ABBAYE DE LA GRANDE SAUVE
1. « Gotafredus Magalonensis episcopus et Berengarius Agatensis episcopus ,. Constituerunt et laudaverunt et dederunt ad ecclesiam Saint Vincentii sexaginta passus pedum versus omnes partes et fecerunt salvacionem et posuerunt terminos et cruces. » (1098) : B.N., Lat. 12745, p. 363 ; FLACH, Oo CE pe 171, 0.2;
2. Alexandre III (1167) « monasterio Rivipullensi : .… Insuper etiam omnes salvitates, quae a multis retro temporibus... constitutae sunt, praecipimus perpetuo inviolabiliter observari, ne quis... ausu temerario infringat » :-de MarcA, Marca Hispanica, Appendice, c. 1347.
Alexandre III confirme les possessions de saint Seurin de Bordeaux : « … locum in quo ecclesia sita est, cum salvitate ejusdem loci » : Cart. de Saint-Seuri1, A.D. Gironde, G 1030, fo 40 ve.
Le concile de Ruffec (1258) pour la province d'Aquitaine ordonne d’excommunier ceux qui violent les églises et les sauvetés (c. 2); Mansi, t. XXII, c. 984 ; HEFELE-LECLERCQ, t. VI, p. 89.
3. Le meilleur critère pratique de distinction (surtout lorsqu'on ne possède point l’acte de fondation indiquant le but le plus fréquent de la sauveté : le peuplement) réside dans la présence dans la sauveté de droits de justice que ne comporte pas le droit d’asile : Sauveté du Mont Saint-Jean : « Si quis autem, pro aliquo timore, offensione vel forifacto, de alio loco ad istum locum pro salvatione rerum et corporum suorum confugerint, illis fide et sacramento confirmavimus quatinus ibi pacem et salvationem hac ratione habeant ut ejusdem loci monachi super illos clamantibus et justitiam requirentibus jurtitiam faciant. Si vero non potuerint, illos et res eorum a se expellant » : Cart. de Cluny, éd. Bruel, p. 290. Mais il n’est pas toujours applicable (cf. l’art. 7 des Fors de Bigorre, cité, p. 174, n. 2).
Les minihis bretons ont une grande ressemblance avec les sauvetés méridionales. Etymologiquement le mot minihi signifie « monastère »!; de même que pour l’'immunité, on à dû employer le nom de la circonscription privilégiée pour désigner le privilège et minihi est parfois employé au sens d’asile ?. En latin, minihi se rend parfois par asilumÿ; mais l’assimilation n’est pas possible, bien que les violations soient également punies par les sanctions canoniques . Les minihis, dont certains remontent au IX® siècle 5, ont, comme les sauvetés, hérité de l’immunité carolingienne $ ; leur vaste étendue n’est en aucune façon comparable au district de l’asile ; ce sont plutôt des seigneuries ecclésiastiques : Minihi de Tréguier,
1. L'origine mane hic a été abandonnée. Minihi, minichi ou menechi vient sans doute de menech (pluriel de manach, moine) et de {y, maison (Etymologie de Legonidec ; cf. DELABIGNE-VILLENEUVE, Du droit d'asile en Bretagne aw Moyen-Age, Mém. de la Soc. Archéol. du Département d’Ille-et- Vilaine, 1861, p. 178 ; Brice-PEYNAUD, Le droit d'asile à Saint-Malo, Ann. de la Soc. Hist. et Archéol. de l’arr. de Saint-Malo, 1932, p. 44) ; cette étymologie a pu se combiner avec monachia, monastère (étymologie de Loth ; cf. LARGILLIÈRE,. Les minihis, Mém. de la Soc. d’Hist. et d Archéol. de la Bretagne, t. VIII, 1927, p. 184 ; Brice-PeYNAUD, loc. cit).
2. C’est le cas du Minihi Saint-Sané, à Plouzané, près de Brest : Saint -Sané, si l’on en croit sa vie légendaire, aurait, en abordant sur la côte de Léon au vie siècle, planté deux grandes croix de pierre : l’espace compris entre ces croix fut depuis regardé comme un asile : ALBERT, Vie des saints de: la Bretagne armorique, 1659, Vie de Saint-Sané.
3. « Universis Christi fidelibus presentes litteras inspecturis, Venetensis et Corisopitensis Dei gratia episcopi et frater B. abbas Sancti Mauricii de Carnoet salutem in domino. Noveritis quod post multas allegaciones et contentiones inter N. priorem beate Marie sub Kemper Corentin ex una parte et Henricum Bernardi senescallum Cornubie ex alia diucius agitatas super arrestacione quarumdam navium hominum dicti N. prioris de loco beate Marie facta a dicto senescallo in asilo beati Thome.martiris in Benodet, tandem ad hanc formam pacis coram nobis unanimiter devenerunt quod dictus sanescallus dictas naves quitas et liberas de arrestacione et ommia dampna occasione dicte arrestacionis. restauravit. Actum publice apud Kempercorentin anno gracie millesimo CC° XXX° secundo, die veneris proxima post purificationembeate Virginis ». A.D. Ille-et-Vilaine, 2 H 2, 89.
