C'est incontestablement à Montesquieu que
L^Espiit des revient l'honneur d'avoir mis en lumière et
lois de popularisé la distinction des 3 pouvoirs et la
Montesquieu nécessité de les organiser d'une manière auto-
1748. nome, si l'on veut garantir la liberté et la
sécurité des citoyens,
Montesquieu a lu Aristote. C'est à propos de lui qu'il déclare que les anciens ne connaissaient pas la distribution des 3 pouvoirs.Il ne semble guère avoir connu Bodin. Quant à Locke, Montesquieu s'en est visiblement inspiré. C'est à Locke et à ses propres voyages en Angleterre.que Montesquieu doit ce qu'il a pu écrire des institutions anglaises. C'est au livre XI de V Esprit des lois, dans le chapitre VI, intitulé de la Constitution d'Angleterre, que Montesquieu expose la célèbre théorie qui porte son nom.
Son vrai mérite, sa vraie originalité est d'avoir montré, dans la division des pouvoirs, dans leur distribution entre des mains différentes, une garantie fondamentale de la liberté politique.
Aucun publiciste avant Montesquieu, pas même en Angleterre, ne l'avait entrevu.
Montesquieu découvre le principe de la Division des pouvoirs dans la Constitution anglaise. «Cette thèse est née » en France de l'observation d'un peuple étranger '^,ditFuzier Herman,
€ Les deux chapitres de V Esprit des lois relatife à l'Angle- » terre sont, disait S^Beuve,dea découvertes dans le monde > DE l'histoire ».
Après avoir remarqué (chapitre V) que l'Angleterre est dans le monde la nation qui a pour objet direct de sa Constitution la liberté politique, Montesquieu, au chapitre VI, décrit cette Constitution et y met en relief la séparation des pouvoirs, qu'il érige en principe, sans grand souci d'ailleurs de l'exactitude de son exposé.
Les termes même de Montesquieu sont restés classiques et n'ont pas été dépassés en énergie et en précision.
360 THÉORIES FOXDAMEyTALES.
Il y a dit-il, dans chaque Etat, trois sortes de pouvoirs :
I. La puissance législative, par laquelle le prince ou le magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours, et corrige et abroge celles qui sont faites ;
II. La puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, par laquelle le prince ou le magistrat fait la paix ou la guerre, envoie ou reçoit des ambassadeurs, établit la sûreté, prévient les invasions. Cette définition rappelle clairement le pouvoir confédératif de Locke.
III. La puissance exécutrice des choses qui dépendent du Droit civil, par laquelle le prince ou le magistrat punit les crimes ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière, dit Montesquieu, la puissance déjuger.
C'est comme condition et comme garantie de la liberté politique,que Montesquieu prône la séparation des pouvoirs.
Il commence par définir cette liberté politique,il Tidentifie avec le sentiment de sécurité individuelle, avec un régime de gouvernement excluant toute crainte,
La liberté politique fait défaut, dit-il :
1» Quand la puissance législative est réunie à Texécutrice.
Le même corps a, comme exécuteur des lois, toute la puissance qu'il s'est donnée comme législateur.
L'on peut craindre qu'il ne fasse des lois tyranniques pour les exécuter tyranniquement.
2"* Quand la puissance judiciaire est jointe à la législative : le juge alors est législateur, il dispose d'un pouvoir arbitraire sur la vie et la liberté des citoyens ;
3° quand la puissance déjuger est unie à l'exécutrice, car le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur.
Tout serait perdu si le même homme ou le même corps exerçait les trois pouvoirs.
« Chez les Turcs, où les trois pouvoirs sont réunis, règne » un affreux despotisme.
» Dans la plupart des royaumes d'Europe, le gouvernement » est modéré, le Prince laisse à ses sujets l'exercice du pou- » voir judiciaire.
<L Dans les républiques d'Italie, les trois pouvoirs sont <L réunis ; le gouvernement a besoin, pour se maintenir, de » moyens aussi violents qu'en Turquie : témoin, à Venise,
> les inquisiteurs d'Etat et le tronc, où tout délateur peut
> jeter un billet d'accusation. >