Politique le traité De Legihus, c'est dans le de Régi
de mine principiim déjà cité et dans les Com-
St. Thomas, mentaires sur la Politique d'Aristote et sur
le Livre des sentences de Pierre Lombard
qu'il faut chercher la pensée et les doctrines politiques de
7) Pollock, p. 38 de l'édition anglaise.
St-Thomas d'Aquin (8). Elles forment un système complet, qu*il ne faut pas songer à résumer.
Pour St-Tomas, la société politique est une nécessité d'ordre naturel ; elle ne peut réaliser sa fin sans une autorité, un pouvoir qui la dirige; le pouvoir envisagé abstractivement est une institution Providentielle, mais envisf^é concrètement dans sa possession et son exercice, c'est une fonction qui appartient au peuple ou à celui qui en tient la place (alicxijns gerentis vicem totius multitvxlinifi). Il est certain que les préférences de St-Thomas sont pour Tunité du chef de l'Etat; mais comme Aristote, il ne s'arrête guère à la royauté absolue; ce qu'il prône c'est la monarchie tempérée. Ne donne- t-il pas pour base à sa doctrine une complète adhésion au principe des gouvernements mixtes, dont nous parlerons plus tard ? Il déclare qu'une bonne organisation politique exige une certaine participation de tous les citoyens au gouvernement. Il aflSrme le droit personnel de désobéir aux lois injustes et la légitimité du droit de révolte en cas de tyrannie irrémédiable. Inutile de dire que St-Thomas donne aux problèmes des rapports de l'Eglise et de l'Etat la solution qu'y donne, avec la Papauté, toute la théologie catholique*
§ 3. Les temps modernes. (9)
Il est difficile de préciser le moment où 21. Machlavé- commence pour la Science politique l'ère lisme et pro- moderne. On peut fixer ce commencement
testantisme. au XV' siècle. La politique du XV'' siècle Bodln. se résume toute entière dans le Machiavé-
lisme (10'. Le Machiavélisme n'est pas une doctrine scientifique. C'est une politique toute négative, sans principe, sans méthode. Le Machiavélisme doit être cité cependant, parce qu'il annonce la fin du Moyen Age, la sécularisation de la
(8) AtU. Bvrri. Le teorie politiche di San Tommaso. Romb 1884. — Antouiadég. Die Staatslehre des Thomas ab Aquino. Leipiigr \S90. ^Edovard Crahay. La Politique de St-Thomas d'Aquin Louvain 1896.
(9) Bluntgehli Gesohichte der neuen Staatswissenschaft. 3""* édition
(10) PaulJanet, I, p. 695.
Science, désormais affranchie du joug d'ÀRiSTOTE et dépouillée des formes scolastiques.
Toutes les discussions politiques du XYP siècle ont pour point de départ et pour objet la Réforme religieuse, la question du Protestantisme.
Au point de vue politique, les publicistes protestants sont les continuateurs des polémistes du Moyen Age, Dante» Ockam, Marsile de Padoue, qui défendaient TEmpire contre le Sacerdoce.
Du côté catholique, se continuent dans les écoles les traditions de saint Thomas, se coordonnent et se complètent les doctrines. Le dernier des scolastiques, le personnage qui représente le mieux au XVI*siècle(ll) la Science catholique est le célèbre théologien Snarez. Son traité De Legibus, est Touvi-age le plus considérable du temps. « Celui qui a lu le De Legihus de Saurez, dit Paul Janet (12), « connaît à fond » toute la morale, tout le Droit naturel, et même toute la » Politique du Moyen Age (13). »
Qu'on se garde d attribuer à la Réforme le triomphe de la tolérance politique. Le protestantisme du XVI® siècle a toujours fait appel contre TEglise au despotisme du pouvoir. Les persécutions religieuses dans les Etats protestants ont dépassé en atrocités les violences commises chez le» nations catholiques. Le livre le plus violent contre la tolérance est l'œuvre d'un protestant, Théodore de Bèze, (14). La conciliation, la tolérance sortirent pour ainsi dire de la situation même; elles furent le fruit des circonstances, des nécessités du temps. Au milieu des guerres religieuses, se forma
(11) Son traité ii*a cependant été pnblié qu'en 1619.
(12) II. pa^e 56.
