‹ Le Droit commercial comparé de la France et de l'Angleterre, suivant l'ordre du Code de commerce français. Ouvrage théorique et pratique nécessaire à l'application du nouveau traité de commerce du 23 janvier 1860Chapitre 9 sur 259 · XVIII DROIT COMMERCIAL EN FRANCE ET EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

XVIII DROIT COMMERCIAL EN FRANCE ET EN ANGLETERRE

Chez nous, au contraire, la loi commerciale a procédé de la prévention contre la liberté : à l’action large et puissante de celle-ci s’est toujours substituée la tutelle soupçonneuse, timide, quand elle n’était pas hostile, de l’action politique.

Colbert réglemente, il y a deux siècles, avec un esprit étroit, l’esprit de caste et d’isolement, notre activité industrielle, notre initiative commerciale ; et cette influence désastreuse, responsable de l’infériorité du travail national, de notre impuissance et de notre longue humiliation sur les mers, a prévalu contre les plus persévérants et les plus patriotiques efforts, jusqu’à l’émancipation relative proclamée par les assemblées de la Révolution.

Aujourd’hui encore, cherchez la cause de la timidité, de la méfiance pusillanime de notre industrie, que le traité effraie parce qu’il l’émancipe et la pousse à la liberté, et vous la retrouverez dans le régime inauguré par ce mot d’insolence et de servitude : f État, c’est moi !

Si nous avions la liberté qui constitue l’essence du droit social particulier de l’Angleterre, comme base de l’égalité, principe supérieur de notre éducation nationale, qui pourrait assigner une limite à notre prépondérance industrielle et politique, prépondérance d’autant plus irrésistible qu’avec la plus riche abondance de produits elle répandrait par le monde l’émulation ardente qui gagne les peuples, et qui nous les donnerait comme associés et comme auxiliaires de notre puissance et de notre grandeur.

Si les Anglais savaient élever jusqu’à l’égalité, dont nous

INTRODUCTION

sommes pour eux le type exceptionnel, leur liberté évidemment incomplète, insuffisante, sans expansion ; s’ils savaient la dégager de sa monstrueuse alliance avec l’aristocratie parasite et avide qui dévore le pays et conspire sans cesse contre ses généreuses tendances, la splendide fortune de cet atelier modèle de l’industrie humaine verrait se développer devant elle les perspectives les plus grandioses et les plus inespérées.

Mais cet avenir déjà n’est plus l’objet d’un vœu; il est commencé, et nous en avons franchi déjà les imposantes avenues.

C’est la voie des peuples, le vaste champ où, supérieure mais non indifférente aux formes, la Démocratie se possède, se gouverne et domine dans la plus impersonnelle et la plus inviolable souveraineté.

Dédaigneuse des hypocrisies qui l’invoquent, et des haines qui la défient, elle n’attend, elle ne subit ni les convenances, ni les inspirations politiques ; elle ne demande aux pouvoirs qui passent que le respect de ses franchises ; et, quand son heure est venue, elle se révèle dans ces œuvres prodigieuses où elle signale à la fois ses services, ses besoins et ses droits.

Ainsi, il y a dix ans, le peuple anglais tendait spontanément la main à la France et au monde, et conviait l’industrie universelle à se contempler dans la magnificence de ses richesses pour la première fois réunies.

Le Commerce seul recevait son hôte, le génie du travail, improvisant une merveille pour palais à tant de merveilles;

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