Cela ne saurait en aucune façon autoriser LARGILLIÈRE (op. cit., p. 272,. n. 70) à donner dans deux chartes, citées p. 159, n. 5 et p. 230, n. 4, le sens de minihi au mot cimiterium.
4. Statuts synodaux d’Alain Helouri, évêque de Tréguier (1334) : « Item, quia nonnulli malevoli, invidi et aemuli franchisias, immunitates et libertates Minihii seu asyli beati Tugduali infringunt ; tallias, collectas et alia onera hominibus et vassallis dicti Minihiüi imponunt ; terram dicti Minihï pillant, invadunt et depraedant ; pedagia, guidagia et alias exactiones indebitas ab hominibus dicti Minihii..… exigunt indebite, quamobrem statuimus.. quod quicumque.. qui praemissa vel eorum aliqua perpetraverit... excommunicationis incurrat sententiam ipso facto »: MARTÈNE, Thesaurus anecdotorum, t. IV, Laris, 1717, c. 1116; cf. aussi, p. 175, n. 2.
5. Cart. de Redon, N° 141 et 142 (842 et 867), éd. de Courson, Paris, 1863,. p. 107 et 108.
6. Minihi est rendu parfois en latin par munitio (Office de Saint-Mandet, dans le légendaire de Tréguier, Blancs-Manteaux, n° 38, p. 861,18 novembre ;. ef. DELABIGNE-VILLENEUVE, 0p. cit., p. 190) qui n’est pas plus éloigné de
* immunilas que muntat (cf, p. 156, n. 1).
La
groupant onze paroisses ; minihi de Saint-Pol de Léon, groupant trois paroisses !.. etc., ou des asiles territoriaux : c’est le cas du minihi de Saint-Malo ?.
L'histoire de celui-ci éclaire par un exemple frappant la différence existant entre le minihi ou la sauveté et le droit d'asile et il importe peu que ces faits se rapportent à une période plus récente. Henri Tudor, comte de Richemont, le futur Henri VII d'Angleterre, se réfugia à Saint-Malo au moment de la guerre des Deux Roses, en 1479 : Edouard IV demanda au due de Bretagne son extradition, mais les Maluins, jaloux des privilèges de leur minihi, refusèrent. Les Yorks essayèrent alors de le prendre par la ruse. Henri Tudor, devinant leur dessein, se précipita dans la cathédrale et embrassa de ses deux mains l’autel en criant à la violation de l'asile. Les Malouins prirent les armes et empêchèrent qu'il fût porté atteinte à l’asile de l’église ?.
Le droit d'asile des lieux sacrés a été, pendant l’époque féodale, objet de confusions multiples : il a été « recouvert », si l’on peut ainsi s'exprimer, par l’immunité carolingienne transformée, les privilèges de protection, les règlements de la paix de Dieu, les sauvetés et les minihis. Il y a gagné d’être sauvegardé et protégé; mais il n’aurait pas survécu à ces institutions si, avant le développement de l’autorité royale dans les divers pays d'Europe à la fin du Moyen-Age, le droit classique de l’Eglise n’avait affirmé l’indépendance du droit d’asile et élaboré une doctrine solide, qui devait, dans ses grandes lignes, s'imposer longtemps au pouvoir séculier.
1. Le minihi de Saint-Pol de Léon comprend les paroisses de Saint-Pol, de Roscoff et de Santec. Un manuscrit du xvire siècle dit nettement « que l'évêque est seigneur temporel et spirituel de la ville et de son minihi »: cf. BRICE-PEYNAUD, 0p. cit., p. 49.
DELABIGNE-VILLENEUVE (0p. cit., p. 212-215) a dressé une liste des anciens minihis ayant donné leur nom à des agglomérations.
2. L'individu qui veut se réfugier à Saint-Malo doit atteindre les limites fixées, puis sonner une cloche ; il doit ensuite faire une confession écrite et publique de ses crimes, et il ne jouit de l’inviolabilité que pour ceux qu'il a avoués. P acé sous la surveillance de la communauté, le réfugié n’est admis dans son sein qu'après un stage : au bout d’un certain temps, il sollicitera la franchise et après deux ans il pourra obtenir la bourgeoisie : BRIGE-PEYNAUD, op. cit., p. 50-51 (cf. l’analogie avec les villes de refuge des Juifs, p. 10).