(13) C*eBt dn temps de Soarez qne Ton disonte avec passion cette subtil» question : la Soavei^ineté déléguée par le peuple au Roi appartient-elle au peuple de droit Divin 7 Ou bien le Souverain élu par le peuple reçoit-il néanmoins la souverainté directement de Dieu ? Les rois protestants pour s'égaler au Pape, prétendaient tenir leur autorité immédiatement du ciel. Cette doctrine est vivement combattue par Suarez.
(14) Paul Janet, II, p. 17 et 136.
un parti moyen, qui chercha à s'élever au dessus des partis extrêmes en prônant la tolérance religieuse et le respect de l'autorité royale. Ce fut le 'parti des politiques. Le plus célèbre représentant de cette Ecole nouvelle est un contemporain du roi Henri IV, Bodln. (15)
— Bodin est le plus grand théoricien politique du XVI' siècle. Son ouvrage est intitulé : Les livres de la RépvMique (16). Paul Janet le compare, pour letendue du sujet et la richesse des matériaux, à la Politique d'Aristote ou à V Esprit des lois de Montesquieu (17). L'abondance des faits et des détails historiques, la connaissance profonde des principes juridiques : tels sont les mérites originaux de son œuvre. Il faut surtout signaler sa théorie du meilleur gouvernement, et sa théorie des climats, que lui a empruntée Montesquieu. Mais le centre de sa doctrine, c'est la notion de Souveraineté, que de nombreux écrivains modernes, en Angleterre notamment, ont adoptée comme base de la science de l'Etait (18).
Les travaux politiques du XVII® siècle se 22* Hobbès rattachent tous, directement ou indirectement, et à la Révolution d'Angleterre (19). Hobbès la
Locke* combat, et Locke la défend. Bossuet soutient en France la même cause que Hobbès en Angleterre, celle du pouvoir. Les problèmes relatiÉs à la souveraineté, au droit de résistance et au droit de révolte, préoccupent surtout les penseurs.
— Hobbès défend au profit des Stuarts l'absolutisme et l'inviolabilité de la puissance royale. Ses deux ouvrages poli-
(15) V. Baudrillart. Bodin et son tempe 1853. — E. Hanche, Bodin, eine Stndie ilber den Begriff der Sonverainetat. 1894.
(16) Le Buooèe en fut immense. Trois éditions parurent de 1577 à 1580. Bodin en publia lui-même une traduction latine en 1586. Une traduction anglaise fut publiée au début du XVII* siècle.
(17)TomeII,p.ll4.
(18) Pvllock, p. 79 et ss. de la traduction Anglaise. — Dluntsehli, Théorie générale de l'Etat, p. 434.
(19) Paul Janet, t. II, p. 143 et 144.
34 INTUOnrCTION GENERALE
tiques, le De civ^ (1642) et le Lev^tluin {\QQ^\ ^nt des livres de parti en même temps que des livres de scieDce. Hobbès recueille la doctrine de Bodin sur la souveraineté et cherche à justifier le despotisme par des arguments rationnels. Il lui donne pour appui sa théorie du Contrat social. Il imagine, antérieurement à toute société, un état de nature qu'il caractérise par ces mots : belluin omnium in omnes, uniua cujusqiie contra unuinquemque. Le besoin de vivre en paix et le devoir de conservation forcent les hommes à sortir de cet état, à instituer une autorité souveraine, envers laquelle ils s'engagent à une obéissance absolue. La puissance politique réunit donc entre ses mains tous les pouvoirs, puisqu'elle est constituée par la délégation que lui font tous les citoyens de tous leurs droits. Elle est seule juge des bonnes et des mauvaises actions individuelles. Elle a le droit de fixer par des lois ce qui est juste et ce qui est injuste, d'autoriser ou d'interdire les doctrines et les opinions. L'Etat est maître de toutes choses ; les propriétés particulières ne sont que des concessions qu'il octroie.
— L'Essai sur le gouvernement civil (1690) de Locke est un plaidoyer en faveur de la Révolution Anglaise (20) en même temps qu'un traité de Droit politique. Locke reprend l'idée de l'état dénature et du contrat social, cherche à justifier cette hypothèse et à démontrer que cette théorie conduit non pas à l'absolutisme du pouvoir, mais au contraire au gouvernement tempéré. Il admet des droits antérieurs à toute société politique, que les citoyens conservent perpétuellement et que l'Etat a précisément pour mission de défendre et de protéger. Tels sont : le droit à la vie, la propriété, la liberté et l'égalité. Suivant Locke, la société politique se constitue, lorsque les citoyens se dépouillent au profit d'une autorité commune de leur droit personnel de punir, c'est-à-dire du droit de venger eux-mêmes les atteintes à leurs droits naturels.
