ÉTAGES
ravant leur rôle à la simple lecture d'un acte de protestation devant le Reichstag, où ils s’abstenaient ensuite de paraître, les nouveaux élus de la Protestation changeaient désormais d’attitude et suivaient avec assiduité les séances de cette Assemblée. Ils se refusaient toujours en droit à admettre la légalité de la situation faite à leur pays, mais n’en travaillaient pas moins en fait à défendre au sein de l’Assemblée populaire les intérêts de celui-ci, en même temps qu'ils créaient dans le Parlement une opposition systématique au gouvernement et grossissaient le nombre des adversaires de l'Empire. Bref, cela dura jusque vers 1890. À ce moment, une pression administrative sans précédent, jointe à un ensemble de mesures vexatoires, réduisit pour toujours l’opposition alsacienne-lorraine et porta un coup mortel au parti protestataire. |
« À la Protestation, dit M. Eccard (1), succéda la prostration, puis vint le recueillement et enfin l’action. » Celle-ci marque le retour aux idées autonomistes en Alsace-Lorraine. Certes, il ne devait plus y avoir de parti de l’autonomie, car des dissentiments sur des questions de politique intérieure avaient divisé les esprits et donné naissance à des partis politiques nouveaux : le parti catholique, le parti libéral, le parti démocrate et le parti socialiste (2); mais tous continuaient néanmoins d'inscrire à la base de leur profession de foi les idées constitu-
(1) Voir l’article de M. EccaRp, avocat à Strasbourg, dans la Revue politique et parlementaire du 10 novembre 1910, p. 321.
(2) Voir GErRBER : La condition de l’Alsace-Lorraine dans l'Empire allemand, p.212ets.
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tionnelles du premier. À ce point de vue, ils ne différaient que sur l'étendue de la réforme demandée. Et ces groupements, après avoir, à un certain moment, combattu l'un contre l’autre, pour faire triompher des prétentions secondaires, se sont aujourd'hui réconciliés sur le terrain national. Ainsi, par un singulier retour de l’histoire et sans rien abdiquer de leurs prétentions respectives, ceux-ci sont venus, vers la fin de 1910, se fondre dans une association commune et former le Bloc indigène ou parti néoautonomiste (l).
C’est à l’occasion du vote de la loi du 2 mai 1877, qui mécontenta tout le monde, que la question de l’autonomie entra pour la première fois dans le domaine du droit. Pour reconquérir leur prestige perdu aux yeux des populations et du même coup pour frapper l'opinion publique et obliger le gouvernement à tenir compte des revendications présentées, les autonomistes en saisirent le Landesauschuss et amenèrent celui-ci à voter, le 28 décembre 1877, une proposition législative donnant à l’Alsace-Lorraine une situation juridique identique à celle des autres collectivités de l'Empire. Ce n’était là, il est vrai, qu'un vœu ; mais il était significatif, et la question se trouvait désormais officiellement posée. Portée plusieurs fois encore devant cette Assemblée, puis
(1) Voir sur l’évolution des partis politiques en Alsace-Lorraine les articles très documentés de M. BRAUN dans la Revue de Politique extérieure, — Questions diplomatiques et coloniales, et intitulés : « Les Elections de septembre et l’Evolution des partis » (16 octobre 1906); « Les Elections en Alsace-Lorraine » (1% avril
1907) ; « L'Alsace-Lorraine en 1908 » (1° mars 1909) ; « Les Préludes d’une lutte nationale » (16 avril 1910).