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L'APPORT DE LA PATRISTIQUE

La doctrine de l’intercession a été fixée et mise en pratique par les Pères de l'Eglise. Sans doute, les règles posées s’appliquent aussi bien à ceux qui implorent directement l’assistance des clercs qu’à ceux qui, pour l'obtenir, se réfugient dans les églises ; mais elles donnent sa physionomie définitive à l’intercession, sans laquelle l’asile chrétien aurait pu ne pas exister ou, du moins, aurait été marqué de caractères tout différents.

L’intercession ? suppose une collaboration avec le pouvoir séculier : pour lui demander une faveur, il faut, en effet, loin de le considérer comme un ennemi, reconnaître son autorité et le respecter.

L'intercession ne serait pas arrivée, par conséquent, au grand développement qui fut le sien, si certaines tendances de Tertullien et de Lactance avaient triomphé dans l'Eglise ; s’attachant à définir les qualités du chrétien, ils affirmaient l'existence d’une incompatibilité absolue entre la perfection évangélique et la profession de soldat ou de juge criminel# ;

1. THomassiN, Ancienne et nouvelle discipline de l’église, Paris, 1679, 1re partie, L. IT, chap. II, 39 et 40, t. I, p. 218 et suiv., 299 et suiv. ; THONISsEN, Une controverse du XIIIe siècle sur la légilimité de la peine de mort, Mélanges d'histoire, de droit et d'économie politique, Louvain, Bruxelles et Paris, 1873, p. 277-295 (étudie, en exposant les théories Vaudoises, quelques textes des Ecritures et des Pères).

2. Nous ne retiendrons dans ce chapitre que les écrits des Pères intéressant la théorie même de l’intercession, renvoyant au chapitre suivant ceux qu’il est utile de considérer en fonction de la législation romaine.

3. TERTULLIEN, De corona Militis, P.L., t. I, c. 93-122; de Idolatria, C.S.E.L., t. XX, p. 50 et ’suiv.; LACTANCE, Institutiones divinae, VI, 20 (« Occidere hominem sit semper nefas »), C.S.E.L.,t. XIX, p.558 ;cf. DouLcer, Essai sur les rapports de l'Eglise chrétienne avec l'Etat romain, Paris, 1885.

cette attitude ne s’expliquait pas par une hostilité a priori, mais par le désir, très général chez les chrétiens de cette époque, d’exclure la mort temporelle qui contrarie les desseins de Dieu et empêche la pénitence. Elle était néanmoins peu propice à la collaboration. Les païens l’interprétaient dans le sens d’une opposition méprisante à l’égard des magistratures publiques et Origène réagit vigoureusement contre cette accusation, accueillie par Celse dans son pamphlet contre les chrétiens !. Saint Jérôme, à son tour, tient à proclamer l'utilité de la justice répressive, qui doit frapper les criminels incorrigibles ?.

Sans une telle affirmation, l’intercession n’eut pas été possible. Nous en avons la preuve dans la lettre qu’écrit saint Basile à Callisthène pour le prier de pardonner à des esclaves criminels : « Montre ta douceur, lui dit-il, et sois magnanime. Après avoir placé sous ta puissance les coupables et avoir montré par là toute la considération que tu as pour ta charge, libère-les, comme je t’en ai déjà prié par une première lettre »3.

Tout en respectant la justice humaine, les clercs connaissent ses possibilités d’erreur4 et les Pères sont sévères à l’égard des magistrats qui n’appliquent pas la loi 5. La grande préoccupation des chrétiens est d’écarter les conséquences irréparables d’un châtiment que n’impose pas de façon absolue le bien public. Le « péché » est plus important que

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