(20) PôUock, p. 108 et P/itil Janet, II, p. 199 et b.
JllSTOIBE DES D0CTUINE9 , 35
^ Aucun penseur, dit Paul Janet en parlant de Locke, » n*a eu une plus grande influence au XVIIP siècle que ce » philosophe. . . Son essai sfwr le gouvernement civil, a beau- :^ coup servi à Montesquieu et à Jean Jacques Rousseau >. Locke démembre la souveraineté en pouvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir confédératif (pouvoir de faire la paix ou la guerre), donne pour base à l'autorité publique le consentement exprès ou tacite des citoyens, n'admet pas que la monarchie absolue puisse jamais être une forme légitime de gouvernement, impose à l'Etat et surtout au pouvoir législatif, des bornes dérivant de sa mission même, laquelle est de protéger la vie des citoyens, leurs biens et leur liberté. Celle-ci consiste pour Locke dans le droit de fetire usage de ses droits naturels sous la garantie des lois. C'est à Locke que J. J. Rousseau a emprunté le principe d'inaliénabilité de la souveraineté, et Montesquieu la notion de séparation des pouvoirs.
Le XVIII® siècle voit paraître deux livres, dont l'influence sur les doctrines politiques *»r'* * fut immense: VEsprit des lois (1748) de * Montesquieu et le Contrat Social (1764) de *^ * J. J. Rousseau (21). Ils se rattachent l'un et
l'autre au courant d'idées qui remplit le XVIII* siècle et sont inspirés du désir de réformes qui agite à cette époque les esprits. Montesquieu, par la méthode d'observation, en étudiant les &its, en analysant les institutions, en invoquant l'histoire, s'élève à un idéal, dont l'idée des gouvernements mixtes et tempérés, la division et la pondération des pouvoirs sont les éléments principaux. L'apologie de la Constitution Anglaise est le point culminant de Y Esprit des lois. (22) J. J. Rousseau, au contraire, par la méthode spéculative, par l'abus des idées abstraites et des déductions, arrive à des conclusions toutes différentes; il prône la République,
(21) Il convient encore de citer parmi les œuvres de Ronsseau, le Diteoun sur Vinégalité des conditions,
(22) Paul Janet, tome II, paRe 466. •
Tégalité absolue, la Souveraineté directe et universelle, Tomnipotence de la volonté générale, qu*il identifie avec la loi.
Dans ses Eléments de Droit Constitutionnel (23), M' Esmein, professeur à la Faculté de Droit de Paris, résume excellemment l'action exercée par les philosophes du XVIII"*® siècle et notamment par Montesquieu le plus grand, et par Jean Jacques Rousseau, le plus enthousiaste.
Il ramène à quatre les théories dont ils furent non les créateurs, mais les vulgarisateurs éloquents: la théorie de la souveraineté populaire, la théorie de la séparation des pouvoirs, la théorie des droits de l'homme, la théorie des Constitutions écrites et du pouvoir constituant.
J. J. Rousseau a fait école; il a pour disciples et pour continuateurs les publicistes et les hommes d'Etat du nouveau comme de l'ancien monde, qui se sont élevés contre le pouvoir absolu, ont coopéré à propager les principes de 1789, à prôner les doctrines politiques abstraites. (24)
A l'école de Montesquieu se rattachent les nombreux écrivains qui « ont suivi sa voie dans l'analyse et l'admira- > tion de la Constitution Anglaise » (25) et ont soutenu une politique, « fondée sur le respect des traditions et de l'histoire ». Citons parmi eux le genevois Delolme, dont le traité sur la Constitution de l'Angleterre (1771) fit fortune; le jurisconsulte anglais Blakstone, qui publia en 1765 ses Commentaires ofthe laws of England; plus tard, les hommes d'Etat et les écrivains de Y Ecole doctrinaire : Royer CoUard (discours parlementaires sous les deux Restaurations), Ouizot (26), Benjamin Constant (27), Duvergier de Haxiranne (28), et Sismonde de Sismondi (29).
Paul Janet fait remarquer qu'il manquait aux écrivains
(23) V. page 148 de la seconde édition.
(24) Panl Janet, II, p. 399, 463.
(26) Ibidem.
(26) Histoire du groavernement représentatif 1821-1822. Ecrits et Discoora.
