DUMONT, 0p. cit., p
6. Un meurtrier, réfugié dans la chapelle du Saint-Sauveur de Lille, y blesse plusieurs personnes (1336), X2A 3, fo 70, cité p. 337, n. 6.
Colin Armegnot se réfugia, en 1389, au cimetière de Beaumont sur Oise, après avoir gravement blessé Jehan le Maistre ; comme certains lui remontraient qu’il avait mal agi, il se précipita sur l’un d’eux et tenta de le tuer ;: il en fut empêché par les assistants, mais les menaça de les mettre à nrort et de brûler leurs maisons ; ceux-ci se réunirent dans une taverne et décidèrent que, pour empêcher Colin de nuire, il fallait lui crever les yeux, ce qu’ils firent dans une rue de la ville où ils rencontrèrent Colin, sortant du cimetière. (juillet 1389), A.N., JJ 136, n° 67, fo 36 ve.
Deux criminels se sauvèrent, en 1397, dans la cathédrale Saint-Julien du Mans; ils y étaient depuis quinze jours, lorsque Macé Jouvelin, clerc de la cour spirituelle, monta dans la tour où ils étaient « pour savoir leur estat »;: à peine fut-il entré dans la chambre où ils se trouvaient que l’un d’eux ferma la porte derrière lui en le menaçant de mort, ce qui l’obligea à tirer son épée et à le tuer. A.N., JJ 152, n° 266, fo 148, publié par Lepru, La cathédrale du Mans, lieu d'asile au XIVe siècle, Mamers, 1887.
Cf. p.343, n. 3 et p. 384, n. 3.
En 1435, des malfaiteurs, établis chez les Frères Prêcheurs d’Anvers..
des amis, qui viennent avec eux se livrer à des jeux! et faire de la musique?, divertissements qui dégénèrent parfois en rixe, lorsque même ils ne la recherchent pas. Une ordonnance de 1369 interdit, à Valenciennes, d'aller rendre visite aux réfugiés et de leur porter à boire ou à manger dans les lieux sacrés *.
Aux réfugiés, comme aux marguilliers, le droit canonique interdit de recevoir dans l’église ou les chambres des tours épouses ou concubines 4 Cependant des femmes de toutes sortes, servantes, ribaudes, vont souvent les retrouver ÿ, parfois avec la complicité des marguilliers. Sans l’intervention d’un clerc, un meurtrier réfugié dans la chapelle du Saint-Sauveur de Lille aurait tué, en 1336, une femme qui refusait de se rendre à sa volonté dans l’asile 5. Jean Boucherot reçoit chaque jour, en 1389, dans l’église de Notre-Dame de la Victoire-lès-Senlis, sa chambrière qu'il fait escorter par son ami, Guillemin de Cramoisy’7. Un riche orfèvre messin, Hainzelin, coupable d’homicide, se sauva dans l’église, qui fut cernée avec soin par les amis du défunt ; les chanoines veillaient sur leur hôte avec sollicitude, visitant tous les soirs minutieusement l’église aux flambeaux, dans la crainte
maltraitaient les religieux, introduisaient des femmes dans le cloître et en sortaient pour piller les environs ; Philippe le Bon, par une ordonnance du 14 juillet, défendit aux fugitifs de demeurer au delà de trois jours dans le couvent ; PRoosT, op. cit., 1867, p. 161.
1. Cf. p. 336, n. 3. Ce fait ne doit pas étonner : à Notre-Dame, un statut capitulaire du 25 juin 1328 interdit les « risus inhonesti » et les « confabulaciones » et prescrit « quod non ludatur ad taxillos » dans l’église pendant les offices ; Cart., t. III, p. 417.
2. Guillemin de Cramoisy déclare en 1389 que Bocherot « pour doubte de rigueur de justice, se mist en franchise en l’église de Notre-Dame de la Victoire lès-Senlis. ouquel lieu de la Victoire icelui exposant pour l’amour et affinité qu’il avoit audit Bocherot a esté plusieurs fois pour soy jouer et esbattre avec lui et le veoir jouer de la harpe dont il s’esbat aucunes fois ». A.N., JJ 138, f° 55.
3. « Et fu bans fait que nuls ne nulle ne le alast visiter, ne compagner, ni porter à boire, ne à manger en église ni en moustier ». CAFFIAUX, Nicole de Dury, maître-clerc de la ville de Valenciennes, Valenciennes, 1866, p. 128.
4. « Ordinatio.. Odonis, episcopi Tusculani, apostolice sedis legati (2 nov. 1245) : … Item districte et sub poena excommunicacionis firmiter inhibemus, ne uxores vel pedissece matriculariorum, vel etiam confugiencium ad ecclesiam Beate Marie ad refugium, aliquo modo in ecclesia seu in turribus pernoctare aliquatenus permittantur », Cart. de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 406.
HEC p. 336,06.
6. « Ab eadem capella recedens quamdam mulierem... ea ratione solum quod ad ipsum in dicta capella ad mandatum suum ire et voluntatem suam facere recusaverat, letaliter vulneraverat et eam interfecisset nisi quidem capellanus ejusdem capelle rescussisset eandem et abinde ad capellam redierat predictam » (20 avril 1336), X2A 3, f° 70.
FRANS TIARS;19 05
que quelqu'un s’y cachât ; au bout de six semaines, on apprit que le réfugié avait eu, dans l’église même, commerce avec une femme ; les offices furent suspendus et l’église déclarée en interdit ; malgré cette indignité flagrante et les réclamations de la justice, qui affirmait qu’il avait rompu sa franchise, les chanoines refusèrent de le livrer et il réussit à s’évader peu après 1. Mais tous les clercs n’adoptent pas cette attitude intransigeante et le synode d’Ypres de 1577 ordonne d’expulser les réfugiés, profanant l’asile, qui n’obéiront pas aux admonestations du curé?.
La présence des criminels peut souiller le lieu d’asile d’une autre manière. Un chanoine de la cathédrale du Mans ayant fait tuer par ses serviteurs Jean de Sablonnier, procureur du duc de Normandie du Mans, ceux-ci vinrent se mettre en franchise dans la cathédrale; le futur Jean le Bon, né le 26 avril 1319 au château du Gué du Mauny, près du Mans, et baptisé dans la cathédrale souillée par la présence des criminels, dut être baptisé de nouveau quelques jours après dans l’église Saint-Julien par l’évêque d'Angers 4.
Le droit d’asile était lourd de charges pour l'Eglise, mais les clercs y étaient très attachés, non seulement parce qu’ainsi les lieux sacrés étaient respectés, mais aussi parce qu’euxmêmes ne voyaient pas sans orgueil l’action de la justice s'arrêter à leurs portes. Ce sentiment explique l’opposition faite à l’’assimilation aüx « cas exceptés » de grands criminels dont la présence dans l’église n’était pas une souillure moins grande que ne l’aurait été leur extraction.