HECTOR 2270 EX ASS EX
Leur succès dépend, encore plus que pour les premières, de Ia personne de l’intercédant.
Pendant les trois siècles qui séparent l'avènement du christianisme de sa reconnaissance officielle par l’Empire romain, l'Eglise s’est organisée autour de sa hiérarchie ; dans chaque « Eglise », l’évêque a des pouvoirs et des devoirs définis : si l’intercession n’est pas son monopole, c’est lui qui, en fait, en sera le principal ministre.
Il exerce sur la communauté des chrétiens une juridiction gracieuse, que l'influence morale qui s'attache à sa qualité va rapidement faire sortir de ce cadre : il pourra utilement intervenir auprès des créanciers et des maîtres des esclaves.
C'est lui qui, d’abord exclusivement, ensuite principalement, réconcilie les pénitents. Lorsqu'un criminel demande ‘ le pardon de son péché à l’évêque, celui-ci exige de lui un repentir sincère, signe d’une véritable conversion, et lui impose une pénitence, généralement sévère, dont il surveille avec soin l’accomplissement. Si, à l’époque ancienne, la justice impériale s'empare de cet homme pour le mener au supplice, l’évêque peut intervenir pour lui, mais à titre privé. À partir du IVe siècle, l’évêque a une autorité religieuse reconnue et bientôt des pouvoirs civils lui seront accordés. La situation éminente qu'il prend rapidement dans l’Empire chrétien ? explique le succès de ses interventions, dont l'utilité sociale est mise en lumière par le manque de garanties du droit de la défense*. L’évêque peut seul tenir tête à l’empereur au pouvoir absolu 4; son influence réalise un certain équilibre dont profite, à n’en pas douter, la liberté individuelle 5.
1. C’est pour cette raison que nous parlons le plus souvent de l’intercession des évêques.
2. Kurt, Les origines de la civilisation moderne, Paris, 1903, t. I, p. 101; Dawson, Les origines de l’Europe et de la civilisation européenne, trad. Halphen, d’'Haucourt et Launay, Paris, 1934, p. 51-53.