‹ Le Droit d'AsileChapitre 358 sur 365 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le droit d’asile chrétien, établi comme corollaire de l’intercession exercée par les clercs en vue du salut des croyants, l’a fait disparaître dès qu’il a été solidement constitué. Dans l'Empire romain, l'autorité séculière ne considérait que sa manifestation extérieure, l’inviolabilité des lieux sacrés. C’est elle également que défendait l'Eglise contre les violations ; mais la pénitence qu'elle infligeait aux pécheurs, préservés de la peine capitale, était un châtiment plus efficace, sinon plus sévère.

A l’époque barbare, en l’absence d’une organisation judiciaire régulière, l’intercession n’est plus suffisante et s’efface devant un droit d’asile absolu, qui peut mieux s'opposer aux excès de la justice ou de la vengeance privée. L’inviolabilité des lieux sacrés subsiste seule, lorsque l’expiation volontaite de la faute par la soumission à la pénitence canonique, correctif salutaire de l’exemption du supplice corporel, disparaît avec le relâchement de la discipline ecclésiastique.

Les inconvénients de cette institution, désormais incomplète, apparaissent dès la réforme carolingienne, qui essaye de concilier le principe du droit d’asile et les nécessités d’une juste répression. Mais l'anarchie féodale anéantit cet essai prématuré d'organisation et, dans cette nouvelle ère de désordre, le droit d’asile arrive à son apogée : le droit classique de l'Eglise élabore la théorie canonique de l'institution, qui reçoit ainsi une forte impulsion et s'impose aux monarchies nouvelles, sorties du chaos de la féodalité.

Mais, dès que celles-ci se fortifient, elles ne tardent pas à reprendre peu à peu à l'Eglise les prérogatives temporelles qu’elle avait recueillies en face de la carence des pouvoirs séculiers. En France, en particulier, le contrôle de l’autorité royale sur le droit d'asile s’établit lentement à partir du XIVe siècle et finit par l’étouffer au XVIe. Moins rapide dans les autres pays, ce mouvement de décadence se géné-

ralisa dans toute l'Europe occidentale pendant les deux siècles suivants. L'Eglise essaya de résister; mais ce n’était plus elle qui menait le jeu et ses concessions étaient toujours dépassées par les événements au moment où elle les accordait ; elle finit par comprendre qu’elle n'avait pas intérêt à voir ses temples profanés à cause de leur caractère sacré.

Tout pouvoir fort, assurant l’ordre, a restreint le droit d'asile ; mais toute période d’anarchie l’a vu se développer utilement ; par le rôle, en quelque sorte complémentaire, qu’il a toujours joué, le droit d'asile a été un des éléments. les plus importants de l'influence sociale de l'Eglise.

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