Concep- . ^ ,.. r di\ i
^ ciens nommaient politique. La Politique eût
^ * pour berceau la Grèce, pour fondateur, le plus
grand génie de lantiquité, Aristote. La politique d*Aristote est une théorie complète de TEtat ; c*est non seulement la quintessence des idées grecques, mais encore le résumé de la science païenne, le dernier mot de la civilisation antique. Rome, en effet, dont la politique fut admirable, n'a apporté à la science de l'Etat aucun élément nouveau.
Ce fut un grec, Polybe, qui analysa le premier le Droit public romain et Cicéron dont l'éloquence fut incomparable» n'a fait, dans sa République (3), que s'approprier la science d'Aristote et les considérations de Polybe (4).
La vie politique des anciens est dominée toute entière par une fausso notion de l'Etat et de la liberté. L'antiquité n'a jamais compris en quoi consiste la personnalité humaine; elle ne pouvait dès lors atteindre à la notion des droits individuels ni concevoir l'Etat autrement que comme pouvoir omnipotent, investi d'une souveraineté illimitée. L'Etat est
(1) Paul Janet. Histoire. de la Science Politique, 1887. — Robert Van Mohl. Histoire et littérature des sciences de TEtat (en allemand et en espagnol). — Sir Frédéric PoUock, prof. Oxford. Introduction à l'histoire de la Science politique, 1890. — A. Dunning. History of Political Théories. — Georgfes H. Bakker. Litérature of Political Scienoe.
(2) Mgr Laforét. Histoire de la philosophie ancienne, — Filomusi Guelfl. La dottrina dello Stato nell antiohita graeca. — Fustel de Coulanges. La cité antique. — E. Van der Rest, Platon et Aristote Thèse d'agrégation.
(3) Une traduction de la République de Cicéron, précédée d'une savante introduction, a été publiée par Villemain 1823 et 1864.
(4) Paul Janet, 1 p. 251. — Nous suivons pas à pas cet auteur.
maître absolu des hommes et des choses ; les individus existent pour lui, ils lui appartiennent corps et âmes, ils n ont pas de destinée propre à réaliser en dehors de lui. Il est considéré comme compétent pour régler toutes choses, pour imposer n'importe quelles prescriptions. En présence de TEtat, la personne humaine ne compte pour rien. Platon sacrifie au bien de l'Etat, qu'il fait consister dans l'unité et dans l'harmonie, la propriété et la famille. L'idéal qu'il décrit dans la République repose sur un régime de castes et sur la communauté universelle des biens, des femmes et des enfants.
Pas plus que Platon avant lui, Aristote n'a pu s'élever au-dessus de cette conception païenne. L'esclavage est pour lui, non pas seulement un fait légitime, mais une institution nécessaire, l'œuvre de la nature. Il y a des hommes nés pour servir, comme il y a des hommes nés pour commander. Il refuse même aux travailleurs libres le titre de citoyens, qu'il n'accorde qu'à l'aristocratie des individus, dont les loisirs sont consacrés aux affaires publiques. Eux seuls sont vraiment libres et vraiment citoyens. La liberté est concentrée dans la vie politique ; elle consiste à coopérer à l'exercice de la souveraineté, à faire les lois, à voter la paix ou la guerre, à rendre la justice, à élire les généraux et les magistrats.
De cette notion de l'Etat omnipotent, de la mission universelle lui assignée de réaliser lui-même le bien-être, de faire régner la vertu, découle la subordination de la morale privée à la morale publique, en d'autres termes, la confusion de la politique et de la morale ou encore de la politique et de l'éducation. C'est l'erreur fondamentale dans laquelle est tombée la philosophie antique. C'est l'erreur d' Aristote comme de Platon, erreur féconde en conséquences redoutables, car elle assujettit à l'Etat la vie humaine toute entière. Tout au moins faut-il louer Aristote comme Platon d'avoir, en concevant pour l'Etat un idéal à définir, entrevu et posé le problème fondamental delà science politique.
28 ISTROBVCTION GENERALE
Le grand mérite d'Aristote est d avoir in- 18 Politi np *^"?"^ ^n^ Tétude des faits sociaux la ^%\^ j. 'méthode d'observation et d*analyae,C*e&t pour
cola qu 11 doit être regardé comme le vrai fondateur de la science politique. Il ne se borne plus comme ses prédécesseurs, à rechercher les conditions théoriques du gouvernement parfait ; il se préoccupe surtout d'étudier les constitutions existantes (5), de les comparer, do découvrir leur principe, leurs qualités, leurs vices, de montrer les causes de leur stabilité ou de leur fragilité, et d'établir qu'il faut approprier les institutions d'un pays aux temps, aux lieux, à la situation sociale, aux circonstances particulières dans lesquelles vivent les nations. Il observe admirablement les faits les plus complexes, les décompose en leurs éléments et en donne la théorie d'après les enseignements qu'il tire d'une observation patiente et exacte et d'une connaissance profonde de l'histoire.
