourés. Leur curiosité s'éveilla avec leurs premiers besoins. La connaissance du passé leur était vaguement fournie par la mémoire: la conscience leur découvrait en partie le présent; mais, que leur importait le passé ? La souffrance des jours écoulés ne S’oublie-t-elle pas dans la joie présente? Le souvenir du bonheur perdu peut-il servir dans le malheur ? C'est lavenir qui intéresse, surtout Pavenir immédiat. Voilà ce qui remplit le cœur de craintes, d’espérances et d'émo-
tions de toutes sortes. C'est sur lavenir connu qu'on peut régler sa conduite et ses actions.
L'homme primitif sent fort bien que ce n’est pas lui qui compose Farrangement des faits. De qui ou de quoi dépendent les incessantes transformations de l'univers ? Telle est la première question que se sont posée les êtres doués d'intelligence, aux prises avec les nécessités de la vie.
Après avoir pris conscience de sa faiblesse, l'homme primitif prit aussi conscience de sa force : force minime, c'est vrai. Mais, toujours est-il qu'il se sentait quelque pouvoir sur les objets Se trouvant à sa portée: 1l avait dompté quelques êtres plus chétifs, dont il façonnait l'existence au gré de sa volonté changeante. Ilen vint tout naturellement à se comparer à ces êtres qu'il détenait en son pouvoir. Et comme il se sentait leur supérieur et que, d’un autre côté, il voyait qu'il n'était pas maître dans la nature, il crut que sa destinée était soumise au bon vouloir de divinités puissantes, capricieuses comme Îlur, qu'il ne voyait pas. Tels sont les sentiments qui donnèrent naissance au polythéisme: l’homme raisonna d’abord par analogie.
«La religion primitive des Italiens, dans ses croyances essentielles, à écrit M. Gaston Boissier, ressemblait à celle des autres nations indo-européennes. Ils adoraient les forces de la nature, favorables ou nuisibles, et se les figuraient comme des êtres animés, de sexe différent, dont les rivalités se reproduisent dans la
lutte des éléments et dont l'union explique l'éternelle fécondité du monde. Cest aussi le fond de la religion des Grecs; mais celle des ltaliens portait l’empremte des peuples qui avaient faite. Ces peuples étaient en général graves, sensés, prudents, fort préoccupés des misères de la vie présente et des dangers de Pavenir » (D.
Le Romain-primitif divinisa tout ce qu'il vit dans le monde en dehors de lhomme. Varron estimait à trente mille le nombre des divinités ; c'était aussi le compte d'Hésiode. Mais Maxime de Fvr pensait que ce chiffre était beaucoup trop faible (2).
On conçoit sans peine qu'il n'avait pu être question de donner un nom à toutes ces divinités.
« Il se passa deux siècles, dit J. Marquardt, sans que les Romains eussent une seule image de leurs dieux. Ils les représentaient à l’aide d’un objet symbolique, par exemple Mars au moyen dune lance... Leurs divinités n'étaient que des abstractions; ils adoraient en elles toutes les forces de la nature, dans la dépendance desquelles l'homme se sent à chaque instant, mais qu'il peut s’assujettir en observant les prescriptions d'ordre tout extérieur, établies par l'État pour honorer les dieux » (3).