(27) Gonrs de Politique constitutionnelle (1817 à 1820).
(28) Histoire du gouyemement parlementaire en France (1814-1848).
(29) Etudes sur les oonstithtions des peuples libres, 1836 & 1838 — 3 yoI.
politiques du XVIII™* siècle une théorie du devoir et du droit. Orotitia, Pnfendorff, Leibnitz, WoLffet Vattel avaient jeté les bases du Droit naturel. Kant, en se fondant sur la raison pure, rattache la Politique au Droit, le Droit à la Morale, et élève sur ces bases une philosophie complète (30). Sa politique n a guère d'originalité; elle ne fait que reproduire les doctrines du temps, le contrat social, la séparation des pouvoirs. Paul Jauet fait pourtant observer que Kant précise et rectifie ces théories en plusieurs points importants. Ce qui lui appartient en propre, dit-il, c'est sa remarquable polémique contre le droit d'insurrection (31).
§ 4. Les Sciences politiques au XIX»"^ siècle.
La Révolution Française, jusqu'en ces der- 34. Ecrivains nières années, a été le centre de la littérature politiques politique (32). Les problèmes qu'elle a soumodernes, levés, notamment les questions relatives à la participation des citoyens à l'exercice de la souveraineté, sont l'objet principal des préoccupations des penseurs et des publicistes. La Révolution elle-même jugée par Fichte (33),par Madame de Staël (34), par Burke (35) est éloquemment combattue par l'Ecole royaliste: MM.de Bonald et Joseph de Maistre, dont les doctrines sont représentées en Allemagne par /. Stahl, l'auteur d'un remarquable ouvrage sur la Philosophie du Droit.
1/ Ecole doctrinaire accepte sans réserve les fitits accomplis par la Révolution, mais, redoutant les progrès de la démocratie, essaie de la contenir en opposant au principe de la souveraineté populaire la doctrine de la souveraineté de la raison.
(30) Paul Janet. II, p. 673 88.
(31) Même ourrage, pagres 611 as.
(82) Panl Janet : La Philosophie de la Révolution Française. (38) Réflexions sur la Révolution de France.
(34) Son livre est une apologfie de la Constitution Anglaise; il fut publié en 1818 après la mort de Fauteur sous oe titre : Considérations sur^la Révolution Française.
(35) Réflexions sur la Révolution Française, 1790.
38 IISTBODVCTIC^ GENERALE
L'on peut rattacher à cette école, illustrée par Royer CoUcird, Onizot, Benjamin Constant, de nombreux publicistes contemporains, Renan, Jules Simon, Thureau-Davgin (36).
D autres écrivains, de Tocqueville (37), Taine (SS), Dupont- Whité (39), Emile de Laveleye (40), croient à Tavènement de la Démocratie; ils Totservent et Tétudient et recherchent les moyens d'en corriger les vices et d en prévenir les dangers.
Depuis quelques années les préoccupations 25. Les 80- des penseurs ont pris une direction nouvelle.
ciologues Au premier plan apparaît le problème social, c'est-à-dire le problème des conflits entre le travail et le capital. L'on voit surgir dans la vie politique des questions nouvelles et prévaloir des solutions contraires aux idées de 1789.
L'une de ces questions est celle de la composition du corps soclaL La Révolution avait supprimé les organismes sociaux, les corporations, les associations. En réduisant la société à une juxta-position d'individus, elle livrait les citoyens, isolés, sans défense, au despotisme du pouvoir. De nombreux écrivains réagissent aujourd'hui contre cet individualisme, dans lequel ils voient pour beaucoup une cause d'asservissement et d'impuissance. C'est dans le maintien et la restauration des organismes sociaux qu'ils montrent le salut et le progrès. Ils demandent le rétablissement des collectivités ou des corporations, appropriées bien entendu aux besoins du temps. Cette thèse est énergiquement défendue par les disciples de LepUiy, par les Sociologues, par certains écrivains politiques, qui se sont faits en ces derniers temps les défenseurs de l'introduction dans les systèmes électoraux du principe
(36) Hii>toire de la monarchie de Juillet.
(37) La Démooratie en Amérique. — L'ancien régime et la Révolution.
(38) Les origines de la France contemporaine.
(39) L'individu et l'Etat.
(40) Le gouvernement dans la Démocratie. — 2 vol. 1891.
de représentation des intérêts. Citons en Belgique, M^ Prins, dont les livres font autorité (41).