Aristote en est arrivé ainsi, non seulement à réunir un nombre considérable de faits et de matériaux nécessaires à l'édification de la science de l'Etat, mais encore à dégager certaines vérités, qui sont restées dans le patrimoine de cette science.
Il montre dans la famille l'origine et la base de l'Etat et lui donne pour appui la propriété. Mais corrigeant une grave erreur de Platon, il distingue soigneusement la famille et l'Etat. L'Etat est une association de familles, une association qui se sufSt à elle-même, tandis que les familles ont besoin de l'Etat pour subvenir à leurs besoins.
L'Etat n'est pas une affaire de convention ; c'est le résultat naturel et nécessaire du développement de l'humanité. C'est un fait naturel. AvOçianoç g)vaei Çtûov nokltUov ; l'homme est par nature un être politique, c'est-à-dire destiné à vivre dans l'Etat. Cette vérité fondamentale contredit vingt siècles d'avance la grande erreur du Contrat social.
(5) D'après Diogène de Laerte, il aurait recueilli les oontitations de U8 Etait. On eait qae roayrmge d* Aristote sur la Oonstitation Athénienne a été découvert à Londres, il y a quelques années.
Pour Aristote le trait distinctif du citoyen, c'est la participation aux a&ires publiques ; ce titre n'appartient qu'aux hommes libres dont la vie ne connaît d'autres travaux que ceux de l'esprit. Le problème de la souveraineté est donc renfermé pour lui dans d'étroites limites. Et l'on ne saurait reconnaître la souveraineté populaire dans la souveraineté des citoyens qu'il préconise parfois.
Sa théorie d-ea formes de gouverTiement et sa théorie des révolutions, déjà ébauchée par Platon, sont devenues classiques. Aristote marque ses préférences pour un régime de gouvernement transactionnel, tempéré, s'appuyant sur les classes moyennes, oï ^eaoL
§ 2. Le Moyen Age.
La politique païenne découlait de deux 19. Doctrine négations : la négation des devoirs de l'Etat
cathoUqae et la négation des droits individuels. € Si Jésus-Christ n'avait point paru sur la terre, dit Laboulaye (6), j'ignore comment le monde aurait résisté à ce despotisme qui l'étoufeit. »
Le Christianisme apporte au monde deux principes, dont le triomphe fut là ruine de cette poUtique. Le principe de fraternité humaine détruit l'esclavage; désormais il n'yaplusque des hommes libres, ayant tous même nature, même destinée, mêmes devoirs et mêmes droits essentiels,égaux devant la loi.
Le second principe est celui de la distinction des denx puissances, spirituelle et temporelle. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » César n'est donc plus le maître absolu des corps et des âmes ; les citoyens ne lui appartiennent' plus tout entiers; il faut désormais distinguer dans le même homme la personne privée et le citoyen. L'individu a des devoirs, qui ne dérivent pas de l'Etat et des droits que l'Etat doit respecter. Toute la théorie des Droits de la personne humaine dérive de là. La vie privée est émancipée du joug de l'Etat. La distinction est faite entre la morale et la- politique, que l'antiquité confondait.
(6) L'Etat et ses limites. Parie 1865.
30 INTRODUCTION OENEBALE
Mais en distinguant les deux puissances, le Christianisme léguait à Tavenir un problème redoutable : celui des rapports entre TEglise et l'Etat.
ta longue querelle entre le Sacerdoce et TEmpire eut son écho dans les écrits du temps; elle remplit tout le Moyen Age.
La littérature juridique et politique s absorbe dans cette question (7) De ce débat mémorable deux livres importants nous sont restés : le De Monarchia de Dante et le De Régimine pvincipum de Saint Thomas d'Aquin.
Le Moyen Age n'est guère favorable aux études de TEtat. Sous le régime féodal, en effet, il n'y a plus proprement d'Etat; il n'y a plus que des groupements unis par des liens personnels; lasouveraineté s'est émiettée; ses prérogatives ont été attachées à la propriété terrienne et se sont éparpillées en même temps que celle-ci se morcelait. Les droits de l'autorité publique ne sont plus que des droits purement privés, cessibles comme le sol. L'idée de l'Etat, les notions politiques sont ignorées. Comment les analyses de l'Etat auraient-elles pu être reprises ? Le rêve que suggère alors le désir de voir s'établir un ordre meilleur est celui d'une grande monarchie universelle, Papale ou Impériale.
La Science s'est réfugiée dans les cloîtres. Elle y est cultivée avec la Théologie. C'est comme partie intégrante de celleci que la philosophie et la politique sont étudiées au Moyen Age. Aussi, devons-nous signaler au nombre des œuvres scientifiques de cette époque les Som7nes théologiques et spécialement la Somme de saint Thomas d'Aquin.
C'est dans la partie de cet ouvrage formant