Aran- Le nouvel article 47 de la Constitution met
tages du à la base du régime électoral Belge le suf--
suin*age frage uniçersel, ou, si l'on veut, le suffrage
unlTcrseL généralisé. Cette généralisation peut, sous
réserve des correctifs à y appliquer, se défendre
par d'excellentes raisons tirées de l'intérêt public :
10 La généralisation du suffrage tend à empêcher qu'une minorité, qu'une classe, n'exploite le pouvoir à son profit, à mieux assurer la représentation de tous les intérêts,notamment de ceux des classes inférieures, et par conséquent à amener plus d'égalité et plus de liberté, plus de bien-être pour tous et de plus rapides progrès ;
2° Le suffrage général est un moyen d'éducation politique et doit être considéré à ce titre comme impliquant des garanties d'ordre et de paix sociale.
11 suffit, pour voter, d'avoir un peu de jugement, et le Jugement se rencontre dans tous les rangs de la société, en dehors même des classes aisées ou instruites. Les citoyens sont amenés par l'électorat à s'intéresser aux affaires publiques, à s'initier aux choses (Tutilité commune, à s'élever au dessus des questions d'ordre égoïste et personnel, jusqu'à celles qui réclament des solutions inspirées par l'esprit de solidarité et le patriotisme. Tandis que le peuple tenu à l'écart impute au gouvernement tous ses maux, le peuple qui vote au contraire constate peu à peu que son bien-être et son bonheur dépendent moins de l'Etat que de lui-même, et qu'il est en tout cas responsable de ses choix, responsable aussi des conséquences de ses choix, de l'ordre public, de la
bonne marche des affaires. Ces intérêts fondamentaux trouvent alors, dans les temps de crise, de plus nombreux défenseurs. Saint Thomas recommandait l'admission de tous les citoyens au gouvernement général, afin que tous se trouvent intéressés à la paix sociale devenue leur ouvrage.
3® Les minorités, dans les Etat?, ou le vote universel est convenablement établi, respectent d'avantage les autorités publiques; elles s'adressent à elles pour en» obtenir justice; confiantes dans l'appel aux voies légales, elles s'interdisent plus facilement tout recours aux moyens révolutionnaires. «Ce que vous donnez à l'urne, vous l'enlevez à Témeutc. »
4<> « L'égalité est nourrice d'amitié », disait Bodin. Les régimes de suffrage restreint, surtout quand ils se prolongent, amènent des déchirements sociaux, des guerres de classes (14). Même, si le peuple se laisse égarer par des meneurs (par <^uite précisément de l'isolement politique où on le renferme), il y a plus à gagner à se rapprocher de lui par l'égalité qu'à se séparer de lui par des privilèges.
(14) Le duc d^Ursel écrivait dans une lettre adressée à la presse : a Une des
> causes de Tisolement de la classe ouvrière et du succès des récriminations » faites en son nom, c'est qu'elle se trouve exclue du privilège électoral ».
> J*aime mieux,dit M. Nothomb, 100,000 hommes de plus mêlés à la vie poli-
> tique, responsables de l'ordre, que de les voir en dehors : 100,000 citoyens, » fussent- ils de la classe la moins élevée, valent mieux que 100,000 mécontents. » — La «"lasse privée d'influence politique s'isole des autres, se laisse égarer par des meneurs, qui lui parient de ses griefs et lui prêchent la haine contre les classes privilégiées. N'est-ce pas là notre histoire depuis un quart de siècle ? Pour combattre l'isolement de la classe ouvrière, s'opposer au progrès des doctrines anti-soriales, restaurer la paix publique et la confiance réciproque» ne convenait-il pas de reconnaître enfin des droits politiques à cette classe populaire, qui en avait été si longtemps privée ? Tel a été le but. et, il faut s'en réjouir, le résultat de la révision.
L'art. 47 de la Constitution porte : v Les