Une seconde question divise les esprits, t ^*?^®"**'!^* celle des fonctions de TEtat, de ses devoirs, pa san ^^ ^ mission. Dans la première moitié du
siècle, la théorie de non-intervention domine ; elle est professée en Economie politique par TEcole de Manchester (école du libre échange, du laissez faire, laissez passer), dont les doctrines et les tendances sont représentées en France par Bastiat, Laboulccye, Jules Simon, Leroy 'Beaulieu ; en Allemagne par C. de Humbolt et Mohl, en Angleterre par Htuart Afill, Herbert Spencer et Huxley,
Le Socialisme contemporain prône la thèse opposée. La littérature socialiste comprend les brochures de Lassalle, le livre {Le Capital 1867) de Karl Marx.l^s travaux de Benoît Malon, et les nombreux ouvrages, brochures, discours, revues et compte-rendus de Congrès, par lesquels se manifeste de nos jours Tinquiétante vitalité des théories collectivistes.
L^Ecole Démocratique contemporaine respecte et défend les bases essentielles de Tordre social, la religion, la famille, et la liberté des contrats, mais réclame plus de justice dans les lois, plus d'assistance pour les humbles, plus de garanties pour tous. Elle arrive à des conclusions et poursuit des réformes auxquelles se rallient dans des camps divers de nombreux publicistes favorables à l'intervention de l'Etat en vue de multiples améliorations sociales. Adam Smith, Dupont- White, Stuart Mill en ses derniers écrits, de Laveleye représentent ce mouvement d'idées, qui a pris un moment en Allemagne un grand développement sous le nom de Socialisme de la cloaire (42).
(41) La Démocratie et le régime parlementaire, — L' organisation de la liberté et le Decoir soeial,
(42) y. de Laveleye, Le Booialisme contemporain — SchOiffle. La quintessence du socialisme et ses derniers écrits — Léon Say, Le Socialisme d'Etat — Paul Janet signale la belle discussion qui eut lieu à TAcadémie des Sciences Moiales et Politiques Y. compte rendu d'avril 1896.
40 IXTHODlCTIOy GENERALE
Les publicistes Anglais et Américains (43), 20. Publicistes ceux du moins qui ont secoué le joug delà anglo-saxons littérature politique de notre vieux continent, se réclament surtout des théories de Benthamy et des vues de John Austin (44), précisées par le professeur HoUand dans The Eléments of juuriyyrudence (1880 et 1893),
Sir Frédéric PoUock voit dans la distinction établie par ces publicistes entre la Morale, la politique et le Droit l'élément distinctif qui sépare l'Ecole Anglaise des écoles continentales. Et l'un des plus distingués représentants de la science politique aux Etats-Unis, le professeur John W, Burgess de Colambia Collège, partage le même avis ; il signale l'adhésion donnée à la doctrine Anglaise par certains publicistes d'Europe: Laband (45), Van Holst (46), Jellinek (47). En ce moment, ce sont les notions deper- 27. Problèmes sonnalité morale, de souveraineté et de reactnels présentation politique qui soulèvent les plus
délicates controverses. Les livres marquants de lalittérature politique la plus récente sont principalement consacrés à la critique des théories régnantes sur ces sujets et à l'élucidation de ces notions. En Erance, le solide travail de L. Dagwit (LEtat, le Droit objectif et la loi positive) a fait sensation, non moins que le beau livre du Marquis de VareiMes Somniières, intitulé les Persanmes "tnorales, dont L. Michoud, professeur à Grenoble, fait dans la Reviœ du Droit public (48) une appréciation critique à
(43) V. Polloch. Introduction à la acienoe Politique — Burgess Politioal science and oomparative Constitutionallaw — Sidçwiek, The éléments of PolitioB.
(44) Theory of juriaprudenoe.
(46) Staatsrecht des deutschen Beichee (traduit en Français).
(46) Verfassung ^nd Demokratie der Vereini^rten Staaten von America.
(47) Die Lehre von den Staaten verbindanfcen — Le principal ouvrage de oet auteur a pour titre: System der subjectiven ôffentlichen Rechte. Freibur^
(48) Tome XX, p. 339 s.
tel point judicieuse, qu'elle assure d'avance plein succès au travail d'ensemble qu'annonce l'honorable professeur sur le même sujet, déjà traité par lui dans la même Revue (tome XI).
