‹ Le Droit Augural Et La Divination Officielle Des RomainsChapitre 24 sur 102 · Obsequens. LXIV · texte numérisé non relu

Obsequens. LXIV

Il en résultait bien un certain vague dans le sens des présages, mais cela permettait d'expliquer après coup les insuccès, en modifiant les explications.

L'haruspicine n’a pas disparu du monde au xix° siècle. On la pratique encore chez les Malais, les Polynésiens (1), et diverses tribus asiatiques (2). Les sorciers de PAfrique centrale se servent aussi des entrailles des poulets (3). Et même chez les nations civilisées les pratiques étrusques, propagées par la civilisation romaine, ont laissé des traces nombreuses. « Dans le Brandehourg quand un pore est tué et que la rate se trouve retournée, on S’imagine qu'il Y aura une catastrophe, une mort notamment, dans la famille avant la fin de l’année » (4). « En Irlande, Camden rapporte l'usage que lon fait de Pomoplate d’une brebis pour trouver une tache notre qui prédit la mort: et Dravton, dans son Polyblion, rappelle dans les termes suivants cette pratique : « Par lépaule droite d’un bélier que lon à fait bouillir et dont il extrait Pomoplate le sorcier, en v jetant les veux, juge de Pavenir comme du lointain passé » (5).

Quand on exalte la civilisation antique, où la plupart des grands hommes ont eru qu'au moment du

1. V. E. Tylor. Za Cévilisalion primitive, trad. de M"“° Brunet p. 145, d’après Saint-John Ellis et Polack.

. Ibid. d'après Georgi, Hooker et Latham.

. Tbid., d’après Burton et Waitz.

. Zbid., p. 146, d'après Wuttke.

. Zbid., p. 147, d’après Brand et Forbes-Leslie.

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sacrifice «11 s’opère un tel changement dans les entrailles de la victime, qu'il v a perte ou surcroît de quelque partie, selon la volonté toute puissante des dieux » () ; quand on exalte le monde antique, où il était de bon goût de cultiver la divination, comme aujourd’hui on cultive la science, on devrait bien se rappeler le mépris scientifique que nous professons pour les sorciers modernes.

3° Procuration des prodiges. — La procuration des prodiges était l'art de trouver les mesures que les hommes devaient prendre afin de rentrer en grâce auprès des dieux, après l'apparition d’un phénomène extraordinaire, imdice du mécontentement divin. Le prodige n'était pas nécessairement un phénomène contraire aux lois naturelles connues des anciens : 1l suffisait parfois qu'un fait fût d'avance et conventionnellement accepté comme tel. En général, les prodiges étaient considérés comme des réclamations divines concernant le passé. Si lon ne trouvait rien à se reprocher envers la divinité plaignante, €'est qu'alors le prodige concernait l'avenir. Dans tous les cas 1l fallait des cérémonies explatoires (2).

C'est par un ensemble de raisonnements très subtils qu'on parvenait à découvrir le dieu qui s'était plaint et le genre d'expiration qu'on lut devait.

La théorie de l’évolution, comme on va le voir,

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2, V. Bouché-Leclercq, og. cit., p. 7% et suiv.

était peut-être en germe dans les raisonnements étrusques. Mais on l'y entrevoit avec un caractère divinatoire si nellement accentué, qu'elle sent son homme primitif d'un bout à l’autre. Après avoir partagé l'espace pour en faire un temple, les haruspices imaginèrent de diviser la durée des êtres en étapes mesurées. C'est la théorie des siècles ; elle paraît appartenir en propre à l'Étrurie (D. La naissance et Ja mort pour les individus, la fondation et la destruction de la cité pour les états, sont les points extrêmes du cours de la destinée. La faculté d’ajourner les maux est aussi grande que possible dans les débuts de l'existence, elle va en décroissant jusqu'à la fin où elle est nulle. La vie d’un homme se divise en douze hebdomades. La durée d’une nation se compose d’un certain nombre de périodes dont la mesure est la vie humaine la plus longue dans une génération. La transition d'une phase à l'autre passe Imaperçue pour le commun des mortels : mais les haruspices la découvrent aisément grâce aux prodiges extraordinaires qui marquent toujours les dates fatidiques.

Aveé cette théorie, les haruspices ne tendaient à rien moins qu'à prévoir l'évolution des mdividus et des états. de les suivre dans la voie qui les conduit à leur extinction finale et d'évaluer, par le chemin parcouru, celui qui reste à parcourir. Dans cet ordre d'idées, les Étrusques allèrent jusqu'à fixer les limites

2, Censorinus. XVII 5 et 13.

de la durée du monde à « douze chiliades » dit Suidas (1). Nos savants modernes sont moins prétentieux.

Telles sont, bien succintement résumées , les grandes lignes de la divination étrusque, que le Sénat tout puissant de Rome consultait officiellement. Dans la crainte de voir se perdre une aussi précieuse science, il en vint un jour jusqu'à ordonner son enseignement à un certain nombre de jeunes gens des fa-

milles aristocratiques.

$ III. — Divination romaine officielle. Auspices. Omina, sorts et livres sibyllins.

1° Auspices. — L'augure romain voulant prendre les auspices, commençait par réciter à haute voix la <degum dico », formule d'un pacte fait avec la diviunité, dans lequel 11 énumérait les signes sur lesquels porterait son observation. Cette observation devait se fare dans un laps de temps déterminé et les signes énumérés avaient seuls, en principe, une valeur légale.

En fait, on tenait compte aussi de ceux qui s'offraient d'eux-mêmes au cours de Fopération et auxquels l'opinion attachait un sens fatidique.

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