Les Tables eugubines, introd. p. XXII
dernicre. Une étude récente de M. E. Beaudoin, publiée dans la Nouvelle Revue historique du Droit français et étranger, Vient confirmer et prouver notre asserlion. Au cours de celte savante étude, intitulée la La limitation des fonds de terre dans ses rapports avec le droit de propriété, M. Beaudoin met d’abord en doute l'origine étrusque de la science des premiers agrimensores romains (4), puis 11 dit: « La limitation est une opération religieuse. Le Fragment de Vegoia en attribue Pétablissement à Jupiter (Fragment de Vegoia cité, Gromatici, p. 390). C'est encore le langage que parlent les Gromaticr de l’époque impériale, quand ils disent qu'elle à une « origine céleste » (Hvgin, p. 166, 1. 4). Précisons cette idée : la limitation est essentiellement une opération augurale. Le tracé Cu plan de la cité, Porientation, les gestes faits dans le ciel avec le lituus, sont les ordinaires fonctions des augures; et ee sont précisément les choses que fait l’agrimensor romain, encore à l’époque de la République et de Empire, avec cette seule différence que le groma, c'està-dire léquerre d'arpenteur, à remplacé, à cause de nécessités techniques, le lituus des anciens augures.
La description d'Hvgin fait admirablement ressortir ce caractère augural de Fopération : le partage du ciel
1. M. Casati de Casatis a publié plus récemment encore un ouvrage : /us antiquum, où il affirme sans hésitation cette origine étrusque, mais il n'avait probablement pas connaissance de l’ Étude de M. Beaudoin.
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d'abord et du territoire ensuite en quatre parties, par le decumanus maximus et Va kardo maximus, la signification symbolique de cette division tracée dans le ciel et de ce plan qui, sur la terre, reproduit le plan même du ciel Hygin, p. 166), les formes de la limitation expliquées et justifiées par des raisons tirées du système du monde et de la marche du soleil, l'orientation (Hvgin, p. 166, L 22 et s.), l'opération de la limitation assimilée d’une façon absolue au tracé d'un emplum (Hvem, p. 167, Es). Tout, ici, porte la marque d'une véritable opération augurale » (1). M. Baudom montre ensuite le rapport certain qui existe entre l'orientation de la limitation et lorientaüon des temples proprement dits. Il conclut que le tracé des Himites n'est autre que le tracé d’un templum el il ajoute : € La limitation étant une opération augurale, il en résulte que l’agrimensor est un augure. Les gromatier qui lui donnent naturellement pour père l'agrimensor étrusque, l'appellent un haruspice, (Hvygin, p. 166, L 10). Dans le sens au moims que le droit sacerdotal des Romains à donné à l'expression haruspice, ée. mot n'est pas exact» (2). Tout ce que nous avons dit du rôle des haruspices, et tout ce que nous en dirons encore, semble confirmer lopinion de -M. Beaudoin.
Mais quel était le résultat pratique de ce mode de constitution de la propriété ? Nous trouvons la réponse
1. Nouvelle Revue hist. de Droit fr. et étr., (1893) p. 414. DOI: D IS.
dans l'ouvrage de M. E, Cuq sur les institutions juridiques des Romains : © La consécration, dit-1l, avait pour effet de placer le terrain solennellement limité sous la protection du dieu Terme. Quiconque se serait permis d'empiéter sur les limites en enlevant les bornes avec la charrue, aurait commis un sacrilége et encouru la malédichon divine » (4).
(a) Auspaces tirés du vol et du cri des oiseaux. — Tous les oiseaux pouvaient donner lieu à des présages fortuils, mais un petit nombre d'entre eux seulement entraient dans le pacte de la legum dictio. On les divisaiten deux classes : les alites et les orcines, suivant qu'on devait interpréter leur vol ou leur er1.
€ Voici, dit Fes'us, les oiseaux que l’on observe pour leur vol: la buse, Porfraie, le petit vautour, l'aigle, le grand vautour » (2). On observait au contraire pour leur er: la chouette, le coq, la corneille (3). L'oiseau sacré par exellence des Romains, le pivert semble avoir fait partie des deux classes à la fois (4.
Pour les premiers, l’augure devait noter la direction et la hauteur de leur vol par rapport aux diverses régions du temple. I considérait aussi la vitesse de leurs battements d'ailes et leur contenance, par exemple :
1. Les Institutions juridiques des Romains, par Edouard Cuq, (1891), p. 84.