Nous aurons l'occasion d'invoquer et de faire connaître plus tard les chefs-d'œuvre de la littérature juridico-politique allemande (Laband — Oerber — Jellinek), où les mêmes notions et les mêmes controverses font l'objet d'études et de développements approfondis.
Il convient de signaler, à raison de sa haute valeur intrinsèque, l'important ouvrage, que sous ce titre : La Démocratie et V élection proportionnelle (49) a publié un docteur en droit de l'Université de Paris, grec d'origine, AHcolas Saripolo8. C'est une œuvre d'étonnante érudition, et de profonde analyse.
La Revue LamavAe (50) occupe dans le travail de revision et de développement des doctrines politiques une place importante. De toutes parts, lui viennent des travaux critiques ou dogmatiques, soumettant à nouvel examen les notions consacrées, les opinions dominantes et proposant des formules plus précises, mieux adéquates aux réalités sociales et politiques.
Dans cet ordre d'idées, il faut citer les études très remarquées (51) de M. Maurice Deslandres, professeur à l'Université de Dijon sur la Crise de la science politique, il aiurait pu dire : sur la Méthode du Droit Constitutionnel.
Ces études tendent à montrer l'insuffisance de la Sociologie, du Droit pur, de la Philosophie dogmatique, du Di^oit comparé, du simple bon sens, de leurs méthodes et de leurs procédés, pour édifier la Science politique.
(49) 2 Yolumes — Paris — Librairie Roassean.
(50) Revue de Droit public et de science politique. — Elle a pria en effet dans le langage courant le nom de son éminent fondateur, Ferdinand Larnaude, professeur de Droit public général à la Faculté de Droit de Paris.
(51) Six articles publiés en 1900 et 1901.
Iai Sociologie peut décrire et expliquer: elle ne peut guère juger; elle n'éclaire pas les esprits sur la route à suivre ; elle n a pas d'idéal à proposer aux volontés réclamant des règles d'action ; elle ne sort pas du réel : c'est la négation du progrès.
Le Droit pur, rigide, logique, absolu en ses formules, est impuissant à rendre compte seul des institutions politiques et à diriger leurs actes. L activité des pouvoirs publics se meut dans un ordre beaucoup plus large que le domaine juridique et l'organisation comme l'existence de ces pouvoirs sont atout instant le résultat de faits historiques et de considérations pratiques, économiques, expérimentales. On a qualifié de méthode allemande, la méthode juridique ainsi appliquée: c'est en effet le point de vue trop exclusif auquel se sont placés les principaux auteurs de Traités de Droit public de l'Empire d'Allemagne (Laband — Zorn — Georg Meyer.)
La Philosophie sociale ou Droit naturel fournit à la science de l'Etat des notions fondamentales, qui la dominent toute entière. Elle met en relief la nature morale de l'homme, qu'aucun système politique ne peut contrarier et définit la destinée humaine, but final de toute vie sociale, comme de toute existence individuelle. Mais le Droit naturel encoure le reproche de dogmatisme, et d^a-priorisme, quand, prenant pour point de départ des notions abstraites, des définitions purement rationnelles, (ex: la définition de la liberté (52), ou celle de la démocratie(53),il se borne à en déduire des conséquences purement logiques, ne tenant compte ni des faits ni des circonstances présentes ni des traditions ni des tempéraments populaires.
L'unique méthode, la seule féconde, c'est la méthode historique, qui tenant compte des vérités rationnelles et des faits, de l'évolution générale des idées et des régimes sous l'empire de certaines lois Providentielles ou fatales, à la lumière du bon sens, de l'expérience des choses, de la comparaison des institutions diverses, étudie les doctrines et les
(52) J. J. Rousseau — Le Contrat social.
(53) Saripolos^ jusqu'à un certain point.
HISTOIRE DES DOCTIiiyES 43
régimes politiques, les analyse, les apprécie, décrit leurs origines, leurs applications, leur fonctionnement, leurs effets utiles ou nuisibles, et conclut pratiquement à la mesure de leur valeur, à leur conservation, à leur abandon ou à leur changement. Telle est la conclusion des consciencieuses études de M. Deslandres: nous nous y rallions pleinement.
Aussi, ne s'étonnera-t-on pas qu'avoir achevé ce rapide historique de révolution des doctrines, ce soit, au point de vue de notre Droit national, une autre face de l'histoire que nous abordions dans le chapitre suivant. Nous y prenons pour tâche de rappeler sommairement le8 angines et les sources du Droit constitutionnel Belge.