Zérd
détenteur du pouvoir suprême voulait partir en voyage : comment faire ? Cesserait-on, en son absence, toutes relations avec Jupiter? Non. Le droit augural avait almis la possibilité d’une délégation momentanée des auspices à un mandataire spécial. Primitivement lorsque, par extraordinaire, le chef de État sortait de Rome, il laissait à un præfectus Urbi son autorité et son droit de consulter la divinité en son nom. Dans la suite, la création des préteurs urbains permit de se passer de ces suppléants.
D'autre part, pour poursuivre un criminel devant les centuries, les tribuns empruntaient parfois les auspices du préteur urbain (1).
Mais la jurisprudence des augures semble n'avoir accordé le droit de déléguer les auspices qu'avec parcimonie. Un maitre de la cavalerie ne le possédait pas ; c'est du moins la pensée qui se dégage d’un passage de Dion Cassins (2).
9e Auspices urbains et Auspices militaires. — Cette seconde classification ne repose pas précisément, comme celle que nous venons d'étudier, sur la qualité des magistrats ; elle dérive de la théorie
1--V. Bouché-Leclercqa, og. cit., 1V, p, 2238, 9, Dion Cassius, XLII, 30.
du temple augural. On appelle urbains les auspices pris en dedans de l'enceinte du pomerium et mililaires ceux qui sont pris en dehors. Ces derniers empruntent leur énergie aux auspices urbains. On peut dire jusqu'à un certain point qu'ils se greffent sur eux et qu'ils confèrent des droits nouveaux. Dans les deux cas, il est bien entendu que pour consulter la divinité au nom du peuple romain il faut être mvesti de lünperium, partout intimement lié au droit d’auspices.
Au temps de la monarchie absolue, le roi était à la fois chef evil, chef religieux et chef militaire : 11 avait, soit à Rome soit au dehors de la cité, droit de vie et de mort sur les citovens. Mais lorsqu'en établissant la république, les Romains voulurent donner des garanties à la liberté individuelle, ils n’accordèrent plus aux magistrats urbains le droit de faire exécuter où battre de verges un citoyen qui en appelait au peuple.
Ces garanties n'étaient guère compatibles avec la vie des camps. Là, le pouvoir absolu était néces- Saire au maintien de la discipline ; et lon convint que les magistrats devaient recouvrer ce pouvoir, en passant le pomertum pour prendre la direction des armées. Dès lors il ÿ eut une coïncidence parfaite entre l’émperium et le droit d’auspices militaires ; pendant longtemps 11 parut aux Romains que lun ne devait pas marcher sans l’autre.
Mais comment faire pour entrer en communication avec les dieux protecteurs de Rome lorsqu'on se trouvait en dehors de la cité, en dehors du temple où s'était origiparement passé le contrat de protection. Les anciens concevaient le ciel comme ils voyaient la terre, c’est-àdire habité par des êtres plus où moins puissants et S'agitant dans un espace plus ou moins limité. Leurs dieux n'étaient pas universels et omniscients : ils n'étaient pont doués d’une puissance infinie.
Tite-Live rapporte que lors de la bataille de Fidènes en #37 «le dictateur attendit pour engager le combat un signal donné du haut du Capitole par les augures » (1). Ce récit donne à penser qu'à l’origine on ne prenait les auspices que dans le temple de la cité.
Mais le terrain qu'on découvre du haut du Capitole n'était-1l pas trop étroit pour satisfaire le besoin d'expansion de l'esprit belliqueux de Rome ?-Et, d'autre part, n'élail-ce pas au milieu des périls de la guerre qu'on avait le plus pressant besoin de consulter les dieux nationaux ? Il fallait non seulement pouvoir le faire en dehors de l'enceinte sacrée du pomertum, mais il était encore nécessaire d’avoir des procédés plus prompts et plus sommaires. Plus prompts, car à la guerre le moindre retard peut être fatal: plus sommaires car les augures, se trouvant en petit nombre et leur présence étant indispensable à Rome,-ils ne pouvaient S’astremdre à suivre les armées.
lAlire-Bive, IV," 18.
Le droit augural avait tout prévu.
Il distinguait cinq espèces de sols : le sol romain, le sol de Gabies, le sol étranger, le sol ennemi et le sol incertain (4). Celui de Gabies était assimilé au sol de Rome relativement à la prise des auspices, parce que Romulus, laugure rot, avait fait son éducation dans cette ville (2) et avait tracé le pomertum suivant le rite de Gabies. L’inauguration des autres sols était sans doute d'autant plus compliquée qu’on s’éloignait davantage du sol romain. En tous cas, le commencement du cérémonial avait lieu à Rome. On avait admis une sorte de fiction légale d’après laquelle le magistrat sortant de Rome emportait avec lui les auspices et le temple. «IT fallait qu'avant de partir, il allàt chercher cet attirail abstrait sur le Capitole, où il consultait tout d’abord Jupiter ; 11 marchait alors revêtu de Son manteau de guerre, vers la porte, s’arrêtait un instant sur le pomerium pour interroger mentalement le ciel, et poursuivait sa route, environné de son temple idéal. Mais la jurisprudence augurale, à la fois naïve et raffinée, avait décidé que ce temple ne pouvait conserver sa valeur, que s'il reposait à chaque instant sur la terre. Le moindre filet d'eau vive en rompait la continuité et en altérait la figure. Le magistrat ne pouvait transporter ses auspices au delà de cette barrière que par une céré-